‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 106 sur 851 · Orat. XXXVIII, ji · texte numérisé non relu

Orat. XXXVIII, ji

pcrsev., II.— i. R'Jin., xiv. 17.

Mallh., V, 20. — 3. De bon.

encore : la note porte : « Il ne faut pas prendre » toute expression à la rigueur de la lettre, c'est » une façon de parler qui marque seulement la » grande méchanceté des Juifs : c'est, comme nous » disons en notre langue, pour exagérer la stupidité » de quelqu'un qui ne comprend pas ce qu'on » lui dit : Si je disais cela à un cheval, il le com- » prendrait. »

REMARQUE

Voyons ce que produira l'analyse de cette riche comparaison des villes impénitentes, avec un cheval qui n'entend rien, et si au défaut de la noblesse dans l'expression , nous y trouverons du moins quelque justesse apparente.

Pour la trouver, il faudrait penser que de même qu'un cheval est incapable d'entendre, de même la ville punie par le feu du ciel , incapable de se convertir, démontre au sens de l'auteur l'endurcissement de Capharnaûm, encore plus éloignée de la pénitence que Sodome, qui ne pouvait y être disposée, non plus qu'un cheval à entendre.

Voilà quel devait être le sens de l'auteur, qui serait comme il veut l'entendre , un sens d'exagération, pour montrer que ce qui était impossible, l'était encore moins que la conversion des Juifs. Mais ce sens est faux visiblement : l'auteur ne soutiendra pas que la ville dont Jésus-Christ allègue l'exemple, n'eût point de grâce pour se convertir. J'en dis autant de Tyr et de Sidon, dont il est marqué au même lieu, qu'elles auraient fait pénitence, si les miracles de Jésus-Christ eussent été faits à leur vue, comme à celle de Corozaïn et de Bethsaïde, ibid., 21. Jésus-Christ n'a pas voulu dire que Tyr et Sidon fussent sans grâce; mais que leur grâce était moindre que celle des Juifs, et que cette plus grande grâce aggraverait leur péché et leur damnation. Mais ce n'est pas là, comme veut l'auteur, une parole d'exagération , mais une doctrine trèsvéritable en toute rigueur, conformément à cette juste sentence : On redemandera davantage à celui à qui on aura beaucoup donné. Luc, xii, 48. Ainsi l'intention de Jésus-Christ n'est pas de dire, que Tyr et Sidon n'eussent rien reçu ; mais que les Juifs ayant reçu davantage, rendraient un plus grand compte à Dieu, et seraient soumis à un jugement plus rigoureux : ce qui est vrai à la lettre. L'auteur a donc mal parlé, lorsqu'il s'est contenté de dire que cette expression marquait simplement la grande méchanceté des Juifs : pour parler correctement, il fallait dire qu'elle marquait leur plus grande méchanceté , leur malice plus obstinée, par un abus manifeste des plus grandes grâces : aussi les théologiens ont-ils conclu de ces passages, non pas que Tyr et Sidon n'eussent point de grâce; mais les uns, qu'ils n'avaient point de grâces congrues; les autres en général, qu'ils n'en avaient point d'efficaces. L'auteur qui rejette les uns et les autres visiblement n'entend rien , et quels que soient ceux à qui il en veut dans cet endroit, sa comparaison n'est pas seulement basse et ridicule, mais encore évidemment fausse et insoutenable.

vu" PASSAGE.

le Fils de l'homme est maître même du sabbat , en saint Matthieu, xn, 8 , avec lequel il faut conférer les textes de saint Marc, ii, 28, et de saini Luc, VI, 5.

INSTRUCTIONS SIU LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT

UEMAnOlE.

I. On propose les raisons de (irotius poiir sa mauraist' interprt'fation. — Après ce qui a tMô observé dans la preuiioro Instruction, sur oetlc matière et sur les notes du traducteur', nous n'aurions rien à y ajouter, si nous n'avions promis, pour un plus grand éclaircissement, d'entrer dans le fond , el de répondre aux raisons par lesquelles on prétend prouver que le Fils de l'homme en ce lieu n'est pas Jésus-Clu'ist.

Grolius en apporte trois qui ne pouvaient être plus faibles : la première, que Jesus-Christ s'est déclare partout soumis à la loi, même à celle du sabbat, sans y déroger, que par manière d'interprclalion tirée de la loi même.

On voit quelle est cette conséquence : Jésus- Christ s'est soumis à la loi par condescendance et pour l'exemple : donc il n'était pas le maître absolu jusqu'à pouvoir l'abroger, comme il a fait en son temps : c'est oublier ce que dit saint Paul, que Jésus-Christ comme fils, et non serviteur, ainsi que l'était Moïse, pouvait disposer de toutes les institutions de la maison de son Père , qui était aussi la sienne , Heb., m, 5, 6.

La seconde raison de Grotius , qui est celle que l'auteur appuie dans sa note sur saint Matthieu , est tirée de ces paroles de saint Marc : « Il leur » disait : Le sabbat est fait pour l'homme, et non » pas l'homme pour le sabbat; c'est pourquoi » (itaque) le Fils de l'homme est maître même du » sabbat. » Marc, ii, 27, 28. Conséquence, dit Grolius, qui serait mauvaise et entièrement inintelligible, en entendant Jésus-Christ par le Fils de l'homme, qui, par sa qualité de Messie, pouvait abroger la loi du sabbat : mais qui sera claire en entendant Ihomme en général; puisqu'il n'y a rien de plus naturel, si le sabbat est fait pour l'homme, que de conclure de là, que l'homme est supérieur au sabbat, el que la loi du sabbat a dû céder au bien de l'homme : et tel est le raisonnement dont Grotius a prononcé, qu'il ne souffre point de réplique.

Il tomberait de lui-même , si l'on voulait seulement penser que le c'est pourquoi de saint Marc, nous marque cette conséquence : Si le sabbat est fait pour l'homme, j'ai eu raison, disait Jésus- Chrisl, de m'en rendre maître pour sauver l'homme; el le reste que nous avons si clairement expliqué ailleurs^, que nous n'avons rien à y ajouter.

La troisième raison de Grotius est, que Jésus- Christ quand il proféra ces paroles, en saint Matthieu , XII , ne s'était pas encore déclaré Messie au peuple el aux pharisiens : sans vouloir songer, qu'encore que pour les raisons dont il ne s'agit pas ici, il défendit quelquefois et dans certaines circonstances de le désigner par le nom exprès de Messie, il en avait déjà exercé toute la puissance, en prononranl ces grands mots : On a dit aux ancifUi, et moi je rr/us dis, etc. Mallh., v, t. 21, 22, clc, el san.s sortir du chap. xii, en se disant plus ,...,, , Jrnuu, plus fjravd que Salornon; et ce dessus de tout, en remellanl les péchés avec une aulorilé si absolue. iJire après cela qu'il ne lui convenait pas de se fpjalificr maître du sab-

I. j?<m. lur fout. €» gén.. n. g, el Addlt. VI. liem.,n. 4 - 2 XMV . II. R9m.,n. 4.

bal, ce qui était beaucoup moins, c'est asarder sans raison tout ce qu'on veut.

2. Etrange excès de Grotius sur la dénomination du Fils de l'homme. — Il fallait s'étendre exprès sur ces remarques frivoles de Grolius, afin qu'on s'accoutumât à bien connaître ce que c'est que le bon sens de cet auteur, auquel on défère tant. Il passe jusqu'à cet excès de dire , que ce blasphème contre le Fils de Vhomme, dont il est parlé dans ce même chapitre, xii, 32, n'est pas un blasphème contre Jésus , ce qui est une absurdité si manifeste, que j'aurais honte de perdre le temps à la réfuter.

3. On corrige une note du traducteur. — Avouons donc qu'on peut bien , peut-être à cause du passage de saint Marc , reconnaître en l'homme quelque chose de supérieur au sabbat qui est fait pour lui , mais gardons-nous bien de penser, qu'il ait jamais pu sortir de la bouche d'un évangéliste, que l'homme en général pût se rendre maître du sabbat, c'est-à-dire , de la plus ancienne et de la plus sainte de toutes les lois, ni que cette autorité pût appartenir à un autre qu'à celui que saint Paul appelle le Fils et le maître de la maison, comme nous venons de le remarquer.

Il faut encore corriger, selon ces principes, cette note du traducteur, sur saint Marc , n , 27 : Jésus- Christ a pu, en qualité de Messie , corriger la rigueur du sabbat; ce qui est un manifeste affaiblissement de l'autorité de Jésus-Christ comme Dieu : au lieu que pour parler correctement, il aurait fallu reconnaître que même comme Messie il était Dieu et Fils de Dieu, de même aulorilé que son Père, ainsi qu'il y aura lieu de le remarquer plus amplement en un autre endroit.

Au reste, il est si certain que ce litre de Fils de l'homme dans le style du Nouveau Testament, est approprié à Jésus-Christ, que saint Etienne le lui donne encore en le voyant dans sa gloire : Je vois , dit-il, les deux ouverts, et le Fils de l'homme à la droite de Dieu\ tant il était connu sous ce nom ; ce qui achève de démontrer qu'il lui est si propre et ensemble si cher, que pour ainsi dire, il le conserve encore dans le ciel.

Vm" PASSAGE.

Le soleil s'obscurcira , la lune ne luira point, les étoiles tomberont du ciel , et ce qu'il y a de plus ferme dans les deux sera ébranlé: Matlh., xxiv, 29, la note porte : « Ce sont là des expressions méta- » phoriques , dont les prophètes se servent souvent » quand ils veulent marquer des afflictions extraor- » dinaires et de grands cliangcmenls dans un état. » Il est néanmoins croyable qu'une partie de ces » choses arrivera au dernier avènement du Fils de » Dieu. »

liEMARQUE.

Ce que les deux ont de plus ferme sera ébranlé, que l'on ose mettre dans le texte, est une phrase inventée au gré de l'auteur, et substituée aux paroles de Jésus-Christ, (jue rien ne peut remplacer. Ces paroles d'ailleurs n'ont aucun sens , et feraient craindre la chute des saints anges, si on les prenait à la lettre. Ainsi elles ne rendent qu'un son confus, et ne conviendraient même pas à une note, loin qu'on en puisse composer le texte sacré. Il vaut mieux se souvenir rlu discours de Job, qui affaisse

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