DEUXIÈME PARTIE
LES PRINCIPES SUR LESQUELS SONT APPUYÉS LES SENTIMENTS ET LA PRATIQUE DE L'EGLISE : QUE LES PRÉTENDUS RÉFORMES SE SERVENT DE CES PRINCIPES AUSSI BIEN QUE NOUS.
Telle a été la pratique de l'Eglise. Les principes sur lesquels elle s'est fondée, ne sont pas moins assurés que la pratique n'a été constante.
Afin qu'il ne reste en celte matière aucune difficulté, je ne rapporterai aucun principe que les prétendus réformés puissent contester.
Le premier principe que je pose est que, dans l'administration des sacrements, nous sommes obligés de faire, non tout ce que Jésus-Christ a fait, mais seulement tout ce qui appartient à la substance.
Ce principe est incontestable. Les prétendus réformés ni ne plongent les enfants dans l'eau du baptême comme Jésus-Christ fut plongé dans le Jourdain, quand saint Jean le baptisa ; ni ne donnentlaCèneà table etdansle souper, comme le fit Jésus-Christ; ni ne regardent comme nécessaires beaucoup d'autreschosesqu'il a observées.
Mais il importe surtout de considérer la cérémonie du baptême, qui peut servir de fondement à beaucoup de choses en celle matière.
Baptiser signifie plonger, et tout le monde en est d'accord.
Ceite cérémonie a été tirée des purifications des Juifs; et comme la plus parfaite purification consistait à seplonger tout à fait dansl'eau, Jésus- Christ, qui était venu pour sanctifier et pour accomplir les anciennes cérémonies, a voulu choisir celle-ci comme la plus significative et la plus simple, pour exprimer la rémission des péchés et la régénération du nouvel homme.
Le baptême de saint Jean-Baptiste, qui servait de préparatif à celui de Jésus-Christ, a été fait en plongeant.
La prodigieuse multitude des peuples qui accouraient à ce baptême fit choisir à saint Jean- Baptiste les environs du Jourdain l, et parmi les environs du Jourdain la contrée d'Annon auprès de Sulim, parce qu'il y avait là des eaux abondantes 2, et une grande facilité de plonger les hommes qui venaient se consacrer à la pénitence par ceLe sainte cérémonie.
Quand Jésus-Christ vint à saint Jean pour élever le baptême à un effet plus merveilleux en le recevant, l'Ecriture dit qu'il sortit ets'élerudes eaux du Jourdain 3, pour marquer qu'il y avait été plongé tout entier.
1 Mallh., m, 5,6;Zuc.,in,3.— 5 Joan., m, 23 3 Matlh., ni, 16;
Marc, 1, 10.
Il ne paraît point, dans \es Actes des Apôtres que les trois mille et les cinq mille hommes qui furent convertis aux premières prédications de Saint Pierre ', aient été baptisés d'une autre manière ; et le grand nombre de ces convertis n'est pas une preuve qu'on les ait baptisés par aspersion, comme quelques-uns l'ont conjecturé. Car outre que rien n'oblige à dire qu'on les ait baptisés en un même jour, il est certain que saint Jean-Baptiste, qui n'en baptisait pas moins, puisque toute la Judée accourait à lui, ne laissa pas de baptiser en plongeant ; et son exemple nous a fait voir que, pour baptiser un grand nombre d'hommes, on savait choisir les lieux où il y avait beaucoup d'eaux; joint encore que les bains et les purifications des anciens , principalement celles des Juifs, rendaient cette cérémonie facile et familière en ce temps.
Enfin, nous ne lisons point dans l'Ecriture qu'on ait baptisé autrement, et nous pouvons faire voir, par les actes des conciles et par les anciens rituels, que treize cents ans durant on a baptisé de cette sorte dans toute l'Eglise, autant qu'il a été possible.
Le mot même dont on se sert dans les rituels, pour exprimer l'action des parrains et des marraines, en disant qu'ils lèvent l'enfant des fonts baptismaux, fait assez voir qu'on l'y plongeait.
Quoique ces vérités soient incontestables, ni nous, ni les prétendus réformés n'écoutons les anabaptistes, qui tiennent la mersion essentielle et indispensable, et nous n'avons pas craint les uns et les autres de changer ce plongement, pour ainsi parler, du corps entier, en une simple aspersion ou infusion sur une partie de notre corps.
On ne peut rendre d'autre raison de ce changement, sinon que ce plongement n'est pas de la substance du baptême; et les prétendus réformés en étant d'accord, le premier principe que nous avons po^é est incontestable.
Le second principe est que, pour distinguer dans un sacrement ce qui apparlientou n'appartient pas à la substance, il faut regarder l'effet essentiel du sacrement.
Ainsi, quoique les paroles de Jésus-Christ : baptisez, comme il a déjà été dit, signifient plongez, on a cru que l'effet du sacrement n'était pas attaché à la quantité de l'eau : si bien que le baptême par infusion et aspersion, ou par mersion, paraissant avoir au fond le même effet, l'une et l'autre façon est jugée valable.
Or, comme nous avons dit, on ne saurait trouver dans l'Eucharistie aucun effet essentiel du
' Ad., H,41; iv, 4.
l'RIVCIPKS HONiiAMKNTAl'X.
corps distingué de celui «lu Blllg : ainsi la grâce
de l'un et de l'autre au fond et dans la substance
ne peut être que la même.
Il ne sert de rien de dire que la représentation de la mort de Noire Seigneur est plus n presse dans les deux espèces : je le veu\ ; aussi In représentation de la renaissance de Adèle estelle plus expresse dans la inersion «pie dans la simple infusion OUBSpersion. Carie lidele plongé dans l'eau du baptême est enseveli tirer .lésux-
Chritt, selon l'expression de l'apôtre ' : el le lidèle, sortant des eaux, sort du tombeau avec
son Sauveur, qui le régénère. La incision, où l'eau est appliquée au corps entier ei à toutes ses pariies , signifie aussi plus parfaitement que l'homme es! pleinement et entièrement lavé de
ses lâches. Kt toutefois, le baptême donné par l'immersion, ou le plongement, ne vaut pis mieux «pie le baptême donné par simple infusion, et sur une seule partie : il suffit que l'expression du mystère de Jésus-Christ et Je l'effet de la grâce se trouve en substance dans le sacrement, el la dernière exactitude de la représentation n'\ est pas requise.
Ainsi, dans l'Eucharistie , l'expression de la mort de Notre-Seigneur Se trouvant au fond, quand on nous donne le corps livré pour nous, el l'expression de la grftce du sacrement S'j trouvant aussi quand on nous donne sous l'esp ce du pain l'image de notre nourri ure spiritue le, le sang qui ne fait qu'j ajouter une significa ion plus expresse, n'j est pas absolument nécessaire.
C'est ce que montrent manifestement les paroles mêmes de Noire-Seigneur, et la réflexi »n de saint Paul, lorsque, rapportant ces parûtes : Faites ceci t'n mémoire de moi7, il en conclut aussitôt après, <pic foutes les fuis qu'on mange ce pain, et qu'on boit ce calice, on annonce la mort du Seigneur. Ainsi, selon l'interprétation du disciple, l'intention du Maître, quand il ordonne de se souvenir de lui, c'est qu'on se souvienne de sa mort. Alin doue de bien entendre si le souvenir de cette mort est danslnseuleparticipalion de tout le mystère, ou dans la participation de chacune de ses parues, il ne faut que considérer que le Sauveur n'attend pas que tout le mystère soit achevé, et toute l'Eucharistie reçue dans ses deux parties pour dire : Faites ceci en mémoire de moi. Saint Paul a remarqué qu'à chaque partie il ordonne expressément cette mémoire 3. Car après avoir dit: Mangez, ceci est mon corps, faites ceci en mémoire de moi ; en donnant le sang, il répèle encore: Toutes les fois que vous le boirez, failes-le en mémoire de moi ; nous montrant parcelle répétition que nousexprimons
> Rom,, VI, 4; Col., Il, 12. — » 7 Cor., XI, 25, 2C. — ■ ;:., 21, 23.
88 mort dans la participation de chaque partie. D'OÙ il s'ensuit (pu; lorsque saint Paul conclut de ces paroles, qu'eu mangeant le corps et en buvant le snnij on annonce la mort du Seigneur, il faut entendre qu'on l'annonce non-seulement eu prenant le tout, mais encore en prenant Chaque partie, d'autant plus qu'il est visible d'ailleurs que, dans cette mystique séparation que Jésus-Christ a marquée par ees paroles, le corps épuise de sang, et le sang tiré du corps, i mi le même effet, pour marquer la mort violente de Notre-Seigneur. De sorte que, s'il y a une expression plus inculquée en prenant le tout, il ne laisse pas d'être véritable qu'à la réception de chaque partie on se représente la mort tout entière, et on s'en applique toute la grâce.
Une si on demande ici à quoi sert donc l'institution des deux espèces et celle expression plus vive de la mort de Notre-Seigneur «pie nous y avons remarquée, c'est qu'on ne veut pas songer à une qualité de l'Eucharistie hien connue îles anciens, quoique rejetée de nos réformés. Tous les anciens ont cru (pie l'Eucharistie n'était pas seulement une nourriture, mais encore un sacrilice, et qu'on l'offrait à Dieu en la consacrant avant que de la donner au peuple: ce qui lait que la table de Notre-Seigneur, ainsi appelée par saint Paul, dans la /re Epitre aux Corinthiens, est appelée autel par le même Apôtre, dans V Epitre aux Hébreux '. Il ne S'agit pas ici d'établir ni d'expliquer ce sacrifice, dont on peut voir la nature dans le traité de l'Exposition 2: cl je dirai seulement parce que notre sujet le demande, (pie Jésus-Christ a fait consister ce sacrifice de l'Eucharistie dans la plus parfaite expression qu'on pût jamais imaginer du sacrifice de la croix. C'esl pourquoi il a dit séparément: Ceci est mon corps el Ceci est mon sang, renouvelant mystiquement par ces paroles, comme par un glaive spirituel, avec toutes les plaies qu'il a reçues dans son corps, la totale effusion de son sang ; et encore que ce corps el ce sang, une seule Ibis séparés, dussent être éternellement réunis dans sa résurrection pour faire un homme partait et parfaitement vivant, il a voulu néanmoins que celte séparation, faite une fois à la croix, ne cessât jamais de paraître dans le m\stère de la sainte table. C'est dans cette mystique séparation qu'il a vou lu faire consister l'essence du sacrilice de l'Eucharistie, pour en faire l'image du sacrifice de la croix ; alin que, comme ce dernier sacrifice consiste dans l'actuelle sépa.ation du corps et du sang, celui-ci, qui en est l'image parfaite
1 xili, 10. — ' Exp , ar'. 14. ■
TA
consistât aussi dans cette séparation représentative et mystique. Mais encore que Jésus-Christ ait séparé son corps et son sang ou réellement sur la croix, ou mystiquement sur les autels, il n'en peut pas séparer la vertu, ni faire qu'une autre grâce accompagne son sang répandu, que la même au fond et en substance qui accompagne son corps immolé : ce qui fait que celle expression si vive et si forte, nécessaire pour le sacrifice, ne l'est plus dans la réception de l'Eucharistie, étant autant impossible de séparer dans l'application l'effet du sang de celui du corps, qu'il est aisé et naturel de représenter aux yeux du fidèle la séparation actuelle de l'un et de l'autre. C'est pourquoi, dans l'antiquité, nous avons vu en tant de rencontres le corps donné sans le sang, et le sang donné sans le corps ; mais jamais l'un consacré sans l'autre. Nos pères ont été persuadés qu'on ôteraitaux fidèles quelque chose de trop précieux, si on ne consacrait pas les deux espèces, où Jésus-Christ a fait consister, avec cette parfaite représentation de sa mort, l'essence du sacrifice de l'Eucharistie; mais qu'on ne leur ôlaitrien d'essentiel, ne leur en donnant qu'une seule, puisqu'une seule contient la vertu du tout, et que l'esprit, une fois frappé de la mort de Notre-Seigneur, dans la consécration des deux espèces, ne prend plus rien de l'autel où on les a consacrées, qui ne conserve cette figure de mort et le caractère de victime : de sorte que, soit que l'on mange, soit que l'on boive, soit qu'on fasse l'un et l'autre ensemble, on s'applique toujours la même mort, et on reçoit toujours en substance la même
grâce.
Et il ne faut point tant appuyer sur le manger et le boire, puisque manger et boire, spirituellement, c'est visihlement la même chose, et que l'un et l'autre c'est croire. Soit donc qu'on mange et qu'on boive selon le corps, l'on boit et mange tout ensemble selon l'esprit, pourvu qu'on croie ; et on reçoit tout l'effet du sacrement.
Mais, sans disputer davantage, je voudrais bien seulement demander à messieurs de la religion prétendue réformée, s'ils ne croient pas, quand ils ont reçu le pain de la cène avec une loi sincère, avoir reçu la grâce qui nous incorpore pleinement à Jésus-Christ, et le fruit tout entier de son sacrifice. Qu'ajoutera donc l'espèce du vin, si ce n'est une expression plus ample du même mystère?
Bien plus, ils croient recevoir, non la figure seulement, mais la propre substance de Jésus- Christ. Que ce soit par la foi, ou autrement, ce h'est pas de quoi il s'agit. La reçoivent-ils tout
entière ou seulement la moitié, quand on leur donne le pain de la cène ? Jésus-Christ est-il divisé? Et s'ils reçoivent dans une seule espèce la substance de Jésus-Christ tout entière, qu'ils nous disent si la substance et l'essence du sacrement leur peut manquer.
El ce ne peut être que cette raison qui leur ait persuadé qu'ils pouvaient donner le pain seul à ceux qui ne peuvent pas boire de vin. L'article 7 du chapitre 12 de leur Discipline, qui est celui de la cène, y est exprès.
Cet argument, proposé la première fois par le grand cardinal de Richelieu, a jeté les prétendus réformés dans un extrême embarras. J'ai tâché de résoudre dans Y Exposition une partie des réponses qu'ils y ont faites », et j'ai soigneusement rapporté ce qu'ont réglé leurs synodes en confirmalion de l'article de leur Discipline. Le fait est demeuré pour constant : ceux qui ont écrit contre moi l'ont tous avoué d'un commun accord, comme public et notoire; mais ils ne se sont pas accordés de même dans la manière d'y répondre.
Tous n'ont pas été satisfaits de la réponse ordinaire, qui consiste seulement à dire que ceux dont il est parlé, dans l'article de la Discipline, sont excusés de prendre le vin par l'impossibilité où ils sont d'en boire, et que c'est un cas particulier qu'il n'est pas permis de tirer à conséquence; car ils ont bien vu au contraire que ce cas particulier devait être décidé par les principes généraux. Si l'intention de Jésus-Christ est que les deux espèces soient inséparables; si l'essence ou la substance du sacrement consiste dans l'uaion de l'une et de l'autre : comme les essences sont indivisibles, ce n'est pas le sacrement que ceux-ci reçoivent, c'est une chose purement humaine, et qui n'a point son fondement dans l'Eglise.
Il en a donc enfin fallu venir, avec une peine extrême et des détours infinis, à dire qu'en ce cas celui qui reçoit seulement « le pain, ne reçoit pas le sacrement de Jésus-Christ. »
M. Jurieu, qui a écrit le dernier contre mon Exposition, dans son livre intitulé : le Préservatif*, après avoir vu les réponses de tous les autres, et après s'être donné lui-même beaucoup de peine tantôt en se fâchant « contre M. de Condom, qui s'amuse, » dit-il, « comme ferait « un petit missionnaire, à des choses si peu relevées, et à cette vieille chicane, » tantôt en faisant valoir, autant qu'il peut, cette impossibilité tant répétée, conclut enfin que celui dont il s'agit, à qui on ne donne que le seul pain, à parler exactement, ne prend pas par la bouche « le
1 JEjp., art. 17 — s Préeuv., art. 13, p. 262 et suiv.
t sacrement de Jésus-Christ, parce 'que ce sacre- velle absurdité, que ce qu'on reçoit parmi eux
«meut est composé de deux parties, et qu'il avec tant de solennité, quand on ne peut pas
■ n'en reçoitqu'une : » ce qu'il confirme dans te boire du vin, n'est pas le sacrement deNotrcdernier livre qu'il a mis an jour*. Seigneur; et que c'est par conséquent une pure
I 'esl ce que les prétendus réformés n'avaient invention de l'esprit humain, qu'une Eglise, qui
encore osé dire, que je sache. Eu effet, une se dit fondée sur la pure parole de Dieu, ne
communion qui n'est pas un sacrement esl un craint peint d'établir, sans en trouver un seul
é range mystère; et les prétendus réformés qui mot dans colle parole.
sont enfin obligés de le reconnaître, feraient Pour conclusion, Jésus*€hrist n'a pas fait une
aussi bien d'avouer la conséquence que nous loi particulière pour ceux dont nous parlons,
tirons de leur Discipline, puisqu'ils ne trouvent Les hommes n'ont pas pu les dispenser d'un
de dénoùment à cel embarras que par un pro- commandement expies de Notre-Seigneur, ni
djge si inouï dans l'Eglise. leur permettre autre chose que ce qu'il a insli-
Hais la doctrine de notre auteur parait encore tué. Il faut donc ou ne leur rien donner, ou, si
plus étrange, quand on la considère dans toute on leur donne une des espèce.;, croire que par
sa .suite. : Ion lui •. l'Eglise présente en ce cas l'institution de Notre-Seigneur celle seule es] >èce
«le sacrement véritable; mais toutefois, ce qu'on contient toute l'essence du sacrement, et que la
reçoit n'est pas le sacrement véritable; a ou réception de l'autre n'y peut plus rien ajouter
plutôt « ce n'est pas un véritable sacrement que d'accidentel.
« quant au signe, mais c'est un véritable sacre- Mais il faut venir an troisième principe, qui
« ment quant à la chose signifiée; » puisque « le seul emporte la décision de la question. Levoici.
a fidèle reçoit Jésus-Christ, signifié par le sure- Pour connaître ce qui appartient OU n'appartient
« ment, el reçoit tout autant de grâces que ceux pas à la substance des sacrements, il faut con-
« qui communient au sacrement même, parce sulter la pratique et le sentiment de l'Eglise.
« que le sacrement lui est présenté tout entier, Disons les choses plus généralement: dans
■ parce qu'il le reçoit de vœu et de cœur, et parce tout ce qui est de pratique, il faut toujours re- « que la seule impossibilité insurmontable l'em- garder ce qui a élé entendu et pratiqué par l'E- « pèche de communier au signe. » glise, et c'est là le vrai esprit de la loi.
Une lui servent ces subtilités! Il pourrait con- J'écris ceci pour un juge éclairé, qui sait que chue par ces arguments, que le Adèle qui ne pour entendre l'ordonnance, et en bien prenpeut, selon ses principes, recevoir le vrai sacre- dre l'esprit, il faut savoir comment elle a tournent de Jésus-Christ, puisqu'il n'en peut rece- jours été pris atiquée: autrement comme voir une partie essentielle, est excusé, par son chacun raisonne à sa mode, la loi deviendrait impuissance, de l'obligation de le recevoir, et arbitraire. La règle esl d'examiner comment on que le désir qu'il a de recevoir le sacrement en a entendu et comment on a pratiqué: on ne se supplée l'effet. Mais que pour cela il faille sépa- trompe jamais en la suivant. rer ce qui est inséparable par son institution, et Dieu , pour honorer son Eglise et attacher les donner à quelqu'un un .sacrement qu'il ne peut partie iliers à ses saintes décisions, a voulu que pas recevoir, ou plutôt lui donner solennelle- cette règle eût lieu dans sa loi, comme elle l'a ment, ce qui n'étant pas le vrai sacrement de dans les lois humaines; et la vraie manière d'en- Jésus-Christ, ne peut être autre chose que du tendre celte sainte loi, c'est de considérer de pain tout simple, c'est inventer un nouveau m y s- quelle sorte elle a toujours été entendue et obtère dans la religion chrétienne, et tromper, à la servée dans l'Eglise.
face de toute l'Eglise, un Chrétien, qui croit re- La raison est qu'on voit, dans cette intcrpvé-
cevoirce qu'en effet il ne reçoit pas. talion et pratique perpétuelle, une tradition qui
Voilà, néanmoins, le dernier refuge de nos ne peut venir que de Dieu même, selon cciïc
réformés; voilà ce qu'écrit celui qui a écrit con- doctrine des Pères, que ce qu'on voit toujours
tre moi après tous les autres, dont les proies- et partout dans l'Eglise ne peut venir que des
lants débitent le livre en France, en Hollande, apôtres, qui l'auront appris de Jésus-Christ,
partout, et en toutes langues, avec une préface cl de l'Esprit de vérité qu'il leur a donné pour
magnifique, comme l'antidote le plus efficace docleur.
que la nouvelle réforme ait pu opposer à cette Et de peur qu'on ne se trompe dons les diffé-
Exposition tant attaquée 2. 11 a trouvé, en enché- rentes significations du mot tradition , je déclare
rissant et en raffinant sur les autres, cette nou- que la tradition que j'allègue ici, comme interprète nécessaire de la loi de Dieu , est une doc-
1 Errrm. de VEuch., tr. 6, sect. 7. — * Prcsârv., p. 266, 267. — f . , .. j tv »» t- «™
•Préf.dttpy&«r». truie non écrite venue de Dieu même, et con*
B. Tom. IV. 18
serrée dans les sentiments et la pratique univer- ces caractères de divinité, dont il a plu au Saintselle de l'Eglise. Espritde la revêtir. Ilfallait, pour êtreentendue,
Je n'ai pas besoin de prouver ici cette tradi- qu'elle fût méditée ; et ce que l'Eglise y a toujours
tion; et la suite fera paraître que nos réformés entendu, en la méditant, doit être reçu comme
sont forcés à la reconnaître , du moins en cette une loi.
matière. Mais il ne sera pas hors de propos de Ainsi ce qui n'est pas écrit n'est pas moins
leur ôter en peu de mots les fausses idées qu'ils vénérable que ce qui l'est, pourvu que tout soit
attachent ordinairement à ce mot de tradition, venu par la même voie. Tout convient, puisque
Il nous disent que l'autorité que nous donnons l'Ecriture est le fondement nécessaire des tradià la tradition soumet l'Ecriture aux pensées des tions, et que la tradition est l'interprète infaillihommes, et la déclare imparfaite. ble de l'Ecriture.
Ils se trompent visiblement. L'Ecriture et la Si je disais que toute l'Ecriture doit être intertradition ne font ensemble qu'un même corps prêtée de cette sorte, je dirais une vérité que de doctrine révélée de Dieu; et bien loin que l'Eglise a toujours reconnue: mais je sortirais l'obligation d'interpréter l'Ecriture par la tradi- de la question que j'ai à traiter. Je me réduis tion soumette l'Ecriture aux pensées des hom- aux choses qui sont de pratique , et principalerues, il n'y a rien qui la mette plus au-dessus, ment à ce qui est de cérémonie. Je soutiensqu'on
Quand on permet aux particuliers, comme n'y peut distinguer ce qu'il y a d'essentiel et font nos prétendus réformés , d'interpréter d'indispensable , d'avec ce qui a été laissé à la chacun à part soi l'Ecriture sainte, on donne liberté de l'Eglise, qu'en examinant la tradition lieu nécessairement aux interprétations arbitrai- et la pratique constante. C'est ce que je vais res; et en effet, on la soumet aux pensées des prouver par l'Ecriture même, par toute l'antihommes, qui la prennent chacun à leur mode: quité, et afin que rien ne manque à la preuve, mais quand chaque particulier se sent obligé à par le propre aveu de nos adversaires, la prendre comme la prend et l'a toujours prise Sous le nom de cérémonies, je comprends ici toute l'Eglise , il n'y a rien qui élève plus l'auto- îes sacrements , qui sont en effet des signes sari té de l'Ecriture, qui la rende plus indépen- crés, et des cérémonies divinement instituées dante de tous les sentiments particuliers. pour signifier et opérer la grâce.
Jamais on n'est plus assuré de bien prendre L'expérience fait voir que jamais on n'explique
l'esprit et le sens de la loi, que quand on la prend bien ce qui est de cérémonie , que par la manière
comme elle a toujours été prise depuis son pre- de le pratiquer.
mier établissement. Jamais on n'honore plus le Par là notre question est décidée. Dans la cé-
législateur, jamais l'esprit n'est plus captivé sous r émonie sacrée de la cène , nous avons vu que
l'autorité de la loi , ni plus astreint à son vrai l'Eglise a toujours cru donner toute la substance
sens, jamais les vues particulières et les mau- et appliquer toute la vertu du sacrement, en ne
vaises gloses ne sont plus exclues. donnant qu'une seule espèce. Voilà ce qui a tou-
Ainsi , quand nos pères , dans tous leurs con- jours été suivi; voilà ce qui doit servir de loi.
ciles, dans tous leurs livres, dans tous leurs Cette règle n'est pas re jetée par les prétendus
décrets, se sont fait une loi indispensable d'en réformés. Nous venons devoir que, s'ils ne
tendre l'Ecriture sainte comme elle a toujours croyaient que le sentiment de l'Eglise et son
été entendue, loin de croire que par ce moyen interprétation tient lieu de loi, ils n'auraient
ils la soumissent aux pensées humaines, ils ont jamais divisé la cène en faveur de ceux qui ne
cru au contraire qu'ils n'avaient point de plus boivent pas de vin, ni donné une décision qui
sûr moyen pour les exclure. n'est point dans l'Evangile.
L'Esprit qui a dicté l'Ecriture et l'a déposée Mais ce n'est pas ici seulement qu'ils ont suivi
entre les mains de l'Eglise, la lui a fait entendre l'interprétation de l'Eglise. Nous allons voir
dès le commencement, et dans tous les temps : beaucoup d'autres points où ils ne peuvent se
de sorte que l'intelligence qu'on en voit toujours dispenser d'avoir recours à la règle que nous
dans l'Eglise est inspirée aussi bien que l'Ecri- proposons.
turc elle-même. Je fais donc sans hésiter cette proposition gé«!
L'Ecriture n'est pas imparfaite, pour avoir uérale, et j'avance comme un fait constant, avoué
besoin d'une telle interprétation. II était de la par les Juifs anciens et modernes, par les Chré-
majesté de l'Ecriture d'être concise en ses paro- tiens de tous les temps, et même par les préten-
les, profonde en ses sens, et pleine d'une sa- dus réformés, que les lois cérémoniales de l'An-
ges.se qui parût toujours plus impénétrable à cien et du Nouveau Testament ne peuvent être
mesure qu'on la pénètre davantage. C'est un de entendues que par la pratique, et que sans ce
St.*
moyen il n'est pas possible de prendre le vrai En permettant la défense, on ne permit point esprit de la loi. l'attaque, quelque utilité qui en revint au pu- La chose est plus surprenante dans l'Ancien blic; et la Synagogue n'osa jamais aller jus- Testament, où tout était circonstancié et parti- que-là.
cularisé avec tant de soin: et néanmoins il est Mais, après qu'elle eut permis la défense, L certain qu'une loi écrite avec celle exactitude a resta encore un scrupule ; savoir, s'il était pereu besoin de la tradition et de l'interprétation de mis de réparer une brèche le jour du sabbat1. la Synagogue, pour être bien entendue. Car encore qu'il eût été résolu qu'on pouvait La seule loi du sabbat en fournit plusieurs défendre sa vie lorsqu'elle était immédiatement exemples. attaquée, on douta si la permission s'étendait Chacun sait combien étroite était l'observance aux occasions <>ù l'attaque n'était pas si proche, de ce repos sacré , ou il était détendu, à peine Les Juifs assiégés dans Jérusalem n'osèrent de la\ie. de préparer sa nourriture , et même étendre la dispense jusque-là, et se laissèrent d'allumer son feu1. Mutin, la loi défendait si prendre par Pompée. Le scrupule paraissait précisément tout ouvrage, que plusieurs n'o- un peu trop fort; et je rapporte cet exemple, saient presque se remuer danscesaintjour.il seulement pour faire voir combien il pouvait était certain du moins qu'on ne pouvait ni en- arriver de cas auxquels la toi n'avait pas pourvu, (reprendre, ni continuer un voyage; et on sait et où la déclaration de la Synagogue était néce qui arriva dans l'armée d'Antiochus Sidètes, cessaire pour mettre les consciences en sùlorsque ce prince arrêta sa marche en faveur de reté.
Jean Hircan et des Juifs durant deux jours *, où C'était une loi indispensable d'observer les leur loi les obligeait à observer un repos égal à nouvelles lunes, pour célébrer une fête que la celui du sabbat. Dans celte étroite obligation de loi ordonnait à ce jour précis, et pour compter demeurer en repos, la seule tradition et la seule exactement les autres jours qui axaient leurs coutume avaient expliqué jusqu'où on pouvait observances particulières. Outre qu'il n'y avait aller, sans blesser la tranquillité de ces saints point, dans les premiers temps, d'éphémérides jours.De là cette faconde parler.mentionnéedans réglées, les. buis ne s'j sont jamais arrêtés dans les Aetesdes Apôtres* : d'un tel lieu à un tel lieu, leurs observances ; et ne voulant point s'exposer il y aie chemin du sabbat. Cette tradition établie aux erreurs du calcul, ils ne trouvaient de sûdès le temps de Noire-Seigneur, sans que nilui, "le qu'à faire observer dans les plus hautes ni ses apôtres, qui en font mention, l'aient reprise, montagnes, quand la lune paraîtrait. Ni la n la- La sévérité de ce repos n'empêchait pas qu'il nière de l'observer, ni celle de le venir déclarer ne fût permis de délier un animal, pour le me- au conseil, ni celle de publier la nouvelle lune ner boire, ou de le relever s'il était tombé dans et le commencement de la fête, n'était marquée un fossé. Notre-Seigneur, qui allègue ces exem- dans la loi. La tradition y avait pourvu, et la pies comme publics et reconnus par les Juifs 4, même tradition avait décidé que tout ce qu'il non-seulement ne les blâme pas, mais encore fallait faire pour observer et pour déclarer la il les autorise . bien que la loi n'en eût rien dit, nouvelle lune n'était pas contraire au sabbat. cl que ces actions semblassent comprises dans la Je ne veux point parler des sacrifices ni des défense générale. autres cérémonies qui se faisaient le jour du Il ne faut point s'imaginer que ces observan- sabbat selon la loi 2, puisque la loi les ayant rcces fussent de petite importance dans une loi si glées, on peut dire qu'il avait fait une exception sévère, et où il fallait prendre garde jusqu'à un en ce point : mais il y a beaucoup d'autres choiota et au moindre trait, la moindre prévarication ses qu'il fallait faire le jour du sabbat, en des attirant sur les transgresseurs des peines terribles cas que la loi n'avait point réglés. et une inévitable malédiction. Quand la Pàque arrivait le premier jour de Mais voici des choses qui paraîtront plus im- la semaine, qui est parmi nous le dimanche, il portantes. Du temps des Machabées , il fut ques- y avait diverses choses à faire pour la préparalion desavoir s'il était permis de défendre sa vie tion du sacrifice pascal. Il fallait choisir la vicie jour du sabbat; et les Juifs se laissèrent tuer, Unie, faire examiner par les prêtres si elle avait jusqu'à ce que la Synagogue eût interprété et les qualités requises, la conduire au temple et à déclaré que la défense était permise, encore que l'autel, pour être immolée à l'heure précise, la loi n'eût point excepté cette action 5. Toutes ces choses se faisaient avec beaucoup
d'autres, la veille de Pâques. Il fallait encore ex-
[Bxod.,™, 23, xxxv,3. -> jo^. Am xm i6 - *Aci terminer le levain, qui, selon les termes précis
I. 12. — ' Lue. xm, lo, xiv, 5. — « I M, eu., n, 32, 38,40,41, // » 1 ' r
Much xv, 1 seq. i Joseph., AnC, xiv, 18. — ■ LeuU.,xxiv, 8; Xum , jc.xvjij, 9.
tle la loi1, ne devait plus se trouver en tout Israël, quand le jour de Pâques commençait. La loi aurait pu régler que ces choses se fissent le vendredi, quand la Pàque serait le dimanche; ou, en tout cas, dispenser de l'ohservance du sabhat pour les accomplir. Elle ne l'a pas voulu faire : la seule tradition a autorisé les prêtres à foire leurs fondions ; et nous pouvons dire en ces cas, aussi bien qu'en ceux queNotre-Seigneur a marqués, que les prêtres violent le sabbat dans le temple et sont sans reproche 2.
Et n'approuve-t-il pas encore ce que fit David, lorsque, pressé par la faim, il mangea les pains de proposition, contre la défense de la loi3, et suivit l'interprétation du grand prêtre Achimélec, quoiqu'elle ne fût écrite nulle part?
La Pâque, et toutes les fêtes des Israélites, aussi bien que leurs sabbats, commençaient dès le soir et au temps des vêpres, selon la disposition expresse de la loi 4 : mais encore que le vrai temps des vêpres soit le coucher du soleil, les vêpres ne se prenaient pas si précisément parmi les Juifs. La loi pourtant ne l'avait pas dit, et la seule coutume avait réglé que la vêpre ou le soir pouvait commencer presque aussitôt après midi, et quand le soleil commençait à décliner.
On ne pouvait non plus déterminer, par les termes précis de la loi, ce que c'était que ce temps d'entre les deux vêpres, qui est marqué pour la Pàque dans le texte hébreu, de Y Exode 5 ; et la seule tradition avait expliqué que c'était tout le temps qui était compris entre le déclin du soleil, et son coucher.
On ne peut nier que toutes ces choses ne fussent d'une absolue nécessité pour l'observance de la loi ; et si on voit que la loi n'a pas voulu les prévoir, on doit conclure qu'elle a voulu en laisser l'explication à la coutume.
Il faut dire la même chose de diverses cérémonies qui, selon les termes de la loi, concouraient à un temps précis, sans qu'il fût possible de les faire ensemble. Par exemple, la loi ordonnait un sacrifice du soir qui se devait faire tous les jours; et c'est ce qu'on appelait le tamid, ou le sacrifice perpétuel. Il y avait celui du sabbat, et encore celui de la Pàque, qui se devaient faire à la même heure; de sorte qu'au jour de Pâques, selon les termes de la loi, ces trois sacrifices concouraient ensemble : il n'y avait pourtant qu'un seul autel pour les sacrifices, et il n'était ni permis ni même possible de faire ces sacrifices en même temps. On n'eût su non plus par où commencer : et dans l'étroite
1 Ezod., xn, 15. —2 Mallh., xli, 5.
— « Les il., xxiii, 32. — :> Ezod., xm, 6.
Ibid., 4; I Rcg., xxl, 4-
observance que la loi exigeait à toute rigueur, on serait tombé dans un embarras inévitable, si la coutume n'avait expliqué que le sacrifice le plus ordinaire allait le premier. Ainsi on ne craignait point d'avancer le sacrifice perpétuel, pour donner lieu à celui du sabbat; et aussi celui du sabbat pour donner lieu à celui de Pâques.
Si on s'attache aux termes précis de la loi de Moïse !, on n'y trouve de mariages absolument défendus avec les étrangères, que ceux qui se contractaient avec les filles des sept nations si souvent détestées dans l'Ecriture. C'étaient ces nations abominables qu'il fallait exterminer sans miséricorde 2 : c'étaient les filles sorties de ces nations qui devaient séduire les Israélites et les entraîner dans le culte de leurs faux dieux 3; et c'était pour cette raison que la loi défendait de les épouser. Il n'était rien dit de semblable des filles des Egyptiens ; et pour les filles des Moabites, quoiqu'elles paraissent exclues avec celles des Ammonites 4, il fallait bien qu'il y eût pour elles quelque sorte d'exception, puisque Booz est loué par tout le conseil et par tout le peuple, pour avoir épousé Ruth 5 qui était de ces payslà. Voilà ce que nous trouvons dans la loi ; et nous trouvons néanmoins que du temps d'Esdras il était établi parmi les Juifs de mettre les Egyptiennes, les filles des Moabiles, et en un mot toutes les étrangères, dans le même rang que les Chananéennes : de sorte qu'on rompit, comme abominables, tous les mariages contractés avec ces filles6. D'où vient cela, si ce n'est que, depuis le temps de Salomon,une longue expérience ayant appris aux Israélites que les Egyptiennes et les autres étrangères ne les séduisaient pas moins que les Chananéennes, on avait cru les devoir toutes également exclure, non tant par la lettre et les propres termes, que par l'esprit delà loi; laquelle même on interpréta contre l'usage précédent à l'égard des Moabites, la Synagogue croyant toujours avoir reçu de Dieu même le droit de donner des décisions selon les nécessités survenantes?
Je ne crois pas que personne se persuade qu'on observât à la lettre, et en toutes sortes de cas, cette sévère loi du talion si souvent répétée dans les livres de Moïse 7. Car encore qu'à ne regarder que ces termes, « œil pour œil, dent « pour dent, main pour main, brisure pour « brisure, plaie pour plaie, » rien ne paraisse établir une plus parfaite et plus juste compensation, rien au fond n'en est plus éloigné si on
i Dcut., vu, 1, 2, 3. — 2 Ibid., 2. — 3 Ibid-, 4. — « Deuf.,xxuj, 3. —s Ruth., IV. — G I Esd., îx, x, 19, // Esd., xm, 1, 2, etc. — lExod., xxi, 24, 2b;Lev., xxiv, 19,20; Deul.,x\-x, 21.
pèse les circonstances, el rien enfin ne serait pins inégal qu'une telle égalité ; outre qu'il n'est pas possible de faire toujours à un malfaiteur une blessure semblable à celle qu'il a faite à sou frère. La pratique enseigna aux Juifs que le vrai dessein de la loi était de les faire entrer dans l'esprit d'uih' raisonnable compensation, utile
par les déclarations de la Synagogue ; combien plus en a-t-on besoin dans la loi évangélique, où la liberté est plus grande dans les observances, el où les pratiques sont bien moins circonstanciées !
Cent exemples nous font voir la vérité de ce que je dis. Je les tirerai des pratiques mêmes des
aux particuliers et au public; el o oe elle n'est prétendus réformés, et je n'hésiterai point à rap
porter tout ensemble, connue décisif, ce qui a passé pour constant dans l'ancienne Eglise, parce que je ne puis pas croire que ces messieurs puissent le rejeter de bonne foi.
L'institution du sabbat a précédé la loi de Moïse, et avait son fondement dans la création; el néanmoins ces messieurs se dispensent aussi
bien que QOUS île cette observance, sans autre
fondement «pie celui de la tradition et de la pratique de l'Eglise, qui ne peut être venue que d'une autorité divine.
C'est en vain qu'ils répondent que le premier
jour de la semaine, consacré par la résui reclion
pas dans un point précis, ni dans mie mesure certaine, la même pratique la déterminait par
une estimation équitable.
Il ne serait pas difficile de rapporter beaucoup d'autres traditions de l'ancien peuple, aussi approuvées que Mil s-ei. Les habiles écrivains de
la nouvelle réforme en tomberont d'accord. Lors donc qu'ils veulent détruire en général les
traditions non écrites, par les paroles. mi Notre- Seigneur condamne les traditions contraires aux
termes ou à l'esprit de la loi1, cl en un mot
celles qui n'avaient pas un assez solide fondement, il n'y a point de bonne toi dans leurs dis-
cours; et tout homme sensé conviendra qu'il j de Jésus-Christ, est remarqué dans les écrits des
avait des traditions légitimes, quoique non éci ites, sans lesquelles la pratique même de la loi était impossible, de sorte qu'on ne peut nier qu'elles n'obligeassent en conscience.
Messieurs de la religion prétendue reformée me permettront-ils de rapporter ici la traditi< a de la prière pour les morts'.' Elle instante,
par le livre des Machabées2, sans entrer ici avec ces messieurs dans la question si ce livre est canonique, ou s'il ne l'est pas, puisqu'il suffit pour ce l'ait qu'il soit constamment écrit devant l'Evangile. Cette coutume subsiste encore aujourd'hui parmi les Juifs, et la tradition s'en peut établir par ces paroles de saint Paul : « A
apôtres comme un jour d'assemblée pour les Chrétiens ', et qu'il est même nommé dans l'Apocalypse \ Je jour du Seigneur, ou le dimanche; car outre qu'il n'est parlé nulle part, dans le Nouveau Testament, du repos attaché au dimanche, il est (railleurs manifeste que l'addition d'un nouveau jour ne suffisait pas pour ôier la célébrité de l'ancien, ni pour nous faire changer avec la tradition du genre humain les préceptes du Décalogue.
La défense de manger (\u sang, et celle de manger la chair des animaux suffoqués, a été donnée à tous les enfants de Noé 3 devant rétablissement des observances légales, dont nous
quoi sert de se baptiser, » c'est-à-dire de se pu- sommes affranchis par l'Evangile, et les apôtres
rilier et se mortifier, « pour les morts, si les l'ont confirmée dans le concile de Jérusalem 4,
« morts ne ressuscitent pas 8?» Jésus-Christ elles en la joignant à deux choses d'une observance
apôtres ont trouve parmi les Juifs celle tradition immuable, dont l'une est la défense de partici-
de prier pour les morts, sans les en reprendre: per au sacrifice des idoles, et l'autre est la con-
ao contraire, elle a passé immédiatement de damnation du péché de la chair. Mais parce que
l'Eglise judaïque à l'Eglise chrétienne; et les l'Eglise a toujours cru que cette loi, quoique
protestants, qui ont l'ait tics livres où ils mon- observée durant plusieurs siècles, n'était pas
tient qu'elle esl établie dans les premiers temps du christianisme, n'ont pu encore en marquer les commencements. Néanmoins il est certain qu'il n'y en avait rien dans la loi. Elle est venue aux Juifs par la même voie qui leur avait apporté tant d'autres traditions inviolables.
Que si une loi qui descend à un si grand détail, et qui est, pour ainsi dire, toute lettre, pour pouvoir être entendue selon son véritable esprit, a eu besoin d'être interprétée par la pratique et
I Mattk., xv, 3, Marc, vu, 7 seq. — 2 // Mach. , xn, 43, 46. - 1/ Cor., xv, 29
essentielle au christianisme, les prétendus réformés s'en dispensent aussi bien que nous, sans que L'Ecriture ait dérogé à une décision si précise et si solennelle du concile des apôtres, expressément rédigée dans leurs actes par saint Luc.
Mais pour montrer combien il est nécessaire de savoir la tradition et la pratique de l'Eglise en ce qui regarde les sacrements, considérons ce qui s'est l'ait dans le sacrement du baptême et
1 Act., xx, 7, / Cor., xvi, 2. — 2 I. 10.—- Gcn., ix, i xv, 29.
— « Set.
o-g COMMUNION SOUS LES DEUX ESPÈCES.
dans celui de l'Eucharistie, qui sont les deux synode de Charenton, en 1631 ( c'est celui où
sacrements que nos adversaires reconnaissent on admit les luthériens à la Cène), il fut dit que
d'un commun accord. la prédication avant ou après le baptême n'est de
C'est aux apôtres, c'est-à-dire aux chefs du l'essence d'icelui, ains de l'ordre, dont l'Eglise
troupeau, que Jésus-Christ a donné la charge peut disposer l. Ainsi ce qu'on avait cru et pra-
d'administrer le baptême1 : cependant toute tiqué pendant si longtemps, comme prescrit par
l'Eglise a entendu, non-seulement que les prê- Jésus-Christ même, fut changé ; et sans aucun
très, mais encore les diacres, et même tous les témoignage de l'Ecriture, on déclara que c'était
fidèles en cas de nécessité, étaient les ministres chose dont l'Eglise peut ordonner comme il lui
de ce sacrement 2. plaît.
La seule tradition a interprété que le baptême, A l'égard des petits enfants, les prétendus ré-
que Jésus-Christ n'a mis entre les mains que de formés disent bien que leur baptême est fondé en
son Eglise et de ses apôtres, pût être validement l'Ecriture, maisilsn'en rapportent aucun passage
administré par les hérétiques, et hors de la com- précis, et ils argumentent par des conséquences
mimion des vrais fidèles. très-éloignées, pour ne pas dire très-douteuses
Au chapitre 11 de la Discipline des prétendus et même très-fausses.
réformés, art. 1er, il est dit que « le baptême ad- Il est cerlain que sur ce sujet toutes les preuves
« ministre par celui qui n'a vocation aucune est qu'ils tirent de l'Ecriture n'ont aucune force, et
«du tout nul;» et les observations tirées des qu'ils détruisent eux-mêmes celles qui pourraient
synodes déclarent que, pour la validité de ce sa- en avoir.
crement, il suffit qu'il y ait apparence de vocation, Ce qui peut avoir de la force pour établir le
telle qu'elle est dans les curés, dans les prêtres baptême des petits enfants, c'est que d'un côté il
et dans les moines de l'Eglise romaine qui sont est écrit que Jésus-Christ est Sauveur de tous2,
reçus à prêcher. Où trouvent-ils dans l'Ecri- et qu'il a dit lui-même : « Laissez venir à moi
ture que cette apparence de vocation puisse at- « les petits enfants 3; » et de l'autre, qu'il a pro-
tribuer un pouvoir que Jésus-Christ n'a donné nonce que nul ne peut approcher de lui, ni
qu'à ceux qu'il a lui-même effectivement ap- avoir part à sa grâce, s'il ne reçoit le baptême,
pelés? conformément à cette parole : « Si vous n'êtes
Jésus-Christ a dit : plongez, comme nous l'a- « régénérésde l'eau et du Saint-Esprit, vousn'ehvons souvent remarqué. Nous avons dit aussi « trerez point au royaume de Dieu 4. » Mais qu'il a été baptisé en cette forme , que ses ces passages n'ont point de force, selon la docapôtres l'ont suivie , et qu'on l'a continuée trine de nos réformés, puisqu'ils font profession dans l'Eglise jusqu'aux XIIe et XIIIe siècles, et de croire que le baptême n'est pas nécessaire au néanmoins le baptême donné par infusion est salut des petits enfants.
admis sans difficulté par la seule autorité de Rien ne leur fait tant de peine dans leur Dis-
l'Eglise. cipline •>, que l'empressement qu'ils voient tous
Jésus-Christ a dit : « Enseignez et baptisez 3 ;» ]es jours parmi eux dans les parents à faire bapet encore : «Qui croira et sera baptisé, sera sau- tiser leurs petits enfants, lorsqu'ils sont malais vé4. » L'Eglise a interprété, par la seule auto- des, ou en péril de mort. Cette piété des parents rite de la tradition et de la pratique, que Tins- est appelée dans leurs synodes, une infirmité. truction et la foi que Jésus-Christ avait unies avec C'est faiblesse d'appréhender que les enfants le baptême, en pouvaient être séparées à l'égard des fidèles ne meurent pas sans recevoir le des petits enfants. baptême. Un synode s'était laissé aller à con-
Ccs paroles : enseignez et baptisez, ont long- sentir qu'on baptisât les enfants extraordinai-
temps embarrassé nosréformés. Elles leuravaient rement en évident péril de mort. Mais le synode
fait dire jusqu'en 1614, qu'il «n'était pas loisible suivant réprouva cette faiblesse; et ces gens
« de bar User sans prédication précédente, ou forts effacèrent la clause où on témoignait
« immédiatement suivante 5. » C'est ce qui fut avoir égard à ce péril, parce qu'elle donne quel-
décidé au synode de Tonneins, conformément à que ouverture à l'opinion de la nécessité du
tous les synodes précédents. Mais au synode de baptême 6.
Castres, en 1026, on commença à se relâcher sur Ainsi les preuves tirées de la nécessité du bap
ce point, et on résolut de ne presser pas Vob- tême, pour forcer à le donner aux petits enfants,
servation du règlement de Tonnemse.Enûn au sontdétruitesparnos réformés. Voici cellesqu'ils
substituent à leur place, tellesqu'elles sont mar-
1 ilaith., ixviti, 19. — • Tertull., De bapt., cap. 17; Conc. lllib.,
c. 38, etc.; Lobb , tom. i, co). 974. — • Matth., xxvin, 19. — *Marc, » lb. — ' / Tim., iv, 10. — » Matth., XIX, 14. — » Joan., Ui, 3t
xvi, 15, 16.— lUùcip,, c. 11, att. 6; Observ., p. 166.— 4/6., 167. 5. — • Discip., 167. — • Ibid.
PRINCIPES KMMt.UIKNTAUX.
quéesdans leur Catéchisme, dans leur Confession de foi el dans leurs prières. C'esl que les entants des fidèles naissent dans l'alliance, conforméuientàeette promesse: «Je serai ton Dieu, « et le Dieu de ta lignée jusqu'en mille généra- « lions. » D'où Us concluent que « la vertu et substance du baptême appartenant aux petits
pratique perpétuelle de l'Eglise est d'une inviolable autorité.
Venons à l'Eucharistie. Les prétendus réformés se vantent d'avoir trouvé dans ces paroles : Buvez-en tous », un expiés commandement pour tous les fidèles de participera la coupe. Mais si on leur dit que celle parole, adressée
enfants, on leur ferait injure de leur denier le aux seuls apôtres qui étaient présents a en son signe, qui est inférieur *. ■ entier accomplissement lorsqu'en effet ils en Par une semblable raison ils m* trouveront burent tous, comme dit saint .Mare •', quel reforcés à leur donner la Cène avec le baptême; rage trouveront-ils dans l'Ecriture? Où pourcar ceux qui sonl dans l'alliance son! incorporés ront-ils trouver que ces paroles de Jésus-Christ : à Jésus-Christ; les petits enfants des fldèles sont Buvez-en toug, s'étendent à d'autres qu'à ceux
dans l'alliance, ils sonl dune Incorporés à Jésus- à qui le même Jésus-Chrisl a dit : Faites ceci 3 ?
Christ; et ayant par ce moyen, Belon eux, la Ortest-il que ces paroles : Faites ceci, ne regar
vertu et la substance de la Cène. on devrait dire, Comme du baptême, qu'on ne peut sans injure leur en refuser le signe.
Les anabaptistes soutiennent que ces paroles : Qu'on s'éprouve e\ qu'on man§e, n'ont pas plus
île force pour exiger dans la Cène l'Age de raison que celles-ci : Qui croira et sera baptisé, en ont pour l'exiger dans le bai < me.
dent que les ministres de l'Eurbarislie, qui seuls
peuvent flore ce que Jésus-Christ a l'ait, c'està-dire consacrer et distribuer l'Eucharistie aussi bien (pie la prendre. Par où donc prou\en>nl-
ils que ces autres : Buvez-en tous, s'étendent plus loin? Que s'ils disent que quelques-unes des paroles de Notre-Seignenr regardent tous les fidèles, et les autres, les ministres seuls,
La conséquence' qu'on lire, dans la nouvelle quelle règle trouveront-ils dans l'Ecriture pour
réforme, de l'alliance de l'ancien peuple et de la circoncision, ne les touche pas. L'alliance de l'ancien peuple se faisait, disent-ils, parla naissance, parce qu'elle et ail charnelle : et c'est pourquoi ou en imprimait le Sceau dans la chair parla circoncision aussitôt après la naissance. Mais dans la nouvelle alliance, il ne suffit pas de naître, il faut renaître pour \ entrer : et comme les deux alliances n'ont rien de semblable, il n'\ a rien, disent-ils, à conclure d'un signe à un autre ; de sorte que la comparaison qu'on fait de la circoncision avec le baptême esl nulle.
L'expérience a fait voir que tout ce qu'ont tenté nos réformés pour Confondre les anabaptistes par l'Ecriture, a été' faible. Aussi sont-ils obligés de leur alléguer enfin la pratique. Nous voyons dans leur Discipline, à la fin du chapitre 11, la forme de recevoir dans leur communion les personnes d'âge, où l'on fait expressément reconnaître à l'anabaptiste qui s,. convertit, que le baptême des petits enfants est « fonde en l'Ecriture et en la pratique perpe- « tuelle de l'Eglise. »
Quand les prétendus réformés croient avoir la parole de Dieu bien expresse, ils n'ont pas accoutumé de se fonder sur la pratique perpétuelle de l'Eglise. Mais ici, où l'Ecriture ne leur fournit rien par où ils puissent fermer la bouche aux anabaptistes, il a fallu s'appuyer d'ailleurs, et tout ensemble avouer qu'en ces matières la
1 Cal., dira. 50' ConJ. dc/oi,a.i\.. 35, Forme d'administrer le bap.
faire le discernement de ce qui appartient aux uns et aux autres, puisque Jésus-Christ parle partout de la même sorte, et sans distinction ?
Mais enfin, quoi qu'il en soit, disent quelquesuns, ,-es paroles de Jésus-Christ : Faites ceci, adressées aux saints apôtres, et en leur personne à tous les pasteurs, décident la question, puisque en leur disant : Faites ceci, il leur ordonne de faire tout ce qu'il a fait; par conséquent de distribuer tout ce qu'il a distribue, et, en un mot, de faire faire à tous les âges suivants ce que Jésus-Christ leur a fait taire à euxmêmes. Col en effet ce qu'ils peuvent dire de plus apparent ; mais ils ne savent plus où ils en sont, quand on leur montre tant île eboses faites par Jésus-Chrisl dans ce mystère, qu'ils nesc croient pas obliges de faire. Car quelle règle ontils pour en faire le discernement? et puisque Jésus-Christ a embrasse tout ce qu'il a fait sous ce mot : Faites ceci, sans s'expliquer da- \antage, que resle-t-il autre chose, si ce n'est la tradition, pour distinguer ce qui est essentiel d'avec ce qui ne l'est pas? Ce raisonnement est sans réplique, et le paraîtra d'autant plus, qu'on viendra plus exactement dans le détail.
Jésus-Christ institua ce sacrement sur le soir, à l'entrée « de la nuit en laquelle il allait être « livré 4. » C'est en ce temps qu'il a voulu nous laisser « son corps donné pour nous 5 : » le con-
' Matth., xxvl,27. — > Marc, xiv, 23- — » Luc, «II, s I Cor., xi, 23. — s Luc, xxn, 19.
sacrer à la même heure, ce serait rendre plus à la coupe, il semble que, l'ayant mise au mime l'image de la passion, et tout ensemble re- lieu, il leur ait ordonné d'en prendre l'un après présenter que Jésus-Christ devait mourir à la l'autre. Le synode de Privas des prétendus rédemi'ere heure , c'est-à-dire au dernier période formés, rapporté sur l'art. 9 du chap. 12 de leur des temps. Cependant personne ne croit que cette Discipline, dit que «Notre-Seigneur a permis parole : Faites ceci, nous ait astreints à une « que les apôtres distribuassent le pain et la heure si pleine de mystères. * « coupe l'un à l'autre, et de main en main; »
L'Eglise s'est fait une loi de prendre à jeun ce mais quoique Jésus-Christ l'ait fait ainsi, la pra-
que Jésus-Christ a donné après le repas. tique constante a interprété que le pain et le vin
A ne regarder que l'Ecriture et les paroles de consacrés fussent présentés aux fidèles par les
Jésus-Christ, qui nous y sont rapportées, les ministres de l'Eglise.
prétendus réformés n'auront jamais rien de Conformément à l'exemple de Notre-Seigneur certain sur le ministre de l'Eucharistie. Il y a et des apôtres, quelques-uns des prétendus rédes anabaptistes et d'autres sectes semblables, formés voulaient que les communiants se donoù l'on croit que chaque fidèle peut donner ce nassent la coupe aux uns aux autres, et il est sacrement dans sa famille, sans avoir besoin certain que cette cérémonie était un signe sod'autre ministre. Les prétendus réformés ne les lennel d'union. Mais les synodes des prétendus convaincront jamais par la seule Ecriture. Ils réformés n'ont pas jugé nécessaire de suivre en ne peuvent pas leur soutenir que ces paroles : ceci ce qu'ils reconnaissent avoir été pratiqué Faites ceci, ne soient adressées qu'aux seuls par Jésus-Christ et par les apôtres dans l'instiapôtres, si celles-ci : Buvez-en tous, prononcées tution de la Cène; et ils attribuent au contraire dans la suite du même discours, et avec aussi aux seuls pasteurs la distribution de la coupe, peu de distinction, s'adressent à tous les fidèles, aussi bien que celle du pain *. comme ils nous le disent tous lesjours. Et d'ail- Toute l'antiquité accorde aux diacres la disleurs on leur répondra que les apôtres, à qui tribution de la coupe 2, quoique Jésus-Christ Jésus-Christ a dit : Faites ceci, assistaient à sa ni les apôtres n'aient rien ordonné de seinsainte table comme simples communiants, et non blable qui paraisse dans l'Ecriture personne ne s'y pas comme consacrants, ni comme distribuants, est jamais opposé, et les prétendus réformés apou comme ministres : d'où on conclura que prouvent cette pratique dans quelques-uns de ces paroles ne leur attribuent en particulier au- leurs synodes, rapportés avec les observations cun ministère. Et en un mot, on n'a pu décider sur l'article 9 du chapitre de la Cène 3. qu'avec le secours de la tradition que ce sacre- Ils ont depuis changé cet usage 4, et ont attriment eût des ministres spécialement établis bué aux seuls pasteurs la distribution de l'Eupar le Fils de Dieu, ou que ces ministres dus- charislie, même celle de la coupe, à l'exclusion sent être ceux qu'il a chargés de la prédication des diacres, et même des anciens, quoiqu'ils de sa parole. semblent représenter parmi eux le second ordre
C'est ce qui fait dire à Ter tullien, dans le livre des ministres de l'Eglise, c'est-à-dire celui des
De corona militis, que nous apprenons seule- prêtres, qui constamment ont toujours offert et
ment de la tradition non écrite que l'Eucharis- distribué, non-seulement le sacré calice, mais
tie « ne doit être reçue que de la main des encore l'Eucharistie tout entière.
« supérieurs ecclésiastiques, quoique la com- Nos prétendus réformés n'en sont pas venus
« mission de la donner » (à ne regarder précisé- d'abord à cette décision. Leurs premiers sy-
ment que la parole de Jésus-Christ) « soit adres- nodes disaient que les ministres seuls adminis-
« sée à tous les fidèles 1. » treraient la coupe en tant que faire se pourrait b.
La même tradition qui déclare les pasteurs Cette restriction a subsisté sous vingt-deux sy-
de l'Eglise seuls ministres du sacrement de nodes consécutifs, tous nationaux, et jusqu'à
l'Eucharistie, nous apprend que le second ordre celui d'Alais, qui se tint de nos jours, en 1620.
de ces ministres, c'est-à-dire les prêtres, a part à^ Là on ordonna que ces mots : en tant que faire
cet honneur, encore que Jésus-Christ n'ait dit :" se pourrait, seraient rayés, et l'administration
Faites ceci, qu'aux apôtres seuls, qui étaient les de la coupe fut réservée aux seuls ministres,
chefs du troupeau. Jusque-là les anciens, et même les diacres,
Nous ne lisons pas que Notre-Seigneur ait avaient, dans le besoin, administré l'Eucha-
présenté son corps ni son sang à chacun de ses ristie, et principalement la coupe. L'Eglise de
disciples; mais seulement qu'en rompant le » syn. de Privas, DisdP., <&. 12, art. 9, syn. de s-.-Muizmu,
pain il leur a dit: «Prenez et mangez; » et quant Discip' ch- 12; 0bserv^r&s 1<art 14- -2 Conc- canh.,iv, c. 33,'
D i—w»» etc.; Za6. tom. 11, col. 1203. —3 Disctp., 12; Observ.surl'art. 9. —
1 D: cor.r.i.i., cap. 3 : Etoaaiaous mandatu» a Domino. 4 74. s D'u., 12; Observ., p. 184 et seq.
Génère, formée par Calvin, était dans cette Urbain H était en personne, avec environ deux pratique; et ce ne fut qu'en l'an 1023, qu'elle cents évèques, et par le pape Pascal II. Lcconrésolut de se conformer an sentiment de ceux cile de Clermont réserve les cas «de nécessité et de France '. Cette affaire ne passa pas sans con- et de précaution1. s Le pape Pascal réserva la comtradiction dans les provinces. La raison du sv- munion des enfants et des malades. Celte comnode d'Alais, selon qu'il est remarqué dans la munion, <|ue l'Occident ne permettait qu'avec Discipline, c'est « qu'il n'appartenait qu'aux ses réserves, s'y est enfin établie durant quelque i pasteurs légitimement établis de distribuer temps; et même elle est devenue depuis six à ■ oe sacrement * : » maxime qui regarde via- sept cents ans la communion ordinaire de tout blement la doctrine, et qui par conséquent, l'Orient, sans qu'on ait regardé ce changement Selon les principes de la nouvelle réforme, doit comme une matière de schisme se trouver exprimée dans l'Ecriture, d'où il s'en- La partie la plus importante de tous les sacresuit que tous les synodes, et les Eglises prélen- ments, c'est la parole qui donne efficace à l'acdues réformées, jusqu'au synode d'Alais, au- non. Jésus-Christ n'en a prescrit aucune exprès. raient grossièrement erre contre l'institution sèment pour l'Eucharistie dans son Evangile, ni de Jésus-Christ. Ou si l'on nous répond que ces les apôtres dans leurs Epîtres*. Jésus-Christa paroles n'étaient pas bien claires, connue ces seulement insinué, en disant : Faites ceci, qu'il variations semblent le taire assea voir, il en faut répéter ses propres paroles, par lesquelles faudra venir à dire avec nous que, pour enten- le pain et le vin sont changés. Mais cequi nous a dre ces paroles, on est obligé d'avoir recours à déterminés invinciblement à ce sens, c'est la l'interprétation de l'Eglise et à la tradition qui tradition : la tradition a aussi réglé les prières nous \ soumet. qu'on devait joindre aux paroles de Jésus-Christ; Etre ensemble à la même table est un signe et c'est pour cela que saint Basile, dans le livre de société et de communion, que Jésus-Christ Du Saint-Esprit9, met parmi les traditions non a voulu faire paraître dans l'institution de son écrites, les paroles d'invocations, (Unit on se sert sacrement; car il était à table avec ses apôtres, quand on consacre, ou, pour traduire de mot à Quelques Eglises prétendues réformées, pour mot, quand on montre l'Eucharistie. imiter cet exemple et laire tout ce qu'avait l'ait Par l'art. S du chapitre 1:2 de la Discipline des Notre-Seigneur, taisaient « ranger lescommu- prétendus réformés, il est libre aux pasteurs niants à tablées. » Le synode de Saint-Maixent, d'user des paroles accoutumées dans la distriburapporté dans le même endroit, rejette celle lion de la Cène. L'article est des synodes de observance 3. Sainte-Foi et de Figeac, en 1578 et 1579. Et en Qu'y avait-il apparemment de plus opposé à effet, Il parait dans le synode de Privas, tenu en ce qui a été lait dans l'institution, que la cou- 1612*, s que dans l'Eglise de Genève, les diacres tuine d'emporter la communion, et de la rece- « ne parlent point, cl non pas même les niinisvoir en particulier? Nous avons vu néanmoins « très, dans le distribution : » de sorte que le que les siècles des martyrs le pratiquaient de sacrement, selon la doctrine de nos réformés, la sorte, pour ne rien dire ici des âges suivants, n'étant que dans l'usage, il s'ensuit qu'ils reconnue parait rien dans l'Ecriture de la réserve naissent un sacrement qui subsiste sans la paqu'il faudrait laire de l'Eucharistie, pour la don- rôle. Au même synode de Privas, il est défendu ner aux malades : cependant nous la voyons aux diacres qui donnent la coupe, de dire aucune pratiquée dès l'origine du christianisme. parole, parce que Jésus-Christ parla seuls; et Ceux qui mêlaient les deux espèces, et les pre- l'Eglise de Metz est exhortée à se conformer « en liaient toutes deux ensemble, paraissaient autant « cela à l'exemple de Jésus-Christ , sans toutes'éloigner des termes et du dessein de l'inslitu- « fois rien violenter. »
tion, que ceux qui n'en prenaient qu'une seule. L'exemple de Jésus-Christ ne fait donc pas une
Ces deux articles ont eu leur approbation dans loi selon ce synode ; et selon les autres synodes
l'Eglise ; et la pratique du mélange , qui déplai- il est libre de séparer de la célébration de ce sa-
rait le moins aux prétendus réformés, est celle crement la parole, qui est l'âme des sacrements,
qui se trouve le plus souvent défendue. comme l'exemple du baptême le peut faire voir,
Elle est défendue au VIIe siècle, dans lequatriè- pour ne pas ici alléguer le consentement de toute
me concile de Brague*. Elle est défendue dans le la chrétienté et de tous les siècles.
XIe siècle, au concile de Clcnnont, où le Pape On voit, par ces décisions, que ce que Jésus-
I /&.,p. 186. — * Ib. — 3 Dls.,c. 2, Observ., après l'art. 14. p. 1S9. ' Conc. Clarom. c. 28. Labb., tom. x. p 008. — • Ejiist. 32. —
— » Conc. Brach, îf.tcm. vi, Conc, c. 2, Labb., tom. vi, c. 2, pag. » Basil-, De Spir. S., 27, edit. Sen., tom. ut, n- 66, p. 65. —
&fil, 562 et ssq. « Dise., etc.; Observ. sur l'art. 9, p. 186. — ' Ib.
Christ a fait, ne paraît pas une loi aux prétendus réformés. Il faut faire la distinction de ce qui est essentiel d'avec ce qui ne l'est pas. Jésus-Christ ne l'a pas fait lui-même, et il a dit généralement : Faites ceci. C'est donc à l'Eglise à la faire et sa pratique constante doit être une loi inviolable.
Mais enfin, pour attaquer nos adversaires dans leur fort, puisqu'ils le mettent pour la plupart dans ces paroles : Faites ceci, voyons quand Jésus-Christ les a dites.
Il ne les a dites qu'après avoir dit : « Prenez « et mangez , ceci est mon corps : » car c'est alors que saint Luc seul lui fait ajouter : « Faites « ceci en mémoire de moi1 ;» cet évangéliste ne rapportant pas qu'il en ait dit autant après le calice.
Il est vrai que saint Paul raconte, qu'après la consécration du calice, Jésus-Christ dit ; « Faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous < boirez2. » Mais, après tout, ce discours de Notre-Seigneur, à le prendre dans la rigueur et dans la précision des termes, emporte seulement un ordre conditionnel « de faire ceci en mémoire « de Jésus-Christ toutes les fois qu'on le fera , » etnon pas un ordre absolu de le faire : ce que je pourrais prouver par les interprètes protestants, si la chose n'était pas trop claire pour avoir besoin de preuve.
Ainsi le mot : Faites ceci, ne se trouverait appliqué absolument qu'à ces paroles: Prenez, mangez, et les protestants perdraient leur cause.
Que s'ils disent, comme font quelques-uns des leurs, que ces paroles attribuées y/la réception du corps : « Faites ceci en mémoire de moi, » ont la même force que celles-ci, qui sont dites après le calice : « Toutes les foisque vous boirez, faites- « le en mémoire de moi, » l'un et l'autre ordonnant bien de faire en mémoire, et non pas de faire absolument, leur cause n'en sera que plus mauvaise, puisqu'ainsi il ne restera dans tout l'Evangile aucun précepte absolu de prendre aucune des espèces, loin qu'il y en ait un de prendre les deux.
Il ne leur sert de rien de répondre que l'institution de Jésus-Christ leur suffit, puisque la question revient toujours de savoir ce qui appartient à l'essence de l'institution, Jésus-Christ ne l'ayant pas distingué, et tous les exemples précédents démontrant invinciblement qu'il n'y a que la tradition dont on puisse l'apprendre.
S'ils ajoutent qu'en tout cas on ne se peut tromper en faisant ce qui est écrit, et ce que Jésus-Christ a fait ; c'est, avec une raison apparente, laisser la difficulté tout entière, puisque
» Luc-, kxii,13. — 2 1 Cor., Kl, 25.
d'un côté ils ont vu tant de choses qu'il fallait observer, quoiqu'elles ne soient point réglées dans l'Ecriture ; et que d'autre part ils en voient aussi un si grand nombre qui sont écrites, et que Jésus-Christ a faites , qu'on n'observe point, même parmi eux, sans qu'on trouve rien dans l'Ecriture qui puisse nous assurer qu'elles soient moins importantes que les autres.
Ainsi, sans le secours de la tradition, on ne saurait comment consacrer, comment donner, comment recevoir, ni, en un mot, comment célébrer le sacrement de l'Eucharistie, non plus que celui du baptême, et cette discussion nous peut aider à entendre avec combien de raison saint Basile a dit, qu'en rejetant la tradition non écrite, « on attaque l'Evangile même, et on en «réduit la prédication à de simples mots1,» dont on ne comprend point parfaitement le sens.
En effet, tous les raisonnements des ministres, visiblement ne produisent que de nouveaux embarras; et le seul moyen d'en sortir, c'est de rechercher, comme nous faisons, l'essence de l'institution de Notre-Seigneur, et l'intelligence certaine de son commandement dans la tradition et la pratique de l'Eglise.
Si donc elle a toujours cru que la grâce de l'Eucharistie n'était pas attachée aux deux espèces ; si elle a cru que la communion sous une ou sous deux espèces était salutaire; si les prétendus réformés ont suivi ce sentiment en un certain cas que l'Evangile ne marquait point, c'est à-dire à l'égard de ceux qui ne boivent pas du vin , quelle difficulté trouvera-t-on dans une chose réglée par des principes si certains et par une pratique si constante ?
Aussi voyons-nous que lacommunion sous une espèce s'est établie sans bruit , sans contradiction et sans plainte, de même que s'est établi le baptême par simple infusion, et tant d'autres coutumes innocentes.
La crainte qu'on eut de répandre le sang de Notre-Seigneur au milieu d'une multitude qui s'approchait de la communion avec beaucoup de confusion, fut cause que les fidèles „ persuadés de tout temps qu'une seule espèce suffisait, se réduisirent insensiblement à n'en prendre en effet qu'une seule.
On avait tant de peine à ne point répandre ce sang précieux dans les Eglises où il y avait peu de ministres , et dans les Eglises nombreuses , les précautions qu'il fallait apporter en le distribuant rendaient le service si long, surtout dans les grandes solennités et dans les grandes assemblées, que par là on se porta aisément à l'usage d'une seule espèce.
PRINCIPES FONDAMENTAUX, <*S,j
Dans la conférence tenue à c.onstantinople l'an certain qu'on n'en voit rien ni dans les lettre- de
1054, sous le pape saint Léon IX. entre les La- GrégoireXI, ni dans les deux conciles de Londres
tins et lesGrecs, te cardinal Humbert, évêque tenus parGuillaumedeCourtenayetparThomas
de Silva-Candida , met en fait une coutume de Arondel, archevêque de Canto béry; ni dans le
l'Eglise de Jérusalem, attestée par un passage concile d'Oxford, célébré par le même Thomas
d'un ancien patriarche de cette Eglise*. Cette sous Grégoire XII * ; ni dans le concile romain!
Coutume était de communier tout le peuple sous sons Jean XIII ; ni dans un troisième concile de
l'espèce du pain, seule cl séparée, sans la mêler Londres, sons le même Pape 2; ni dans le con-
avec l'autre, selon la pratique du reste de cile de Constance; ni enfin dans tous les conciles
l'Orient Là il est marqué expressément qu'on et dans tous les décrets, où se trouve la condam-
réservail ce qui demeurait du pain sacre de l'Eu- nation de cet hérésiarque et le dénombrement
charistie pour la communion du lendemain, de ses erreurs: par OÙ il parait (pie on il n'a
sans qu'on j parie en aucune sorte du sacré ca- pas insisté sur celle-ci, ou qu'on n'en a pas l'ait
lice : et la coutume en était si ancienne dans cette grand bruit.
Eglise, qu'on l'y rapportait aux apôtres. Je veux Calixte convient a^ec /Eneas Silvius, auteur
que ceux de Jérusalem se trompassent en cela, voisin de ces temps, qui a écrit cette histoire,
puisqu'il n'\ a que les coutumes autant univer- que le premier qui remua cette question fut un
selles qu'immémoriales qui, selon la règle de nommé Pierre Dresde, maître d'école de Pra-
l'Eg lise, doivent être rapportées à ce principe; gue '. D se servait contre nous de l'autorité du
mais toujours voit-on par là l'antiquité de cette passage de saint Jean : « Si vous ne mangez la
coutume. Elle était reçue dans la cité sainte , cl «chair du Ris de l'homme, et ne buvez son
dans toute la province qui en dépendait, à ce qo « Bang, vous n'aurez point la vie en vous. » Ce
pose le cardinal. Nicétas Pectoratus, sonanta- passage persuada Jacobel de Lisnie, qui révolta
goniste, ne le contredit point : tout l'univers contre l'Eglise toute la Bohême, vers la fin du
accourait à Jérusalem, et allait avec un .saint cm- XIVe siècle. H lui suivi de Jean Uns, aucom-
pressement communier dans les lieux où les mencement du XV.° ; et la querelle qu'on nous
mystères de notre saint s'étaient accomplis. Ce fait sur les deux espèces n'a pas une plus h;t
fut sans doute cette multitude immense de coin- origine.
muniants, qui fit embrasser l'usage decommu- Encore faut-U remarquer que Jean Uns n'osa
nier sous une espèce : personne ne s'en est pas dire d'abord que la communion sous les deux
plaint; et le cardinal Humbert, qui parait ému espèces fût nécessaire : « Il lui suffisait qu'on lui
du mélange, ne dit rien sur la communion d'une «avouât qu'il était permis et expédient de la
seule espèce. a donner ; mais il n'en déterminait pas la néecs-
Plusieurs raisons nous font penser que l'usage « site. » tant il était établi qu'en effet il n'y en
d'une seule espèce commença dans les grandes aN;l'' aucune,
tètes à cause de la multitude <\c<, communiants : Quand on change des coutumes essentielles,
et, quoi qu'il en soit, il est certain que le peuple l'esprit de la tradition, toujours vivant dans l'E-
se réduisit sans aucune peine à cette manière de ghse, ne manque jamais d'exciter de la résis-
communier, par l'ancienne foi qu'il avait qu'on tance. Les ministres, avec tous leurs grands rai-
recevait sous une seule et sous toutes les deux sonnemenls, ont peine encore à accoutumer
espèces la même substance dr. sacrement, et le leurs peuples à voir mourir leurs enfants sans
même effet de la grâce. baptême; et, malgré l'opinion qu'ils leur ont
La marque la plus certaine qu'une coutume mise dans l'esprit que le baptême n'est pas neest tenue pour libre, c'est quand on la change cessaire à salut, ils ne peuvent empêcher le sans trouble. Ainsi quand on a cessé ou de coin- trouble que leur cause un si funeste événement, munier les petits enfants, ou de les baptiser par ni presque retenir les pères qui veulent absoluimmersion, personne ne s'en est ému; on s'est ment qu'on baptise leurs enfants dans cette néréduit de la même sorte à communier sous une cessité, suivant l'ancienne coutume. Je l'ai vu espèce, et il y avait plusieurs siècles (pie le peu- par expérience, et on le peut avoir remarqué pie ne communiait que de celle manière, quand dans ce que j'ai rapporté de leurs synodes : tant les Bohémiens s'avisèrent de dire qu'elle était il est vrai que la coutume qu'une tradition immauvaise. mémoriale et universelle a imprimée dans les
Je ne vois pas même que Viclef, leur premier esprits comme nécessaire a une force invincible;
maître, quelque téméraire qu'il fût, ait condam- et, loin qu'on puisse éteindre un tel sentiment
né cette coutume de l'Eglise ; du moins est-il dans toute l'Eglise, on a peine même à l'étein-
i Disp. HumO.caid., apud Bar., App., tom. xi. * Tom. XI, Cunc. — ; Tom. xu, Conc. — 3 Nuin. 24, 25.
dre parmi ceux qui le contredisent de propos qui avait, contre son avis, établi la communion
délibéré. Si donc la communion d'une seule es- sous les deux espèces, et qui semblait, disait-il,
pèce a passé sans contradiction et sans bruit, mettre toute la Réforme dans ces choses de
c'est, comme nous avons dit, que tous les Chré- néant l.
tiens, dès l'origine du christianisme, étaient II dit même ces insolentes paroles dans le traité
nourris dans cette foi, que la même vertu était qu'il publia en 1523, sur la formule de la Messe :
répandue dans chacune des deux espèces, et « Si un concile ordonnait ou permettait les deux
qu'on ne perdait rien de substantiel lorsqu'on espèces, en dépit du concile, nous n'en pren-
n'en prenait qu'une seule. drions qu'une, ou ne prendrions ni l'une ni l'au-
II n'a fallu fane aucun effort pour faire entrer tre, et maudirions ceux qui prendraient les deux
les fidèles dans ce sentiment. La communion en vertu de cette ordonnance : » paroles qui
des enfants , la communion des malades , la font assez voir que lorsque lui et les siens se
communion domestique, la coutume de commit- sont depuis tant opiniâtres aux deux espèces,
nier sous une ou sous deux espèces indifférem- c'est plutôt par esprit de contradiction, que par
ment dans l'Eglise même et dans les saintes as- un sérieux raisonnement,
semblées, et enfin les autres choses que nous En effet, il approuva la même année les lieux
avons vues, avaient naturellement inspiré ce communs de Mélanchton, où il range parmi les
sentiment à tous les fidèles dès les premiers choses indifférentes la communion sous une ou
temps de l'Eglise. sous deux espèces. En 1528, dans la Visite de la
Ainsi, quand Jean de Pekam, archevêque de Saxe 2, il laisse positivement la liberté de n'en
Cantorbéry, au XIIIe siècle, fit enseigner à son prendre qu'une seule, et persiste encore dans ce
peuple avec tant de soin, « que sous la seule es- sentiment en 1533, quinze ans après qu'il se fut
« pèce qu'on leur distribuait, ils recevaient Je- érigé en réformateur.
« sus-Christ tout entier », » la chose passa sans Tout le parti luthérien suppose qu'on ne perd
peine, et personne ne le contredit. rien d'essentiel ni de nécessaire au salut, quand
Et ce serait chicaner de dire que ce grand soin on manque de communier sous les deux espèces, fait voir qu'on y trouvait de la répugnance, puis- puisque dans Y Apologie de la Confession d'Augsque nous avons déjà vu que Guillaume, évèque bourg, pièce aussi authentique dans ce parti que de Châlons, et Hugues de saint Victor, pour ne la Confession d'Augsbourg elle-même, et égalepoint à présent remonter plus haut,avaient con- ment souscrite par tous ceux qui l'ont embrasstamment enseigné, plus décent ans avant lui, sée, il est expressément porté « que l'Eglise est la même doctrine, sans que personne y eût rien digne d'excuse, de n'avoir reçu qu'une seule estrouvé de nouveau ni d'étrange, tant elle entre pèce, ne pouvant avoir les deux : mais qu'il naturellement dans les esprits. Nous voyons, en n'en est pas de même des auteurs de cette injustout temps et en tous lieux, la charité pastorale lice. » Quelle idée de l'Eglise qu'on nous représoigneuse de prévenir jusqu'aux moindres pen- sente forcée avant Luther à ne recevoir que la sées que l'ignorance pouvait faire tomber dans moitié d'un sacrement, par la faute de ses pasl'esprit des peuples. Et enfin, c'est un fait con- teurs! comme si les pasteurs n'étaient pas euxstant, qu'il n'y a eu ni plainte, ni contradiction mêmes, par l'institution de Jésus-Christ, une sur cet article durant plusieurs siècles. partie de l'Eglise. Mais enfin jl paraît par là, de
J'avance même, sans crainte, qu'aucun de l'aveu des luthériens, que ce que perdit l'Eg lise,
ceux qui ont cru la réalité n'a jamais révoqué selon eux, n'était pas essentiel, puisqu'il ne peut
en doute de bonne foi cette intégrité, pour ainsi jamais être excusable ni tolérable de recevoir
parler, de la personne de Jésus-Christ sous cha- les sacrements de qui que ce soit contre l'es-
que espèce, puisque ce serait donner un corps sence de leur institution, et que la droite admi-
mort que de donner un corps sans sang et sans nistration des sacrements n'est pas moins essen-
âme, chose qui fait horreur à penser. tielle à l'Eglise que la pure prédication de la
De là vient qu'en croyant la réalité, on est porté parole. à croire la pleine suffisance de la communion Calixte, qui nous rapporte avec soin tous ces sous une espèce. Nous voyons aussi que Luther passages3, excuse Luther, et les premiers auétait tombé naturellement dans celte pensée; et teurs de la Réformation, sur ce que l'ayant enlongtemps après qu'il se fut ouvertement révolté treprise (voici un aveu mémorable, et un digne contre l'Eglise, il est certain qu'il tenait encore commencement de la Réforme), « sur ce que,» la chose pour indifférente, ou du moins pour dit Calixte, « ses premiers auteurs l'ayant enpeu importante, censurant grièvement Carlostad
* ' Episl. Luth, ad Gasp. Gyllol. ,tom. n, epist. 56. — 5 Visit. Sax.
1 C'cnc. Laraldh., cap. 1, tom, x', Conc, col. 1159. tom. vi. Jen. —'■> Num. 193.
{reprise plutôt par ta violence d'autnd que de duretranchement delà coupe1, on, quoiqu'il nous
■ leur propre volonté, » c'est-à-dire plutôt par donne pour indubitable tout ce qu'il lui plait d'y espi il de contradiction que parmi amour sincère débiter, il nous sera aisé de lui (aire voir presde la vérité, ■ ils ne purent pas au commence- que autant de faussetés qu'il a raconté de laits.
nient découvrir la nécessité du précepte de Dne dit rien de nouveau sur les Evangiles et
■ communier sous les deux espèces ni rejeter la sur les Epttres de saint Paul, dont nous avons i coutume. » Voila ce que dit Calixte : et il ne assez parlé. Du siècle des apôtres, il passe aux voit pas combien il détruit lui-même l'évidence siècles suivants, où il montre sans peine que l'uqu'il attribue à ce précepte, en le taisant voir sage des deux espèces était ordinaire *. Mais il ignoré par les premiers hommes de la nouvelle s'est bientôt aperçu qu'il ne ferait rien contre Réforme, et par ceux qu'on y croit choisis de nous, s'il n'en disait davantage : car il sait bien Dieu pour cet ouvrage. N'auraient-ils pas aperçu que nous soutenons que, lors même que les une chose que Calixte trouve si claire fou Calixte deux espèces étaient en usage, on ne les croyait n'en a-i-il pas trop dit, quand il nous donne pas si nécessaires qu'on ne communiât aussi
pour si clair ce qui n'est point aperçu par de tels souvent et aussi publiquement sous une seule,
docteurs ! sans que personne s'en plaignit. Pour nous ôler
Mais pour ne plus parler d'eux. Calixte lui- cette défense, et dire quelque chosede concluant,
même, ce Calixte qui a tant écrit contre la coin- il ne suffisait pas d'assurer que l'usage des deux
inunion sous une espèce, à la lin du même espèces était ordinaire; il fallait encore assurer
traité où il l'a combattue ' . bien éloigné de nous qu'on le regardait connue indispensable, et que
en parler comme d'une chose où il B'agisse du jamais on ne communiait d'une autre sorte.
salut, déclare qu' « il n'exclut pas du nombre Jurieu a senti qu'il le fallait dire : il l'a dit en
« des Mais fidèles nos ancêtres, qui ont coin- effet, mais il n'a pas même tenté de le prouver,
« munie sous une espèce il y a plus de cent tant il a désespéré d'\ réussir. Seulement, par
« cinquante ans, » et ce qui est bien plus rc- une hardie et véhémente affirmation, il a cru
marquable, «ceux qui j communient encore pouvoir suppléer au défaut de la preuve qui lui
« aujourd'hui, ne pouvant mieux taire '•' ; » et manque :« C'est, » dit-il, «un faitd'une notoriété
conclut en général que tout ce qu'on pense ou « publique, et qui n'a pas besoin de preuve;
ce qu'on pratique sur ce sacrement ne peut « c'est une affaire qui n'est pas contestée, s Ces
être un obstacle au salut, ni une matière légi- manières affirmatives imposent; les prétendus
time de division, à cause «pie la réception de ce réformés en croient un ministre sur sa parole, et
sacrement n'est pas d'une obligation essentielle, ne peuvent s'imaginer qu'il leur ose dire qu'une
Que ce principe de Calixte soit vrai et que sa chose ne soit pas contestée, quand en effet elle
conséquence en soit bien tirée, ce n'est pasde l'est. Cependant c'est la vérité qu'il n'y a rien
quoi il s'agit. C'est assez que cet ardent délèn- non-seulement de plus contesté, mais encore de
seur des tleux espèces soit obligé à la fin de cou- plus Eaux, que ce que M. Jurieu nous donne ici
venir qu'on se peut sauver dans une Eglise où pour incontestable, et comme également avoue
on n'en reçoit (prune seide ; par où il est obligé dans les deux partis.
à reconnaître, qu'on peut taire son salut hors de Mais considérons ces paroles dans toute leur la vraie Eglise, ce qu'assurément il ne dira pas ; suite. « C'est, » dit-il « une affaire qui n'est pas OÙ ce qu'il dira aussi peu, que la vraie Eglise contestée. Durant l'espace de plus de mille ans. peut demeurer telle en manquant d'un sacre- dans l'Eglise, personne n'avait entrepris de cément; ou, ce qui est plus naturel, et ce qu'en lébrer ce sacrement, et de faire communier les effet nous disons, que la communion des deux fidèles autrement que le Seigneur ne l'avait espèces n'est pas essentielle à celui de l'Eucha- commandé, c'est-à-dire sous les deux espèces ; rislie. excepté que pour faire communier plus facile-
Voilà à quoi aboutissent ces grandes disputes ment les malades, quelques gens s'étaient avisés
contre la communion sous une espèce : et après de tremper le pain dans le vin, et de faire rece-
avoir épuisé toute sa subtilité, on en vient enfin, voir l'un et l'autre signe en même temps 3.»
par tous ces efforts, à reconnaître tacitement ce La proposition et l'exception ne sont faites ni
qu'on a tâché de combattre par des traités si l'une ni l'autre de bonne foi.
étudiés. La proposition est que, durant l'espace de plus
Dans le dernier traité que M. Jurieu a mis au de mille ans, personne n'avait entrepris de celé.
jour, il se proposede faire un. Abrégé de V histoire hier ce sacrement ni de le donner autrement
' Visil. Sax., tom. vi Jen., n.200. Desider. Paris, n. 4. — 2 De ' Examen de l'Euchar., 6« traité, 5" sect. — 3 Examen , p. 473.
rommunione sub ulraquespecie, a. 200, et Jud., n. 76. — ! Jb., p. 463.
que sous les deux espèces. Il confond d'abord comme il fait, que, durant plus de mille ans, on
deux choses bien différentes, célébrer ce sacre- n'a jamais donné la communion que sous les
ment et le donner. On n'a jamais célébré que deux espèces, il a bien senti qu'il fallait du moins
sous les deux espèces; nous en convenons, et excepter la communion des malades. Il le vou-
nous en avons dit la raison, tirée de la nature du lait faire naturellement, mais en même temps il
sacrifice : mais qu'on n'ait jamais donné que les a vu que, par cette seule exception, il perdait le
deux espèces, c'est de quoi on dispute; et le bon fruit d'une proposition si universelle, et que
ordre, pour ne pas dire la. bonne foi, ne permet- d'ailleurs il n'y avait aucune apparence que l'an-
tait pas qu'on, mît ensemble ces deux choses cienne Eglise ait envoyé les mourants au juge-
comme également incontestables. ment de Jésus-Christ, après une communion
Mais ce qui ne se peut souffrir, c'est qu'on faite contre son commandement. Ainsi il n'a osé
avance que, durant plus de mille ans, on n'ait dire ce qui lui était d'abord venu dans l'esprit,
jamais donné la communion que sous les deux et il est tombé dans un embarras visible,
espèces, et encore que ce soit une chose « de no- Enfin, pourquoi ne parle-t-il que de la com-
toriété publique, une chose qui n'a pas besoin munion des malades? D'où vient qu'il n'a rien
de preuve, une chose qui n'est point contestée. » dit dans ce récit de la communion des petits
Il faudrait respecter la foi publique, et ne pas enfants, et de la communion domestique, qu'il
abuser de ces grands mots. M. Jurieu sait bien sait bien que nous alléguons toutes deux, comme
en sa conscience que nous contestons tout ce faites sous une seule espèce? Pourquoi dissimule-
qu'il dit ici : les seuls titres des articles de la t-il ce que nos auteurs ont soutenu, ce que j'ai
première partie de ce discours font assez voir prouvé après eux par les décrets de saint Léon et
combien il y a d'occasions où nous soutenons de saint Gélase, qu'il était libre de communier
qu'on donnait la communion sous une espèce; sous une ou sous deux espèces, je dis à l'Eglise
je ne suis pas le premier à le dire, à Dieu ne même, et au sacrifice public? M. Jurieu a-t-il
plaise! et je ne fais qu'expliquer ce qu'ont dit ignoré ces choses, pour ne rien dire du reste ?
devant moi tous les Catholiques. A-t-il ignoré l'office du vendredi saint, et la com-
Mais y a-t-il rien de moins sincère que de munion qu'on y faisait sous une seule espèce?
n'apporter ici d'exception à la communion or- Un homme aussi instruit n'a-t-il pas suce qu'en
dinaire, que la communion des malades, et en- ont écrit Amalarius et les autres auteurs du
core de n'y trouver de la différence qu'en ce VIIIe et du IXe siècle, que nous avons rapportés ?
qu'on y mêlait les deux espèces? Puisque M. Ju- Savoir ces choses, et poser comme un fait non
rieu voulait rapporter ce qui n'est pas contesté contesté que, « durant plus de mille ans, jamais
par les Catholiques, il devait parler autrement. « on n'a donné la communion que sous les deux
Il sait bien que nous soutenons que la commu- « espèces, » n'est-ce pas trahir manifestement
nion des malades consistait, non à leur donner la vérité et sa propre conscience?
les deux espèces mêlées, mais à leur donner Les autres auteurs de sa communion qui ont
ordinairement la seule espèce du pain. Il sait écrit contre nous, agissent de meilleure foi. Ca-
bien ce que disent nos auteurs sur la communion lixte, M. du Bourdieu et les autres, tâchent de
de Sérapion, sur celle de saint Ambroise, sur les répondre à ces objections que nous leur faisons,
autres que j'ai marquées, et qu'en un mot nous M. Jurieu prend une autre voie et se contente de
disons que la manière ordinaire de communier dire hardiment : « que, durant plus de mille ans,
les malades était de les communier sous une on n'a jamais entrepris de faire communier les
espèce. C'en est déjà trop, d'oser nier un fait si fidèles autrement que sous les deux espèces, et
bien établi; mais de pousser la hardiesse jusqu'à que la chose n'est pas contestée. » C'est le plus
dire que le contraire n'est pascontesté, je ne sais court et c'est le plus sûr, pour tromper les sim-
commenl M. Jurieu a pu s'y résoudre. pies ; mais il faut croire que ceux qui aimeront
Mais que veut-il dire, lorsqu'il assure comme leur salut ouvriront les yeux, et ne souffriront
une chose que nous ne contestons pas, que « ja- pas qu'on leur en impose davantage,
mais, durant l'espace de plus de mille ans, on II ne reste à M. Jurieu qu'un seul refuge : c'est
n'a donné la communion que sous les deux es- de dire que ces communions, qu'on faisait si
pèces, excepté dans la communion des malades, souvent dans l'ancienne Eglise sous une espèce,
où on les donnait toutes deux mêlées ensem- n'étaient pas le sacrement de Jésus-Christ, non
ble? » Quelle exception est celle-ci : « On a tou- plus que la communion qu'on donne dans ses
« jours donné les deux espèces, excepté quand églises, avec le pain seul à ceux qui ne boivent
<« on lcsadonnées mêlées ensemble ?» M. Jurieu pas de vin. En répondant de celte sorte, il rc-
a voulu mieux dire qu'il n'a dit; en assurant, pondra selon ses principes, je l'avoue; mais je
PRINCIPES FONDAMENTAUX. s",
soutiens, après tout «via. qu'il n'oserait se servir défendre sévèrement, quand on en abuse.
dfl cette réponse, ni imputer à l'ancienne Eglise Je crois que l'on voit assez la fausseté de l'Iiis-
cette monstrueuse pratique ou l'on donne an sa- toirc que nous t'ait M. Jurieu des premiers siècles
eiviii.nl qui n'en est pas un, cl une chose lui- «I.- l'Eglise, jusqu'à mille et onze cents ans : ce
maine dans la communion, qu'il nous dit SUT le reste n'est pas moins con-
ESn tout ca>, il fallait toujours, dans une bis- traire à la vérité,
toire telle qu'il l'avait promise, rapporter de8 laits .le n'ai pas besoin de parler delà manière dont
h Considérables. Il n'en dit pas nu mot dans son il raconte rétablissement de la présence réelle et
récit : je ne m'en étonne pas ; il n'aurait pu par- de la transsubstantiation durant le V siècle ' :
1er (le i.ml de laits importants sansiuonli erqu'il cela n'e-t pas de notre sujet, et d'ailleurs rien ne
y avait du moins sur ee point une grande con« nousnbligeà réfuter ce qu'il avance sanspreuve.
testalion entre eui cl nous : et il lui plaisait de Mais ce qu'il faut remarquer, c'est qu'il regarde
dire que « c'est une chose qui n'a pas besoin de la communion sons one espèce, comme une
■ preuve, et qui n'est pas contestée. • chose qui n'est venue qu'en présupposant la
Il est vrai (pie hors le lien dn récit, et en ré- transsubstantiation. À la lionne heure : quand pondant aux objections, il dit un mot de la com- on verra désormais, comme nous lavons t'ait m union qu'on taisait à la maison. Il se sauve, en Noir invinciblement, la communion sons mie esrépondant ' i qu'il n'est pas certain que ceux pèce, pratiquée dès les premiers siècles de l'Equi emportaient ainsi l'Eucharistie avec eux glise et dans le temps dès martyrs, on ne pourra n'emportassent pas aussi le vin. et que ee der- plusdouterque la transsubstantiation n'j ratdèsnier est beaucoup plus apparent. » Il n'est pas lors établie ; et M. Jnrien lui-même sera obligé certain: ce dernier est beaucoup plus apparent. d'a\oner celle conséquence. Mais revenons à la Un homme si afflrmatif se défie bien de sa cause, suite de son histoire. quand il parle ainsi; mais du moins, puisqu'il Q nous y montre la communion sous une esdoute, il ne doit pas dire «pie • c'est un lait sans pèce, comme une chose dont on s'avisa dans le contestation, qu'on n'a jamais entrepris durant XI0 siècle, après «pie la présence réelle et la plus de mille ans de communier les fidèles au- transsubstantiation lut bien établie: car on s'atrement que SOUS les deux espèces. » Voilà, dès perçut alors, dit-il3, « (pie sous une miette de les premiers siècles de l'Eglise, une inimité de pain, aussi bien que sous chaque goutte de vin, communions que lui-même n'a pas osé assurer étaient renfermés tonte la chair et tout le sang avoir été laites sous les deux espèces. C'était un de Notre-Seigneur. » Qu'en arriva-t-il? Ecoutons, abus, dit-il. .N'importe, il fallait rapporter le fait, « Cette mauvaise raison prévalut de telle inala question de l'abus viendrait après, et on ver. nière SUT l'institution du Seigneur, et sur la prarait s'il faut condamner tant de martyrs et tant tique de toute l'Eglise ancienne, que la coutume d'autres saints, et toute l'Eglise des premiers de communier sous la seule espèce du pain s'ésiècles, qui a pratiqué cette communion dômes- tablit insensiblement dans le XIIe et le XIII'' siètique. . cle. » Elle s'y établit insensiblement; tant mieux
M. Jurieu tranche le mot trop hardiment : « Y pour nous. Ce (pie j'ai ditest donc véritable, que
a-t-il de la bonne foi, » dit-il, « a tirer une preuve lespeuples se réduisirent sans contradiction et
d'une pratique opposée à celle des apôtres, que sans peine à la seule espèce du pain, tant ils
l'on condamne aujourd'hui, et qui passerait dans étaient prépares par la communion des malades,
l'Eglise romaine pour le dernier de tons les al- par celle des petits enfants, par celle qu'on fai-
lentals ? » sait à la maison, par celle qu'on faisait à l'Eglise
Ne fallait-il pas encore faire croire au monde même, et enfin par toutes les pratiques que nous que nous condamnons, avec lui et avec les siens, avons vues, à reconnaître une véritable et parla pratique de tant de saints, comme contraire à faite communion sous une espèce, celle des apôtres? xMais nous sommes bien éloi- C'est une chose fâcheuse pour nos réformés : gnés d'une si horrible témérité. M. Jurieu le ils ont beau vanter ces changements insensibles, sait bien ; et un homme qui nous vante tant la où ils mettent toute la défense de leur cause ; jaboune foi, en devait avoir assez pour remarquer mais ils n'ont produit et jamais ils ne produiront (ce que j'ai fait voir en son lieu) que l'Eglise ne aucun exemple de ceschangements dans les chocondamne pas toutes les pratiques qu'elle change; ses essentielles. Qu'on change insensiblement et que le Saint-Esprit, qui la conduit, lui fait et sans contradiction des choses indifférentes, il non-seulement condamner les mauvaises prali- n'y a rien en cela de fort merveilleux: mais, ques, mais encore en quitter de bonnes, et les comme nous avons dit, on ne change pas si ai-
» Emmcn., otc.sect. 7, p. 4S3, 434. » Sect. 0, p. 469. — 5 Ib., p 470.