‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 14 sur 851 · un. xdi. /). 101. — 2. Tdein. — 3. fbid · texte numérisé non relu

un. xdi. /). 101. — 2. Tdein. — 3. fbid

AVERTISSEMENT AIX l'i;oTESTANTS

trouvent l'Eglise romaine où saint Jean déclare luini^me qu'il ne présente à nos yeux que la ville cl son empire; ils trouvent de nouveaux rois amis de Rome , el ensuite" ses ennemis , où saint Jean ne connaît que ceux qui en ctTet l'ont détruite au cinquième siècle; ils trouvent la naissance de l'Antéchrist dans un lieu où il n'y en a pas une seule parole; et pour tout comprendre en un mol, ils trouvent une chute de Rome distincte de celle où ils reconnaissent eux-mêmes la dissipation de son empire : ils arrachent les passages de toute leur suite; ils mettent en pièces l'Ecriture , et leur système n'est autre chose qu'une éternelle profanation de celle sainte parole.

??. Illusion sur l'explication du chapitre xin et sur la seconde bêle qui ij est représentée. — Ainsi la première bêle des protestants, avec leurs prétendus sept gouvernements, dont le dernier est celui du pape, et les dix rois ennemis qui devaient détruire l'Eglise romaine, est un amas de contradictions et d'impossibilités. Mais le personnage qu'ils font faire à celle que saint Jean appelle i'awfre&efe', n'est pas moins absurde. La dernière tète de la première bête était le pape, dans lequel ressuscitait l'empire romain blessé à mort. La seconde bète, c'est encore le pape qui fait adorer la première bète ressuscilée, c'est-à-dire, toujours le pape. Celte bète, qui fait adorer la première bète, en fait encore adorer l'image; et cette image, c'est encore le pape, qui n'est pas un vrai empereur, mais un empereur dont l'empire est imaginaire : c'est de quoi sont pleins tous les livres des interprètes protestants^. Ainsi cette autre bête , c'est la même bête , c'est le pape qui fait adorer le pape. A force de vouloir trouver le pape partout, on montre qu'il n'est nulle pari , et qu'en le cherchant vainement sous toutes les figures de l'Apocalypse , on ne songe qu'à contenter une haine aveugle. Et il faut ici remarquer que saint Jean ne dit en aucune sorte, que la seconde bète se fasse adorer ellemême; mais il dit et répète toujours qu'elle fait adorer la première bète'. Si la seconde bêle c'est le pape , le pape ne se fait donc pas adorer lui-même, contre ce que disent tous les protesianls. Mais que fait-il donc adorer? La première bête, sans doute, comme dit saint Jean. Mais est-ce la première bête dans tous ses états , et Rome sous ses consuls, sous ses dictateurs, sous ses empereurs? Le pape les fait-il adorer? L'ose-l-on dire? Qui fait-il donc adorer? L'empire romain dans sa septième tête , qui est lui-même : ainsi il se fait adorer lui-même, el il ne se fait pas adorer lui-même. Est-ce là faire révérer les prophéties, ou les tourner en ridicule?

Pour éviter cette absurdité que la seconde bêle qui ne se fait point adorer, mais qui fait adorer la première bête, soit la même que cette première cl que celle à qui elle fait rendre des adorations, quelques prolestants ont trouvé qu'il fallait distinguer le pape de la papauté, ou de l'empire papal". Dumoulin a inventé ce dénouement : Le pape , ditiP, [ail adorer la hiérarchie romaine et [)apale, et ainsi la seconde bêle fait adorer la première. Mais pourquoi csl-cc que la seconde bête ne sera pas aussi bien la hiérarchie romaine que la première, ou pour-

1. Apoc., XIII, il. 12. — 2. Dumoulin, Jo»<ph Méde , el Jurieu iur cet j.cutay;! de VApocalyp»,;, — 3. Apoc, xiil 12. — 4. Dumoulin.. Ace. deê Proph., p. 186. — 5. Idem, 272.

quoi la première ne sera-l-elle pas le pape comme la seconde? Le démêle qui pourra : quoi qu'il en soit, on n'a que cela à, nous répondre. D'autres prolestants, peu satisfaits d'une si vaine subtilité, disent que l'empire romain ressuscité, c'est l'empire de Gharlemagne et des empereurs français el allemands que le pape fait adorer, parce que c'est lui qui l'a établi. Mais comment il fait adorer à toute la lerre un empire sitôt réduit à l'Allemagne toute seule ; un empire que le pape même a banni de Rome el de l'Italie; un empire dont on lui reproche qu'il prétend pouvoir disposer par un droit tout particulier, sans parler ici maintenant de mille autres absurdités, je le laisse à expliquer aux protestants.

23. Réflexion sur le nom Lateinos, et sur le nombre 666. — Sur la défense de vendre et d'acheter qu'ils marquent comme un caractère antichrétien, on peut voir notre commentaire'. Et pour le mot Lateinos, et ce fameux caractère du nombre de 666, je n'en dirai maintenant que ce seul mot; c'est que saint Jean se sert de ce nombre pour nous désigner le nom propre d'un certain homme particulier, comme on l'a remarqué ailleurs ^ : c'est pourquoi il dit expressément que le nombre qu'on doit trouver dans ce nom est un nombre d'homme, c'est-à-dire, visiblement le nombre du nom d'un homme, du nom propre d'une personne particulière, loin que ce puisse être un mot qui comprenne également avec tous les papes , toute l'Eglise latine. Mais avec ces limitations du sens de saint Jean, on ne dit pas ce qu'on veut; et Dumoulin, pour se mettre au large, nous apprend que ce nombre d'homme est un nom bre usité entre les hommes^, comme s'il y avait des nombres qui n'y fussent pas usités : mais c'est qu'une expression si vague donnait au ministre la liberté de se promener non-seulement par tous les noms propres, mais encore pa'' tous les mots de toutes les langues où il y a des lettres numérales.

Le ministre Jurieu explique autrement*. Il entend par ce nombre d'homme, un nombre qui ne soit pas mystique; comme si les nombres mystiques n'étaient pas aussi à leur manière des nombres d'homme, ou que les pythagoriciens qui ont trouvé tant de mystères dans les nombres , dussent être exclus du genre humain. Mais enfin, poursuit le minisire, c'est que Dieu a ses manières de compter : comme quand il signifie mille deux cent soixante ans par quarante-deux mois , et quand il compte mille ans pour un jour, ou un jour, pour mille ans. Saint Jean veut donc dire, selon lui, que le nombre de 666 contenu au nom de la bête, et dans ses lettres numérales, est un nombrepur et simple dans la si(jnificatio7i où les hommes ont accoutumé de l'employer. Mais comment se pourrait-il faire autrement? Gomment, dis-je, se pourrait-il faire que les lettres numérales d'un nom ne composassent point un certain nombre pur el simple? Quand un auteur, et un auteur inspiré de Dieu , dont toutes les paroles pèsent, apporte des limites à ses expressions, c'est qu'il veut exclure un certain sens où il suppose qu'on pourrait tomber. Or, qui pourrait tomber dans cette erreur, que les lettres numérales d'un nom ne fussent pas un certain nombre pur cl simple au sens que les hommes l'entendent? Ce

1. Sur le chfip. xiii, 'y. 17. — 2. Rem,, sur le ch. xiii, 18. — 3. Ace de Proph., p. 238. — 4. PréJ., l.p., ch. iv, p. 115.-

SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE

serait dire que les lettres numérales, ou que le composé de plusieurs nombres n'en serait pas un autre de même nature, quoique plus grand. On voit donc bien que saint Jean ne visait pas là, quand il a dit que le nombre dont il parlait, était un nombre d'homme\ visiblement il a voulu inculquer ce qu'il venait de dire au verset précédent, que c'était le nombre d'un nom^, et d'un nom propre, 6vo[/.aT0i;, qui caractérisait si précisément un certain homme particulier dont il voulait parler, qu'on ne pourrait jamais le prendre pour un autre. C'est ce que nous avons trouvé dans le nom de Dioclès', auquel, si l'on joint le titre qui désigne un empereur, on marquera tellement Dioclétien, qu'il ne sera pas possible d'y trouver un autre empereur, ni même une autre personne. Il fallait donc proposer quelque chose de semblable pour bien entendre saint Jean ; et la bête .serait alors, selon le dessein de cet apôtre , un homme particulier, dont le nom propre serait connu par ses lettres numérales, et non pas un individu vague, comme on parle dans l'école, un pape indéfiniment et en général , et encore un pape mal désigné , puisque le mot de Latin ne le désigne non plus que les peuples, les communautés, et les personnes qu'on appelait autrefois, et qu'on pourrait encore appeler du nom latin , Latini nominis; joint encore ici que le pape ne s'est jamais appelé Latinus pontifex ; mais partout et en une infinité d'endroits, Romanus pontifex, Romanus episcopus , Romanus autistes; afin que la déplorable application des ministres demeure confondue de toutes parts.

34. Système des protestants sur douze cent soixante jours de la persécution. Démonstration que ces jours ne peuvent pas être des années comme les ministres le veulent. — Mais l'endroit où l'erreur est le plus visible, est celui oîi les ministres tâchent d'expliquer les mille deux cent soixante jours, et, ce qui est la même chose, les quarante-deux mois, ou trois ans et demi de persécution dont saint Jean parle en cinq endroits de l'Apocalypse. M. Jurieu demeure d'accord que si l'on prend ici les jours pour de vrais jours , en sorte que les douze cent soixante jours composent seulement trois ans et demi, c'est fait de tout le système*. En effet, si l'Antéchrist n'est pas un seul homme; si c'est une longue suite de papes, qui au milieu de l'Eglise, doivent blasphémer contre Dieu, et persécuter les fidèles, on voit bien qu'il est impossible de faire rouler, pour ainsi dire, dans un si court espace, toute cette grande machine : c'est pourquoi les protestants ont été contraints d'avoir recours à certains jours qu'ils ont voulu appeler prophétiques , dont selon eux chacun vaut une année. Mais il n'y a rien de si vain que cette invention : car d'abord il est bien certain qu'à la manière des autres hommes, les prophètes prennent les jours pour des jours, et les années pour des années : témoin ce nombre célèbre de soixantedix années où Jérémie avait renfermé le temps de la captivité de Babylone. Voilà très-constamment l'usage ordinaire, sans que le style prophétique y ait rien changé. C'est en vain que les protestants allèguent ici d'un commun accord les semaines de

1. Apoc, xin, 18. — 2. Idem, 17. — 3. Voyez les Rem. sur ces vers, du chapitre xiii. — 4. Ace, 1. p., chap. xvii, p. 203 et suiv.

B. — T. II

Daniel' , puisqu'on hébreu le mot de semaine, qui signifie seulement un composé en général du nombre de sept, ne dit pas plus sept jours que sept ans, et que le sens se détermine par les circonstances. Cet exemple ne fait donc rien à notre sujet, où il s'agit de montrer, non point des expressions qui soient communes aux jours et aux ans, mais des passages précis où les jours soient pris pour des années. Or, les protestants n'en ont pu trouver dans toute l'Ecriture sainte que deux de cette nature; et cette signification est si éloignée, que le Saint-Esprit dans tous les deux trouve nécessaire, en s'en servant, de nous en avertir exprès. Il faut qu'un sage lecteur se donne la peine d'entendre ceci, afin qu'il connaisse une fois le prix de ces éruditions protestantes. Ceux qu'on avait envoyés pour visiter la Terre sainte, employèrent quarante jours à la reconnaître; ils en firent un faux rapport au peuple, qui les en crut trop légèrement, et se mit à murmurer contre Moïse^. Pour punir ces séditieux, Dieu ordonna qu'autant de jours qu'on avait mis à reconnaître la terre, autant seraiton d'années à errer dans le désert. Je vous rendrai, dit le Seigneur^, chaque année pour chaque jour, et vous porterez quarante ans durant la peine de vos iniquités. Voilà le premier passage. Dans le second. Dieu ordonne à Ezéchiel '' de se mettre en un état de souffrance pour tout le peuple d'Israël durant un certain nombre de jours; et en même temps il lui déclare que chaque jour sera, par rapport au peuple, la figure d'une année, pour exprimer le temps de son iniquité, ou de son supplice : Je t'ai donné, dit-il, le jour pour année ; je t'ai, dis-je, donné, je te le répète, afin que tu l'entendes, je t'ai donné le jour pour année. On voit dans les deux endroits où Dieu veut figurer les années par des jours, qu'il s'en explique en termes formels; et que dans le second passage , il le répète par deux fois pour le faire entendre au prophète : tant l'expression était peu commune et peu naturelle. Mais sans avoir ici besoin de nous mettre en peine du dessein particulier de ces deux passages dans les Nombres et dans Ezéchiel, d'où ils sont tirés, il faut venir à saint Jean dont il s'agit, et voir si c'est ainsi qu'il compte les jours. Or visiblement cela ne se peut; car quoi qu'il ait voulu figurer par ces mille deux cent soixante jours , et par ces trois ans et demi, ce qu'on peut voir dans notre commentaire^, toujours est-il bien certain, et on en convient^, que dans les endroits où il en est parlé, il regarde un passage de DanieF, où la persécution d'Antiochus est renfermée dans le même terme : c'est donc visiblement de cet endroit de Daniel qu'il faut prendre la véritable signification des trois ans et demi de saint Jean, puisque c'est là que regarde cet apôtre; et la chercher dans d'autres passages que saint Jean ne regarde pas , c'est abandonner le vrai principe de l'interprétation, et chercher à tromper le monde. Or, il est constant dans cet endroit de Daniel , et les ministres en conviennent^, que les jours sont de vrais jours, et non pas des ans; autrement Antiochus, un seul prince, aurait persécuté le peuple de Dieu plus de mille deux cent soixante ans : par conséquent, chez Daniel, chaque an est un an véri-

1. Jur., Ace; Dumoulin, Mède , etc. — 2. Num., xiir, — 3. Idem, xiv, 33, 34. — 4. Ezech., iv, 5, 6. — 5. Explic. du chap. XI. — 6. Méd. 497; Ace, 4. — 7. Dan. xii. — 8. Ace. des Proph., 1. p., chap. xiM, XVIII, etc.

AVERTISSEMENT AUX PROTESTANTS

table, et non pas 360 ans; et ainsi trois ans cl demi sont vraiment trois ans et demi , sans qn'il soit permis de sortir de cette idée. C'est donc la même chose dans saint Jean; et lorsqu'on nous allègue des jours prophétiques dont chacun emporte une année, comme si Daniel, que saint Jean suivait, n'était pas du nombre des prophètes, ou que ce fût le style ordinaire des prophéties, de prendre les jours pour des années; c'est avec de grands efforts ne chercher qu'à éblouir les ignorants.

25. Contradiction du ministre Dumoulin sur le sujet des douze cent soixante jours. — Lorsqu'on force le sens naturel, et qu'on prend des notions écartées , on est sujet à ne pas les suivre , el même à les oublier. Dumoulin , comme les autres ministres, veut que les jours dans saint Jean, soient de ces prétendus jours prophétiques , dont chacun est une année. Mais sur le chapitre xn, sa bizarrerie est extrême, puisqu'au lieu que partout ailleurs les douze cent soixante jours sont douze cent soixante ans, ici, où ce nombre se trouve deux fois, ce sont des jours naturels, qui composent trois ans et demi, ni plus ni moins : mais c'est qu'il n'a pas plu à Dumoulin, on ne sait pourquoi, que le pape se rencontrât dans ce chapitre xn, où tous les autres ministres le trouvent plus présent qu'ailleurs; de sorte que n'ayant que faire de ses prétendus jours prophétiques , il est revenu naturellement à la signification ordinaire des mots. Cependant, si le pape n'est pas là, on ne sait plus où il est ; si sous quelqu'autre que lui le dragon a voulu engloutir la femme, c'est-à-dire, l'Eglise, l'a poussée dans le désert, l'y a tenue si cachée qu'elle ait disparu de dessus la terre, comme on prétend qu'il arrive au chapitre xn, ce pourrait bien être aussi un autre que lui qui persécute les témoins au chapitre xi, un autre qui blasphème au chapitre xni, et qui périt aux chapitres xvn et xvni. Et pour revenir aux douze cent soixante jours, si de cinq passages de l'Apocalypse où on les trouve, il y en a déjà deux où, de l'aveu de nos adversaires, ce ne sont pas des années : c'est un préjugé favorable pour les autres, puisque saint Jean a tenu partout un môme langage.

26. Plus fjrossière coyitradiction du ministre Jurieu sur le même sujet. — Le ministre Jurieu s'oublie encore plus ici que Dumoulin; et il tombe dans une contradiction si manifeste, que seule elle suffira pour l'humilier, s'il est capable de sentir ses égarements : car d'un côté , il suppose toujours dans ses Préjugés, dans son Accomplissement des Prophéties , et dans ses autres ouvrages ' , qu'on trouve le pape Antéchrist , et la durée de son règne dans le chapitre xn de l'Apocalypse comme dans les autres; el dans les trois ans cl demi que la femme, qui est l'Eglise, doit passer dans le désert ^ , tout cela sifjnifie, dit-il, la période de la durée du papisme; el voilà bien formellement le papisme et sa durée au chapitre xn. Mais d'autre part, il l'en exclut en termes aussi formels ', puisqu'il ne trouve dans ce chapitre que les quatre cents premières années de l'Eglise; ainsi de bonne foi, il ne songeait plus à ce qu'il a dit partout ailleurs; car dans le lieu qu'on

1. Préj., 1, p.,ehap. V, p. «0; vi, p. lOS; Acc, 1. p., chap. XVII, 2i>4, etc., Leit. xvii. delà \'*ann., p. VVJ. — a. C i-dussous n. .Ij. — 3. f'Urn, p. 21 el âuiv.

vient de marquer où il fait l'analyse du chapitre xn, il nous apprend que ce chapitre contient l'histoire de quatre cents ans seulement : Noxis avons', dit-il, dans ce chapitre, l'Histoire de V Eglise jusqu'à la fin du quatrième siècle, ou au commencement du cinquième. Cependant, comme on vient de voir, on trouve deux fois dans ce chapitre, l'espace de douze cent soixante jours, el si, au compte des ministres et de M. Jurieu, ces jours sont des années, ce sera quelque chose de bien nouveau de placer douze cent soixante ans dans une histoire de quatre cents, ou un peu plus. Mais le ministre ne le dit pas pour une fois, il répète encore un peu après \ que saint Jean ne donne qu'un chapitre (qui est le xu^), à la première période de l'Eglise de quatre cents ans. Mais de peur qu'on ne nous objecte qu'il se sera peutêtre mépris dans les chiffres, voyons tout ce qu'il renferme dans ce premier période de temps. Il y place premièrement trois cents ans de persécution; ensuite l'arianisme et les victoires de l'Eglise , depuis Constantin jusqu'à Théodose le Grand, c'està-dire, jusqu'à la fin du quatrième siècle. C'est donc une chose bien déterminée dans l'esprit du ministre, que le chapitre xn ne contient l'histoire que de quatre cents ans; et il a parfaitement oublié que les douze cent soixante jours devaient être douze cent soixante années. Quand il voudrait dire ici, malgré tant d'autres endroits de ses ouvrages, qu'il renonce à trouver dans ce chapitre, le prétendu règne du pape, on ne saurait plus sur quel pied il faudrait prendre les douze cent soixante jours : car, ni ce ne seraient des années , puisque douze cent soixante ans ne pourraient tenir dans quatre cents; ni ce ne seraient des jours naturels , puisqu'ils ne pourraient jamais faire que trois ans et demi : de sorte qu'on ne saura plus sur quelle règle notre apôtre aura formé son langage, et qu'enfin il faudra dire, non-seulement que saint Jean ne parle pas comme Daniel, qui est en cet endroit son original, mais encore que saint Jeanne parle pas comme saint Jean même.

27. En accordant aux ministres que les jours sont des années, l'embarras ne fait qu'augmenter, et ils ne savent où placer leurs douze cent soixante jours. — Eveillez-vous donc , mes chers frères , du moins aux contradictions si visibles de votre prophète. Mais voici bien un autre inconvénient. C'est qu'en accordant à vos ministres tout ce qu'ils demandent, et en prenant, comme ils veulent, les jours pour années, afin de donner à la prétendue tyrannie du pape les douze cent soixante ans dont ils ont besoin, ils ne sauraient encore où les placer. Car puisque, selon leurs principes, le prétendu Antéchrist doit naître dans le débris de l'empire, c'est-à-dire, au cinquième siècle, el comme ils le liîcent à présent aux environs de l'an 455 sous saint Léon, c'est à ce terme qu'il faut commencer la persécution antichrélienne , la guerre faite aux saints , el les blasphèmes de la bête. La démonstration en est claire, puisqu'il est constant dans saint Jean'^ que la Cité sainte est foulée aux pieds; que les fidèles sont dans l'oppression; que la femme, qui est l'Eglise, est dans le désert; et que la bête blasphème el fulmine contre les saints, durant tout

1. /y"«. xv/i. di: la ["• ana., p. 23. — 2. Apoc, xr, 2, 3; xii, 0. I l; XIII, 0, 7.

SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE

le temps des douze cent soixante jours qu'on prend pour années. Il faut donc trouver dans la chaire de saint Pierre et dans l'Eglise romaine, à commencer depuis saint Léon, douze cent soixante ans de blasphème , ce qui fait horreur à penser, et n'est pas seulement une impiété, mais encore une fausseté criante.

Ce blasphème qu'il faut trouver dans l'Eglise romaine, se doit trouver dans toutes les autres églises , qui communiaient avec elle , c'est-à-dire , dans toutes les églises catholiques : car on convient qu'en ce temps du démembrement de l'empire , elles étaient toutes dans sa communion; de sorte qu'il faut trouver tout ensemble dans la même société, et la catholicité et le blasphème; ce qui ajoute l'absurdité à l'impiété et au mensonge.

28. Les ministres forcés d'imputer l'idolâtrie à l'Eglise du quatrième siècle. — Et afin qu'on sache quel est ce blasphème qu'il faut attribuer à l'Eglise, nos adversaires s'en expliquent, et soutiennent que c'est le plus grand de tous les blasphèmes, c'est-àdire, l'idolâtrie' ; de sorte qu'il faut trouver le règne de l'idolâtrie dans l'Eglise du cinquième siècle , et dès le temps du grand saint Léon.

Il faut même le trouver devant, puisqu'on met cette idolâtrie antichrétienne dans le culte des saints et de leurs reliques. Or on établit ce culte, et même l'invocation des saints, dès le temps de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Ambroise, de saint Chrysostome; puisqu'on fait ces grands saints, et avec eux tous les autres de ce siècle, nonseulement les complices, mais encore les instigateurs et les auteurs de cette idolâtrie antichrétienne.

C'est ce que fait Joseph Mède en termes formels ; c'est ce que fait en trente endroits M. Jurieu-. C'est saint Basile , c'est saint Chrysostome, c'est saint Ambroise , c'est saint Grégoire de Nazianze , c'est saint Augustin, c'est saint Jérôme, c'est tous les Pères de ce temps-là qui ont fleuri au quatrième siècle, qu'on fait les auteurs de cette idolâtrie qui constitue l'Antéchrist.

29. Prodigieuse proposition du ministre Jurieu. — M. Jurieu ne s'émeut pas de toutes ces choses ; et après avoir établi en termes formels le culte et l'invocation des saints dans le quatrième siècle, il se fait celte objection sous le nom des convertis : Quoi qu'il en soit , disent-ils ^, tous avouez que l'invocation des saints a plus de douze cents ans sur la tête : cela ne vous fait-il point de peine? Et comment pouvez-vous croire que Dieu ait laisse' reposer son Eglise sur l'idolâtrie durant tant de siècles? Voilà l'objection bien clairement proposée, mais c'est afin de montrer un mépris encore plus clair d'un siècle si saint : Nous répondons, dit-il, que nous ne savons point respecter l'antiquité sans vérité. Et un peu après : Nous ajoutons que nous ne sommes point étonnés de voir une si vieille idolâtrie dans l'Eglise, parce que cela nous a été formellement prédit. Il allègue pour toute preuve deux passages de saini Jean qui ne font rien, comme on verra, selon luimême, et il finit par ces paroles : La femme, c'est-àdire l'Eglise, doit être cachée dans U7i désert douze cent soixante jours, qui sont autant d'aimées : il faut

1. Mêde, 501, 502. — 2. Jos. Méde, Lett. xv. de la Ire an., p. IG, 17; Ace, 1. p., chap. xiv, etc. — 3. Lelt . xvii. de la l'e unn.. p. 139.

donc que l'idolâtrie règne dans l'Eglise chrétienne douze cent soixante a7is. Voilà comme on tranche les difficultés dans la nouvelle réforme; et on ne peut plus dire maintenant que celte idolâtrie prétendue ne fût pas publique et entièrement établie, puisqu'on est contraint d'avouer qu'elle était régnante.

30. Réponse du ministre Jurieu. — Ecoutez-moi ici encore une fois, mes chers frères, à qui on adresse ces blasphèmes : est-il possible que des excès si insupportables ne vous fassent jamais ouvrir les yeux? Pour diminuer l'horreur que vous en auriez, si on ne tâchait de les adoucir, votre ministre vous dit que l'idolâtrie et l'antichristianisme qu'il objecte aux Pères du quatrième et du cinquième siècle, n'étaient qu'une idolâtrie et un antichristianisme commencés : c'est déjà une étrange impiété d'attribuer à l'Eglise et à ses saints , dans les siècles les plus illustres , cette idolâtrie et cet antichristianisme commencés, puisqu'on quelque état que l'on considère un si grand mal, il est constamment toujours mortel : mais votre ministre ne s'en tient pas là ; et il vous fait voir dans des temps si saints et dans les plus saints hommes qui y fleurissaient , une idolâtrie et un antichristianisme régnant.

Arrêtez-vous ici un peu de temps , mes chers frères , à considérer les artifices de votre ministre. Je lui avais objecté dans l'Histoire des Variations*, combien il était horrible de faire d'un saint Léon et des autres saints des antechrisls, c'est-à-dire, ce qu'il y a de plus exécrable parmi les chrétiens. J'avais relevé les trois caractères oîi ce ministre avait établi son antichrislianisme prétendu, qui sont dans les papes l'usurpation de la primauté ecclésiastique , la corruption des mœurs et l'idolâtrie : trois abominables excès, qu'on ne peut imputer aux saints sans blasphémer. J'avais même poussé plus loin mes réflexions , et j'avais dit, ce qui est très-vrai, qu'on ne pouvait trouver ces trois excès dans saint Léon , sans être obligé de les attribuer aux Pères du quatrième siècle, oîi on trouvait les mêmes choses qui font faire de saint Léon un antechrist; et je m'attachais principalement à l'idolâtrie , comme à l'exécration des exécrations , dont la moindre tache effaçait toute sainteté dans l'Eglise. J'ai objecté toutes ces choses en quatre ou cinq chapitres que vous pouvez voir, ils ne tiennent que sept ou huit pages ; et c'est sur cela que votre ministre a entrepris de vous satisfaire : mais vous verrez aisément qu'il ne fait que vous amuser, dissimuler les difficultés et augmenter les erreurs.

Laissons à part ses manières dédaigneuses et insultantes : si je les ai relevées , c'est pour l'amour de vous, afin que vous connaissiez un des artifices dont on se sert pour vous tromper : c'est assez que vous l'ayez vu ; n'en parlons plus. Mais voici l'important et le sérieux^.

« L'exclamation de M. Bossuet est à peu près aussi bien placée, que si je la mettais après ce que je vais dire : les phthisies, les hydropisies, et cent autres maladies très-mortelles ont des commencements insensibles; c'est une indigestion d'estomac, quelque dérèglement dans les humeurs, quelque dureté dans le foie, quelque intempérie dans les entrailles, qui dans le commencement n'empêchent pas de boire, de manger, d'aller à la chasse et à la

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