‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 157 sur 851 · xin · texte numérisé non relu

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PREMIÈRE SEMAINE

doute ou l'obscurité, si ce n'est comme privation de l'intelligence et de la lumière : ou comment enfin l'ignorance, si ce n'est comme privation du savoir parfait : comment dans la volonté, le dérèglement et le vice, si ce n'est comme privation de la règle, de la droiture et de la vertu? Il y a donc primitivement une intelligence, une science certaine, une vérité, une fermeté, une inflexibililé dans le bien, une règle, un ordre, avant qu'il y ait une déchéance de toutes ces choses : en un mot , il y a une perfection avant qu'il y ait un défaut; avant tout dérèglement , il faut qu'il y ait une chose qui est elle-même sa règle, et qui ne pouvant se quitter soi-même, ne peut non plus ni faiblir, ni défaillir. Voilà donc un être parfait : voilà Dieu, nature parfaite et heureuse. Le reste est incompréhensible, et nous ne pouvons même pas comprendre jusqu'où il est imparfait et heureux : pas même jusqu'à quel point il est incompréhensible.

D'où vient donc que l'impie ne connaît point Dieu; et que tant de nations , ou plutôt que toute la terre ne l'a pas connu; puisqu'on en porte l'idée en soi-même avec celle de la perfection? D'où vient cela? si ce n'est par un défaut d'attention, et parce que l'homme livré aux sens et à l'imagination, ne veut pas ou ne peut pas se recueillir en soi-même, ni s'attacher aux idées pures , dont son esprit embarrassé d'images grossières ne peut porter la vérité simple.

L'homme ignorant croit connaître le changement avant l'immutabilité; parce qu'il exprime le changement par un terme positif, et l'immutabilité par la négation du changement même : et il ne veut pas songer qu'être immuable c'est être, et que changer c'est n'être pas : or, l'être est, et il est connu devant la privation qui est non-être. Avant donc qu'il y ait des choses qui ne sont pas toujours les mêmes, il y en a une qui toujours la même ne souffre point de déclin; et celle-là non-seulement est, mais encore elle est toujours connue, quoique non toujours démêlée ni distinguée, faute d'attention. Mais quand, recueillis en nous-mêmes, nous nous rendrons attentifs aux immortelles idées dont nous portons en nous-mêmes la vérité, nous trouverons que la perfection est ce que l'on connaît le premier; puisque, comme nous avons vu, on ne connaît le défaut que comme une déchéance de la perfection.

Ille ÉLÉVATION.

Encore de l'être de Dieu et de son éternelle béatitude.

Je suis celui qui suis : celui qui est m'envoie à vous* : c'est ainsi que Dieu se définit lui-même; c'est-à-dire, que Dieu est celui en qui le non-être n'a point de lieu; qui par conséquent est toujours, et toujours le même : par conséquent immuable : par conséquent éternel : tous termes qui ne sont qu'une explication de celui-ci : Je suis celui qui est. Et c'est Dieu qui donne lui-môme cette explication par la bouche de Malachie, lorsqu'il dit chez ce prophète : Je suis le Seigneur, et je ne change pas^.

Dieu est donc une intelligence, qui ne peut ni rien ignorer, ni douter de rien , ni rien apprendre; ni perdre, ni acquérir aucune perfection : car tout cela tient du non-être. Or Dieu est celui qui est,

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