II. Pair
preuve en est évidente, puisqu'on donne, comme on a vu, douze cent soixante ans à ce nouveau gou- I vernement, et que toute la durée de Rome, depuis sa fondation jusqu'à la chute de son empire, n'en a pas tant.
18. Réponses des ministres Dumoulin et Jurieu, et manifeste corruption du texte sacré. — On sera bien aise de voir ce qu'ont ici répondu les deux ministres , dont le parti prolestant suit maintenant les lumières , je veux dire le ministre Dumoulin et le ministre Jurieu. Le premier a bien senti le ridicule du dénouement de l'éternité, auprès de laquelle tout est court'; mais, après tout, il sait trancher ce qu'il ne peut résoudre. Au lieu que saint Jean dit mot à mot du septième «oi, c'est-à-dire , selon les ministres, de la septième forme de gouvernement, que lorsqu'il sera venu, il faut qu'il demeure peu , ôilyov. Genève avait adouci ce peu , si tranchant, en traduisant , pour un peu de temps ; et Dumoulin avait encore adouci en paraphrasant, que ce septième roi devait demeurer quelque temps^ ; ce qui, ce semble, lui prolongerait un peu plus sa vie que saint Jean, qui le fait passer aussi vile qu'on le vient de voir. Mais comme cela ne cadre pas encore assez juste, et qu'il ne suffît pas , pour un si durable gouvernement, de dire qu'il demeurera quelque temps , le ministre tranche le mot, et voici comme il interprète le peu de saint Jean' : Et quand le septième gouvernement , qui est celui du pape , sera venu , il faut qu'il dure un peu plus de temps que les autres : tout au contraire de saint Jean, qui, en comparant le septième roi avec les autres, lui donne en partage la courte durée, celuici le fait durer un peu plus de temps que tous les autres ensemble. Voilà ce qu'est devenu entre les mains des ministres, cet ôXlyov de saint Jean, qui passe si vite ; et il n'y a rien à ce prix qu'on ne trouve, ou qu'on ne mette dans l'Apocalypse.
M. Jurieu n'ose se tenir à cette pitoyable interprétation, qui n'est qu'une corruption manifeste du texte sacré : voyons si ce qu'il invente, après tous les autres, vaudra mieux. Quand la septième tète sera venue , il faut qu'elle demeure pour un peu de temps; c'est-à-dire, selon ce ministre'*, il faut qu'elle demeure pour un long temps réel , mais pour un petit temps prophétique ; merveilleuse interprétation ! pour un peu de temps, c'est-à-dire, pour un long temps. Mais je lui impose , dira-t-il ; il ne dit pas absolument, que peu de temps c'est un long temps ; il dit que c'est un long temps réel ; je l'avoue, et c'est par là que je prétends que ce peu de temps est d'autant plus absolument un long temps, qu'il est, selon le ministre , un long temps réel ; et, solon le même ministre, un temps qui n'est court qu'à cause de la manière figurée dont il prétend qu'on l'explique : mais poursuivons, et de peur qu'il ne nous accuse de lui imposer, rapportons de suite toutes ses paroles. Le peu de temps de saint Jean, c'est wi long temps réel, mais un petit temps prophétique ; car sa durée est marquée à quarantedeux mois , à douze cent soixante jours , c'est-à-dire , trois ans et demi; ce qui est un petit temps dans le style prophétique , selon lequel les siècles ne sont que comme des jours. Mais quel temps ne sera pas court
1. Dumoulin, Ace. des Prophét., p. 203. — 2. P. 267. — 3. P. 281. — 4, Pféj. légit., 1. p., ch. vii, p. 124.
AVERTISSEMENT AUX PROTESTANTS
en ce sens ? et pourquoi la durée de la seplième tète sora-l-elle cnraolérisée par sa rapide brièvelé, si toutes les autres tètes, à l'entendre dans le môme sens, passent encore plus vite, puisqu'enfin elles occupent moins de temps réel '? C'est ce qu'il fallait expliquer : mais c'est à quoi le ministre ne songe seulement pas , parce qu'il y trouverait sa confusion trop manifeste : car écoutons ce qu'il ajoute : c'est que le Seigneur, dès le temps de samt Jean, dit : Je viens bientôt ; quoique son avènement fût éloigné de deux mille ans. Ce docteur n'ignore rien ; il sait dans quel temps précis doit venir le Fils de Dieu , c'est-à-dire , quil sait ce que les anges ne savent pas, ce que le Fils de l'homme lui-même a bien voulu dire qu'il ignorait^; pour faire entendre à ses apôtres qu'il leur cachait et à son Eglise cette connaissance : mais laissons-lui étaler sa vaine science, et venons à notre fait. Jésus-Christ a dit, dans l'Apocalypse, qu'il viendrait bientôt. En effet, il viendra bientôt pour chacun de nous ; parce que le terme de notre vie, qui est celui où il vient pour nous , est bien court : et quand il faudrait entendre , Je viendrai bientôt, par rapport à l'avènement général et dernier, le ministre ne comprendra-t-il jamais , que Jésus-Christ , quand il parle , peut bien dire que devant lui, et par rapport à l'élernité qui lui est toujours présente, tout est court ; mais que cette façon de parler, qui abrège également tous les temps, n'est pas celle que l'on emploie, lorsqu'on les veut caractériser en particulier? Continuons : Ce temps , qui , prophétiquement et figurément parlant , était très-court, parce qu'il n'était que de trois ans et demi prophétiques , devait être , par égard aux hommes , fort long , puisqu'il devait être de douze ce7it soixante ans. Avouons qu'on ne s'entend guère soi-même, quand on se jette dans de telles ambiguïtés, et qu'on se charge inutilement de tant de paroles. Ce que veut dire le ministre , c'est que ce temps, qui iigurément est fort court, est en effet, à le bien entendre , et à prendre l'esprit de la prophétie, non-seulement long, mais encore fort long : de sorte que le saint apôtre qui l'appelle court absolument, parle dans le sens de ceux qui l'entendront rnal , et non par rapport à la vérité , selon laquelle il est fort long. Qui vit jamais de tels embarras ? et n'est-ce pas montrer à saint Jean qu'il ne s'entend pas lui-même, puisqu'il appelle peu de temps un temps qui en effet est très- long , mais que les ignorants seuls prendront pour très-court?
Après cela le ministre s'applaudit encore , et c'est , dit-il , une chose extrêmement remarquable, que Dieu ait divisé la durée de Rome en deux périodes, environ de douze cent soixante ans chacune; en sorte qu'autant de temps qu'avait duré Home païenne , autant doive durer Home antichrétienne.
Voilà les belles remarques dont on amuse les simples, qui cependant n'aperçoivent pas" qu'en divisant on sept parts l'histoire de Rome, celle qu'on fait appeler courte par saint Jean , est celle qui constamment, et de l'aveu du ministre, a seule duré autant , et plus même comme on vient de voir', que toutes les autres ensemble.
Mais pourquoi disputerais-je ici davantage contre une si déplorable interf.rélation, puisque le ministre même l'abandonne dans sa lettre xni«? C'est lui