‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 135 sur 851 · XL VI" PASSAGE · texte numérisé non relu

XL VI" PASSAGE

Sur ces mots : les élus de Dieu, Rom., vni, 33, la note porte : * c'est-à-dire, les fidèles que Dieu a » choisis pour embrasser la loi évangélique. »

REMARQUE

1 . Les élus mal traduits. — La notion est fausse : les élus sont ceux dont il est écrit, qu'ils ne peuvent être déçus, Matlh., xxiv, 24. Tout est plein de pareils endroits qui montrent que le mot û'élus ne doit pas être expliqué simplement par fidèles , et (juc lorsqu'il se prend ainsi, c'est à cause qu'on doit présumer par la charité, que les fidèles persévéreront jusqu'à la Un. Tout le monde remarfiucra naturellement, que ces idées do l'auteur sont de l'esprit des sociniens, qui ne veulent pas reconnaître le mystère de l'élection et de la prédestination.

2. Pente de l'auteur à changer k langage eccléêiastique, et les principes de la théologie. — On voit par ces dernières observations, que l'auteur change le langage ecclésiastique, et qu'en général par tout le livre, où il détourne les passages de l'Ecriture , qui tiennent lieu de principes dans l'école, il induit in.sen.siblement une nouvelle théologie.

Xl.vn" PASSAGE.

.Anathema à Chrixlo , Rom. ix , 3 , l'auteur traduit : Anathème à cause de Jésus-Christ; il répète dans la note ce qu'on a vu dans la Préface, que la parliculf: grecque i-z'o et la latine h , se prennent quelquefniit chpz lf% lléhreux , pour la causale pro-

pter, à cause de, dont il assure qu'on trouve des exemples dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Dans le reste de la note , il réfute saint Ghrysoslome , coaimc n'ayant pas entendu ce que veut dire le mot anathème, qui ne signifie autre chose qu'exécration , ce que saint Paul ni ne voulait, ni ne pouvait être. On se peut souvenir ici, qu'il avance dans sa Préface, que c'est faute d'avoir pris garde à cet hébraïsme, qu'aucun traducteur ni commentateur n'a parfailcment exprimé ce passage de saint Paul : de sorte qu'il est le seul à bien traduire.

REMARQUE

3. Hébraïsme allégué mal à propos pour l'intelligence de la particule oltzo : à. — Nous l'avons déjà repris d'avoir abandonne la Vulgale; et pour montrer qu'il l'abandonne sans raison, comme j'ai promis de le faire voir, je n'ai qu'à dire qu'il ne suffit pas d'alléguer un hébraïsme; il faut nommer des auteurs, et ne pas traduire à sa fantaisie; puisque s'il y a peut-être un ou deux endroits, ce que nous allons examiner, où àub, signifie propter, on en peut produire cinq cents où il faut traduire autrement.

'2. Il a tous les Pères contre lui. — Le traducteur nomme des auteurs, mais qui sont tous contre lui : et quels auteurs? c'est saint Chrysostomc avec toute son école, sans en excepter les plus savants , saint Isidore de Daraielte, Théodoret, et les autres, qui font sans doute partie de ces savants commentateurs, que le traducteur a accoutumé de nous vanter avec raison. J'y ai ajouté en d'autres ouvrages', saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Jérôme , Bède, qui tous en énonçant ou en supposant la signification ordinaire du terme auQ, montrent que le propter du traducteur ne leur est pas seulement venu dans la pensée : ce qui ne peut être arrivé sans quelque raison qu'il faudra trouver, si nous voulons expliquer ce passage à fond.

3. On expose l'usage des Ecritures. — Commençons par les exemples que l'auteur allègue en l'air sans en avoir marque un seul, et surtout considérons ceux du Nouveau Testament ou de saint Paul môme , qui seraient les plus convenables. Je passerai au traducteur dans toutes les épîtres de cet apôtre, dans 'oui le Nouveau Testament, un seul endroit où il est dit , que Jésus-Christ fut exaucé à cause de son respect; prosuâ rcverentiâ, Ileb., v, 7, dans le grec àxo , à cause de; ([uoique d'autres qui ne sont pas méprisables aient traduit autrement. j\Iais quand il faudrait traduire (;omme veut l'auteur, doit-on conclure, cncoi'c un coup, pour un seul endroit de saint Paul et du Nouveau Testament, où àzo voudra dire propter, qu'on doive au hasard, indélininient, et sans aucune raison particulière, le tourner ainsi quand on voudra?

4. Estius ({ui a connu cet hébraïsme n'en est pas plus favorable à l'auteur. — La connaissance de cet hébraïsme n'est pas si rare, (ju'on ne le trouve chez les bons auteurs; et Estius le rapporte, Ileb., V, 7, sur ce mol, pro reverentiâ : mais le traducteur demeure d'accord (jue l'application de cet hébraïsme au passage dont nous parlons, ne s'est présentée (ju'à lui seul, et n'est venue dans l'esprit, ni à Estius, ni à aucun commentateur grec ou lalin.

1. Dioiim èrritt : Préfao. Pasuages éclairais. Addition à lu tnémi' , l'i au dm p. v.

SECONDE INSTRUCTION

5. Quelle particule grecque saint Paul exprime par PROPTER. — C'est aussi de quoi nous venons de dire qu'il se doit trouver quelque raison , et en elTet en voici une très-simple et très-naturelle, c'est que l'aTTo , lorsqu'il est uni comme ici à une personne , (XTio Xpiçoù : de Jésus-Christ , ne se trouve jamais pris pour propter, à cause de; ni pour autre chose que pour à, à Christo : de Jésus-Christ.

Ces termes , propter Christum, à cause, ou pour l'amour de Jésus-Christ, sont bien connus de l'Apôtre : on trouve partout, lorsqu'il s'agit des personnes, propter te, propter nos, propter electos , propter Deum, propter Christum. ^lais tous ces endroits et les autres à l'infini de môme nature, ont consacré leur particule qui est Stà et non pas à-o : pourquoi donc cet endroit ici sera-t-il le seul où saint Paul se serve d'dTro? On trouve encore pour exprimer les causes finales, le propter, mille et mille fois, et àTro n'y est jamais employé. Si je voulais descendre à un détail d'observations particulières, je pourrais dire que dans ces passages de l'ancienne version des Septante : Turbatus est à furore oculus meus; non est sanitas in carne meâ à facie irœ tuœ, et les autres en très-petit nombre, où txTO est mis pour propter désignent des causes actives ou efficientes : on est troublé par la colère , comme par une cause active : la colère de Dieu est la cause pareillement efficiente , qui altère notre santé ; et ainsi du reste. Il ne s'agit pas ici des personnes pour l'amour desquelles on veut quelque chose; il s'agit des choses qui nous mettent en certains états. C'est un fait constant : il ne faut point ici chercher de raison du sens que l'on donne à ces façons de parler. Pour l'ordinaire, il n'y en a point d'autre que le style des auteurs, ou en tout cas l'usage des langues, leur génie, leur propriété. Quoi qu'il en soit, il est bien certain, comme nous venons de le remarquer, que l'à-jro pour propter, à cause de, ne se trouve ni dans saint Paul, ni dans tout le Nouveau Testament , lié avec une personne , tel qu'est ici Jésus-Christ, a-jrb Xpiçoïï. Si l'Apôtre eût eu alors dans l'esprit le désir d'être anathème pour l'amour de Jésus-Christ comme pour la fin de ce désir, le Sià qui lui était si familier en ce sens, se serait présenté tout seul, et il n'aurait pas eu besoin d'aller chercher cet àizo dont à peine se serait-il servi une fois, et jamais en pareil cas. Il ne veut donc pas lui donner de sens extraordinaire, et lui laisse sa force et sa signification accoutumées, qu'on trouve partout dans ses épîtres et dans toutes les Ecritures, et qu'aussi on voit jusqu'ici, comme l'auteur en convient, reconnu sans exception par tous les interprètes , parmi lesquels nous avons compté six ou sept des plus savants Pères.

6. Rien ne force à recourir à cet hébraïsme : faux raisonnement de l'auteur. — Mais peut-être qu'il est forcé à cet hébraïsme par quelque nécessité? Point du tout : le traducteur fait accroire à saint Chrysostome qu'il n'entendait pas anathème, qui veut toujours dire exécration , en mauvaise part : ce que saint Paul ne pouvait pas être , en demeurant comme il le voulait en état de grâce. Telle est la seule objection du traducteur, et il ne veut pas sentir que ce Père ne l'entendait pas autrement, puisque s'il croit que saint Paul s'olTrit à être traité

d'exécrable , et à être séparé de Jésus-Christ en un certain sens, c'était en sous-entendant qu'il s'y offrait seulement s'il était possible, sans préjudice de l'état de sainteté, et de la grâce où il espérait demeurer toujours.

Au reste, si la question ne méritait peut-être pas en ce lieu tant de discussion , il importait de faire connaître à quel prix on met ici les hébraïsmes, et avec quelle facilité on abandonne le texte de la Vulgate , quoique conforme à l'original grec , en faveur d'une interprétation qui n'a pour appui que les conjectures d'un traducteur licencieux.

XLVni^ PASSAGE.

Que Dieu brise le Satan sous vos pieds, aux Rom., XVI, 20, c'est ce que porte la traduction et la note : le Satan, c'est-à-dire, l'adversaire; à. quoi elle ajoute : Il y a néanmoins de V apparence , qu'il a eu aussi en vue le diable.

REMARQUE

Il faut toujours à l'auteur quelque petit raffimement : on savait bien que Satan veut dire adversaire; mais il fallait dire que ce terme général est devenu partout dans l'Ecriture le nom propre du diable, et que jamais il ne se trouve en un autre sens dans tout le Nouveau Testament. Il est donc incontestable que saint Paul a voulu parler du démon , qu'il ne pouvait pas désigner plus clairement que par son propre nom; et quand l'auteur réduit cette explication, qui constamment est la seule véritable, à une simple apparence, je ne sais que deviner, si ce n'est qu'il veut raflîner et se singulariser à quelque prix que ce soit.

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