Ezecli., XXXIV, IS, 19. — 2. LHl. \u,p. 92. — 3. Idem
à quoi bon ici copier Tacite '? Saint Jean n'était pas un historien qui voulût décrire ce qui s'était passé devant lui, mais un prophète qui allait nous représenter ce que Rome devait faire ou souffrir dans la suite. Il est vrai qu'il nous veut montrer cette grande ville'; mais il nous la veut montrer comme persécutrice des saints , et comme enivrée du sang des martyrs de Jésus. Que servaient ici les consuls et les dictateurs , et les rois de Rome , et ses décemvirs, et ses tribuns militaires? C'était, dira-t-on peut-être , pour mieux faire connaître Rome. Mais elle était assez marquée par ses sept montagnes, par sa domination sur toute la terre, et par ses violences contre les saints, qu'elle a si longtemps tyrannisés. Que si enfin saint Jean voulait faire voir qu'il connaissait parfaitement l'Etat de Rome, pourquoi donc n'a-t-il pas marqué dans le sixième gouvernement, qui était celui des empereurs, qu'il serait un jour chrétien? Pourquoi mettre des noms de blasphème également sur les sept tètes? Qu'on en mette , à la bonne heure, sur les rois de Rome, sur ses consuls, sur ses dictateurs, qui tous étaient idolâtres : quoique les blasphèmes de la bète regardent principalement ceux qu'elle vomissait contre l'Eglise, contre le tabernacle de Dieu, et contre les saints qui y habitent^; ce que n'ont pas fait les consuls ni les dictateurs qui ne les connaissent pas. Mais pourquoi mettre encore des noms de blasphème sur la sixième tète comme sur les autres , c'est-àdire, sur les empereurs? Saint Jean ignorait-il que ces empereurs se convertiraient , et que de trois à quatre cents ans qu'ils devaient durer depuis le temps de sa prophétie, il y en avait près de cent cinquante qu'ils devaient être chrétiens? Cependant saint Jean les fait tous également b-lasphémateurs , sans épargner, ni les Constantin , ni les Théodose. El les protestants ne s'aperçoivent pas des effroyables ténèbres qu'ils répandent sur sa prophétie , el des contradictions dont elle serait convaincue selon leur système.
Mais voici bien plus : saint Jean veut si peu parler de Rome dans les Etats qui ont précédé son Apocalypse, qu'au contraire il dit expressément que la bète dont il y parlait devait venir. La bête que vous avez vue, dit-il, doit s'élever de l'abîme, Apoc, xvn, 8 : elle ne s'en était donc pas encore élevée. En effet, saint Jean l'en voit sortir : Je vis, dit-il, une bête qui s' élevait de la mer, xiii, 1, et il assiste à la sortie. M. Jurieu en convient lui-même; et en parlant delà bète à sept têtes, elle était à venir, dit-iP, puisqu'elle devait monter de l'abîme, et un peu après : cette bête qui devait monter de V abîme, c'est celle-là dont il a dit : Elle n'est plus. Je demande aux protestants, quelle est celle bète qui devait venir du temps de saint Jean, et qui devait périr dans la suite. Si c'est l'empire romain dans tous ses Etats , à commencer par les rois el à finir par le pape, comme le veulent les ministres, saint Jean nous a trompés : il nous fait voir comme devant venir, et comme commençant alors à s'élever de l'abîme, un empire qui avait déjà duré sept ou huit cents ans. Ce n'était donc pas de Rome , ni de l'empire romain dans tous ses Etals, que saint Jean voulait parler : c'est de l'empire romain dans un certain