IX" PASSAGE
C'est là mon corps, c'est là mon sang (Malth., XXVI, ?6, 28).
REMARQUE
L'auteur ne peut oublier ses anciennes dissertations ' contre cette traduction : Ceci est mon corps , ceci est mon sang ; mais alors il traduisait : c'est mon corps : il veut dire maintenant : c'est là mon corps ; ce que personne ne peut goûter, à cause qu'on brouillerait celte version avec celle-ci : mon corps est là; ce qui ne dénoterait qu'une présence locale, au lieu d'un changement de substance.
Il est vrai qu'il faut s'approcher le plus qu'on peut de ce passage : Hic est Filius meus dilectus : Celuici est mon Fils bien-aimé; comme l'auteur l'a trèsbien tourné (Matth., ni, 17), ce qui veut dire, la personne que vous voyez , c'est mon Fils. Mais notre langue ne souffre pas qu'on traduise : Hoc est corpus, hic est sanguis : Celui-ci est mon corps ; celuici est mon sang ; à cause que le celui-ci ne s'applique en français qu'à des personnes, et par conséquent ne peut pas s'appliquer au corps et au sang qui n'en sont pas, il a fallu prendre ce qui en approche le plus, c'est-à-dire, ceci est mon corps, ceci est mon sang, qui est l'interprétation où tout le monde est tombé naturellement.
C'est pourquoi on a obligé le P. Bouhours , et les autres qui avaient traduit, ou qui voulaient traduire , c'est là mon corps , ou, c'est ici mon corps ; à mettre, ceci est mon corps ; à cause que dans le latin : Hoc est corpus ; hic est sanguis, \e.hoc et le hic ne pouvant dénoter une personne, puisque cela ne conviendrait pas au corps et au sang, et dénotant néanmoins quelque chose de substantiel, il a fallu les traduire en français parle mot ceci, qui, en conservant l'idée de substance, et en excluant celle do personne , rapproche le plus les notions. Voilà sans chicane ni raflînement , ce qui doit déterminer les auteurs français à traduire : Ceci est mon corps, ceci est mon sang ; comme étant cette locution con-
1 . Hist. crit. des versions du I\"^ouv. Test,,ch. xxxni, p. 377.
sacrée par l'usage universel , et même d'autant meilleure, que selon l'usage et la propriété de notre langue , elle se trouve plus convenable à la transsubstantiation, qui est le sens véritable et naturel à ce passage, comme si le texte disait : La substance cpxe je vous donne, c'est mon corps ; c'està-dire, ce n'est plus du pain comme auparavant, c'est du pain qui est devenu mon vrai et propre corps , comme l'eau des noces de Cana est devenue de vrai vin naturel , qui est aussi l'interprétation où l'on sait que les saints docteurs se sont portés naturellement , et qui a formé la foi comme le langage de l'Eglise catholique, en sorte qu'il ne convient pas que les autres traductions soient autorisées.