SUR TOUS LES MYSTÈRES DE LA RELIGION CHRÉTIENNE
PRIERE A JÉSLS-CHRIST.
.ÎÉsis. mon Sauveur, vrai Dieu et vrai liomnie , et le vrai Christ, promis aux patriarches et aux prophètes dès iorigine du monde, et lidèiement donné dans le temps au saint peuple que vous a\ez choisi : \ous avez dit de votre sainte et divine bouche : C'est ici la vie éternelle devons connaît rc , vous qui êtes le seul vrai Dieu, etJesus-Christ que vous avez envoyé '. En la foi de cette parole, je veux avec votre grâce, me rendre attentif à connaître Dieu, et à vous connaître.
Vous êtes Dieu vous-même, et un seul Dieu avec votre Père , selon ce qu'a dit votre disciple bien-aimé en parlant de vous : Celui-ci est le vrai Dieu et la vie éternelle- : et saint Paul : <jue voiis êtes né des patriarches , Dieu béni au-dessus de tout^. Et quand vous dites que la vie éternelle est de connaître Dieu et Jésus-Christ '•, ce n'est pas pour vous distinguer d'avec Dieu : loin de nous un tel blasphème ; mais pour nous rendre attentifs à votre divinité unie à nous par le mystère de l'incar- •nation, qui vous rend le vrai Emmanuel, Dieu avec nous^ : et par vous, nous fait entrer en société avec Dieu, selon ce que dit saint Pierre, que nous sommes participants de la nature divine'^.
Je m'approche donc de vous autant que je puis , avec une vive foi , pour connaître Dieu en v eus "et par vous , et le connaître d'une manière digne de Dieu; c'est-àdire, dune manière qui me porte à l'aimer et à lui obéir : selon ce que dit encore votre disciple bien-aimé : Celui qui dit qu'il connaît Dieu, et ne garde pas ses com- "'' ' "'s , c'est un menteur'' ;el vous-même : Celui iji, s rommandemcnts, c'est celui qui m'aime ^.
C est donc uniquement pour vous aimer, que je veux vous connaître : et c'est pour m'attacher à faire voire volontë, que je veux vous connaître et vous aimer; |)ersuadé qu'on ne peut vous bien connaître, sans s'unir a vous par un chaste et pur amour.
Pour vous bien connaître, ô mon Dieu et cher Sauveur, je veux toujours, avec votre grâce, vous considérer dans tous vos états et tous vos mystères ; et connaître avec \ous en même temps votre Père qui vous a donn'- à nouà, et le Saint-Es|)rit que vous nous avez donné tous deux. Et toute ma connaissance ne consistera qu'à nae réveiller, et à me rendre attentif aux sim[)les et pures idées que je trouverai en moi-même dans les lumières de la foi , ou peut-être dans celles de la raison , aidée et dirigi'-e par la foi même. Car c'est ainsi (pie j espère parvenir à vous aimer, puis(|ue le propre do la foi , «olon rc (pie dit saint Paul , c'est d'être opérante et 'if/tM'jn//. pur amour ^. Amen.
PHEMIÈRE SEMAINE.
Klevalioiui a Difu sur son iinit6 et sa perleclion.
PREMIÈRE P:LÉVATI0.\.
L'être de Dieu.
De loijto j'èicmit*': Dieu est ; Dieu est parfait ; Dion cslheuroux; Incii ost un. L'impie demande : Pour-
1. J'yin. »xvii. 3. — 'i. l. Jo'in., v. 20. — 3 fiant ix 5 4. Jf>an., xrii. 3. — .'». i/'itih., i. 2.;. — (5. //. l'tt'. i. i ' — 7. /. J'iin . Il 4. —8. Joaii., xiv -^1 —u. Oal., v. (}. '
quoi Dieu est-il? Je lui réponds : Pourquoi Dieu ne serait-il pas? Esl-ce à cause qu'il est parfait : et la perfection csL-ellc un obstacle à l'être? Erreur insens(ie : au contraire, la perfection est la raison d'être. Pourquoi l'imparfait serait-il , et le parfait ne serait-il pas? C'est-à-dire : pourquoi ce qui lient plus du néant serait-il, et que ce qui n'en tient rien du tout ne serait pas? Qu'appelle-l-on parfait? Un être à qui rien ne manque? Qu'appelle-t-on imparfait? Un être à qui quelque chose manque. Pourquoi l'être à qui rien ne manque ne serait-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque? D'oîi vient que quelque chose est, et qu'il ne se peut pas faire que le rien soil : si ce n'est parce que l'être vaut mieux que le rien, et que le rien ne peut pas prévaloir sur l'être , ni empêcher l'être d'être? Mais par la môme raison , l'imparfait ne peut valoir mieux que le parfait, ni être plutôt que lui, ni l'em pêcher d'être. Qui peut donc empêcher que Dieu ne soit : et pourquoi le néant de Dieu que l'impie veut imaginer dans son cœur insensé*, pourquoi, dis-je, ce néant de Dieu l'emporterait-il sur l'être de Dieu : et vaut-il mieux que Dieu ne soit pas que d'être?
0 Dieu t on se perd dans un si grand aveuglement. L'impie se perd dans le néant de Dieu qu'il veut préférer à l'être de Dieu : et lui-même cet impie ne songe pas à se demander à lui-même, pourquoi il est. Mon âme, àme raisonnable, mais dont la raison est si faible, pourquoi veux-tu être, et que Dieu ne soit pas? Hélas, vaux-tu mieux que Dieu? Ame faible, Ame ignorante, dévoyée, pleine d'erreur et d'incertitude dans ton intelligence, pleine dans ta volonté de faiblesse, d'égarement, de corruption, de mauvais désirs , faut-il que tu sois : et que la certitude, la compréhension, la pleine connaissance de la vérité, et l'amour immuable de la justice et de la droiture ne soit pas?
II« ÉLÉVATION
La perfection et l'éternité de Dieu.
On dit : le parfait n'est pas : le parfait n'est qu'une idée de notre esprit qui va s'élevant de l'imparfait qu'on voit de ses yeux jusqu'à une perfection qui n'a de réalité que dans la pensée. C'est le raisonnement que l'impie voudrait faire dans son cœur insensé, qui ne songe pas que le parfait est le premier, et en soi, et dans nos idées; et que l'imparfait en toiftes façons n'en est qu'une dégradation. Dis-moi, monàmc, comment entends-tu le néant, sinon par l'être? Comment entends-tu la privation , si ce n'est par la forme dont elle prive? Comment l'imperfection, si ce n'est par la perfection dont elle déchoit? Mon âme , n'entends-tu pas que tu as une raison, mais imparfaite, puis([u'ellc ignore, qu'elle doute, ([u'elle erre, et qu'elle se trompe? Mais comment entends-tu l'erreur, si ce n'est comme [)rivatioii do la véi'ilê; et comment le