ET MANGEZ
11 n'est pas possible que ces Messieurs croient ce qu'ils disent. Car, pour commencer par ce dernier passage, prétendent-ils que , sous prétexte qu'Origène a dit ;cc qui est très-vrai) que
« La Iioq., 5G. — ' In Lev., 1. Il, c. 8. — * ffis'., 1. rv, c. 36. — * Can. 6; Vid Cnnc. GalL, lova. I, p. 381, Lab , t. v, c 982 — " Hom. 5, in Levil., n. 8, tom. n.
Notre-Seigneur a fait consumer par ses apôtres tous ce qu'il avait consacré de pain, la réserve nous soit défendue , et qu'en effet l'antiquité n'en ait jamais fait ? Ils savent bien le contraire, puisque dans le temps d'Origène, c'est-à-dire au IIIe siècle, et même dès le 11°, de leur aveu propre les fidèles gardaient la communion, non-seulement pour le lendemain, mais encore pour les jouis suivants. Si donc nous trouvons cette coutume, non-seulement dans les six premiers siècles, mais encore dans le VIIe et jusqu'au Xe; si d'ailleurs il est constant , comme nous l'avons démontré, qu'on réservait l'Eucharistie pour les malades, quand ce ne sciait que pour les malades qui étaient en pénitence, ce qu'on a détruit par tant de pleines, c'en serait assez pour conclure la réserve. Car de dire, avecM.de la Roque qu'en communiant les malades on consacrait toujours pour eux, de sorte que le piètre communiait aussi à quelque heure que ce fût; nous avons vu combien il est ridicule que, pendant que les fidèles prenaient tous les jours, à leur maison, l'Eucharistie consacrée à l'église, les malades fussent les seuls pour qui l'on fit scrupule d'en user de même; et quand on aurait prouvé (ce qui se dit gratuitement, et ce qui se détruit par tant de pleines) que la réserve établie par des canons de Nicée et de Carlhagc ne regardait que les malades pénitents, la cause de nos adversaires n'en deviendrait pas meilleure ; puisque c'en serait assez pour conclure, plus clair (pie le jour, que, lorsqu'on parle de consumer en diverses sortes les restes du sacrifice, il faut entendre les restes, après toutes les réserves accoutumées, puisque, manifestement, ces réserves faisaient partie de la distribution ordinaire.
Mais, dit-on1, saint Optât Milévitain dit que le corps et le sang de Notre-Seigneur habitent sur les autels par -certains moments12 : donc on ne réservait pas l'Eucharistie sur les autels. Car c'est tout ce que M. de la Roque a conclu de ce passade. Maisqu'importeà notre question que ce fût alors sur les autels, ou en quelqu'autre endroit de l'Eglise, ou même chez les évoques , ou chez les prêtres , qu'on réservât l'Eucharistie? toujours est-il bien certain, même par saint Optât, comme nous l'avons prouvé, qu'on la réservait; et ce que rapporte M. de la Roque, touchant la consomption des restes du sacrifice, était sans préjudice de cette réserve.
Le passage qu'il produit de saint Augustin n'est pas plus à propos. Ce grand homme dit, dans sa lettre à Janvier, qu'on célébrait l'Eucharistie (c'est ainsi que traduit M. de la Roque 3, au
' La Rnq., p. 68. -2 Opt. Mil., 1 vl. p. 92. -3 La Hog.,p 59.
lieu de ce qu'a mis saint Augustin, qu'on offrait ; mais ces Messieurs n'aiment point ce mot , qui sent trop le sacrifice : il faut pourtant bien qu'ils s'y accoutument , puisqu'ils le trouvent à toute» les pages des saints Pères) ; saint Augustin dit donc *, « qu'on offrait deux fois h jeudi saint , le matin, pour ceux qui ne jeûnaient pas, et le soir pour ceux qui jeûnaient; » d'où ce ministre conclut qu'on ne réservait rien de l'Eucharistie, parce qu'autrement cette dernière célébration n'aurait pas été nécessaire, et qu'on eût pu communier ceux qui jeûnaient, des restes de la communion du matin. Il ne songe pas que les Chrétiens, autant qu'il était possible, voulaient, en communiant , assister au sacrifice entier , surtout dans le jour sacré où il avait été institué, et participer à toutes les prières dont celte sainte action était accompagnée. D'ailleurs l'heure naturelle et ordinaire du sacrifice, était , dans les jours de jeûne, l'heure du soir ; et cette heure devait d'autant plus être gardée le jeudi saint, que c'était celle où Jésus-Christ avait offert luimême la première fois. Enfin, ce n'était pas la coutume d'Occident, excepté peut-être le vendredi saint, de donner dans l'assemblée publique le sacrement réservé. On disait toujours plusieurs Messes , quand on donnait plusieurs fois la communion dans l'Eglise ; ce qui ne préjudicie en aucune sorte aux réserves accoutumées, tant pour la communion domestique, que pour celle des malades , qui était comme une suite de la domestique.
Mais parmi de si faibles preuves, ce que M. de la Roque nous oppose de plus apparent 2 est un passage de Pelage, chef de l'hérésie des pélagiens. Avec la permission de ces Messieurs, et sans dessein de les offenser, on pourrait ici leur répondre qu'outre les grandes erreurs qui ont fait condamner ces dangereux auteurs de sectes, on remarque dans leurs écrits un certain travers secret, et des singularités qu'on n'a pas toujours pris la peine de relever. C'est pourquoi on ne voit point que l'ancienne Eglise se serve des autorités de gens condamnés. Quoiqu'il en soit, écoutons Pelage. « Ceux, » dit-il3, «qui s'assemblaient dans l'Eglise, offraient séparément leurs oblations, et tout ce qui leur restait des sacrifices après la communion, les fidèles le consommaient ensemble dans l'Eglise, en prenant un repas commun. » Si l'on veut se donner la peine d'expliquer le sentiment d'un tel homme, on pourra dire que les fidèles portaient à l'autel leurs oblations et leurs sacrifices, qu'on en prenait ce qu'il fallait pour la communion du
1 Eplit. 113, ch. 7, al. 64, n. 9, tom. n. — 2 La Roq., p. 60. — 'Comm. in I Cor. XI, 20; Aug., App.
peuple, qu'on séparait le reste, et qu'après la communion on en pouvait manger dans un repas ordinaire, qu'on faisait au commencement dans l'Eglise. Mais si l'on pense établir par là qu'il n'était pas permis ni de porter l'Eucharistie aux absents, comme le raconte saint Justin, ni de la reserver pour quelque cause que ce fût ; ou, ce qui est encore pire, qu'après l'avoir consacrée, on la mangeait, comme on aurait faitdu pain commun dans un repas ordinaire; un seul auteur, et encore un auteur aussi reprochable qu'un hérésiarque ne suffit pas pour établir une coutume d'ailleurs si mauvaise, et dont on ne trouve aucun exemple.