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SECONDE INSTRUCTION
C'est donc, en septième lieu, un langage trèsétabli dès le commencement de l'évangile de saint Jean , qu'il faut distinguer ce que Jésus-Christ était, d'avec tout ce qui a été fait, IyÉvetù; et d'avec ce qu'il a été fait lui-même : Verbum caro factum est : dàp; lyévETO.
En huitième lieu , c'est une suite de ce langage qui fait dire au môme saint Jean, à la tète de sa I'"^ Epitre canonique : Ce qui était dès le commencement, vous est devenu sensible dans la chair dont il a été revêtu; et encore : La vie qui était dans le sein du Père, s'est manifestée; afin que nous discernions ce qui était devant tous les temps , d'avec ce qui a été manifesté, c'est-à-dire, rendu sensible dans l'incarnation.
3. Passage de saint Augustin, de saint Cyrille et de saint Chrysostome. — C'est pourquoi, en neuvième lieu, nous avons ouï saint Augustin et saint Cyrille dire d'un commun accord, l'un, que le fieri d'Abraham signifiait une chose qui était faite; et l'autre, que le y^vÉcôat signifiait une créature tirée du néant : au lieu que le veri)e sum , je suis, opposé au fieri d'Abraham , emportait en la personne de Jésus-Christ un caractère de divinité , en sorte que Jésus-Christ et Abraham, par l'être, et par l'être fait, étaient caractérisés, l'un Dieu au-dessus de tout, et l'autre une pure créature.
Il résulte, en dixième lieu, que ceux qui se sont donné la peine de prouver que le ysviahon se doit prendre souvent pour esse , parmi lesquels est Grotius , sont bien loin du but; puisqu'il ne s'agit pas d'expliquer ici ce que veut dire ysvc'ffOat absolument, mais ce qu'il veut dire , lorsqu'il est choisi évidemment pour l'opposer à esse , et pour caractériser Jésus-Christ comme différent d'avec Abraham.
Que si l'on objecte que tous les Pères n'ont pas marqué cette conséquence, je réponds, en onzième lieu , qu'il nous suffit que quelques-uns , et des principaux, comme saint Augustin et saint Cyrille, l'aient marquée si expressément, et que les autres ne l'aient pas exclue : cela suffit, dis-je, pour les faire concourir ensemble , et établir le sens qu'il faut retenir dans une version. J'ajoute que les autres Pères, comme par exemple saint Chrysostome', ont mis un équivalent, lorsqu'ils ont dit que le verbe sum induisait une égalité du Fils de Dieu avec son Père, puisqu'il s'attribuait le je suis, avec la même force.
C'est aussi ce qu'a remarqué le cardinal Tolet. Si néanmoins il semble permettre de traduire, avant qu'Abraham fût, je suis, que sert à notre interprète cette autorité, puisqu'il n'a pas cru pouvoir la suivre ni traduire de cette sorte? Car il a bien vu, que de faire être Jésus-Christ comme Abraham , et donner une même force à y^vcGÔat et à siixl sum, c'était trop ouvertement mépriser la distinction d'être et d'être fait, reconnue par ce cardinal; Abraham étant comme peut être une créature, et Jésus- Christ étant comme il convient à un Dieu, absolument et sans restriction.
4. Conséquence en faveur de la Vulgate. — Je conclus de tous ces principes du langage de saint Jean dans son évangile, qu'il fallait traduire avec la Vulgate : Je suis avant qu'Abraham eût été fait; puisqu'on sauvait par ce moyen, et la Vulgate et le Orec.