SDR LE REPROCHE D'IDOLATRIE
Et cela n'est pas seulement constant par la dans les cienx. Sur la terre, nn homme est loin raison naturelle; c'est une chose expressément de Dieu ; il est ou il parait être quelque chose révélée de Dieu, puisque saint Paul a dit à la étant seul ; mais uni à Dieu, réuni à sa source, créature, et qu'il a répété souvent: Met Frèret, comme un fleuve est uni à l'Océan quand il s'y prie» pour moi. Cesl donc chose révélée de Dieu, est jeté, il n'est plus rien, il est englouti et abîmé, en termes formels, que demander des prières ne pour ainsi dire, dans les rayons de la gloire de peul être un honneur divin ni au-dessus de la Dieu. • Quelle vision de s'imaginer qu'un biencréature. 11 n'en faudrait pas davantage pour heureux, uni à Dieu, n'est plus rien, qu'il n'agit confondre M. Jurieu et tous les ministres. Car plus et ne 'vit plus! c'est du Dieu des siamois voilà en termes précis, cette demande: Prie* que le ministre veut sans doute parler. Que si four nous, déclarée par un apôtre un honneur l'on dit que c'est une exagération qui fait voir humain et convenable à la créature; or cet qu'à comparaison de la gloire immense de Dieu,
honneur, qui est humain en le taisant aux li- celle de la créature doit être comptée pourrien, dèles qui sont sur la terre, ne peut pas devenir il faut donc avouer en même temps que le biendivin en le faisant aux esprits bienheureux, puis- heureux, loin d'être effectivement anéanti et qu'on l'ait l'un et l'autre dans le même esprit de sans action dans ce glorieux état, est au contraire
demander la société des prières de nos frères. d'autant plus, ^ il el agit d'autant plus, qu'il est
Vil. Dneresteàvosnunistresquedenier, comme plus intimement uni à la source de la vie et à la
ils osent le faire, que nous [trions les bienheu- plénitude de l'être. S'imaginer maintenant qu'il
renx esprits dans le même espi it que nOUS prions D'est plus permis de l'honorer dans cet état, ce
nos frères. Mais c'est là nous contredire dans la serait dire en même temps qu'on ne le peut plus
chose du inonde la plus claire, puisqu'il est clair honorer ni glorifier, à cause qu'il est arrivé au
et attesté par tous les actes de noire religion, Comble de la gloire . ce qui serait la plus
que nous ne demandons aux plus grands saints, grossière de toutes les absurdités.
et même à la sainte vierge, que des prières. IX. Que veut donc dire ce vain discours
C'est ce que démontrent tous nos conciles, tous de votre ministre :« On est obligé de s'abstenir de
nos catéchismes, tout notre service, tous nos ri- rendre tout hommage à un sujet en présence
tuels, et, en un mot, tous les actes de notre rc- de Bon souverain , et l'on ne sera pas obligé de
ligion : et pour en venir à un exemple, c'est ce s'abstenir de rendre un culte religieux à une
qui parait dans le Confiteor, prière si familière à créature devant le Créateur/ 1 Quand on lient de
tous les fidèles, où, après avoir confessé nos pé- pareils discours, où il n'j a qu'un son éclatant
chés à Dieu, uses anges, à ses saints et à nos et des couleurs spécieuses, on montre bien
frères présents pour nous humilier non-seule- qu'on ne veut qu'éblouir le inonde. Car lais-
ment devant Dieu, mais encore devant toutes sant à part l'équivoque du terme de religieux
ses créatures, nous finissons en disant: Je prie dont on parlera bientôt, demandez, mes Frères,
la sainte Vierge, les saints anges, saint Jean- à votre ministre, s'il permet de louer et de glo-
Baptiste, saint Pierre, saint Paul, tous les autres rifier les bienheureux esprits dans l'état de gloire
saints, et vous, mes frères, de prier pour moinotre où ils sont. Voilà donc celte espèce d'hommage
Dieu tout-puissant. puisqu'il veut l'appeler ainsi ; et pour parler
Vous le voyez, mes chers Frères, nous ne plus correctement, voilà les justes louanges et la
prions point les saints et la sainte vierge elle- glorification rendue aux saints sous les yeux de
même de prier pour nous autrement (pie nous Dieu, sans qu'il s'en offense. Niera-t-on que les
en prions nos frères, parmi lesquels nous vivons, louanges soient un culte, et les louanges de Dieu
Cette prière, adressée à nos frères vivant avec la principale partie du culte divin? Donc les
nous, se trouve en ternies formels dans l'Ecri- louanges des saints sont un honneur qu'on leur
turc; donc celle que nous adressons aux saints rend. On sait bien, et il ne faut pas se lourmen-
qui sont avec Dieu, étant de même nature, est ter à nous l'expliquer , qu'on ne les loue pas
clairement autorisée dans l'équivalent. comme Dieu ; mais enfin en les louant on les
VIII. Qui veut voir comhicn ce raisonnement honore. Le ministre nous dira, quand il lui plaira,
embarrasse les ministres n'a qu'à entendre les si cet honneur qu'on leur rend, pour l'amour de
extravagances où il jette M. Jurieu. Il entreprend Dieu, est religieux ou profane. En attendant, il
de prouver que la glorification des bienheureux est constant qu'on ne les regarde pas devant Dieu
est un obstacle à cette prière qu'on leur pourrait comme des riens, puisqu'on lesloue à ses yeux, et
faire ; et la raison qu'il en apporte, est, dit-il, que c'est là proprement que nous les devons
« qu'il serait moins criminel d'invoquer un glorifier, puisque c'est là que Dieu les glorifie,
homme sur la terre, que de l'aller chercher X. La comparaison des rois de la terre montre
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bien encore qu'on ne s'entend pas. Car sans par- pas même dans la gloire, comme la foi et l'ester de certains honneurs qu'on rend tous les pérances'y perdent. Si c'est la même charité,elle jours aux enfants des rois en présence de leur nous unit avec Dieu et entre nous, tant dans le père, et qui rejaillissent sur les rois mêmes, ce ciel que sur la terre, en sorte que tous ensemble qui montre qu'on peut honorer les enfants de nous ne faisons qu'un même corps de Jésus- Dieu devant leur Père céleste ; et où- est-ce Christ. Les saints voient ce que nous croyons : qu'on les honorera, si l'on ne les honore pas mais toute la perfection de la gloire est renferdevant Dieu et sous ses yeux? Où est-ce que mée dans la foi comme le fruit dans son germe. Dieu n'est pas ? Où est-ce que la foi ne nous le Les saints ne sont donc pas entre Dieu et nous, représente pas dans sa majesté et dans sa gloire? à parler dans la précision d'une saine théologie; D ne faudrait donc jamais honorer nos frères ni mais ils sont nos membres et nos frères, qui ont les prier de prier pour nous. Car nous ne le accès comme nous par le même médiateur, qui pouvons faire qu'en les regardant sous les yeux est Jésus-Christ. De là se forme ce raisonnement de cette suprême majesté. Et d'ailleurs peut-on tiré des principes du ministre. Ce n'est point ne pas voir que ce qui oblige à supprimer devant offenser Dieu ni Jésus-Christ « que de demander les rois certains honneurs qu'on pourrait rendre « aux saints une jonction de prières. » (Ce sont aux autres hommes en leur absence, c'est qu'a- les paroles du ministre qu'on vient de voir.) Or près tout le roi n'est qu'un homme, et l'honneur nous ne demandons aux saints qu'une jonction qu'on lui rend est un honneur fini, qu'un autre de prières. Ce n'est point mettre les saints entre honneur peut partager et diminuer ; mais Dieu et nous, que de les regarder comme unis à l'honneur qu'on rend à Dieu n'ayant point de nous (c'est encore le principe du même ministre), bornes, puisqu'on y regarde toujours la dispro- Or nous ne regardons les saints, qui sont dans portion de créature à créateur qui est infinie, la gloire, que comme unis avec nous parla cha- Dieu ne peut rien perdre du sien, quand on rite en un même corps de Jésus-Christ ; nous ne honore ses serviteurs, qu'on ne regarde au les mettons donc pas entre Dieu et nous, comme contraire que comme un faible écoulement de nous y mettons Jésus-Christ ; et à proprement sa grandeur infinie, et qu'on regarde toujours parler, il n'y a que Jésus-Christ seul à qui nous comme d'autant plus revêtus de ses bienfaits, rendions cet honneur, puisqu'il n'y a que lui qu'ils sont eux-mêmes plus grands. Il n'en est seul que nous regardions comme écouté par luipas ainsi des rois. Les hommes n'en tiennent même ; tous les autres, qui prient dans le ciel pas toutes les belles qualités d'esprit et de corps ou sur la terre, ne l'étant uniquement que par qui leur attirent du respect. Mais tous les avan- lui, ainsi qu'on vient de le voir par le concile de tages que nous révérons dans les saints leur Trente, et qu'on le verra encore plus évidemviennent de Dieu; et dès qu'ils sont connus ment dans la suite.
comme tels, s'ils provoquaient Dieu à jalousie, XII. Il s'ensuit de là clairement que les prières Dieu serait jaloux de lui-même. qu'on adresse aux saints, loin de nous détourner
XI. Mais voici une autre raison de votre mi- de Dieu, nous y unissent, ce qui se démontre en nistre: «Quand vous dites à un saint vivant: Priez cette sorte. La prière, dont Dieu est toujours pour nous, vous n'en faites point un inter- le premier et le principal objet, ne nous peut cesseur qui soit médiateur auprès de Dieu ; car détourner de Dieu ; or est-il que Dieu est touil n'est pas plus auprès de Dieu que vous : il n'est jours le premier et le principal objet de la prière point entre Dieu et vous ; ce n'est qu'une jonc- que les Catholiques adressent aux saints, puistion de prières que vous demandez ; mais quand qu'ils ne les prient que de prier Dieu ; par convous dites à un saint qui est au ciel plus près de séquent la prière adressée aux saints ne peut Dieu que vous, et tout près de Dieu : Priez pour jamais détourner de Dieu ceux qui la font dans nous, vous en faites un intercesseur posé près l'esprit de l'Eglise catholique, de Dieu, un médiateur entre Dieu et vous. » En effet, le but de celle prière n'est pas tant Dans quelles subtilités s'embarrasse l'esprit hu- de s'adresser aux saints comme priés, que de main, et quel vain tourment il se donne, quand nous unir à eux comme priants ; et c'est pouril ne veut pas ouvrir les yeux à la vérité ? Un quoi saint Basile ne croyait pas détourner les bienheureux est uni à Dieu par la charité; un peuples de prier Dieu, en les invitant à prier fidèle qui est sur la terre lui est uni par le même les saints ; parce que les invitant à prier les saints, nœud, et c'est la même charité partout, puisque selon l'esprit du christianisme, c'était leur dire saint Paul a prononcé « que la charité ne se en d'autres paroles, comme il l'interprète luiperd jamais * , » et par conséquent ne se perd même * : « Que vos prières se répandent devant
» l Cor., au, 8. * Oral, in 40 mort.