Matlh., XXIV, 36; 3/arc , xiii, 32.— 2. Sup.. n
(|ui nous vient de dire : Quand cette septième tcle, qui est aussi le septième roi, sera venue, il faut qu'elle demeure pour un peu de temps : maintenant il dit tout le contraire. Nous répondons, dit-il *, que ces paroles : Il faut qu'il subsiste peu, ne se doivent pas rapporter à la septième tête , mais à celui que saint Jean appelle le huitième roi. Voici un nouveau dénouement : tout à l'heure c'était, selon lui, la septième tète qui demeurait peu, et il se tourmentait à expliquer comment lui convenait celte courte durée; maintenant ce n'est plus la septième tète; ce n'est donc plus par conséquent le septième roi, puisque ce septième roi, c'était, selon saint Jean , la septième tête : Les sept têtes, dit-iP, sont sept montagnes et sept rois : cinq sont tombés ; l'un est, et le septième n'est pas encore ; et quand il sera venu, il faut qu'il subsiste peu. C'est donc le septième roi qui subsiste peu ; par conséquent la septième tête, puisque les sept têtes sont sept rois : et le ministre ne se dément lui-même que pour démentir saint Jean encore plus ouvertement.
Voilà comme est traitée la parole sainte par ceux qui ne cessent de nous vanter qu'elle est leur règle; voilà comme ils développent les prophéties, cl comme ils trompent un peuple crédule. Le, charitable lecteur me plaint, je le sais , d'avoir à réfuter sérieusement ces absurdités : mais la charité de Jésus-Christ nous y contraint; et il faut voir si en travaillant à lever les difficultés dont on embarrasse nos malheureux frères , nous en pourrons sauver quelques-uns.
Ecoutons donc avec patience tout ce que dit le ministre : Celui, dit-iP, qui doit subsister peu, n'est pas la septième tête, mais c'est celui que saint Jean appelle le huitième roi"*. La bête qui était, dit-il, qui n'est plus, est aussi le huitième roi. Le ministre veut embrouiller la matière; car, je vous prie, à quoi sert ici ce huitième roi dont saint Jean ne parle pas dans le verset dont il s'agit? Ce huitième roi, dit saint Jean^, est un des sept; c'est-àdire , comme nous l'avons expliqué , qu'il y a un de ces sept rois qui revient deux fois, et qui pour cela étant le huitième, ne laisse pas d'ailleurs d'être un des sept : mais ce roi, quel qu'il puisse être, ne sert de rien au septième dont nous parlons, puisque saint Jean ne dit pas qu'il soit le septième, mais seulement un des sept; et quoi qu'il en soit, s'il est aussi le septième, il sera donc, malgré le ministre, celui qui durera peu, et dont il faudrait prolonger la vie pour soutenir le système. Non, dit M. Jurieu, ce huitième roi se fait par la division des empereurs qui se coupent en deux , empereurs païens et empereurs chrétiens; et c'est cette dernière moitié de tête qui devait subsister peu. Il se trouble; ces empereurs, soit païens, soit chrétiens, appartiennent au sixième roi, et à la sixième tète : qu'il compte bien; les six premiers rois du système prolestant, sont les rois de Rome, ses consuls, ses dccemvirs, ses dictateurs, ses tribuns, ses'empereurs. Ces empereurs sont donc le sixième roi , ou , ce qui est la même chose, la sixième tôle : or, ce n'est pas du sixième roi, mais distinctement du septième, f|ue saint Jean a dit qu'il dure peu. Il ne parle donc en aucune sorte, ni des empereurs païens, ni des
1. Lett. \ui,p. 100. — 2. Apor., xvii , 0, 10. — 3. Letl. xiii, p. 100. — 4. Apoc, XVII, 11. — 5. Voyez Explic, chap. xvu, 11 .
SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE
empereurs chrétiens, soil qu'ils durent peu ou beaucoup; mais il parle du septième roi, qui , selon les protestants, est le pape, dont l'empire doit durer peu, quoiqu'il dure douze cent soixante ans. Je ne sais plus quand il est permis de dire à un homme qu'il s'égare; et je ne sais plus comment on revient de son égarement , si ce n'est lorsqu'il est si visible : cependant les peuples écoutent ces faux pasleurs, qui, comme disait Ézéchiel*, leur gâtent leurs aliments, c'est-à-dire, la sainte parole, e?i les foulant aux pieds , de peur qu'ils ne se nourrissent , et qui leur troublent l'eau, afm qu'ils ne boivent rien de pur.
19. Blasphème du ministre Jurieu. — Ce qui passe toute croyance, c'est qu'un homme qui visiblement ne sait plus oii il en est; qui, pour parler Irès-modérément , ne va qu'à tâtons dans cette matière, pour ne pas dire qu'il choppe à chaque pas, ose encore nous assurer que les oracles des anciens prophètes sur Jésus-Christ , ne sont pas plus clairs que ceux qu'il produit , pour montrer que le pape est l'Antéchrist. C'est ce qu'il n'a pas de honte d'avoir écrit tout nouvellement , et en sa dernière Lettre pastorale^, et je ne m'en étonne pas, puisque je me souviens très-certainement d'avoir lu dans son Accomplissement des Prophéties, quoiqu'à présent je n'aie pas le lieu sous ma main , que le chapitre LUI d'Isaïe , où tous les chrétiens ont cru jusqu'ici voir Jésus-Christ aussi clairement que dans les quatre évangiles, n'est pas plus formel en sa faveur, que le sont les passages qu'il produit pour établir sa prétendue Rome antichrétienne. Je ne crois pas qu'il y ait un chrétien qui ne frémisse à un tel blasphème. Mais afm que rien n'y manquât, le ministre ajoute ces mots^ : Il est certain que les chicanes des Juifs contre nos oracles sont beaucoup plus apparentes que celles des papistes, des faux protestants et des libertins, contre les oracles qui dépeignent le papisme et le pape sous les termes de Babylone et de l homme de péché. Voilà, mes frères, les enthousiasmes de votre prophète; voilà comme il vous apprend à reconnaître Jésus-Christ dans les prophéties; voilà comme il justifie les Juifs : et quoiqu'il avoue que des protestants, qu'il appelle faux, mais qui sont aussi bien que lui dans la communion des églises protestantes , ne veulent pas reconnaître son prétendu Antéchrist, il soutient qu'il est prédit aussi clairement que Jésus-Christ même : tant il est vrai que sa haine l'emporte sur sa foi , et qu'il a plus d'aversion pour le pape, que d'attachement à Jésus-Christ.
20. Que les protestants font dire à saint Jean sur les sept gouvernements de Rome , des choses , nonseulement pieu convenables , mais encore visiblement fausses. — Avant que de sortir des sept rois, je demande encore aux ministres, ce que font à l'Apocalypse et à la persécution de l'Eglise , les sept gouvernements de Rome , dont cinq avaient précédé la naissance du christianisme? C'est, dit-on, que saint Jean voulait décrire tout l'état de Rome, que Tacite, au commencement de ses Annales, avait réduit à six gouvernements; à quoi, pour ne rien oublier, saint Jean ajoute le septième, qui est le papal. Mais, je vous prie, qu'avait à faire saint Jean de nous décrire curieusement tout lElat de Rome, et