Hom. i.iv 171 Jonn
On ne manquera pas de nous dire , qu'il y a là trop de subtilité pour en faire un sens littéral; mais on ne peut parler ainsi, que faute de distinguer ce qui est précis d'avec ce qui dégénère en fausse subtilité : la suite nous fera paraître que c'est là une des erreurs de notre auteur. On voit au reste, qui sont ici ceux qui subtilisent, ou ceux qui suivent la traduction dans laquelle la Vulgate est tombée naturellement, ou ceux qui ont voulu raffiner sur elle. Si l'auteur n'eût pas voulu subtiliser, et qu'il eût pris naturellement la traduction de l'ancienne édition latine, comme il s'y était obligé par le titre de son livre, on n'aurait rien eu à lui objecter, et il aurait avec la Vulgate parfaitement représenté l'original grec.
Enfin il fallait trouver pour Abraham un mot qui ne convînt pas à Jésus-Christ comme Dieu. Or il lui convient comme Dieu, selon l'expresse définition du concile de Nicée , d'être né : ce n'est donc pas par être né, mais par être fait , qu'Abraham lui est opposé : nul exemple ne pouvait autoriser cet éloignement de la Vulgate, surtout après les raisons que nous avons rapportées ailleurs'.
Après une si solide théologie, qui, comme on a vu, n'est pas la mienne, mais celle des anciens Pères , nous concluons , sans hésiter, en faveur de la traduction selon la Vulgate. Rien ne la peut empêcher qu'une fausse délicatesse de langage, à cause que quelques-uns s'imaginent sentir dans notre langue quelque chose de rude, en disant qu'Abraham ait été fait : au lieu que sans s'arrêter à ces vaines observations, il fallait penser qu'Abraham est comme le reste des hommes, au nombre des choses faites, et que nous traduisons tous les jours sans que personne s'en choque, dans le Ps. 94, pleurons devant le Seigneur qui nous a faits; et dans le Ps. 99 : c'est lui qui nous a faits, et nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes.
XXXni" PASSAGE.
Je vous donne un nouveau commandement, saint Jean, xni , 34, la note porte que « la plupart des ^) commentateurs grecs entendaient par ce comman- » dément nouveau, que les chrétiens sont obligés » d'aimer leurs frères plus qu'eux-mêmes, à l'exem- » pie de Jésus-Christ. » Un peu après il ajoute : « On appelle aussi nouveau dans l'Ecriture, ce qui » est excellent , en sorte que cette expression, nou- » veau, pourrait marquer seulement, qu'il leur » donne un excellent commandement. »
REMARQUE
Il n'est pas permis d'exclure le nouveau en son vrai sens, comme l'auteur fait, en permettant de traduire excellent seulement. La vraie signification de nouveau, c'est que Jésus-Christ donne à ce précepte une nouvelle étendue sur tous les hommes , comme il est dit, Luc, x, 27, 37, et en même temps une nouvelle perfection, en nous aimant, non-seulement comme frères , mais encore comme membres les uns des autres sous le même chef, qui est Jésus-Christ.
Quant à l'autre explication qui oblige les chrétiens à aimer leurs frères plus qu'eux-mêmes, à l'exemple de Jésus-Christ, il fallait se souvenir que l'Evangile n'ordonne autre chose que d'aimer son prochain comme soi-même. Quand donc on nous
1, /. Irist., Rem. sur la Prrf., ^j^ p'iss.. n. 7.
INSTRUCTIONS SUR LA VERSION DU NOUVEAU TESTAMENT
donne sou? le nom de /<i plupart des commentateurs yrecs, sans en nommer aucun , un prooople si direolemenl conlraireà lEvangile. il y l'allail apporter quelque explication, qui oloignAtune idée si fausse; autrement on mêlerait le vrai et le faux sans exactitude et sans règle.
Au reste , si l'auteur veut dire que Jésus-Christ a aimé ses amis plus que lui-même, quand il a donné soii Ame pour eux , il se tronque : il est vrai seulement, qu'il a aimé leur salut éternel plus que sa vie corporelle et mortelle, ce qui est dans l'ordre de la charité et de la justice. Ce que Jésus-Christ a aimé plus que lui-même , c'est son Père seul, puisqu'il a dit : Mon Père, faites cotre volonté, et non pas la mienne; et que saint Paul a dit aussi : Jésus-Christ ne s'est pas plu à lui-même; il n'a pas songé à se satisfaire : mais il a dit à son Père dans les Ecritures : Les injures qu'on cous a faites sont tombées sur moi , et je les ai portées pour votre gloire. Rom., xv, 3.