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' rois en voulaient : ce n'élail pas l'Eglise romaine qu'ils dépouillaient des richesses el de la domination qu'elle n'avait pas; c'était l'empire romain qu'ils envahissaient, et ses provinces dont ils faisaient de nouveaux royaumes. Les protestants en conviennent : et c'est de là qu'ils concluent que le règne de l'Anlcchrist commence alors, à cause, selon saint Paul, que celui qui tenait, c'est-à-dire, comme ils l'interprètent, l'empire romain, fut aboli, IL Thess., n, 7. Mais de celle sorte, la prosliluée n'est donc plus l'Eglise romaine, et ne peut être autre chose que la ville de Rome pillée, saccagée, brûlée, dépouillée de ses provinces et de son empire par Alaric et les autres rois; de sorte que la prophétie des dix rois qui devaient désoler Rome , a eu sa fin.
C'est donc dans le système prolestant, une contradiction manifeste , de s'imaginer encore une autre chute de Babylone, et dix rois encore une fois acharnés contre elle; cela est entièrement accompli. C'est une autre contradiction de séparer l'événement du chapitre xvu d'avec celui du chapitre xvni. Car c'est manifestement la même prostituée, la même bêle, la même ville et la même Babylone qui tombe par les mêmes mains. Ce qu'on décrit si amplement dans le chapitre xvni, c'est ce qu'on a préparé, et ce qu'on a dit en moins de mots dans le chapitre xvn. Ainsi tout est accompli : il n'y a plus d'autre Babylone dont il faille sortir de nouveau, et en attendre la chute, comme font les protestants; il n'y a plus un autre mystère à chercher; et lorsque les protestants sont convenus que le chapitre xvii s'entendait du démembrement de l'empire, ils ont euxmêmes détruit tout ce qu'ils ont dit de la corruption et de la désolation future de l'Eglise romaine.
Il ne faut donc plus s'étonner si tout se dément dans leur système. On leur demande en quoi les rois golhs, vandales, saxons, français et les autres, ou païens, ou hérétiques, et presque tous oppresseurs de Rome et des papes, ont aidé l'Eglise romaine, et quelle puissance ils lui ont donnée pour établir son empire. C'est en peu de mois ce que j'objectais dans le livre xni des Variations '. M. Jurieu répond ^ : Voilà une belle difficulté pour un grand auteur ! Et où a-t-il trouvé que ces dix rois devaient donner leur puissance à la bête dès qu'ils commenceraient de régner ? Cela n'est pas dans le texte de saint Jean. Cela est sorti du cerveau de M. Bossuet. Qui ne croirait, à voir ces airs dédaigneux el malhonnêtes, que je me les suis attirés par quelque extravagance manifeste? Mais qu'on apprenne à connaître M. Juricu, et à se convaincre ici que lorsqu'il est le plus méi)risant, c'est lorsqu'il est le plus faible. Car que dit h; lexle de saint Jean où il nous appelle? Que dit-il dans la version de Genève même? Les dix cornes sont dix rois qui n'ont pas encore commencé à régner, mais qui prendront puissance comme rois en un même temps avec la bête ■*. M. Juricu et tous les ministres concluent de là que ces rois commenceront à régner en démembrant l'empire romain , en même temps que commencera l'empire du pape Antéchrist. Poursuivons : Ceux-ci ont un même conseil , et ils bailleront leur puissance et autorité à la bête ''. Voilà par où ils commencent; et en même temps que saint Jean
1. Var., XIII, 34. — 2. Latl. m, p. 100. — 3. Apoc, xvn, 12. — 4. Idem, l.'i.
SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE
leur fait prendre leur puissance, il la leur fait communiquer à ce qu'il appelle la bête , qui est, selon les ministres, l'Eglise romaine : et après cela on me demande oîi j'ai pris que ces dix rois devaient donner leur puissance à la bête dès qu'il commenceraient à régner? Mais continuons; et après avoir appris de saint Jean, par oîi ces rois devaient commencer, et comme d'abord ils aideraient la prostituée ou la bête, passons outre, et apprenons de lui-même que dans la suite ils la haïront. Les dix cornes que tu as vues, sont ceux qui haïront la prostituée, et la rendront désolée, et la brûleront au feu ' ; mais ce sera, comme il vient de dire , après l'avoir auparavant favorisée, et lui avoir donné leur puissance.
Et de peur qu'on ne s'imagine que saint Jean ait renversé, quoique sans raison, l'ordre des temps, il va lui-même au devant de cette chicane : Car, poursuit-il-, Dieu a mis dans leurs cœurs qu' ils feront ce qu'il lui plaît, et qu'ils arrêtent un même propos, et qu'ils baillent leur royaume à la bête jusqu'à ce que les paroles de Dieu fussent accomplies ; c'est-à-dire , manifestement, jusqu'à ce que la bête périsse, et que l'heure de son jugement soit arrivée : et tel était son jugement, que par un conseil admirable de Dieu qui tient en sa main les cœurs des rois, les mêmes qui la haïssaient, et qui devaient la détruire , fussent auparavant ses défenseurs.
C'est ce qu'on a vu arriver à la chute de l'empire romain^. On a vu que les rois ses alliés tournèrent tout à coup leurs armes contre elle; et si M. Jurieu n'a pas voulu apprendre celte vérité de Grotius et de liammond, il aurait pu la trouver dans Bullinger^.
Que si au lieu de l'empire on entend ici l'Eglise romaine, on n'a plus besoin de demander en quel temps des rois destructeurs devaient commencer à l'aider ou à la détruire, puisqu'ils ne l'ont ni aidée, ni détruite, ainsi que M. Jurieu le reconnaît^.
Mais , dit-il ^, afin que ces rois soient dits véritablement avoir donné leur puissance à l'Eglise romaine , c'est assez qu'ils l'aient fait dans leur progrès , quoiqu'ils ne l'aient pas fait au commencement , ni plusieurs siècles après ; parce qu'enfin ce sont toujours les mômes royaumes, comme le Rhin et les autres fleuves ne laissent pas d'être les mêmes que du temps de César, encore que ce ne soient pas les mêmes eaux, parce que c'est le même lit.
Passons-lui la comparaison pour la France, pour l'Angleterre et pour l'Espagne : mais le Danemarck, laNorwôge, la Suède, la Pologne, l'Ecosse, serontelles encore de ces fleuves qui auront commencé leur cours au temps du démembrement de Vemp'we'^ Autre belle difficulté, dit notre auteur '^1 comme si le sens de l'oracle évidemment n'était pas que l'empire a^itichrétien devait toujours avoir sous lui dix royaumes , plus ou moijis : ajoutons , qui lui donnassent leur puissance; car c'est ce qu'il faut trouver pour expliquer l'oracle de saint Jean. Mais où étaient -ils , ces royaumes qui devaient être toujours? où étaient-ils durant tout le temps où les
l.Apoc, 16. — 2. I(li;>n. xvii, 17. — 3. V^ oyez VExplic. du clmp. xvu. — 4. BuUing., Com, in Apoc, hic. — 5. Idem. — 6. L--IC. xm, p. 101 . — 7. Idem.
Français et les Anglais étaient païens, ou les autres royaumes étaient ariens, où tous ces royaumes ensemble, de l'aveu de M. Jurieu, ne songeaient pas seulement à agrandir l'Eglise romaine?
Ne lui tenons pas tant de rigueur; exceptons trois ou quatre cents ans de son toujours, et venons au point où les rois doivent enfin donner leur puissance à l'Eglise romaine. Quelle puissance lui ontils donnée? La spirituelle peut-être, qui est celle que Léon I"", et ses successeurs, commencèrent à s'arroger sur toute l'Eglise'. Point du tout, car saint Jean a dit que ces rois donneraient leur puissance; c'est la leur qu'ils devaient donner, c'est-à-dire, la temporelle, et non pas la spirituelle, qui n'est pas à eux. M. Jurieu l'a bien senti : c'est pourquoi, nous ne disons pas, répond-iP, que ce soient ces rois proprement qui aient donné au pape leur primauté spirituelle; ce sont les papes qui l'ont usurpée sur les autres évêques. Donc les rois ne donneront pas au pape la primauté spirituelle , qui est celle qui proprement le constitue antechrist, selon les ministres. Mais lui donneront-ils du moins la puissance temporelle, qui est véritablement la leur? Où trouverat-on dix rois qui aient donné aux papes quelque puissance temporelle? Pour moi, je n'en connais point avant Pépin et Charlemagne , plus de trois cents ans après saint Léon, et je ne trouve alors, ni plusieurs siècles après , que les rois de France qui aient fait aux papes de pareils présents. Où sont donc tous les autres rois qu'on veut faire prophétiser à saint Jean? M. Jurieu a tranché ce nœud, en disant : Il suffit^ , pour l'accomplissement de l'oracle, que dans la suite, les rois aient été assez faibles pour se laisser arracher, par l'Eglise romaine, leurs biens temporels et leur puissance temporelle. Lui donner, selon saint Jean, leur puissance, n'est autre chose que la laisser prendre. Voilà cette prophétie du pape Antéchrist plus claire et plus lumineuse que toutes celles où le Saint-Esprit a tracé et Jésus-Christ et son règne. Hélas! que penseront de Jésus-Christ, et des prophètes qui nous l'ont promis, ceux qui ne les connaîtront que par les ministres?
Mais après les temps où les rois donnent , il faut encore trouver ceux où ils détruisent , c'est-à-dire, qu'il faut venir au temps de Luther, onze cents ans après saint Léon et la naissance de l'Antéchrist, pour trouver ces rois ennemis qui attaquent directement l'Eglise romaine. i\Iais quand est-ce que s'achèvera ce grand œuvre de sa destruction? Il faut laisser écouler douze cent soixante ans , puisque son règne doit durer autant. Est-ce ainsi qu'on fait traîner durant tant de siècles, ce que saint Jean fait marcher d'un pas si rapide? et n'y a-t-il qu'à brouiller mille ou douze cents ans d'histoire, changer la force des mots, et non-seulement renverser tout l'ordre de la prophétie, mais encore ses propres pensées , pour faire dire à l'Apocalypse tout ce qu'on voudra?
C'est le désordre où l'on tombe nécessairement , en abandonnant le principe, et en s'éloignant de la route. Pour n'avoir pas voulu voir ce qui est plus clair que le jour, que les chapitres xvii et xvni ne sont qu'un même événement , et que la chute de Rome avec le démembrement de son cmi)ire, en font partout le sujet, les ministres ont tout confondu. Ils