‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 61 sur 313 · SS · texte numérisé non relu

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sèment la foi des peuples, ni les pratiques qu'on croit essentielles à la religion. Car alors la tradition, l'ancienne créance, la coutume même, et le Saint-Esprit qui anime le corps de l'Eglise, s'opposent à la nouveau lé. Quand donc on change sans peine et sans s'en apercevoir, c'est signe qu'on ne croyait pas la chose si nécessaire*.

M. Jurieu a vu cette conséquence ; et après avoir dit i que « la coutume de communier sous la seule espèce du vin s'établit insensiblement dans le XIIe et le XIIIe siècle, » il ajoute incontinent après : « Ce ne fut pourtant pas sans résistance : les peuples souffraient avec la dernière impatience qu'on leur ôtât la moitié de Jésus- Christ; on en murmura de toutes parts. » Il avait dit un peu au-dessus que ce changement, bien différent de ceux qui se « font d'une manière in- « sensible, sans opposition et sans bruit, s'était « fail » au contraire « avec éclat 2. » Ces messieurs content les choses comme il leur plaît : la difficulté présente les entraine ; et, pressés de l'objection, ils disent dans le moment ce qui semble les tirer d'affaire, sans trop songer s'il s'accorde, je ne dis pas avec la vérité, mais avec leurs propres pensées. La cause le demande ainsi, et il ne faut pas s'attendre qu'on puisse défendre une erreur d'une manière suivie. C'est l'état où s'est trouvé M. Jurieu. « Cette coutume, » dit-il, c'est-à-dire celle de communier sous une espèce, « s'établit insensiblement ; » il n'y a rien de plus tranquille. Ce ne fut pourtantpas sansrésistance, sans éclat, sans avoir la dernière impatience, sans murmurer de toutes parts; voilà une grande commotion. La vérité fait dire naturellement le premier, et rattachement à sa cause fait dire l'autre. En effet, on ne trouve rien de ces murmures universels, de ces extrêmes impatiences, de ces résistances des peuples ; et cela porte à établir un changement insensible. D'un autre côté, on ne veut pas dire qu'une pratique qu'on représente si étrange, si fort inouïe, si évidemment sacrilège, s'établisse sans répugnance et sans qu'on y prenne garde. Pour éviter cet inconvénient, il faut s'imaginer de la résistance, et si on n'en trouve pas, en inventer.

Mais encore, quel pouvait être le sujet de ces murmures si universels ? M. Jurieu nous en a dit sa pensée : mais en ce point, il ne s'est non plus accordé avec lui-même, que dans tout le reste. Ce qui causa ces murmures, « c'est, » dit-il 3, a que les peuples souffraient avec la dernière impatience qu'on leur ôtât la moitié de Jésus- Cluist. » A-t-il oublié ce qu'il vient de dire4, que la présence réelle leur avait fail voir que « sous chaque miette de pain étaient renfermés toute la

' Sect. 5, p. 470.— 2 10., p. 4^4.-3 Scct.5, p. 470. — « 10., p. 469

chair et tout le sang du Seigneur ? » Songe-t-il à ce qu'il va dire dans un moment 3, « que si la doctrinede la transsubstantiation et de la présence réelle était véritable, il est vrai que le pain renfermerait la chair et le sang de Jésus-Christ ? » Où était donc ici cette moitié de Jésus-Christ retranchée, que les peuples souffraient, selon lui, avec la dernière impatience ? Si on veut leur donner des plaintes, qu'on leur en donne du moins qui soient conformes à leurs sentiments, et qu'on les fasse vraisemblables.

Mais c'esl qu'en effet il n'y en eut point. Aussi M. Jurieu ne nous en fait-il paraître aucune dans les auteurs du temps. La première contradiction est celle qui donna lieu à la décision du concile de Constance, en l'an 1415. Elle commença en Bohême, ainsi que nous l'avons vu, sur la fin du XIVe siècle : et si, selon le récit de M. Jurieu, la coutume d'une seule espèce commence au XIe siècle, si on ne commence à s'en plaindre, et encore dans la Bohême toute seule, que vers la fin duXIVesiècle, de l'aveu de notre ministre, trois cents ans entiers se seront passés sans qu'aucun changement si étrange, si hardi, si nous l'en croyons, si visiblement opposé à l'institution de Jésus-Christ et à toute la pratique précédente, ait fait aucun bruit. Le croira qui voudra : je sais bien, pour moi, que pour le croire il faut avoir étouffé les reproches de sa conscience.

M. Jurieu en aura sans doute de se voir forcé par sa cause à déguiser la vérité en tant de manières, dans un récit historique, c'est-à-dire dans un genre de discours qui demande plus que tous les autres la candeur et la bonne foi.

Il ne propose pas même l'état de la question sincèrement. « L'état de la question, » dit-il 4, « est fort aisé à comprendre : » il le va donc dire nettement. Voyons. « On demeure d'accord, » poursuit-il, « que, quand on communie les fidèles, tant du peuple que du clergé, on est obligé de leur donner le pain à manger : mais on prétend qu'il n'en est pas de même de la coupe. » Il ne veut pas seulement songer que nous croyons la communion également valable et parfaite sous chacune des deux espèces. Vouloir, par l'état même de la question, donner à entendre que nous croyons plus de perfection ou plus de nécessité dans celle du pain que dans l'autre, ou que Jésus-Christ ne soit pas également dans toutes les deux, c'est vouloir nous rendre manifestement ridicules. Mais il sait bien que nous sommes très-éloignés de cette pensée ; et on a pu voir dans ce traité, que nous croyons la communion donnée aux petits enfants, durant tant de siècles, sous la seule espèce du vin, aussi vala-

' Sect. 6, p. 480. —2 Soct. 5, p. 464.

Me que celle qu'on a donnée en tant de rançon, très sous la seule espèce du pain. Ainsi M. Jurieu propose mal l'étal de la question. C'esl par où il entame la dispute sur les deux espèces : il la continue par une histoire, où nous avons vu qu'il avance aiiiaul de faussetés que de faits. Voilà celui que nos réformés regardent maintenant partout comme le plus ferme défenseur de leur

cause.

Si on ajoute aux preuves de faits que nous avons tirées de l'antiquité la plus pure et la plus sainte, el aux maximes solides que oous avons établies de l'aveu des prétendus réformés : si on ajoute, dis-je, à toutes ces choses ce que nous avons déjà dit, mais ce qu'on n'a peut-être pas assez pesé, que la présence réelle étant supposée,

on ne peut nier que charpie espèce ne contienne Jésus-Christ tout entier : la communion BOUS Une espèce demeurera sans difficulté, n'\ axant

rien de moins raisonnable que de faire dépendre la grâce d'un sacrement <>ù Jésus Christ a daigné cire présent, non de Jésus-Christ lui-même, mais des espèces qui l'enveloppent

Il faut ici que messieurs de la religion prétendue réformée nous permettenl de leur expliquer un peu plus à Coud celle concomitance tant attaquée par leur dispute : et puisqu'ils ont passé

la réalité comme une doctrine qui n'a aucun venin, ils ne doivent plus désormais avoir tant d'aversion pour une chose qui n'en est qu'une conséquence manifeste.

M. Jurieu l'a reconnu dans les endroits que nous avons remarqués. « Si, » dit-il ', « la doctrine de la transsubstantiation et de la présence réelle était véritable, il est vrai que le pain renfermerait et la chair el le sang de Jésus-Christ. » Ainsi la concomitance est une suite de la présence réelle : et les prétendus réformés ne nous contestent pas celle conséquence.

Qu'ils supposent donc, du moins un moment, cette présence réelle, puisqu'ils la supportent dans leurs frères les luthériens, el qu'ils en considèrent avec nous les suites nécessaires : ils verront que Noire-Seigneur n'a pu nous donner son corps et son sang perpétuellement séparés, ni nous donner l'un et l'autre, sans nous donner, en chacun des deux, sa personne tout entière.

Certainement, quand il a dit : « Prenez, man- « gez, ceci est mon corps, » et nous a donné par ces paroles la chair de son sacrifice à manger, il savait bien qu'il ne nous donnait pas la chair d'un pur homme; mais qu'il nous donnait une chair unie à la divinité, et, en un mot, la chair d'un Dieu et d'un homme tout ensemble. Il en faut dire de même de son sang, qui ne serait pas le

1 Ecamen., p. 480.

B. Tom. IV.

prix de notre salut, s'il n'était le sang d'un Dieu, sang que le Verbe divin s'était rendu propre d'une façon particulière en se faisant homme, conformément à celle parole de saint Paul : « Parce « que ses serviteurs sont composés de chair et de « sang ; lui qui a «lu en tout leur être semblable, « il a voulu participer à l'un et à l'autre l. »

Mais s'il n'a pas voulu nous donner dans son sacrement une chair purement humaine, il a ene moins voulu nous donner une chair sans >'^nv. une chah morte, un cadavre, ou par la même raison une chair dénuée desang, et un sang actuellement sépare du corps : autrement il lui faudrait souvent inouï il et souvent répandre son sang : chose Indigne «lu glorieux «laide sa résurrection, eu il devail éternellement oonerver la nature humaine aussi entière qu'il l'avait prise au commencement. De sorte qu'il

Bavait bien que dans sa chair nous aurions son sang, que dans son sang nous aurions sa chair; et (pie nous aurions dans l'un et dans l'autre son àme sainte avec sa divinité tout entière, sans laquelle sa chair ne sérail pas vivifiante, ni son sang plein d'esprit et de ^ràce.

Pourquoi donc, en nous donnant de si grands trésors, son àme sainte, sa divinité, tout ce qu'il est; pourquoi, dis-je, a-t-il nommé seulement son corps et son sang, si ci- n'est pour nous taire entendre que c'est par l'infirmité, qu'il a voulu avoir commune avec nous, que nous parvenons a sa force? Et pourquoi a-t-il séparé, dans sa

parole, ce COrpS el ce Sang, «pi'il ne voulait sépa-

rer effectivement «pie durant le peu de temps qu'il fut au tombeau, si ce n'est pour nous taire entendre aussi que ce corps et ce sang, dont il nous nourrit et nous \ivilie, n'en auraient point la vertu, s'ils n'avaient une l'ois été actuellement séparés, et si celte séparation n'avait causé au Sauveur la mort violente qui l'a rendu notre victime? Si bien (pie la vertu de ce corps et de ce sang venant de sa mort, il a voulu conserver l'image de celte mort, quand il nous les a donnés dans sa sainte Cène, el par une si vive représentation nous tenir toujours attachés à la cause de notre salut, c'est-à-dire au sacrifice de la croix. Selon celte doctrine, nous devions avoir, sous une image de mort, notre victime vivante, autrement nous ne serions pas vivifiés. Jésus-Christ nous dit encore à la sainte table : « Je suis vivant « mais j'ai été mort ';» et vivant en effet, je porte seulement sur moi l'image de la mort que j'ai endurée. C'est aussi par là que je vivifie, parce que, par la figure de ma mort une fois soufferte, j'introduis ceux qui croient à la vie que je possède éternellement.

lHtbr., a, 14, 17.— i Apoc, i, 18.

Ainsi l'Agneau qui est devant le trône, «comme a dit : Qui mange ma chair et boit mon sang, « mort, » ou plutôt « comme tué i, » ne laisse demeure en moi er moi en lui1, a dit aussi : Qui pas d'être vivant, « car il est debout ; » et il en- mange ce pain, aura la vle éternelle1, et envoie par toute la terre « les sept esprits de Dieu, core : Qui me mange vivra pour moi, et vivra « et il prend le livre, et il l'ouvre, » et il remplit par moi j; » par où il nous lie, non pas au mande joie et de grâce le ciel et la terre. ger et au boire de la sainte table, ou aux espèces

Nos réformés ne veulent pas ou ne peuvent qui enveloppent son corps et son sang , mais à

peut-être pas encore entendre un si liaut mys- sa propre substance, qui nous y est communi-

tère ; car il n'entre que dans les cœurs préparés quée, et avec elle la grâce et la vie.

par une foi épurée ; mais s'ils ne peuvent pas Ainsi ce passage de saint Jean, qui, comme

l'entendre, ils entendent bien du moins qu'on nous avons dit, a révolté Jacobel et soulevé toute

ne peut croire une présence réelle du corps et la Bohème, se tourne en preuve pour nous. Les

du sang de Jésus-Christ, sans admettre toutes prétendus réformés nous défendraient eux-mê-

les choses que nous venons d'expliquer; et ces mes, si nous le voulions, contre ce passage tant

choses ainsi expliquées, c'est ce qu'on appelle la vanté par Jacobel, puisqu'ils disent d'un commun

concomitance, accord, que ce passage ne s'entend pas de l'Eu-

Maisaussitôtquelaconcomitanceestsupposée. charistie. Calvin l'a dit 5, Aubertin l'a dit 6,

et qu'on a vu Jésus-Christ tout entier sous cha- tous le disent, et M. du Bourdieu le dit encore

que espèce, il est bien aisé d'entendre en quoi dans le traité que nous avons cité tant de fois 7.

consiste la vertu de ce sacrement. « La chair ne Mais, sans vouloir profiter de leur aveu, nous

« sert de rien 2 ; » et si nous l'entendons comme leur soutenons au contraire, avec toute l'anti-

saint Cyrille 3, dont le sens a été suivi par tout le quité, qu'un passage où la chair et le sang, aussi

concile d'Ephèse, elle ne sert de rien à la croire bien que le manger et le boire, sont si souvent

toute seule, à la croire de la chair d'un pur et si clairement distingués, ne peut s'entendre

homme; mais à la croù-e la chair d'un Dieu, une simplement d'une communion où manger et

chair pleine de divinité, et par conséquent « d'es- boire c'est la même chose, telle qu'est la com-

« prit et de vie, » elle sert beaucoup sans doute, inunion spirituelle et par la foi. C'est donc à

puisqu'en cet état elle est pleine d'une vertu in- eux, et non pas à nous, à se dépendre de l'au-

finie, et qu'en elle nous recevons, avec l'huma- torité d'un passage, où, s'agissant d'expliquer

nité tout entière de Jésus-Christ, sa divinitéaussi la vertu et le fruit de l'Eucharistie, on voit que

tout entière, et la source même des grâces. le Fils de Dieu les met non à manger et à boire,

C'est pourquoi le Fils de Dieu, qui savait ce ni dans la manière de recevoir son corps et son

qu'il voulait mettre dans son mystère, a bien su sang, mais dans le fond et dans la substance de

aussi nous faire entendre en quoi il en voulait l'un et de l'autre. C'est pourquoi les anciens

mettre la vertu. Il ne faut plus objecter ce qu'il Pères, par exemple saint Cyprien, lui qui ne

a dit dans saint Jean : « Si vous ne mangez la donnait très^certainement aux petits enfants que

«chair du Fils de l'homme, et ne buvez son le sang tout seul, comme nous l'avons vu si

« sang, vous n'aurez point la vie en vous 4. » Il précisément dans son traité De lapsis, ne laisse

veutdire visiblement, qu'iln'y apoint de vie pour pas de dire, au même traité, que leurs parents,

ceux qui se séparent de l'un et de l'autre ; car, qui les mènent aux sacrifices des idoles, les pri-

au reste, ce n'est pas manger et boire qui don- ventdu «corps et du sang de Notre-Seigneur; »

nent la vie, c'est recevoir Jésus-Christ. Jésus- et enseigne encore dans un autre endroit 8,

Christ le dit lui-même, et comme remarque ex- qu'on accomplit actuellement sur tous ceux qui

cellemment le concile de Trente5, trop injuste- ont la vie, et par conséquent sur les enfants,

ment calomnié par nos adversaires : « Celui qui en ne leur donnant que le sang, ce qui est porté

a dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de par cette parole : « Si vous ne mangez ma chair

l'homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez pas « et ne buvez mon sang, vous n'aurez pas la vie

la vie en vous6, a dit aussi : Si quelqu'un mange « en vous 9. » Saint Augustin dit souvent la

de ce pain, il aura la vie éternelle7. Et celui même chose, quoiqu'il ait vu et pesé dans une

qui a dit : Quiconque mange ma chair et boit de sesEpitres l'endroit de saint Cyprien où il est

mon sang a la vie éternelle8, a dit aussi : Lb parlé de la communion des enfants par le sang

pain que je donnerai est ma chair, que je don- seul, sans avoir rien trouvé d'extraordinaire

nerai pour la vie du monde9. Et enfin celui qui dans cette manière de les commuuier 10; et qu'on

1 Apoc, v, 6. — 'Joan., vi. 6t.— * Cyril., 1, îv, in Joan., cap. 2. * lb., 57. — » lb., 59. — * 76., 58. — * Calv. Inst., vr, etc. —

Id., Analh., xi; Oj e. Epk., p. i, tom. m ; Conc. Lab., col. 408 et • Aubrt.. lib. i, De suer. Ench., cap. 'JO, etc, — 6 Rà >., c. G, p 20!.-

*eq. — ' Joan., vi, 5(. — * Sess. 21, cap. 1. — * Joan., vi, 51. — — ' Itst. ad Qutrin., 1, m, c. 25, 26, p. 314. — * Joan , VI, 51. —

' lb., 52. — ' lb., 55. — ' lb., 5.'. » Aug., epist. 98, n. 3, 4, tom. n.

ne doive pas douter que L'Eglise d'Afrique, "ii saint Augustin était évoque, n'eût retenu la tradition que saint Cyprien, un si grand martyr, évoque de Cartnage ci primat d'Afrique, lui avait laissée, C'est qu'au fond le corps el Le sang se prennent toujours ensemble, pane que, encore que les espèces qui contiennent particulièrement l'un ou l'autre, en vertu de l'institution, se prennent séparément, leur substance ne se peut non plus séparer que leur vertu el leur -race : de sorte que les enfants, en ne buvanl que le sang, ne reçoivent pas seulement tout le fruit essentiel de l'Eucharistie, mais encore toute la substance de ce sai rement, et en un mot une communion actuelle et parfaite.

Toutes ces choses font assez voir la raison qu'on a eue» de croire que la communion suis une ou sous deux espèces, comprenait avec la substance de ce Bacremenf tout son effet essentiel. La pratique de tous les siècles, qui l'a ainsi expliqué, a sa raison, el dans le fond du mystère, et dans les paroles mêmes de Jésus- Christ, et aucune coutume n'est appuyée suides fondements plus solides, ni sur un u plus constant.

Je ne m'étonne pas que nos réformés, qui ne reconnaissent que de simples situes dans le pain el dans le vin de leur cène, s'attachent a le avoir tous deux; mais je m'étonne qu'ils ne veuillent pas entendre qu'en mettant, comme nous faisons, Jésus-Christ entier sous chacun des sacrés symboles, nous pouvons nous contenter de l'un des deux.

M. Jurieu nous objecte que, supposé la présence réelle, on recevrait à la vérité le corps et le sang sous le pain seul; mais que cela ne suffirait pas, parce que ce serait bien recevoir le sang, « mais non pas le sacrement du sang; » ce serait recevoir Jésus-Chris! « tout entier « réellement, mais non pas sacramentellement, « comme on parle *. » Est-il possible qu'on croie que ce ne soit pas assez à un Chrétien de recevoir Jésus-Christ entier? N'est-ce pas, dans un sacrement où Jésus-Christ veut être en personne, pour nous apporter avec lui toutes ses grâces, mettre la vertu de ce sacrement plutôt dans les signes dont il se couvre, que dans sa propre personne qu'il nous y donne tout entière, contre ce qu'il dit lui-même desa propre bouche : « Qui mange de ce pain aura la vie éternelle; » et : « Uni me mange vivra pour moi, et par moi, « comme moi-même je vis pour mon Père et « par mon Père 2? »

Que si M. Jurieu soutient, malgré ces paroles,

• Etamen, tom. vi, sect. 6, p. 480, 481. — • Joat., vr, 02, 58.

qu'il ne suffit pas d'avoir Jésus Christ, si nous n'avons dans le sacrement de son corps et de son sang l'image parfaite de sa mort ; comme il ne fait en cela que répeter une objection dé i éclaircie, je le renvoie aux réponses que j'ai faites à cet aigumenl, el aux exemples incontestables que j'ai rapportés ', pour montrer que, du propre aveu de ses Eglises, quand on a la Substance d'un sacrement, la dernière perfection de la signification n'est plus nécessaire. Que si ce principe est vrai, même dans les sacrements OU JéSUS-Christ n'est pas contenu réellement et en sa substance, comme dans celui du baptême : combien plus est-il certain dans l'Eucharistie, ou JéSUS-Christ est présent en sa personne? et qu'est-ce que peut désirer celui qui le possède tout entier?

Mais enfin, dira-t-on, il ne faut pas tant raisonner sur des paroles expresses. Puisque c'est votre sentiment que le chap. VI de saint Jean se doit entendre de l'Eucharistie, vous ne pouvez vous dispenser de le pratiquer à la lettre, et de donner le sang à boire aussi bien que le corps à manger, après que Jésus-Christ a prononce également de l'un et de l'autre : « Si « vous ne mangez mon corps et ne buvez mon a sang, vous n'aurez pas la vie en vous-mêmes. »

Fermons une fois la bouche à ces esprits opiniâtres et contentieux, qui ne veulent pas entendre ces paroles de Jésus-Christ par toute leur

suite. Je leur demande d'où \ient que par ces

paroles ils ne croient pas la communion absolument nécessaire au salut de tous les hommes, et même des petits enfants nouvellement baptisés. S'il ne faut rien expliquer, donnons-leur la communion aussi bien qu'aux autres; et s'il faut expliquer, expliquons le tout par la même règle. Je dis par la même règle, parce que le même principe et la même autorité, dont nous apprenons que la communion en général n'est pas nécessaire au salut de ceux qui ont reçu le baptême, nous apprennent que la communion particulière du sang n'est pas nécessaire à ceux qui ont déjà participé à celle du corps.

Le principe qui nous fait voir que la communion n'est pas nécessaire au salut des petits enfants baptisés, c'est qu'ils ont déjà reçu la rémission des péchés et la vie nouvelle dans le baptême, puisqu'ils y ont été régénérés et sanctities : de sorte que, s'ils périssaient faute d'être communies, ils périraient avec l'innocence et la grâce. Le même principe fait voir que celui qui a reçu le pain de vie, n'a pas besoin de recevoir le sang sacré; puisque, comme nous l'avons souvent démontré, avec le pain de vie

3Sup., paît, u, art. 11.

il a reçu toute la substance du sacrement, et avec elle toute la vertu essentielle à l'Eucharistie.

La substance de l'Eucharistie c'est Jésus-Christ même : la vertu de l'Eucharistie est de nourrir l'âme, y entretenir la vie nouvelle qu'elle a reçue au baptême, confirmer son union -avec Jésus-Christ, et remplir jusqu'à nos corps de sainteté et de vie : je demande si, dès le moment qu'on reçoit le corps de Notre-Seigneur, on ne reçoit pas tous ses effets, et si le sang y peut ajouter quelque chose d'essentiel.

Voilà ce qui regarde le principe : venons à ce qui regarde l'autorité.

L'autorité qui nous persuade que .la communion n'est pas autant nécessaire au salut des petits enfants que le baptême, c'est l'autorité de l'Eglise. C'est en effet cette autorité qui porte avec elle, dans la tradition de tous les temps, la vraie intelligence de l'Ecriture; et comme cette autorité nous a appris que celui qui est baptisé ne manque d'aucune chose nécessaire à son salut, elle nous apprend aussi que celui qui reçoit une seule espèce ne manque d'aucune des choses que l'Eucharistie nous doit apporter: c'est pourquoi on a communié, dès les premiers temps, ou sous une ou sous deux espèces, sans croire rien hasarder de la grâce qu'on doit recevoir dans ce sacrement.

Ainsi, quoiqu'il soit écrit : « Si vous ne man- « gez mon corps et ne buvez mon sang, vous « n'aurez pas la vie * ; » de même qu'il est écrit: « Si on est régénéré de l'eau et du Saint-Esprit, « on n'entre pas dans le royaume 2; » l'Eglise n'a pas entendu une égale nécessité dans ces deux sentences : au contraire, elle a entendu que le baptême, qui donne la vie, est plus nécessaire que l'Eucharistie, qui l'entretient. Mais comme la nourriture suit toujours de près la naissance, si l'Eglise ne se sentait enseignée de Dieu, elle n'oserait refuser longtemps aux Chrétiens régénérés par le baptême la nourriture que Jésus-Christ leur a préparée dans l'Eucharistie. Car Jésus-Christ ni les apôtres n'en ont rien ordonné qui soit écrit. L'Eglise a donc appris par une autre voie, mais toujours également sûre, ce qu'elle peut donner ou ôtersans faire tort à ses enfants; et ils n'ont qu'à se reposer sur sa foi.

Que nos adversaires ne pensent pas éviter la force de cet argument, sous prétexte qu'ils n'entendent pas comme nous ces deux passages de l'Evangile. Je sais bien qu'ils n'entendent ni du baptême d'eau le passage où il est écrit : « Si « vous n'êtes régénérés de l'eau et du Saint-Esk prit; » ni du manger et du boire de l'Eucha-

1 J',an., vi, &i. —2 Jd. iu,6.

ristie, celui où il est écrit : « Si vous ne mangez « et ne buvez; » ainsi ils ne se sentent non plus obligés par ces passages à donner l'Eucharistie, que le baptême aux petits enfants. Mais, sans les presser sur ces passages, faisons-leur seulement cette demande : ce précepte : Mangez ceci, et : Buvez-en tous, que vous croyez si universel, comprend-il les petits enfants baptisés ? S'il comprend tous les Chrétiens, quelle parole de l'Ecriture a excepté les enfants? Ne sont-ils pas Chrétiens? Faut-il donner gain de cause aux anabaptistes, qui disent qu'ils ne le sont pas, et condamner toute l'antiquité, qui les a reconnus pour tels? Mais pourquoi les exceptezvous d'un précepte si général, sans aucune autorité de l'Ecriture? En un mot, sur quel fondement votre discipline a-t-elle fait cette loi précise * : « Les enfants au-dessous de douze ans ne seront admis à la Cène; mais au-dessus, il sera à la discrétion des ministres, etc. ? » Vos enfants ne sont-ils pas Chrétiens avant cet âge? Les remettez-vous à ce temps, à cause que saint Paul a dit : « Qu'on s'éprouve, et ainsi « q 'on mange 2 ? » Mais nous avons déjà vu qu'il n'est pas écrit moins précisément : « Ente seignez et baptisez 3. » « Qui croira et sera « baptisé 4. » « Faites pénitence, et recevez le « bap.ème 5 : » et si votre Catéchisme interprète que « cela doit être seulement en ceux « qui en sont capables 6, » pourquoi n'en dirat-on pas autant de l'épreuve recommandée par l'Apôtre? En tout cas, l'Apôtre ne décide pas quel est l'âge propre à cette épreuve. On est en âge de raison avant douze ans ; on peut avant cet âge, et pécher, et pratiquer la vertu : pourquoi dispensez-vous vos enfants d'un précepte divin dont ils sont capables? Si vous dites que Jésus-Christ a remis cela à l'Eglise, montrez-moi cette permission dans l'Ecriture ; ou croyez avec nous que tout ce qui est nécessaire pour entendre et pratiquer l'Evangile n'est pas écrit, et qu'il faut s'en reposer sur l'autorité de l'Eglise. Saint Basile nous avertit que ceux qui méprisent les traditions non écrites méprisent en même temps jusqu'à l'Ecriture, qu'ils se vantent de suivre en tout 7. Ce malheur est arrivé à messieurs de la religion prétendue réformée : ils ne nous parlent que de l'Ecriture, et se vantent d'avoir établi sur cette règle toutes les pratiques de leur Eglise. Cependant ils se dispensent sans peine de beaucoup de pratiques importantes , que nous lisons dans l'Ecriture en termes exprès.

• Di<cip., c. 12, art. 2. — ' 1 Cor., xi, 28. - ' Matth., xxvv.l, 19. — * Mure, xvi, 16. — • Act., u, 38. — » Dira. 50. — ' Basil., De Sp., c. 27, n. 67.

Ils oui retranché l'extreme-onction, si expressément ordonnée à&nsl'Epitrede saintJaeques '. encore que cet apôtre j ail attaché une promesse si claire de la rémission des péchés.

Us négligent l'imposition des mains, que les apôtres faisaient sur tous les fidèles pour leur donner le Saint-Esprit; et comme si ce drvin Esprit ne devait jamais descendre que \i iblement, ils méprisent la cérémonie par laquelle il était donné, depuis qu'il n'est plus donné di celte manière visible.

Ils ne font pas plus de cas de l'imposition des mains, par laquelle on ordonnait les ministres. Car encore qu'ils la pratiquent ordinairement, ils déclarent dans leur Discipline qu'ils ne la croient pas essentielle*, et qu'on se pourrait

Diable vocation doive jamais avoir lieu dans l'Eglise : i\\n\ il résulte que leurs pasteurs n'ont aucune autorité de prêcher, selon cette parole de saint Paul : « Comment prêcheront-ils, s'ils t ne sont envoyés ' ? » et que tout l'état de leur Eglise est sans fondement.

Ils se flattent de celle vaine pensée que Jésus- Christ a laisse le pouvoir à l'Eglise de se donner une forme, et de s'établir des pasteurs quand la succession est interrompue; c'est ce que M. Jurieu et M. Claude tâchent de prouver, sans rien trouver de semblable dans l'Ecriture; puisqu'au contraire Jésus-Christ a dit : « Connue « mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie 2;» cl qu» saint Paul, apôtre par Jésus-Christ*, & établi Tite pour ensuite en établir d'autres*; dispenser d'une chose si clairement marquée en sorieque lamission vint toute de Jésus-Christ dans l'Ecriture. Deux synodes nationaux ont envoyé de Dieu. Voilà ce que nous trouvons décidé qu' a il n'y avait aucune nécessité de dans l'Ecriture; et ce qu'on peut dire à présent « s'en servir 3; » et néanmoins l'un de ces sy- de l'autorité du peuple, n'est qu'une illusion. nodes ajoute* qu'il fallait mettre peine à se La même erreur l'ait dire aux ministres que

conformer en cette cérémonie les uns avec les l'Eglise a la liberté de former, comme il lui aiiin s, pour ce qu'elle est propre à édification, plaît, le gouvernement ecclésiastique; oler ou Conforme à la coutume des apôtres et à l'usage retenir l'épiscopat; foire des anciens et des diade l'ancienne Eglise. » Ainsi, la coutume des cres pour un temps, c'est-à-dire les remettre à

apôtres, écrite manifestement et en tant d'endroits dans la parole de Dieu, n'est non plus une loi pour eux que l'usage de l'Eglise ancienne : se croire obligé à cette coutume est une superstition réprouvée dans leur Discipline*; tant ils se sont l'ait de fausses idées de religion et de liberté chrétienne. Mais pourquoi parier ici des articles particuliers? Tout l'état de leur Eglise est visiblement contre la parole de Dieu.

rappelle ici avec eux l'état de l'Eglise, la société des pasteurs et des peuples, que nous y voyons établie : c'est ce qui est appelé l'étal de l'Eglise dans leur Confession de foi'; et ils y déclarent que cet état est fondé sur la vocation extraordinaire de leurs premiers réformateurs. En vertu de cet article de leur Confession de foi, un de leurs synodes nationaux a décidé 6 que, « lorsqu'il s'agirait de la vocation* de leurs pasteurs, qui ont réformé l'Eglise, ou de fonder l'autorité qu'ils ont eue de la réformer et d'enseigner, il la faut rapporter, selon l'article 31 de la Confession de foi, à la vocation extraordi-

sa volonté dans la vie commune, après les avoir consacrés à Dieu, leur donne, pouvoir de décider (le la doctrine avec les pasteurs, en égalité de suffrages, c'est-à-dire les admettre sans être pasteurs car ils ne le sont nullement dans la nouvelle Réforme) à ce qu'il y a de plus essentiel à l'autorité pastorale : toutes choses que nous trouvons dans leur Discipline et dans leurs synodes', sans qu'il y en ait un seul mot dans l'Ecriture, non plus que de pouvoir, qu'ils s'attribuent vainement, d'en disposera leur mode. Dans ces matières, et dans beaucoup d'autres que je pourrais remarquer, non-seulement ils n'ont point pour eux l'Ecriture sainte, comme ils s'y sont obligés] mais encore ils se dispensent de la suivre, -ans avoir aucune raison ni aucune tradition qui les appuie. Au contraire, la tradition a toujours reçu et l'extrème-onction, et l'imposition des mains, tant celle qui est donnée à tous les fidèles, que celle qui est employée à la consécration des ministres de l'Eglise, et la mission successive de ses pasteurs,

naire par laquelle Dieu les a poussés intérieure- et les autres choses que nos réformés ont mé-

ment à leur ministère : » cependant, ni ils ne prouvent par aucun miracle que Dieu les ait poussés intérieurement à leur ministère; ni, ce qui est encore plus essentiel, ils ne prouvent, par aucun endroit de l'Ecriture, qu'une sem-

1 v, 14, 15.— ' Dis cap. 1, art. 8 et Observât. — > Poxt., 1560. Par., 1555. — < Chap. 1. art. 8. — i Canf. de foi, art. 31.— « Syn. de Gap, 160 sur la Conf. dt foi, art. 4.

prisées. En cela leur licence est excessive; mais elle les devrait du moins rendre plus équitables envers nous, lorsque, dans l'administration des sacrements, nous prenons pour légitime interprète de l'Ecriture la tradition constante et la pratique universelle de l'Eglise.

• .Dont., x, 15. — * Joan., xx, 21. —3 Calai-, ir scq. — * TU. i, 5. iCU. 3, Des anciens et diacres, art, 6 et 7, et Olsertal.

11 faudrait finir ici ce discours, si la charité, qui nous presse de procurer le salut de messieurs de la religion prétendue réformée , ne nous obligeait à leur lever quelques scrupules, que la lecture des faits que j'ai rapportés pourrait réveiller dans leurs esprits.

On ne cesse de leur répéter que cette concomitance, sur laquelle on établit la validité de la communion sous une espèce , est un mystère inconnu à l'ancienne Eglise, où l'on ne parle jamais de la créance qu'il faut avoir, qu'on reçoit nécessairement, avec le corps de Notre-Seigneur, son sang, son âme et sa divinité. On ajoute que cette doctrine de la concomitance étant, selon nous, une suite si nécessaire de la présence réelle, on peut croire que cette présence élait inconnue, où l'on ne connaissait point la concomitance.

Les ministres tournent contre nous les précautions que nous avons rapportées. On ne trouve, disent-ils , dans l'ancienne Eglise, aucune de ces précautions établies dans les derniers temps pour garder l'Eucharistie, pour exciter le peuple à l'adorer, pour empêcher qu'on ne la laissât tomber à terre. Cette crainte, poursuit-on, n'a pas empêché, durant tant de siècles, qu'on n'ait donné à tout le peuple la communion sous les deux espèces; et ces nouvelles précautions ne servent qu'à faire voir qu'on avait une autre opinion de l'Eucharistie, que celle des premiers temps.

Pour conclusion, on nous dit que nous nous sommes donné un vain travail, en prouvant avec tant de soin qu'il est libre de communier sous une ou sous deux espèces; puisque tout ce qui peut résulter de cette preuve, c'est, en tout cas, qu'il faut laisser le choix au peuple, et ne pas restreindre une liberté que Jésus-Christ lui a donnée.

Mais pour commencer par cette objection , qui semble la plus plausible, qui ne voit, au contraire, plus clair que le jour, qu'il est au pouvoir de l'Eglise de prendre un parti dans les choses libres , et que lorsqu'elle l'aura pris , il ne doit plus être permis de mépriser ses décrets? Saint Augustin a dit souvent, que c'est une folie insupportable de ne pas suivre ce qui est réglé par un concile universel, ou par la coutume universelle de l'Eglise1. Mais si nos réfoimés sont peu disposés à en croire saint Augustin , eux-mêmes souffriraient-ils quelqu'un des leurs qui, sous prétexte qu'on a baptisé si longtemps par mersion, douterait, avec les anabaptistes, de la validité de son baptême, et s'opiniàtrerait, ou à se faire rebaptiser, ou

1 Epitt. (A ad Januar. n. 6, lib. 4 de Bapl., n. 31.

du moins à faire rebaptiser ses enfants selon l'ancienne pratique? Mais s'il voulait qu'on donnât la communion à son fils encore enfant, sous prétexte qu'on l'a donnée aux petits enfants durant mille ans, croirait-on être obligé de céder à son désir? Au contraire, ne traiterait-on pas, et celui-là, et tous ses semblables, d'esprits inquiets et turbulents, qui troublent la paix de l'Eglise ? Ne leur dirait-on pas avec l'Apôtre l : « Si « quelqu'un parmi vous est contentieux, nous « et l'Eglise de Dieu n'avons point cette couce tume ; » et pour peu qu'ils eussent de docilité, ne trouveraient ils pas, dans ce seul passage, de quoi ployer sous l'autorité des coutumes de l'Eglise ? Bien plus, il est certain que l'ancienne Eglise, encore qu'elle baptisât les petits enfants qu'on lui présentait, n'obligeait pas toujours à toute rigueur leurs parents à les présenter en cet âge, pourvu qu'on les baptisât dans le péril; et l'ancienne histoire ecclésiastique nous fait voir des catéchumènes dans un âge avancé, sans que l'Eglise les eût forcés à se faire baptiser plus tôt. Les prétendus réformés, qui ne croient pas la nécessité du baptême et ne peuvent produire aucun commandement divin qui oblige à le donner aux enfants, sont bien plus libres à cet égard. Cette liberté a-t-elle empêché les sévères règlements de leur Discipline 2, qui obligent les parents, à peine des censures les plus rigoureuses, à présenter leurs petits enfants au baptême? Qu'ils demeurent donc d'accord avec nous, que l'Eglise peut faire des lois sur les choses libres; et s'ils reconnaissent, par tant d'exemples, que la communion sous une ou sous deux espèces est de ce genre, qu'ils cessent de nous chicaner, et de se causer à eux-mêmes un trouble inutile sur cette matière.

Mais peut-être qu'ils voudront dire que, dans les faits que j'ai rapportés, ceux qui communiaient quelquefois sous une espèce communiaient aussi quelquefois sous l'autre; ce qui suffit, en tous cas, pour accomplir le précepte de Notre-Seigneur : comme si Notre-Seigneur avait voulu tout ensemble et nous inspirer une ferme foi qu'on ne perd rien en ne prenant qu'une seule espèce, et néanmoins nous obliger, sous peine de damnation, à toutes les deux ; chicane si manifeste, qu'elle ne mérite pas d'être refutée.

Il faudrait donc en venir enfin à examiner une fois ce qui est essentiel à l'Eucharistie, et à nous donner une règle pour le bien entendre. C'est ce que ces messieurs ne feront jamais, s'ils ne reviennent à nos principes et à l'autorité de la tradition. M. Jurieu passe trop avant, quand

» I Cor., xi, 16. — 2 Disl., c. 11, Du bapt., art. 16, et Observ.

il propose pour réglé, lelon 1rs principes de n religion, de taire généralement tout ce qu'a l'ail Jésus-Christ ; en sorte que nous regardons » toutes les circonstancea qu'il a observées, « comme étant Je la dernière nécessité ' . » Ce sont ses propres paroles, il alléguée ce propos* les sacrements de l'ancienne lui, ci cuire autres, le sacrifice continuel, où après avoir égorgé un agneau le malin, « il en (allait égorger un autre li- soir, le rôtir, le manger avec des herbes ainè-

iv , le consumer dans une mut et n'en rien réserver le jour suivant .3 » Il représente la néces* site de toutes ces cérémonies, et non-seulement du tond, mais de toutes les circonstances. Ce mol de Jésus-Christ: Faites ceci, lui tait conclure la même chose «le l'Eucharistie. Ainsi nous serons astreints, selon ses principes, à tout et que .1 mi-Chrisia fuit; et non-seulement au pain ci

au vin, mais encore à l'heure, et à toute la manière de les prendre; d'autant plus, que nous avons vu que tout avait sa raison et son mystère *, aussi bien que ce que Moïse a ordonne sur l'ancienne paque. Cependant, combien de choses avons-nous marquées, que ni ces messieurs, ni nous n'observons pas? Mais en voici une que j'ai omise et qui pourra donner en ce lieu un grand éclaircissement.

Parmi les choses que Notre-Seigneur a observées dans la Cène, une de celles que les calvinistes ont crue des plus nécessaires esl la fraction du pain. Les luthériens sonl d'avis contraire, et se servent de pains de figure ronde, qu'ils ne rompent pas. C'est le sujel d'un grand procès cuire ces messieurs. Les calvinistes font fort sur ce que les évangélistes et saint Paul écrivenl tous d'un commun accord, que la nuit que JétUS* Christ fut livre aux Juifs, il prit du pain, le bénit et le rompit et le donna. Ils relèvent celte fraction du pain, qui, sel: m eux, représenté que le corps de Notre-Seigneur a été rompu pour nous à la croix ; et remarquent avec grand soin, que saint Paul, après avoir dit que Jésus-Christ rompit le pain, lui fait dire selon le grec: Ceci est mon corps rompu pour vous 5; pour montrer, à ce qu'ils prétendent, le rapport de ce pain rompu avec le corps immolé. Ainsi cette traction leur parait nécessaire au mystère; et c'est ce qu'il fait dire à ceux d'IIeidelberg, dans leur Catéchisme, fort estimé de tout le parti 6, « qu'aussi véritablement qu'ils voient rompre le pain de la

1 Examen, tom. ▼[, sect. 4, p. -1R5. — * Dant la première édition on lit : .11 allègue à ce propos l'ancienne Pique es .lui s, où après avoir, etc. • Nous suivons la seconde édition, corrigée par Bossuet. Mata il semb e qa'il y a ici quelques mots d'omis, qui exprimeraient )e sacrifice de l'agneau Pascal. (Edit. de Uèfuris.)

' Examen., tom. vi, sect. 6, p. 474, 475. — ' Sup., part. Il, art. 6. — ' 1 Cor., xi, 24, — • Catech. HeiJ., q. 75.

Cène pour leur y être donné, aussi véritablement Jésus-Christ a été offert et rompu pour nous. » Il fut question de s'accorder avec les luthériens, et il se tint pour cela une conférence, il n'j a pas plus de vingt et un ans. Ce fut en K'til i. Les calvinistes de Marpourg trouvèrent d'abord une distinction; et dans la déclaration qu'ils donnèrent aux luthériens de Lintel, ils dirent que « la traction appartenait non pas à l'essence, mais seulement à l'intégrité du sacrement, connue y étant nécessaire, par l'exemple et le commandement de Jésus-Christ: qu'ainsi les luthériens ne laissaient pas, sans la fraction du pain, d'avoir la substance de la Cène, et qu'on pouvait se tolérer mutuellement, i Ces calvinistes n'ont été repris d'aucun «les leurs, que je

sache; el l'accord qui se lit eut tout BOB effet de

leur part: de sorte qu'ils ne peuvent plus nous presser par tes paroles de l'institution, puisqu'on

peut, de leur a\eu propre, avoir la substance de la Cène sans s'assujettir & l'institution, à l'exemple et au commandement exprès de Notre- Seigneur. Que diraient-ils, si nous usions d'une semblable réponse ? Mais c'est que tout esl permis aux luthériens, comme tout est insupportable dans les Catholiques.

Les autres objections ne sont pas plus malaisées à résoudre,

On ne trouve pas, dites-vous, dans l'antiquité la concomitance sur laquelle l'Eglise romaine appuie sa communion sous une espèce. Premièrement, ce que je lire de l'ancienne Eglise, pour établir celte communion, est chose de l'ait ; et si la communion BOUS mie espèce suppose la concomitance avec la réalité, il s'ensuit que l'une et l'autre était crue dans l'antiquité, où la communion sous une espèce était si fréquente. Secondement, Messieurs, ouvrez vos livres, ouvrez Auberlin, le plus docle défenseur de votre doctrine*, vous y trouverez a Unîtes les pages des pass le saint Ambroise, de saint Chrysos-

lome, îles deux Cyrille et de tous les autres 3, OU vous lirez qu'en recevant le corps sacré de fatre-Seigneur, on reçoit la personne même, iiiisqu'on reçoit, disent-ils, le roi dans sa main: )n reçoit Jésus-Christ et le Verbe de Dieu; on croit sa chair connue vivifiante: non comme la shair d'un homme pur, mais comme la chair l'un Dieu. N'est-ce pas là recevoir la divinité îvec l'humanité du Fils de Dieu, et en un mot a personne entière? Après cela, qu'appellerezdus la concomitance ?

* Colloq. Cassel, au 1661. — ' Amb., lib. il, pag. 431, 485, 505,

°9, 570, etc. — * Ambr.. 1, in Luc, n. 19; Cyril., Hieros., cat. 5,

pi., n. 21; Greg. Nyss., Oral. Catech., c. 37; Cyril. Alt-x ., 1.

in Joan., c. 3, 4, n. 62 et seq.; C/trys., nom. 51, aune 50 et 83,

oc 62, in Matth., hb. m, De sacerd., n. 4.

Pour ce qui est des précautions dont on usait pour s'empêcher de laisser tomber à terre l'Eucharistie, il ne faut qu'un peu de bonne foi pour avouer qu'elles sont aussi anciennes que l'Eglise. Aubertin vous les fera lire dans Origène; il vous les fera lire dans saint Cyrille de Jérusalem et dans saint Augustin ', pour ne rien dire* des autres. Vous verrez dans ces saints docteurs, que laisser tomber de l'or et des pierreries, c'est comme s'arracher un de ses membres, c'est comme laisser écouler la parole de Dieu qu'on nous annonce, et perdre volontairement cette semence de \ie; ou plutôt la vérité éternelle qu'elle nous apporte.

Il n'en faut pas davantage pour confondre M. Jurieu. « Alors, » dit-il 2, c'est-à-dire dans le XIe siècle, lorsque selon lui, la transsubstantiation fut établie, « on commença à penser aux suites de cette transsubstantiation. Quand les hommes furent persuadés que le corps du Seigneur était renfermé tout en lier sous chaque petite goutte de vin, la crainte de l'effusion les saisit : » Si donc la crainte de l'effusion a saisi nos pères dès tes premiers siècles de l'Eglise, ils y croyaient donc déjà la transsubstantiation et toutes ses suites. M. Jurieu poursuit : « Ils frémirent quand ils pensèrent que l'adorable corps du Seigneur serait à terre parmi la poussière et la boue, sans qu'il fût possible de le relever. » Si les Pères en ont frémi aussi bien qu'eux, ils ont donc eu, selon lui, la même créance. Il ne se lasse point de nous faire voir cette crainte de l'effusion, comme une suite de la créance de la présence réelle. « Cette raison, » dit-il s, c'est-àdire celle qui se tire de la crainte de l'effusion, peut être bonne pour eux (c'est-à-dire pour les Catholiques) ; mais elle ne vaut rien pour nous qui ne reconnaissons pas que la chair et le sang du Seigneur soient réellement enfermés dans le pain et dans le vin. » Vous le voyez, Messieurs, vos ministres craindraient comme nous cette effusion, s'ils croyaient la même présence : les Pères, encore une fois, la croyaient donc, puisqu'ils ont eu si visiblement la même crainte.

C'est en vain que M. Jurieu fait le ra Heur sur cette crainte. « Dans un siècle, » dit-il 4, où les hommes ne se faisaient pas une honte, comme aujourd'hui, de porter sur leur visage le caractère de leur sexe, ils plongeaient une grande a barbe dans lacoupe sacrée, et ilsen rapportaient «une multitude de corps de Jésus-Christ qui «pendaient a chaque poil. Cela leur donnait de

* OH'/., in Exod., hono. 13, n. 3; Cyril. Hieros., cat. 5 Myst. loc. eup cit., Aug , L, hem. 26, dudc Append. serm. 200, n. 2. Aub , 1, H, p. 431, 432, etc. — ' Examen., tom. vi, sec'.. 3, p. 4G9. — * lUid., sect. 7. — ' Examen., totn. vi, sect. 7, p. 469.

l'horreur, et je trouve qu'ils avaient raison. » Cette belle pensée lui a plu. «J'ai peine, » dit-il ailleurs ' , à concevoir comment les fidèles de l'ancienne Eglise ne frémissaient pas, en voyant pendre des corps de Jésus-Christ à tous les poils d'une grande barbe qui sortait de la coupe sacrée. Comment n'avaient-ils pas horreur en voyant essuyer cette barbe avec un mouchoir, et le corps du Seigneur passer dans la poche d'un matelot et d'un soldat? » Comme si un matelot et un soldat étaient moins considérables aux yeux de Dieu, que les autres hommes ! Si ce railleur à contre-temps avait remarqué, dans les anciens Pères, avec quelle propreté et quel respect on approchait de l'Eucharistie; s'il avait voulu voir dans saint Cyrille2, comment les fidèles de ces temps-là goûtaient la coupe sacrée , et comment , loin d'en vouloir perdre une seule goutte , ils touchaient avec respect ?de leurs mains la moiteur qui leur restait sur les lèvres , pour l'appliquer sur leurs yeux et les autres organes de leurs sens , qu'ils croyaient sanctifier par ce moyen, il aurait trouvé plus digne de lui de représenter cette action de piété que de faire rire les siens par la ridicule description qu'on vient d'entendre. Mais ces railleurs ont beau faire : leurs railleries ne nuiront non plus à l'Eucharistie que celles des autres ont nui à la Trinité et à l'incarnation du Fils de Dieu; et la majesté des mystères ne peut être ravilie par de tels discours.

M. Jurieu nous représente comme des hommes qui craignent qu'il n'arrive « quelque accident fâcheux au corps et au sang de Notre-Seigneur. Je ne vois pas, dit-il 3, qu'il soit mieux placé sur un linge blanc que dans la poussière ; et puisqu'on le voit bien sans horreur dans la bouche et dans l'estomac, on ne devrait pas s'étonner tant de le voir sur le pavé. En effet, à parler en homme, et selon la chair, u i pavé est aussi propre, et peut-être plus, qi e n >s estomacs ; et à parler selon la foi, l'état glorieux ouest maintenant Jésus-Christ l'élève également au-dessus de tout: mais le respect veut qu'autant qu'il est en nous, nous ne le mettions qu'où il veut être. C'est l'homme qu'il cherche, et loin d'avoir horreur de notre chair, puisqu'il l'a créée , puisqu'il l'a rachetée, puisqu'il l'a prise, il s'en approche volontiers pour le sanctifier. Tout ce qui a rapport à cet usage l'honore, parce que c'est une dépendance de la glorieuse qualité du Sauveur du genre humain. Autant que nous pouvons , nous empêchons tout ce qui dérobe à notre vénération le corps et le sang de notre Maître : et sanscrain-

»Pag. 485. — ' Cyril. Hier., cat. 5 Myst., n. 22.—' Pag. 485, rJ

drepour Jéras-ChrisI tmcttn accident fâcheux, Pour ce qui est de l'adoration, qu'est-il besoin

noua évitons ce qui ferait voir en nous quelque que j'en parle après tant de passages des Pères1

manquement de respect Que m dos précautions encore rapportés par Auberlm*, et depuis par

ne peuvent pas lont empêcher, nous savons que M. de la Roque dans son Histoire de l'Eucharis-

Jésus-Christ, assez défendu par sa propre ma- he»! Ne voyons-nous pas, dans ces passages,

jesié. se contente de notre sèle, el ne peut être l'Eucharistie adorée, ou plutôt Jésus-Christ adoré

ravili par aucun endroit. <>n peul railler, si on dans l'Eucharistie, etadoré par lésantes mêmes

veut, de cette doctrine; maû loin d'eu rougir, que saint Chrysostome nous représente inclines

nous rougissons pour ceux qui ne songent pas devant Jésus-Christ en cemystère, et lui rendant

que les railleries qu'Us font de nos précautions le même respect que les gardes de l'empereur

retombent sur les saints Pères, qui en ont eu de rendent à leur maître?

si grandes. S'il a fallu les augmenter dans les 11 est vrai que ces ministres répondent que

derniers siècles, ce n'est pas que l'Eucharistie 3 cette adoration de l'Eucharistie n'est pas l'ado-

ait été plus honorée que dans les premiers; ration souveraine qu'on rendà la Divinité, mais

mais c'est plutôt que la piété s'étant ralentie, il une adoration inférieure qu'on rendait aux sa-

a fallu l'exciter pur plus de moyens : de suie crés symboles.

que les nouvelles précautions qu'il a fallu pren- Mais nous pourraient-ils foire voir une sem-

(lre, en manquant nos respects, ont bit voir blable adoration rendue à l'eau du baptême?

quelque négligence dans noire conduite. U"<' peut-on répondre aux passages où il paraît

Pour moi, je crois aisément que dans l'ordre, que l'adoration que l'on rend ici est semblable à

dans le silence, dans la gravité des anciennes celle qui est rendue au roi présent » '! que celte

assemblées ecclésiastiques, il arrivait rarement, adoration est rendue aux mystères, comme étant

ou point du tout, que le sang de Notre-Seigneur en effet ce qu'ils étaient crus , comme étant la y fût répandu : ce n'est que dans le tumulte et chair de Jésus-Christ Dieu et homme? Ces pasdans la confusion des derniers siècles (pie ces sages des anciens sont formels; et en allenscandales, souvent arrivés, ont lait enfin souhai- dantquenos réformés les aient assez pénétrés ter aux peuples de ne recevoir (pie l'espèce pour en être convaincus, ils y verront du moins qu'ils voyaient moins exposée à de pareils incon- ce culte inférieur sur lequel ils nous font tant Ténients; d'autant plus qu'en la recevant toute de chicane; culte distingué du culte suprême; seule, ils savaient qu'ils ne perdraient rien, religieux toutefois, puisqu'il fait partie du service puisqu'ils possédaient tout entierCelui qui faisait (|mn t«t de la réception des saints sacrements, tout l'objet de leur amour. Ainsi, en se justifiant tellement quellement sur Je ne veux pourtant pas nier que depuis que l'Eucharistie, ils se ferment toutes les voies liérenger eut rejeté, malgré toute l'Eglise de son de nous accuser sur les retiques, sur les temps et la tradition de tous les Pères , la pré- images et sur le culte des saints, tant il est vrai sence de Jésus-Christ dans ce sacrement, la foi que leur Eglise et leur religion, semblables de M mystère ne se BOit, pour ainsi dire, échauf- à un bâtiment caduc, ne peut être, pour ainsi fée; et que la piété des fidèles, offensée parcelle dire, couverte d'un côté, sans paraître découhérésie, n'ait cherché à se signaler par de non- verte de l'autre, et ne peut jamais montrer celte veaux témoignages. Je reconnais ici l'esprit de parfaite int»-gnté,ni le rapport des parties, qm fait l'Eglise qui n'a jamais adoré ni Jésus-Christ ni le toute la beaulé et toute la solidité d'un édifice. Saint-Esprit avec tant de marques éclatantes,

qu'après que les hérétiques ont eu nie leur Uni- %Cyr ^ cat % Myi, n 22. Ambr ^ , m> De Sp s c# ,

nité. Le mystère de l'Eucharistie devait être n. m; A«y., jv-w Puu xcrai, 0. it; Tkeod., du). 2 $ civys., 1.

„.-..«.«* ipcnnlrpvi pi l'hérésie de Rérenrar nede- TI> D" $acerJ> u *■ - ' ***•» '■ il> P ,J-'- 8,3> 8- - ' ">*'•

comme les aunes, t> iiuiesa utDuuiDu ncue £uch^ ^aru Il(chap l( p.g. 5ll et beiJ. . chrys., hv. vt, ne

vait pas moins servir à l'Eglise, que celle d'Anus tacerd., etc., nui, ioc. m., etc. et de Macédonius.

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