CHAPITRE II
Du baptême des petits enfants. — De celui qui est donné par les hérétiques. — De celui qui est donné par les simples fidèles en cas de nécessité.
Le raisonnement n'est pas moins fort quand
on leur dit qu'ils ont été aussi bien que nous
baptisés petits enfants sans aucune autorité de
l'Ecriture. Ils se tourmentent premièrement à
chercher des passages dans l'Ecriture, et ils n'y
trouvent de baptême qu'après l'instruction et la
pénitence : « Enseignez et baptisez * : qui croira
« et sera baptisé 2 : faites pénitence et recevez
« le baptême 3; » choses qui ne conviennent pas
aux petits enfants. L'exemple de la circoncision
les soulage peu, pour les raisons qu'on peut voir
dans le Traité de la communion 4, auxquelles les
deux réponses n'opposent pas un seul mot. Elles
ne disent rien non plus pour soutenir les autres
1 Mallh., xxviu, 19. — J Mar., xvi, K. «Part. Il, p. 518.
Acl., il, 38, —
passages, par où nos réformés se sont efforcés conclut que les calvinistes et les iwingUens n'ont d'établir le baptême des petits enflints. .M;iis l'au- aucune preuve du baptême des petits enfants, leur de la // Réponse lai t cet aveu mémorable : « à cause, » dit-il, « qu'ils ne reçoivent pas la « Quant au baptême des petits entants, j'avoue tradition, et qu'ils croient que le baptême n'est qu'il n'j a rien de formel ni de précis dans l'E- pas nécessaire. » J'ai dit la même chose que ce vangile pour en justifier la nécessité; et les pas- savant cardinal, et j'ai soutenu que « les preuves es qu'on en tire ne prouvent rien autre chose qu'on peut tirer de la nécessité du baptême tOutàu plus, sinon qu'il est permis «le les bap- pour le donner aux petits enfants, 'étant détrui- User, ou plutôt qu'il n'esl pas défendu de les les par nos réformés1, » il ne leur reste rien baptiser L » Ce tout au plus fait bien voir qu'il dans l'Ecriture par ou ils puissent s'assurer d'anc se tient guère assuré de ce qu'il dit, qu'on voir été baptisés validement, eux qui, comme peut prouver par l'Ecriture que le baptême des nous, ne l'ont été que dans l'enfance. Je perpetils enfants i soit permis, ou plutôt qu'il ne sis|(> dans ce sentiment, et M. de la Koquc m'y « soit pas défendu. » En effet, il n'allègue rien confirme, puisqu'il avoue encore dans sa réponse pour le prouver, et ne répond rien aux textes que « le baptême n'est pas nécessaire au salut de l'Evangile, où le baptême est toujours mis des petits enfants3; » de sorte qu'il détruit luiaprès l'instruction, la pénitence et la foi. L'au- même, avec la nécessité dece sacrement, toute teurde la première Réponse ne s'est pas trouvé la preuved'lnnocenl III et du cardinal Bellarmin, dans un moindre embarras; niais il en sort à quisonl néanmoins ses seuls auteurs. son ordinaire par un tour d'adresse. Au défaut Cherche! donc, nos chers Frères, cherchez de l'Ecriture, où il n'a rien trouvé qui le favo- d'autres garants de votre baptême que ceux que rise, il a recours a quelques passages de Bellar- VOUS donnent vos ministres; appuyez-le sur l'Emin et à une décréta le d'Innocent III, où le bap- crilure; prouvez que le Fils de Dieu ou ses apôtème des petits enfants est prouvé par l'Ecri- 1res ant enseigné a baptiser les petits enfants , turc; et comme s'il avait trouvé des défenseurs et permettent de séparer le baptême del'inslrucde son sentiment, il m'invite a m'accorder avec tion. Mais vous n'avez rien: vous rejetez la trace cardinal el avec ce l'ape "*. dition : tout vous manque du côté de l'Ecriture :
Il y a trop d'illusion dans ce procédé; carpour ainsi, Messieurs, vous ne savez si vous èles bapmoi je suis parfaitement d'accord avec eux. A osés, vous ae Savez si vous êtes Chrétiens, vous l'endroit que le ministre attaque*, je ne disais ne savez ai jamais vous avez reçu la communion, pas. comme il le suppose, que le baptême des pour laquelle vous voulez paraître si zélés, puispetits entants ne peut être absolument prouvé que vous n'êtes pas assurés du baptême, sans par l'Ecriture: au contraire, je dis expressément lequel il n'y a point de communion, ni d'entrée que, supposé qu'on admette le baptême comme aux sacrements de l'Eglise. nécessaire au salut, on peut prouver assez aisé- Les ministres ne sont pas moins embarrassés ment, par l'Ecriture, que Dieu, qui est le Sau- sur le baptême donné par tes hérétiques au nom veur de tous, n'a pas laissé les petits enfants sans du Père et du Fils et du Saint Esprit. Je leur remède. C'est ce que dit Innocent III dans la dé- avais demandé en vertu de quoi ils le recevaient, crétalc qu'on nous oppose , comme il parait par puisque Jésus-Christ avait donné le pouvoir d'ad toute la suite de son discours. Car, après avoir ministrer le baptême, non aux hérétiques ni aux prouvé par l'Ecriture, que de même «pie dans faux pasteurs, niais aux apôtres et aux pasteurs l'Ancien Testament on est exclu du peuple de véritables3. L'auteur de la !/• Béponte se tire en Dieu, faute d'avoir été circoncis, de même dans un mol de celte difficulté, en disant que « cela le Nouveau, on est exclu de son royaume, faute n'est d'aucune importance pour la foi ni pour la d'avoir reçu le saint baptême; d'où il tire cette religion, (pal. pie parti qu'on prenne, pourvu conséquence: «Cardons-nous bien dépenser qu'on reconnaisse qu'il faut baptiser au nom du que Dieu, qui ne veut pas que personne périsse, Père et du Fils cl du Saint-Esprit 4. » Cela s'aplaisse sans remède tant d'enfants que nous pelle donner pour preuve ce qui est précisément voyons mourir tous les jours dans ce bas Age. » en question. On lui demande pourquoi le bap- Le cardinal Bellarniin suppose le même principe lème au nom du Père et du Fils et du Saintde la nécessité du baptême, pour prouver par Esprit est bon des mains d'un hérétique et d'un l'Ecriture que Dieu , qui veut sauver les enfants, faux pasteur, puisque le Fils de Dieu ne l'a confié ne les a pas exclus de ce sacrement*; d'où il qu'aux apôtres et aux pasteurs véritables ; et il
- Anonyme, Part.T,p.98..-»za7?o/1.,, part . ... ch. 3, p. 264, répond que cela n'est de nulle importance,
265, 2C6, Bell., l.i, De sacr. Lapt., c. s, léajom, 1. m. Décret.,
tit. 42, De baj,l., c. 6. — ' Tr. de la Co.n., part. n. p. 518.—» Bell.. ' Tr. de la Corn., p. 518. — = La lîoq., part- n, ch. 3, p. 2C6. —
ibid-, c. 9,retp. odSarg. ' 3 Trait, de la Com., p. 617. —* Anonyme, part, i, c. 6, p. 97, 03.
B. Tom. IV. 20
pourvu qu'on invoque les trois personnes divines, qui est ce qu'il fallait prouver par l'Ecriture , ou reconnaître la nécessité de la tradition ; et aussitôt, sans rapporter aucune preuve, il passe en trois mots à une autre chose. Je conclus donc avec raison qu'il n'a point de preuves, puisqu'il n'allègue pour toute preuve que sa décision. Mais le savant M. de la Roque , qui fait mine d'entrer plus avant dans la question, ne nous en dit pas davantage. Il s'agissait de produire quelque passage de l'Ecriture pour montrer que le baptême donné par un hérétique, en la forme légitime, est valide; au lieu d'en apporter du moins un seul , ce docte ministre nous parle du démêlé de saint Cyprien avec le pape saint Etienne, et des décisions du premier concile d'Arles , de celui de Nicée et de celui de Constantinople , et du baptême que Théodoret et les évêques catholiques du royaume de Gondebaud donnèrent dans le Ve siècle aux marcionites et aux ariens.
Que fait à la question cette érudition superflue, et qu'est-ce que ce ministre veut conclure de ces faits? Quoi! que l'ancienne Eglise tenait cette question pour indifférente? Quand cela serait, qu'en reviendrait-il aux ministres? Ce n'est pas par l'autorité de l'Eglise, c'est par l'Ecriture seule qu'un ministre nous doit prouver que c'est une chose indifférente , parmi les Chrétiens, de recevoir le baptême d'un vrai Chrétien ou d'un hérétique , d'un fidèle ou d'un ennemi de l'Eglise , d'un faux ou d'un véritable pasteur. Ce ministre ne songe pas seulement à produire aucun passage de l'Ecriture. Pourquoi jeter en l'air tant de paroles, et faire accroire aux simples qu'on a répondu , à cause qu'on a beaucoup parlé?
Mais peut-être qu'il sera content de nous ôter la tradition, comme nous lui ôtons l'Ecriture sainte? C'est fureur que de disputer de celte sorte, en ne nous laissant aucun moyen pour nous résoudre. Mais les ministres n'empêcheront pas qu'il ne soit vrai que nos Pères, dans cette célèbre difficulté, se sont résolus par la tradition. C'est la tradition que le Pape saint Etienne soutenait, comme il paraît par son décret. Saint Cyprien convenait de la tradition , puisqu'il avouait que la coutume était contre lui, et qu'Agrippin son prédécessenr avait innové. Saint Augustin nous assure, en plusieurs endroits, que la coutume que saint Etienne opposait à saint Cyprien ne pouvait venir que de la tradition apostolique, et que cette tradition ne laissait pas que d'être véritable , quoiqu'elle n'eût pas encore été soutenue de toutes les preuves, ni affirmée par une expresse définition de toute
l'Eglise catholique. Et cette tradition était si solide , que ceux qui l'avaient combattue y revinrent d'eux-mêmes, en disant, au rapport de saint Jérôme : « Que tardons-nous davantage à suivre ce que nos ancêtres nous ont enseigné, et ce qu'ils ont appris des leurs • ? » Ainsi , comme dit Vincent de Lérins 2, il arriva dans cette occasion « comme il arrive dans toutes les autres : l'antiquité fut reconnue et la nouveauté rejetée. » Que s'il fallut des conciles, ce n'est pas, comme le ministre semble l'inférer ; ce n'est pas , dis-je, pour établir une chose nouvelle, mais pour déclarer et confirmer authentiquement la tradition ancienne. Et quand, après les conciles, on a rebaplisé les marcionites et les ariens, c'est que ces marcionites et ces ariens s'éloignaient de la forme solennelle et toujours reçue dans l'Eglise , comme il serait aisé de le montrer ; de sorte que la tradition anéantissait autant leur baptême, qu'elle confirmait celui des hérétiques qui baptisait selon la forme reçue. Que ceux qui méprisent cette tradition nous rendent raison de leur foi : qu'ils nous disent sur quoi ils se fondent pour accepter le baptême des hérétiques et des faux pasteurs, qui n'ont qu'une apparence de vocation. Quand je demande aux ministres sur quoi ils appuient cette tradition de leur Discipline qui , pour valider le baptême , se contente de cette apparence de vocation, M. de la Roque croit me répondre, en disant « que cette expression désigne une vocation qui, pour n'être pas parfaite dans toutes ses parties, ne laisse pas d'être suffisante pour l'administration du baptême 3. » Mais ce n'était pas assez de le dire, il fallait le prouver par quelque passage. Il fallait, dis-je, prouver par quelques passages qu'une vocation imparfaite et même trompeuse, telle qu'elle est dans les hérétiques déclarés, est suffisante pour administrer le sacrement de baptême, encore que Jésus-Christ n'en ait confié l'administration qu'à ses disciples véritables, et qu'il avait lui-même appelés. « Allez, » leur dit-il 4, « enseignez et baptisez. » Mais je vois bien que ce que les ministres ont eu dans l'esprit, quand ils ont agréé le baptême donné par ceux qu'ils pensent hérétiques, c'est qu'en effet ils nous croient tels, hérétiques et pires qu'hérétiques , puisqu'ils nous croient idolâtres. Si donc ils avaient rejeté le baptême donné par ceux qu'ils rejettent comme hérétiques, ils seraient contraints d'avouer qu'ils ne seraient pas baptisés, eux dont les pères n'ont reçu que de nous le saint baptême. Les voilà donc encore une fois réduits à n'avoir aucune certitude de leur bap-
' Hier., Dial. adv. Lucif.,?. 291, 306. —3 Vin. Lirin.. p. 331.—" T.a Roq., p. 1G2. —'< Mail., xxvin, 19.
comm. l