‹ Œuvres completes de Bossuet (volume 5)Chapitre 73 sur 313 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Suite. — Actes de saint Tharsîce et des martyrs de Nicomî-die.

Mes adversaires demeurent d'accord des Actes que j'ai produits, de saint Tharsice, acolyte du Pape saint Etienne, qui souffrit quelques jours après lui sous l'empire de Valérien, au milieu du IIIe siècle *. Son martyre est rapporté dans les Actes de celui de son évêque, et dans les Martyrologes, à peu près dans les mêmes termes 2. On y voit que le saint martyr « ne voulut jamais découvrir, à des infidèles qu'il rencontra dans son chemin, les sacrements du corps de Notre-Seigneur, qu'il portait, ni jeter les perles devant ces pourceaux. » Dieu même l'aida à cacher ce que les infidèles ne^evaient pas voir; et, « après qu'ils l'eurent tué à coups de bâton et à coups de pierres, quelque soin qu'ils prissent de chercher, ils ne trouvèrent, ni dans ses mains ni dans ses habits, aucunes parcelles des sacrements de Jésus-Christ : » mot à mot, rien des sacrements, rien des mystères, nihil mysteriorum, nihil sacramentorum, dont on aurait dû naturellement apercevoir les restes et les particules dans ses mains ou dans ses habits, quelque soin qu'il eût pris de cacher ce sacré dépôt. Aussi est-il seulement parlé du corps, quoiqu'on mette au pluriel les mystères, ou les sacrements, que le langage ecclésiastique emploie indifféremment dans les deux nombres.

La réserve sous la seule espèce du pain, n'est pas moins claire dans les Actes des saints martyrs de Nicomédie, Dom7ia et Indes. Les magistrats «visitèrent la maison où demeurait sainte Domne avec l'eunuque Indes qui la servait. » On y trouva « une croix, le livre des Actes des Apôtres, deux nappes étendues à plate terre avec une lampe, un coffre de bois, où ils mettaient l'oblation sainte qu'ils recevaient ; on n'y trouva point l'oblation qu'ils avaient eu soin de consumer. »

L'auteur de la IIe Réponse, effrayé de cette croix et de cette lampe, dont sa religion ne lui apprend pas l'usage, s'emporte contre Métaphraste, dont il croit que j'ai tiré ce récit; mais, sans approuver le mépris extrême qu'il témoigne pour cet auteur, dont nous avons tant de restes précieux des anciens Actes, et tant de choses où l'on ressent la plus pure antiquité : pour peu qu'il eût pris garde à ce qu'il lisait, il eût vu que je ne parle en aucune sorte de la longue histoire de ces saints martyrs, que l'on trouve chez Métaphraste. Je ne cite que des actes très-courts, très-anciens, très-purs, où tout respire la piété et la simplicité

» Fulb., ep. 2, ad Finard. — » Bar., tom. ji, Append.

* La Roque, IJist. de l'Euch., p. 179; Voy. sa réponse, p. 1?0. Sur'., 2 au;;., cap. 13 ; Martyr., Aclon., Rom., Bec!., lô, aug.

perpéti ni'-; de la tradition. 337

ancienne, que Baronius aproduits, et qui se brou- fret, la même chose sainte, le même feu al-

vento^slesbibliothèques. Ces messieurs neveu- lumé contre les profanateurs de l'Eucharistie.

lenl pas croire ce que j'ai dit ' . que le tenu.' Voilà ce que gardaient les saints martyrs dès le

d'oblation sainte, taneta oblatio, cl dans les temps II' siècle de l'Eglise. Car sainte Eudoxe souffrit

un peu plus Ims, sanctQ «bluta, au féminin, sig- en ce temps-là.

aille le corps de Noire-Seigneur. La chose est Voilà ce qu'ils recevaient tous les jours. Deri-

pourtant constante. On n'a qu'à ouvrir l'Ordre dicules critiques diront peut-être qu'on trouve,

romain, les Sacramentaires, et enfin les autres dans ce récit, des mots et môme des choses qui

livres de celle nature, on y trouvera, à toutes les sont nces beaucoup au-dessous de ces premiers

pages, Voblation sainte', manifestement distin- siècles, comme, par exemple, le mot ascete-

guéedu saint calice etdu breuvage sacré ;etceuj rium, qui signifie monastère, et l'oratoire, où

qui ne voudront pas prendre cette peine, peu- l'on gardait les dons sacrés : mais qu'il y ait eu

vent voir le mot oblato dans le docte Dictionnaire de tout temps des vierges sacrées qui vivaient

de M. du Gange, qui confirme ce que j'avais dit dans une extrême retraite, c'est ce qu'on ne

après les maîtres. Si l'on n'est pas satisfait des peut révoquer en doute. 11 ne leur était pas

exemples que l'on y trouvera, je m'offre d'en difficile de se mettre trois ou quatre ensemble,

montrer par centaines. Mais je ne crois pas que et même davantage, si elles voulaient, dans une

des gens instruits m'obligent à cette recherche, même maison. Encore qu'il n'y eût pas des

On ne s'étonnera pas, après cela, «pie ceux qui monastères en forme, comme on en a vu <le-

ont traduit de grec en latin les Actes des saints puis la paix de l'Eglise, il ne faudrait pas s'éton-

martyrs dont nous parlons, aient suivi cet usage ner que les auteurs qui ont tiré ces histoires

ecclésiastique, et qu'ils aient exprimé le corps de des anciens Actes, pour mieux faire entendre

Notre-Seigneur, ou le mot qui se trouvait dans les choses, se soient servis des mots qui étaient

l'original, par le mot LYublutiun sainte, selon le connus de leur temps. C'est ainsi que nous

langage de l'Eglise. voyons dans les actes du martyre de saint Boni-

CHAP1TRE Xffl face, d'une très-grande antiquité, le monastère

où Aglaé se relira : et à prendre les choses par

Suite. - Vie -le sainte Eudoxe. lc fon(1 dans rextrème régularité et l'extrême

La vie de sainte Eudoxe, vierge et martyre, retraite que gardaient les vierges chrétiennes,

nous a été donnée par Bollandus, et le manuscrit pour ne pas dire la plupart des Chrétiens, on

grec d'où il l'a tirée a environ mille ans. Nous \ pourrait plutôt dire que toutes leurs maisons

trouvons que cette vierge « cherchée par des sol- étaient dès monastères, que de dire qu'il n'y en

dais au lieu de retraite où elle s'était renfermée, avait point du tout alors. C'est ce qui fait qu'on

avant que de se mettre entre leurs mains, entra trouve quelquefois ces mots dans les récits tirésou

dans l'oratoire; et qu'ayant ouvert le coffret où traduits desanciens Actes; eteeux qui lesrejettcnt,

l'on gardait le don des restes du saint corps de sous ce prétexte, n'ont aucun goût de la piété etde

Jésus-Christ, elle en prit une particule, qu'elle l'antiquité chrétienne. Au reste, il n'y aurait rien

cacha dans son sein, et qu'ensuite elle ne crai- d'extraordinaire qu'il y ait eu un lieu parliculiè-

gnit pas d'aller avec ceux qui voulaient l'emme- rement destiné à la réserve de l'Eucharistie, ni

net- 2. » Et un peu après : « Connue les soldats qu'on ait donné à ce lieu un nom saint et reli-

la dépouillèi eut et la mirent à demi-nue, le saint gkux ; mais enfui, quoi qu'il en soit, on ne peut

et vénérable don de Jésus-Christ, c'est-à-dit e la révoquer en doute, après tant d'autorités et tant

particule de l'Eucharistie, tomba de son sein. On d'exemples, que la réserve de l'Eucharistie ne se

la releva et on l'apporta au président; mais il fit sous une seule espèce par toute l'Eglise, ûca

n'eut pas plus tôt approché ses mains du gage les premiers temps du christianisme. Nosadver-

sacré, qu'il se changea en feu. » Ainsi voyons- saires n'ont pas pu tout à lait nier ce fait décisif,

nous dans saint Cyprien, « qu'une femme ayant L'auteur de la 77e Réponse nous le passe pour les

ouvert d'une main indigne le coffret où était le solitaires, et il a paru clairement qu'il n'y a pas

Saint dL Seigneur, il en sortit une flamme dont plus de raison de le contester pour les autres,

elle fut effrayée 3. » Et encore, en ce même en- M. de la Roque, qui, après l'avoir établi dans

droit, v< qu'une autre, qui osa prendre en mau- son Histoire de l'Eucharistie, par tant de beaux

vais état le Saint du Seigneur, ne put ni le man- témoignages, s'est enfin avisé ici de le nier, ap-

ger ni le manier, et ne trouva que des cendres porte tant d'autres réponses, et les défend avec

en ses mains. » Nous voyons ici le même cof- tant de soin, qu'on voit bien qu'il ne met pas en

,„...,, , „ „ , celle-ci sa principale défense. Mais afin que tout

1 Ti ai le de lo communion. — - Bolland., tom. !, Mari., p. 10, I Ute, ,•• j 11 i •

ç. 12. i3( et m n. rutie - > De lapsis , P. las. ce qu il y a de gens de bon sens et de bonne toi

B. ïou. IV. 22

parmi nos frères errants reconnaissent dorénavant un fait si certain, levons-leur la difficulté principale qui les en empêche.

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