‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 119 sur 851 · XXVI'^ PASSAGE, ET REMARQUE · texte numérisé non relu

XXVI'^ PASSAGE, ET REMARQUE

1 . Erreur de l'auteur ; que la divinité de Jésus- Christ peut être faite. — Dans la note sur le verset 15, l'auteur explique : Il a été fait avant moi; el ajoute : ce qui peut s'entendre de la divinité de Jésus-Christ : de sorte que la divinité de Jésus-Christ serait une chose faite; ce qui est impie et arien. Il convient bien à Jésus-Christ d'être fait dans le temps, plus grand, ou comme l'explique saint Ghrysostome, piws illustre et plus honorable que saint Jean-Baptiste ; comme il lui convient d'être fait Seigneur et Christ, ainsi qu'il est écrit dans les Actes. n, 36. Mais il faut toujours observer la différence entre ce que Jésus-Chrisl a élé fait dans le temps, et ce qu'il était de toute éternité : ce qui aussi est la source de tous les avantages faits ou arrivés à Jésus-Christ dans le temps, comme il a déjà été dit.

2. En quel sens Jésus-Christ a été fait : passage de saint Augustin. — Ce ne sont pas là les idées que les saints Pères nous ont données. Si l'auteur pouvait se résoudre à consulter quelquefois saint Augustin, il y trouverait ces paroles qui expliquent parfaitement l'intention de ce texte de l'Evangile : il a été fait avant moi , c'esl-à-dirc , mon supérieur, parce qu'il était devant moi. Que veut dire cette parole, il a été fait avant moi ? ce n'est pas à dire , il a été fait avant que je fusse ; mais c'est-à-dire , il m'a été préféré... Voilà, dit-il , ce que veut dire, il a été fait avant moi. « Mais pourquoi a-t-il élé fait » devant vous, puisqu'il est venu après? c'est parce » qu'il était devant moi. Devant vous, ô Jean I puis- » qu'il était môme devant Abraham. » Quid est, ante me factus est ? prœcessit me : non factus est antequam essem ego ; sed antepositus est mihi , hoc est, ante me factus est. Quare ante te factus est, cùm post te venerit ? quia prior me erat : Prior te , d .J oamies ! . . . audiamus ipsum dicentem : et ante Abraham ego sum*. Voilà donc la cause profonde de la préférence attribuée à Jésus-Christ; et celle cause, c'est son existence élcrnelle devant saint Jean, devant Abraham, el enfin devant toutes choses; étant juste que tout avantage soil accordé dans le temps, à celui qui a l'avantage naturel d'être éternellement.

o. Passage conforme de saint Cyrille d'Alexandrie. — Saint (Cyrille s'explique de môme^ : « Tout » le monde; dit ce grand docteur, admirait saint

1. Tract. III. in Joan., n. 7. — 2. Comm. in Evang. Joan., liO. I. in cap. I, V. 15.

SECONDE INSTRUCTION

» Jcan-Bapliste, et Jésus-Clirist n'était pas connu... » Mais Jésus-Clirist a prouvé sa divinité par ses )) miracles, et on avait vu que Jean-Baptiste n'avait » rien au-dessus de la condition humaine. C'est ce » que Jean-Baptiste explique mystérieusement par » ces paroles : Celui qui viendra après moi a été :■> fait devant moi, » c'est-à-dire, a été fait plus célèbre et plus grand... Mais après avoir dit : Il a été fait devant moi , il en fallait montrer la cause en disant, parce qu'il était devant moi, eyi lui attribuant par ce moyen la plus ancienne gloire , irpeffêuTocTTiv So^av , et une excellence éternelle, comme à celui qui était Dieu par sa nature : car, dit-il, il était toujours devant moi, et en toutes manières plus grand et plus glorieux. C'est ainsi que les saints trouvaient dans la préexistence éternelle du Fils de Dieu, la source radicale et primitive de toutes ses excellences.

4. L'auteur prend l'esprit des sociniens : raisonnement de Volzogue. — C'est ce que les sociniens tâchent d'éluder, en disant qu'il est ridicule de conclure l'excellence de quelqu'un au-dessus d'un autre, parce qu'il le devance dans l'ordre du temps, et c'est le raisonnement de Volzogue' et des autres. Ces guides aveugles ne veulent pas voir, que Jésus- Christ, en disant qu'il était avant l'existence de saint Jean, qui était né six mois devant lui, s'attribuait à lui-même une autre naissance; c'est-à-dire, une naissance éternelle qui le mettait naturellement jusqu'à l'infini au-dessus de saint Jean-Baptiste , à cause qu'il était Dieu et Fils de Dieu par nature, c'est-à-dire, de même dignité aussi bien que de même essence que son Père.

Notre auteur qui veut nous restreindre aux idées basses et humaines des sociniens, ne veut rien voir dans ce passage de l'Evangile qui nous montre la divinité de Jésus-Christ , et réduit tout aux prérogatives de Jésus-Christ dans le ministère de la parole; ce qu'il a poussé jusqu'à l'altération du texte, en traduisant : il est, au lieu de il était; comme il a été observé dans la remarque précédente.

Au reste, je répète encore une fois, que je ne l'accuse pas de nier absolument la divinité de Jésus-Christ qu'il reconnaît en beaucoup d'endroils : je remarque seulement qu'il a pris une trop forte teinture des interprétations sociniennes, pour les abandonner tout à fait; et enfin, qu'il le faut ranger avec ceux qui alTaiblissent la divinité de Jésus- Christ sans la nier, au nombre desquels nous avons vu qu'il a mis lui-même Grotius.

5. On renvoie à un autre endroit , un passage de \ saint Chrysostome cité par l'auteur. — Il a recours là saint Chrysostome , qui sans doute n'est pas con- [traire aux autres Pères : mais nous aurons dans la [suite un lieu plus commode de bien expliquer la [doctrine de ce Père, lorsque nous viendrons à l'endroit d'examiner celle de l'auteur sur la qualité du

[Messie^.

XX vn" ET xxvni" p.\ssages.

Dans la note sur le chapitre ler, t. 18 ; Le Fils I unique qui est dans le sein du Père : Cette expression, dit-il, marque une union très-intime du Père et du Fils, et telle que Moise, ni aucun prophète ne

Ï.Comm. in Joan. hic, tom. i, p. 728, 729. — 2. Ci-'lessous , pass. 36.

l'ont eue. Il parle de môme dans la note sur saint Jean , v, t. 18. « Il y a, dit-il, dans le Grec, propre » Père de Jésus-Christ , ce qui marque qu'il n'ap- » pelle pas Dieu son Père, de la manière qu'il est » le Père commun de tous les hommes, mais d'une » manière propre et singulière. »

REMARQUE

Ce n'est pas assez dire , et l'auteur sait bien que les sociniens en disent autant. En elTet, selon la doctrine qu'il approuve dans la Préface et sur saint Luc, I, 35, il suffit que Dieu ait formé par le Saint- Esprit, le corps de Jésus-Christ, sans qu'il soit Dieu, et de même nature que son Père , pour faire que Dieu soit son Père , non d'une manière commune, mais d'une manière propre el particulière : puisqu'en effet il n'y a aucun homme qui ait été conçu de cette sorte. Les sociniens ont fait sur cela des traités entiers; ainsi la note est insuffisante. Il fallait exprimer distinctement, que cette union était une parfaite unité en nature et en essence, telle qu'elle est entre le Père et le Fils unique conçu et demeurant éternellement dans le sein du Père; ce que l'auteur n'a pas voulu dire.

Il faut parler conséquemment avec des hérétiques aussi subtils que les sociniens, et quand on leur a accordé que Jésus-Christ peut être appelé légitimement le propre Fils de Dieu, d'une façon aussi singulière que celle qui résulte de la conception virginale par l'opération du Saint-Esprit, il ne faut plus espérer de se distinguer d'avec eux par des expressions équivoques.

Page 1