CHAPITRE V. mettront qu'avec cet auteur, on préfère les dan
Que la seule tradition explique quel est le ministre de l'Eu- gereuses singularités de Tertullien montaniste,à
charistie, et décide de la communion des petits enfants. toute rautorité des siècles passés> Mais ys n>ont
Ils ne seront pas plus assurés du ministre delà aucun moyen de réprimer cette licence, s'ils ne Cène, s'ils persistent à refuser le secours de la recourent à l'autorité delà tradition et de l'Eglise, tradition. Leur discipline et tous leurs synodes ns ne peuvent non plus s'excuser de donner décident unanimement, que c'est aux seuls mi- ia Cène aux petits enfants, s'ils s'attachent simnistres de la parole qu'il appartient de distribuer piement à l'Ecriture. Car je leur ai demandé si l'une et l'autre partie du sacrement; de sorte que Ce précepte : Mangez-ceci, et Buvez-en tous, les anciens et les diacres, à qui ils permettent la qu'iis croient si universel, ne regarde pas tous distribution dans le besoin, ne le font, pour ainsi ies chrétiens * ? Mais s'il regarde tous les Chrédire, que de leur autorité ; et c'est pourquoi les tiens, quelle loi a excepté les petits enfants, qui synodes ordonnent que « les ministres parleront sans doute sont chrétiens étant baptisés? La seuls en la distribution des signes sacrés, afin comparaison du baptême augmente la difficulté, qu'il apparaisse clairement que l'administration Si? selon nos prétendus réformés, on ne doit des sacrements est de l'autorité de leur minis- pas reluser le signe de ralliance aux enfants des 1ère 2. » C'est aussi aux ministres seuls qu'il ap- Mèles qui en ont la chose^ puisqu>ils sont incor. partient de bénir la coupe sacrée; et les diacres porés à Jésus-Christ par leur baptême ; par la s'élant ingérés en la présentant de dire ces même raison, on ne pourra pas leur refuser le mots de saint Paul : « Cette coupe est la corn- signe de leur incorporation, qui est le sacrement « mumon du corps du Christ, » en omettant, de l'Eucharistie. On peut voir ce raisonnement « que nous bénissons, » le synode national dé- pr0posé dans le Traité de la communion s. M. de cida « qu'aucun ne devait être employé à pro- ia RoqUe répond « que les enfants ne sont pas « férer les paroles de l'Apôtre, s'il ne peut les à cause de leur bas âge, capables de l'épreuve* « dire tout entières. » Ainsi les ministres seuls que saint Paul ordonne 6, » et qu'il n'en est pas peuvent bénir le pain et le vin, et c'est une doctrine constante parmi nos réformés, que ce n'est . A ,™ ,„,
1 ' ^ 'Anonyme, p. 100, 101. - • Tr. de la corn., part, n, n. 13. -
c, ,„ . ,., M. lcflQ , .. ,- , 'Anonyme, part, i, eh. 6, p. 99.-» Tr. delà corn., part, n, n. 13.
• /t., p. b7^-2 Syn. de tfrMmz, 1609, sur la dis., c. 12, art. 11, « Tr. de la corn , n. 6 et 10. - ' La fioaue psrt n en 6
pas !»• p. 300; cb. 3, p. 263. V ' ' '
comme tin baptême, qui ne demande point cet à taire ce que la nature lui a rendu impossible.
examen. Mais il ne dit pas un mot à ce que je Mais après qu'on leur a faii remarquer que s'il
lui objecte, que saint Paul n'a pas dit plus expies- était impossible à cel homme de boire du vin,
Bémenl qu'on t'éprouve et qu'on mange, que il n'était pas impossible de ne lui donner en au-
Jésus-Christ avait dil : « Enseigne! et baptisez, cime Borte le sacrement de la Cène, ils n'ont
« Uni «''(lira sera baptise. Faites pénitence et plus eu à répondre qu'absurdités sur absurdi-
reeeves le baptême. ■ Et ri ce ministre, avec tes» jusqu'à ce qu'enfin M. lurieuest venu à cet
le Catéchisme de la nouvelle réforme, interprète excès inouï, de dire que ce qu'un homme reçoit
que cela doit être entendu de ceux qui sont ca- en ce cas « n'est pas le sacrement de Jésus-
pables d'instruction et de pénitence, pourquoi Christ, parce que ce sacrement est composé de
n'en dira-ton pas autant de l'épreuve tant re- deux parties, et qu'il n'en reçoit qu'une1. » Commandée par l'Apôtre! L'auteur de la //" Rém M. Jurieu a bien raisonné selon les principes ponse, en multipliant les paroles, ne l'ait que de sa religion; et s'il lui est arrivé de tomber s'embarrasser davantage. < Jésus-Christ,! dit-il ', dans une plus visible absurdité, c'est la destinée « n'a l'ait des lois que pour ceux qui les enten- commune de ceux qui raisonnent sur un faux dent. » Mais cela ne regarde pas moins le bap- principe. IMus ils poussent loin leur principe, tème que l'Eucharistie. Il nous demande à son et plus ils en tirent des conséquences légitimes, tour : « Les entants sont-ils capables de savoir plus ils s'engagent dans l'absurdité, plus ils la ce que c'est que de s'éprouver, et de manger rendent visible. M. Jurieu a supposé, avec tous dignement le corps de Jésus-Christ? Savent-ils ceux de sa religion, que Jésus-Christ avait établi seulement bien ce (pie c'est que de célébrer la l'essence de l'Eucharistie sous les deux espèces mémoire de la mort de Jésus-Christ, et d'en eiu- également nécessaires : il a joint à ce principe brasser le mérite par une vive foi ?»On lui de- une autre maxime, que dans les choses d'instimanderade même si les enfants savent bien ce tution, connue sont les sacrements, toutestdans que c'est que d'être ensevelis avec Jésus-Christ, la volonté de l'instituteur; d'où il a très-bien et lavés de son sang dans le baptême; et il ne conclu que ce qui n'est pas en tout point coupent trouver aucune raison dans l'Ecriture pour forme à sa volonté n'est pas en effet son sacreles rendre capables du baptême, qu'en même ment, et qu'ainsi quiconque reçoit la seule estemps elle ne les rende capables de l'Eucha- pèce du pain, sans recevoir l'autre, « ne reçoit ristie. ce que néanmoins ces messieurs rejettent. « pas le sacrement de Jésus-Christ; » ou, comme Combien est saine en ce point, et combien il dit dans un autre lieu, « ne prend pas un vrai solide la doctrine de l'Eglise catholique, on le sacrement; il prend seulement la chose signipeut voir dans le Traité de la communion 2. Je fiée par le sacrement2. » ne crois pas être obligé d'entrer plus avant dans M. de la Roque nous veut faire accroire que une matière qui n'est pas de mon sujet ; et il lorsque M. Jurieu dit que cet homme ne reçoit me suffit d'avoir démontré à nos adversaires, pas le sacrement, il veut dire qu'il ne le reçoit perdes exemples convaincants8, que le principe pas «dans son intégrité, puisqu'il n'en reçoit dont ils se servent est défectueux. « qu'une partie3. » Mais cette charitable interprétation lui ôte la louange qu'il a méritée, CHAPITRE VI. d'avoir raisonné plus conséqueinment que tous , . il- lesautresininistressurleprincipecommun.ee
La rommunion de ceux nui ne peuvent pas boue du vin. . . ' *.,. ..: â. ,
- M. Jurieu abandonné, quoiqu'il soit le seul qui raisonne principe coinmiin est que, par 1 institution de
biensclon lesprim ipe< communs des protestants. — L'hydro- JésUS-ChriSt, les deux espèces unies constituent
mel, et ce qu'on mange au lieu de pain dans quelques pays, l'essence du sacrement. 11 s'ensuit donc que celui
peuvent selon les protestants, servir pour llîucbarfetfe. qui ^ ^ qu>une) efi qudque ^^^ qu(J
Je suis fâché pour nos réformés qu'il faille cela lui arrive, ne reçoit pas le vrai sacrement, encore leur opposer leurs synodes, et ce fameux C'est aussi ce qu'a conclu M. Jurieu. « Cet article de leur Discipline, où ils permettent la homme, » dit-il, « ne prend pas selon nous le communion avec le pain seul à ceux qui ne peu- vrai sacrement ; il prend seulement la chose sivent pas boire de vin. La bonne foi devrait déjà gniliée parle sacrement ;» comme on dirait leur avoir fait avouer qu'ils n'ont rien icidesup- d'un juif ou d'un gentil qui, ayant une foi vive portable à répondre. C'était d'abord une excuse dans le cœur avec le vœu du baptême, serait assez vraisemblable de dire que la nécessité n'a mort avant que de le recevoir, qu'il aurait la pas de loi, et qu'on ne pouvait obliger un homme
{Présrrv.. art. 13, p. 292 et suiv.. Vide Tr.de la Comm., part. u.
1 anonyme, part. I, chap. dernier, page 115. —'Part. I, n.13. — — ' Ezam. del'Ea., tr.6, 5 7, p. 491.— 3 La Roque, part. U, CD. 1 3
» Pari. n. p. 239 "..o.
chose signifiée par ce sacrement, mais sans doute qu'il n'aurait pas le sacrement même.
C'est ainsi qu'a parlé M. Jurieu, et il résulte de ce discours que ce qu'on donne à l'homme dont il s'agit, dans l'assemblée de l'Eglise, ce qu'il reçoit du ministre, ce qu'il prend avec révérence et actions de grâces, n'étant pas le sacrement de Notre-Seigneur, n'est qu'une chose purement humaine, et un simple morceau de pain : chose si visiblement absurde, que l'auteur de la IIe Réponse, après avoir fait semblant de vouloir excuser M. Jurieu, sentant bien qu'il a parlé trop clairement, l'abandonne tout à fait. « Peut-être, dit-il ', que sa pensée est qu'ils ne reçoivent pas tout le sacrement, ce qui est trèsvrai : mais qu'absolument parlant, ils ne reçoivent point du tout le sacrement; c'est un sentiment insoutenable, et que je crois particulier à ce ministre, qui en affecte assez d'autres en matière de sacrements, comme celui delà nécessité du baptême des enfants, et que la régénération est un effet qu'il opère dans les baptisés ex opère operato, comme parle l'Eglise romaine; car son sentiment va là entièrement. » Et il ajoute : « Les autres protestants n'ont pas beoin de se servir d'une réponse si nouvelle et si iaible tout à la fois : nous permettons à M. Bossuet de la réfuter tant qu'il lui plaira. »
Mais loin de le réfuter, je soutiens que c'est le seul des ministres qui raisonne bien selon leurs principes communs ; de sorte que ce n'est pas lui, mais les principes communs de la nouvelle réforme qui demeurent réfutés par mon objection. Qu'ainsi ne soit, voyons ce que disent ceux qui prennent une autre route. L'auteur de la seconde réponse, qui méprise tant M. Jurieu, commence par ce raisonnement : « Je réponds que l'intention de Jésus-Christ est en effet que les deux espèces soient reçues conjointement dans la communion; mais j'ajoute au même instant, que cette intention n'est que pour les rencontres où cela se pourra faire, et n'oblige absolument que ceux qui les peuvent recevoir toutes deux. » Cet homme, dès le premier pas, s'éloigne d'une distance infinie du point de la question. Il s'agit ici de savoir si dans un signe de pure institution, lorsque l'on n'est pas en état de satisfaire à tout ce que l'instituteur a voulu être de l'essence de l'institution, on peut le retrancher sans toucher au fond. Le bon sens dit d'abord que non, et c'est sur un fondement si inébranlable qu'a raisonné M. Jurieu : il faut donc, ou renverser le principe qui met l'essence de l'institution dans les deux espèces, ou admettre la conséquence de ce ministre.
•Anonyme, part, i, ch. S, p. 62.
« Mais, » dit-on *, « Dieu qui ordonne à tout le monde de lire et d'écouter sa parole, ne comprend pas dans cette loi les aveugles ni les sourds. «J'en conviens. Donc,on nedoit pas donner le vin à celui qui n'en peut boire : j'en conviens encore. Donc il lui faut donner le pain, et sans la volonté de l'instituteur, ce pain ne laissera pas d'être son vrai sacrement; il n'y a personne qui ne voie la nullité de la conséquence.
Mais, dira-t-on, nous devons entendre que la volonté de l'instituteur est qu'on fasse toujours ce qu'on pourra. Nous devons l'entendre, ditesvous. Quoi ! même sans qu'il l'ait dit, sans qu'on le trouve dans son Ecriture? Il faut donc croire qu'il nous a soumis à l'autorité de son Eglise, et que c'est d'elle qu'on doit apprendre le vrai sens de son Ecriture.
L'auteur de la seconde réponse revient à la charge, et croit avoir tranché la difficulté, en disant 2, que quand ce que je dis serait véritable, « tout ce qui en arriverait, c'est que les réformés enseigneraient désormais à leurs peuples que ceux qui ne peuvent boire de vin seraient absolument dispensés de communier. »
Mais les autres réformés ne l'avouent pas; mais ils persistent à soutenir l'article de leur Discipline; mais ils avouent tacitement, en la soutenant, qu'on ne peut se dispenser de reconnaître l'autorité de l'Eglise, comme interprète de l'institution de Notre-Seigneur. Ils passent même bien plus avant que l'article de la Discipline. Dans la fameuse dispute de Grotius et de Rivet, sur la réconciliation des Eglises, Grotius avait demandé, sur l'article des deux espèces, ce qu'il faudrait faire en Suède, en Norwége et ailleurs, s'il n'y avait pas assez de vin; et dans les pays où le pain n'est pas en usage 3 : son adversaire répond que la nécessité n'a pas de loi ; « et alors, » ajoute-t-il4, « qu'on n'a pas la matière des sacrements, il faut s'abstenir des sacrements, et communier spirituellement. Vossius, très-bon auteur, tr. 7, disp. 1. Des sacrés symboles de la Cène, enseigne que dans les pays où le pain fait de blé n'est pas en usage, il est permis de se servir de ce qui tient lieu de pain. Il dit la même chose à l'égard du vin, et il rapporte le sentiment de Philippe Mélanchton dans le livre qu'il a composé de l'usage du sacrement entier, où il croit que dans la Russie, où le vin manque, on peut se servir d'hydromel dans l'Eucharistie, et défend ce sentiment contre Bellarmin. »
Bèze soutient la même chose dans la Lettre à
1 Anonyme, part, il, ch. 1, p. 225. — 2 lu-, p. Cl.— 3 Grotius, Via pue. de ulraq. spec. Animad. in animadv. Rix. — * Riv., Exam. anirrndv. Grot.
Tilius I. Que d'auteurs protestants dans ce sen- quanta la tradition qui permettait durant le
liment I Rèzc, le grand disciple de Calvin, Vos- sabbat de foire vo\age jusqu'à une certaine dis-
sins, Mélanchton, Rivet, qui les cite avec éloge *, tance, quoiqu'elle soit claire par les apôtres,
quoique après, appréhendant les conséquences, M. de la Roque n'en dit pas un seul mot, non
il ait semblé vouloir s'en dédire. Il persiste plus que de la conséquence que j'en ai tirée,
néanmoinsàciter Vossius en particulier, connue « que cette tradition était établie dès le temps de
un homme qui, dans cette matière, a prononcé Notre-Scigneur, sans que lui ni ses apôtres, qui
des ondes. Après de telles libellés que se don- en avaient l'ait mention, l'aient reprise l. »
nent les protestants, ne devraient-ils pas rougir Cfl que répond ce ministre sur la plupart des
de nous l'aire tant de chicanes? difficultés qui regardent le sabbat ou les autres
Il nous reste à considérer les traditions de observances de la loi, que c'était des cas extrnor-
l'Ànrien et du Nouveau Testament, que j'ai rap- dinaires, où la nécessité excusait 2, pourrait
portées pour montrer qu'en beaucoup de points avoir quelque apparence, si l'on ne savait que
les lois divines n'ont pu être ni pratiquées, ni c'était pour déterminer ce qu'il (allait appeler
même souvent entendues, sans avoir recours à nécessité, qu'on avait besoin de la tradition et
la tradition et à l'autorité de l'Eglise. de l'interprétation de la Synagogue. La loi était
Pour commencer par l'Ancien Testament , si sévère pour l'observance du sabbat , qu'elle
M. de la Roque nous donne cette règle s : « Une allait jusqu'à défendre d'allumer son feu, et de
dans les eboses réglées par la loi même on n'a préparer sa nourriture . Dans I une si grande
jamais imploré le secours de la Synagogue, qui rigueur, qui avaitdit aux Israélites que délier un
n'avait garde d'y toucher; ou si elle l'a quelque- animal pour le mener boire, ou le retirer d'un
fois fait, elle en a été reprise, comme quand fossé, étaient des eboses qu'on devait tenir pour
Jésus-Christ reprocha aux scribes et aux pliai i- nécessaires ? Ces favorables interprétations ,
siens, qu'ils avaient annulé le commandement contraires en apparence à la défense générale
de Dieu par leur tradition, parce qu'ils avaient de la loi, ne pouvaient assurer les consciences,
corrompu le sens du premier commandement de si l'on n'eût reçu par tradition qu'il fallait s'en
la seconde table, sous prétexte de l'expliquer. » reposer sur la Synagogue ; et Jésus-Christ, loin
C'est une erreur ou un artifice ordinaire des de reprendre cette tradition, l'a autorisée 4. ministres, sous prétexte que le Fils de Dieu a M. de la Roque ne passe pas moins légèrecondamné de mauvaises et de fausses traditions, ment sur les autres traditions que j'ai reniarqui, comme dit M. de la Roque, corrompaient le quées, et particulièrement sur celle qui ordonsens de la loi, de rejeter aussi celles qui nous nait cette sévère loi du talion, où l'on devait apprennent à en prendre l'esprit, encore qu'en exiger « œil pour œil, dent pour dent , main apparence elles soient contraires à la lettre. 11 y « pour main, brisure pour brisure, plaie pour avait des traditions introduites par abus, et qui « plaie 5. » — « Pour la loi du talion , répond aussi n'avaient pas passé en dogmes certains de ce ministre 6, chacun sait que ce n'était pas une la Synagogue. Il est vrai que le Fils de Dieu les matière de religion. Elle était du corps des lois a rejetées ; mais il y en avait aussi qui étaient politiques, dont la connaissance appartenait aux constamment reçues, et, après les exemples que magistrats civils. Ainsi elle ne doit pas être j'ai produits, il faudrait demeurer d'accord, de considérée dans le sujet que nous examinons. » bonne foi, que ce dernier genre de tradition , Dans ces manières adroites d'éluder des diffiloin d'avoir été réprouvé par Notre-Seigneur , cultes, où l'on ne voit point de réplique, on est absolument nécessaire pour bien pratiquer montre avec beaucoup de souplesse tort peu de les commandements divins. J'ai commencé par sincérité. N'est-il pas vrai que la loi du talion est la loi du sabbat*, et j'ai fait voir qu'une des cho- expressément couchée dans la loi de Aloïse , et ses les plus défendues était d'entreprendre et de qu'elle a été dictée parle Saint-Esprit comme continuer un voyage, jusque-là qu'on se croyait les autres? Que si c'est une loi divine, comment obligé d'arrêter la marche d'une armée pour un théologien a-t-il pu dire qu'elle n'appartient observer ce sacré repos. AI. de la Roque répond pointa la religion ? C'est, dit-il, qu'elle appartrès-bien h ce qui n'est point en question \ Car tenait à la police, et qu'elle était de la connaisqui ne voit aussi bien que lui que cette marche sance du magistrat. Qui en doute ? mais puisque lut arrêtée pour donner aux Juifs le moyen de Dieu avait bien voulu régler la police du peuple, satisfaire à la loi? Je me sers aussi de cetexem- et prescrire aux magistrats ce qu'ils devaiem pie pour prouver la défense de voyager. Mais
' Trait. dtla <.VT«m.,n.l2.— s LaJioqiu.p. 251. — ' Eiod., xvi, 23.
iVez.,Epist.adTh.Thil.— iExam.,an:mad.— 'Lal:orl.,^v..n, xxxv, 3. « Luc.,xiu, 15; xiv,5— ' 7>. de la comm., n. 12 — 6 La
c. 2, p. 251. — ' Tr. de la com., part, u, n. 1.'. — • La Hoq., p. 246. Ro~-,v. 173.
faire, en quelle sûreté de conscience aurait-on pu adoucir parmi les Juifs une loi si dure , s'il n'y eût eu parmi eux une autorité égale à celle de la loi, qui était celle de la tradition ? Voilà donc dans l'Ecriture une loi divine, où les termes de la loi, quoiqu'en apparence très-clairs, ne peuvent être entendus sans le secours de la tradition; et voilà en même temps une ordonnance laissée par tradition au peuple hébreu, de reconnaître l'autorité de la Synagogue dans les adoucissements qu'elle croirait nécessaires, encore qu'à ne regarder que la rigueur de la lettre, ilsfussentcontraires auxlermesde la loi, comme on le voit dans la manière que j'ai rapportée d'exécuter la loi du talion *,
Il faut dire la même chose pour les mariages. La loi ne défendait de les contracter qu'avec sept nations, et avec les Moabites et les Ammonites, qui étaient aussi exclus pour jamais de la société du peuple de Dieu 2. Mais encore que les Egyptiens ne fussent pas compris dans cette loi, et qu'au contraire le mariage de Salomon avec la fille de Pharaon soit approuvé, les mariages semblables furent rompus par Esdras 3 ; et au contraire, celui de Booz avec Ruth Moabite fut loué 4. C'en est assez pour juger que dans tous les temps de la Synagogue on y a reconnu une autorité pour interpréter la loi, et l'adoucir ou l'étendre selon les cas. De dire, avec M. de la Roque 5 , qu'Esdras et Néhémias étaient des hommes extraordinaires, et leur attribuer en conséquence le pouvoir de faire de nouvelles lois, c'est discourir sans fondement ; l'Ecriture ne les représente que comme des hommes qui agissaient avec le pouvoir perpétuellement attaché à la Synagogue. On n'avance pas davantage, en disant, avec ce ministre, qu'il leur était permis de tirer des conséquences. Car c'est amuser le monde, que de faire ainsi des réponses vagues, au lieu d'expliquer nettement de qui ces deux grands hommes avaient reçu le pouvoir d'ajouter les Egyptiens aux autres peuples, et de rompre des mariages faits selon les termes de la loi et les exemples précédents. Mais c'est que les minisires détourncntles yeuxdes endroits qui leurfontvoir tropclairementrautorité de l'Eglise et de la tradition, nécessaire interprète de la loi. L'autre ministre répond encore d'une manière plus vague. Il ne dit pas seulement un mot sur les exemples constants de la tradition, que je viens de faire voir parmi les Juifs. En récompense, il s'étend beaucoup sur les exemples des traditions chrétiennes 6. Le change-
* Tr. de la tornm., n. 12 — J Deut., vu, 1, 2,3, xxxin, 3, 6. — ' / Esdr..\x, 1, x, 19. — 4 Rulh. v. — > La Roque, p. £.49. — .Anonyme, part., ch. r 0, p. 83.
ment du sabbat au dimanche est la première que j'ai remarquée. Cet auteur répond premièrement que nous observons le sabbat autant que les Juifs; que les Juifs ne savent non plus que nous, si le samedi est précisément le jour qui répond au septième jour, où Dieu s'était reposé; et conclut que « c'est une erreur de s'imaginer que le sabbat n'est pas gardé dans l'Eglise chrétienne , comme c'en est une de croire que le jour de la résurrection de Notre-Seigneur l'a emporté par-dessus l. » Quel malheur d'avoir de l'esprit, et de n'en avoir que pour se confondre soi-même et se fortifier dans ses préventions ! Pour ne pas voir une tradition constante de l'Eglise chrétienne, cet auteur tâche d'obscurcir la suite du septième jour, qui représentait celui où Dieu s'était reposé : mais quel embarras trouve-t-il ici? Dieu était l'auteur du Décalogue, qui avait expressément marqué ce jour; et l'observance des Juifs était approuvée. Depuis ce temps, de septième jour en septième jour , on en avait confirmé la tradition, autorisée par tous les prophètes; et Jésus-Christ, accusé souvent d'avoir violé le sabbat, loin de nier que ce fût le jour établi de Dieu, le confirme par toutes ses réponses. Cependant c'est ce jour précis dont les apôtres ont changé l'observance, et l'ont transférée au dimanche, en mémoire de Jésus-Christ ressuscité ce jour-là, sans néanmoins l'avoir écrit ni dans l'Evangile ni dans leurs Epîtres.
Cet auteur nous objecte ensuite2 ces passages de saint Paul : « Que nul ne nous condamne sur « le sujet des fêtes, des nouvelles lunes, des sab- « bats 3 ; » et encore : « L'un estime un jour plus « que l'autre, et l'autre les estime tous égale- « ment: que chacun fasse selon sa conscience4; » d'où notre auteur conclut «que tous les jours « des Chrétiens doivent être des sabbats au Sei- « gneur.» Cet homme passe tout d'un coup d'une extrémité à l'autre. Tout à l'heure il nous disait que les Chrétiens « observent véritablement le jour du sabbat, quant au jour, quoique non pas de la manière sévère avec laquelle le Juif se croit obligé de l'observer : » il nous disait que nous observons à la lettre le Décalogue, « puisque après avoir travaillé six jours, nous nous reposons le septième. C'est, » dit-il, « ce que fait aujourd'hui et ce qu'a toujours fait l'Eglise chrétienne , » et maintenant il veut que tous les jours soient égaux, et que nous ne fêtions pas plus l'un que l'autre. Quoi donc ! non-seulement tous les dimanches , mais le jour de la naissance de Notre-Seigneur, le jour de sa Passion, le jour de
1 Ib. p. 83, 84, 8".
* Il om ., xiv, 5.
— - Anonyme, p. 85. — 3 Col., il, 16.
Piques, qo*U a illustré par m résurrection glorieuse, le jour de son Ascension , le jour de la Pentecôte, où l'Eglise a été (ondée, ne seront rien aux Chrétiens! Quelle fureur il»' rapporter
à ces saints jours ce que l'Apôtre a dit des observances «les Juifs et de leurs superstitions î C'est être puritain trop outré, que de pousser les conséquences jusqu'à cet excès, el de rejeter des
jours respectés de tout ce qu'il \ a jamais eu (le Chrétiens.
Loin de suivre ces sentimenls OUtréf . notre auteur semble vouloir, a\ee le dimanche . nous taire encore observer le sabbat. 11 nie l'ait
dire a moi-même, qne t l'observation du sabbat « est une chose qui a passe pour constante dans «l'Eglise1, » ce <pie je n'ai jamais dit. 11 ajoute que « le docte Grotius l'a prouvé invinciblement dans ses remarques sur le Décalogue; a et ensuite, sur le fondement que j'ai posé, que, pour bien entendre la loi, il faut toujours voir comment on l'a entendue et pratiquée, il conclut « (pie, pour bien entendre la loi du sabbat , il faut voir ce que l'Eglise a entendu et pratiqué ; et, poursuit-il, comme il parait incontestable qu'avant qu'il y eût aucun changement introduit, elle a gardé religieusement ce jour pendant plusieurs siècles, nous soinines par conséquent obligés à le garder aussi. » Je ne nie pas que quelques Eglises n'aient observé le samedi connue le dimanche; mais d'autres Eglises ne l'observaient pas ; et comme elles demeuraient les unes et les autres dans leur liberté, il paraît qu'il y avait une tradition dans l'Eglise, que depuis la publication de l'Evangile, on n'était plus obligea garder le jour où Dieu avait établi la mémoire de la création de l'univers, ni le précepte du Décalogue où l'observance en était commandée, encore que ni Jésus-Christ ni ses Apôtres n'eussent écrit nulle part cette dispense.
Pourquoi cet auteur nous défendra-t-il de tirer de là une conséquence pour le sujet dont nous parlons? Le sabbat n'était-il pas une observance d'institution divine, en mémoire de la création, comme l'Eucharistie en est une en mémoire de la passion de Notre-Seigncur? Pourquoi donc la tradition et l'autorité de l'Eglise sera-t-elle l'interprète nécessaire d'une de ces institutions, plu. tôt que de l'autre? et qui ne voit, au contraire, dans le point dont il s'agit, une parfaite ressemblance entre l'une et l'autre ?
Voilà tout ce qu'a pu dire en huit ou dix pages l'auteur de la IIe Réponse. A la vérité. M. de la Roque en dit moins ; mais aussi il ne répond rien du tout à la difficulté, et passe, selon sa coutume, adroitement à côté2. Tout ce qu'il dit
* Anon., p. 93. — 2 La Roque, part, n, c\: 3, p. 2&8.
aboutit à ces deux points: le premier, que l'observance des jours, des temps, des années , des nouvelles lunes, et même des sabbats, est abolie selon la doctrine de saint Paul. Mais ces passages de saint Paul regardent ou en général les observances superstitieuses des jours, ou en particulier les sabbats, c'est-a-dire, selon l'usage de l'Ecriture , les tètes que iMoïse avait établies, connue il parait par le dénombrement qu'en fait saint Paul, et non pas ce qui venait de plus haut, ce qui était Institué en mémoire de la création, ce qui pour celle raison avait été mis expressément dans le Décalogue. Cesl pourquoi plusieurs Eglises, que les Apôtres avaient fondées, persistèrent dans l'observance du sabbat, et y joignirent celle du dimanche. Le second point qu'avance M. de La Roque, c'est que le sabbat étant aboli, les ApAtresn'onl pu choisir un jour plus propre au repos des Chrétiens, que le premier de la semaine où Jésus-Christ était ressuscité, qui aussi était pour eux un jour d'assemblée, connue nous le voyonsdans l'Ecriture '. Je confesse qu'il parait assez dans le Nouveau Testament, <pie le premier jour delà semaine, qu'on appelait le dimanche , était un jour d'assemblée pour les Chrétiens, et c'est tout ce qui résulte des passages qu'on produit; mais que ces assemblées emportent une exemption du repos du samedi, ou la translation du repos au jour du dimanche, c'est ce qui ne parait en aucun endroit; de sorte que les deux choses que j'ai avancées3, demeurent inébranlables : l'une que l'on ne produit aucun passage du Nouveau-Testament « qui parle le moins du monde du repos attaché au dimanche; » l'autre, qu'en tous cas « l'addition d'un nouveau jour ne suffisait pas pour ôler la célébrité de l'ancien, ni pour faire changer , avec la tradition du genre humain , la mémoire de la création , et un précepte du Décalogue. » Pour ce qui regarde la défense de manger du sang et la chair des animaux suffoqués, portée par tout le concile des Apôtres4, M. de La Roque tranche hardiment qu'elle n'était que pour un temps5. Mais , pour ne rien dissimuler, il devrait avoir avoué qu'il n'y a rien dans le décret apostolique qui nous marque que cette défense devait finir, puisqu'au contraire elle est jointe avec la défense de la fornication, et avec celle de manger ce qu'on avait immoléauxidoles, qui sont choses perpétuelles. Quand il dit que les Apôtres ont l'ait cette défense « pour condescendre « envers les Juifs infirmes, » il semble qu'il ne pense pas à la longue suite des siècles où elle a été observée dans les Eglises chrétiennes. Il nt
' Act., XX, 7 ; 1 Cor., xvi, 2. — ' Apoc., i, 10. — * Tr. de U corn., u. 13. — 'Act., iv, ï9. — ' Li Itoque, p. 236.
.allait pas non plus rapporter , parmi les obser- imposteur sous le règne de l'empereur Antonin
vances légales , une observance qui avait pré- le Pieux, » c'est-à-dire au IIe siècle de l'Eglise, et
cédé la loi, et qui avait été donnée à tout le genre sous les disciples des Apôtres. Etrange effet de
humain en la personne de Noé et de tous ses la prévention ! Il ne paraît rien du tout dans le
enfants. Ce ministre objecte beaucoup de passa- discours d'Akiba qui marque que la prière pour
ges où l'Ecriture nous permet en général toute les morts fût une chose nouvelle; elle se trouve
sorte de viandes, et ne rougit pas de rapporter à dans toutes les synagogues des Juifsetdans leurs
propos de cette défense apostolique ce que saint rituels les plus authentiques, sans qu'aucun d'eux
Paul a prédit à propos des faux docteurs « qui ait jamais songé qu'elle ait été commencée par
« commanderaient de s'abstenir des viandes que Akiba. Elle est si peu commencée par Akiba,
« Dieu a créées pour les fidèles1.» Peut-on avoir sous l'empire d'Adrien, qu'on la trouve devant
seulement pensé que ces paroles regardent ceux l'Evangile dans le second livre des Machabées.
qui, du temps de saint Paul, et tant de siècles Et il ne sert de rien de dire que ce livre n'est
après, ont religieusement observé cette défense pas canonique ; car il suffit qu'il soit non-seu-
des Apôtres? Que sert, au reste, de nous produire lement plus ancien qu'Akida, mais encore que
ce qui est dit en général des viandes permises ; l'Evangile. Il ne sert de rien non plus de répli-
puisqu'on sait que les choses générales ne déro- quer que l'action de Judas Machabée était mani-
gent pas aux particulières et que ce sont plutôt festement irrégulière ; puisque les morts pour
les particulières qui exceptent des générales? Si lesquels il fit offrir des sacrifices étaient des gens
donc nous demeurons libres à l'égard de ce pré- morts dans le crime, à qui on avait trouvé des
ceple apostolique, rien ne nous peut assurer, que viandes immolées aux idoles, et que Dieu avait
l'autorité de l'Eglise. Elle seule, par l'esprit dont punis pour cela. Car Judas Machabée ne savait
elle est pleine , nous apprend à discerner dans pas s'ils n'avaient pas péché par ignorance ;
les préceptes ce qui appartient au fond, et ce croyant la chose permise dans l'extrême néces-
qui appartient aux circonstances indifférentes, ce site des vivres où ils étaient; et entout cas, il igno-
qui est perpétuel , ou ce qui doit avoir un cer rait s'ils ne s'étaient pas repentis de ce péché. Ce
tain terme. Toute autre chose qu'on peut dire grand homme savait que tous ceux que Dieu fait
sur les exemples des traditions que nous avons servir d'exemples aux autres, ne sont pas pour
rapportées, n'est, comme on a vu, qu'un raison- cela toujours damnés sans miséricorde. Ainsi il
nement humain. Voilà ce que suivent ceux qui avait raison d'avoir recours aux sacrifices; et
ne cessent de nous objecter des traditions hu- son action, où personne ne remarque rien d'ex-
maines. Ils comprennent sous un nom si odieux traordinaire, non plus que dans la louange que
tant de véritables et de solides traditions , qu'ils lui donne l'auteur de ce livre, fait voir qu'il était
ne peuvent s'empêcher eux-mêmes dereconnaî- dès lors établi, parmi les Juifs, qu'il restait une
tre; et pour comble d'aveuglement, ils aiment expiation et des sacrifices pour les morts. Cepen-
mieux les fonder sur des raisonnements hu- dant on s'obstine à croire que les Juifs ont pris
mains visiblement faibles, que sur l'autorité cette coutume d'Akiba, et les Chrétiens delà
de l'Eglise, que Jésus-Christ nous commande prétendue sibylle.
d'écouler. ^ais encore ce M. Blondel, qui, après dix-sept
cents ans, vient nous découvrir, dans l'écrit d'un fHAPITRF VII imposteur, l'origine d'une coutume aussi an- Ci AI LU. cienne que l'Eglise, après l'avoir trouvée dans De la prière pour les morts. - Tradition rapportée dans le tous je§ p^ à commencer depuis Tertullien, Traité de la communion. . ,, . . , k , .. .., , ,
auteur d une si vénérable antiquité, dans toutes
Avant que de sortir decette matière, il fautdire les Eglises Chrétiennes, dans toutes les litur-
encore un mot de la prière pour les morts, cou- gies, je dis même dans les plus anciennes, a-t-il
tume que j'avais marquée comme une tradition trouvé un seul auteur chrétien qui ait marqué
commune aux Chrétiens et aux Juifs. Sur cela celte coutume comme nouvelle ? Il n'en nomme
M. de La Roque décide, de sonautorité, quecette aucun ; et au contraire, il est constant que Ter-
tradilion «a été inconnue aux Juifs jusqu'aux tullien l'a rapportée, comme on rapporte, dans
temps de leur docteur Akiba, qui vivait sous l'occasion, des choses déjà établies, et la met
l'empereur Adrien2 ; » et de la même auto, ilé, parmi les traditions qui nous viennent des Apô-
ou plutôt sur la foi de M. Blondel, il décide très; ni lui, ni aucun auteur chrétien ne s'est
que, « les Chrétiens avaient emprunté cela, non jamais avisé de citer l'écrit sibyllin, pour établir
des Juifs, mais des livres sibyllins, forgés par un la prière pour les morts. Tous au contraire ont
< / Tirn., r., 3. - l ; s te, part, u, eb. i,v, *.2 *». cité, pour l'établir, ou le livre des Machabées,
OU la tradition apostolique, ou la coutume univenelle de l'Eglise chrétienne, ou des passages de l'Evangile soutenus par la tradition de tous les siècles, il n'j ■ pas un homme de hou mus qui ne dise, sur ce fondement incontestable, qu'il est mille lois plus vraisemblable, pour ae rien dire de plus, que la prétendue sibylle ait pris ce qu'elle aura pu dire sur cette matière, de l'opinion commune de son temps, que de dire que sa pensée particulière soit passée en 00 instant dans toutes les Eglises, dans tontes les liturgies et dans tous les écrits des Pères, sans que personne se soit aperçu d'un changement si considérable ; et que la chose ait été poussée si avant, que, dès le milieu du IV' siècle, Aerius, qui, le premier des Chrétiens, osa nier 1rs prières et les sacrilices pour les morts, fut mis pour celte raison parmi les hérésiarques. 0 Dieu ! des Chrétiens peuvent-ils croire que l'imposture ait prévalu jusqu'à prendre dans l'Eglise chrétienne si vile et sitôt l'autorité de la foi! Tout cela ne touche pas nos obstinés; et à quelque prix que ce soit, il faut que la doctrine de toutes les Eglises chrétiennes soit venue de la fausse sihyle.
Mais pourquoi non enfin du livre des Machabécs ? Est-ce peut-être que la prière pour les morts n' 3 esl pas asses marquée dans ces paroles: « Judas le Machabée envoya de quoi offrir à Jerusalem des sacrifices pour les péchés de ceux qui étaient morts ' ; » et, dans celte réflexion de l'auteur : « C'est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés? » Peut-être que la prétendue sibylle a parlé plus clairement de la prière pour les morts. Mais elle n'en dit pas un seul mot, on en convient. On prétend seulement qu'elle dit des choses qui mènent la. Mais le livre des Machabécs, qui n'y mène pas seulement par des conséquences, qui l'expose aussi clairement que les ailleurs les plus claiis, pourquoi n'aura-t-il rien fait dans l'esprit des Chrétiens et des Juifs? Est-ce qu'il n'était pas connu? Mais il est constant qu'il était entre les mains d'eux tous ; et en particulier que les auteurs chrétiens, grecs et latins, l'ont cité avec vénération, pour ne rien dire de plus, dès l'origine du christianisme; et que dès le IVe siècle, l'Eglise d'Occident l'a mis parmi les livres canoniques. Pourquoi donc se tant tourmenter a chercher dans les obscurités de la sibylle ce qu'on trouve si clairement dans un écrit aussi ancien et aussi connu que le livre de? Machabécs? II est bien aisé de l'entendre : c'est qu'encore que nos réformés ne veuillent pas recevoir ce livre, ils ne
11 lk.ek.,xn, 43, 4C.
peuvent lui ravir son antiquité, ni sa dignité tout entière : c'est qu'en trouvant la prière poulies morts devant et après l'Evangile dès le commencement de l'Eglise, s'ils lui donnaient dans tons les temps la même origine, la suite en serait trop belle : on aurait peine à comprendre qu'une prière qui parait un peu devant l'Evangile, et incontinent après, se fût éclipsée dans le milieu : on serait forcé de croire qu'elle serait du temps même de Jésus-Christ et des apôtres, qui en ont si peu rompu le cours, qu'on la voit aussitôt après dans toutes les Eglises chrétiennes : on ne pourrait s'empècher de reconnaître, dans cette source, l'origine d'une façon de parler commune parmi les Juifs, et autorisée par Jésus-Chris! même, qu'il y a des péchés qui ne se remettent ni en ce siècle ni en l'autre « ; car on verrait clairement, dans le livre des Machabécs. la rémission des péchés demandée par des sacrifices en faveur des morts et pour le siècle futur; et la façon de parler dont s'est servi Jésus-Christ confirmerait trop cette doctrine, et aurait avec elle un trop visible rapport : un lieu obscur de saint Paul, où il parle d'une coutume de se baptiser pour les morts2 (car c'est ainsi qu'il faut traduire selon la force de l'original), trouverait dans celte coutume un dénoùment trop manifeste : ce baptême, c'est-à-dire non pas le baptême chrétien, mais les purifications et les pénitences pratiquées par les Juifs pour les morts, auraient une liaison trop manifeste avec la croyance de la prière dont nous parlons : en un mot, celte croyance serait trop suivie, et paraîtrait trop clairement devant l'Evangile, sous l'Evangile, et après l'Evangile. Il faut évoquer la sibylle, pour rompre cette belle chaîne: il ne faut pas qu'on ait dit en vain que l'Eglise romaine avait tort; et il vaut mieux, pour soutenir le litre de réformés, donner le tort à tous les Chrétiens et à tous les Juifs, sans respecter Judas le Machabée, ni son historien, dont h livre a mérité d'être lu publiquement dans l'Eglise dès les premiers siècles.
Reprenons en peu de paroles ce que nous venons d'établir; et quelque ennui qu'on ressente à répéter des choses claires, portons-en la peine pour l'amour de ceux dont le salut nous est cher. J'ai fait voir à nos réformés qu'ils n'ont point de règle. Celle qu'ils semblent s'être proposée de faire dans les sacrements ce que Jésus-Christ a fait et institué, s'est trouvée visiblement fausse, non-seulement dans le baptême, mais encore, de leur aveu, dans beaucoup de circonstances très-importantes de la Cène. Nous avons vu clairement qu'en rejetant la tradition ou la doctrine
'Matth., xii, 31, 32. — ' / Cor., xv, 29.
non écrite, il ne leur reste aucune règle pour distinguer, dans les sacrements, et en général dans les observations de l'Ancien et du Nouveau Testament, ce qui est essentiel et perpétuel, d'avec ce qui ne l'est pas. Ceux qui, soigneux de leur salut et diligents dans la recherche de la vérité, voudront relire les endroits que j'ai défendus, du Traité de la communion 2, y trouveront maintenant la démonstration des trois principes que j'ai établis, et principalement de celuici, qui est le plus essentiel : « que, pour connaître ce qui appartient ou n'appartient pas à la substance des sacrements, il faut consulter la pratique, la tradition et le sentiment de l'Eslise. »