‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 158 sur 851 · E.col., III. 14. — •.>. ^fnl., III · texte numérisé non relu

E.col., III. 14. — •.>. ^fnl., III

celui qui est par essence. Gomment donc peut-on penser que celui qui est ne soit pas , ou que l'idée qui comprend tout l'être ne soit pas réelle; ou que pendant qu'on voit que l'imparfait est, on puisse dire, on puisse penser, en attendant ce qu'on pense, que le parfait ne soit pas?

Ce qui est parfait est heureux; car il connaît sa perfection : puisque connaître sa perfection, est une partie trop essentielle de la perfection pour manquer à l'être pariait. 0 Dieu t vous êtes bienheureux! 0 Dieu! je me réjouis de votre éternelle félicité. Toute l'Ecriture nous proche, que l'homme qui espère en vous est heureux ' : à plus forte raison ètes-vous heureux vous-même, ô Dieu en qui on espère ! Ainsi saint Paul vous appelle-t-il expressément bienheureux : Je vous annonce ces choses selon le glorieux Evangile de Dieu bienheureux^ . Et encore : C'est ce que nous montrera en son temps celui qui est bienheureux , et le seul puissant , Roi des rois, et Seigneur des seigneurs, qui seul possède l' immortalité , et habite une lumière inaccessible , à qui appartient la gloire et un empire éternel. Amen'-^. 0 Dieu bienheureux! je vous adore dans votre bonheur. Soyez loué à jamais, de me faire connaître et savoir que vous êtes éternellement et immuablement bienheureux. Il n'y a d'heureux que vous seul, et ceux qui connaissant votre éternelle félicité, y mettent la leur, Amen, amen.

IVe ÉLÉVATION.

L'unité de Dieu.

Ecoute , Israël : le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur'' : car il est celui qui est. Celui qui est, est indivisible : tout ce qui n'est pas le parfait dégénère de la perfection. Ainsi le Seigneur ton Dieu étant le parfait, est seul, et il n'y a point un autre Dieu que lui^. Tout ce qui n'est pas celui qui est par essence et par sa nature, n'est pas et ne sera pas éternellement, si celui qui est seul ne lui donne l'être.

S'il y avait plus d'un seul Dieu , il y en aurait une infinité. S'il y en avait une infinité, il n'y en aurait point. Car chaque Dieu n'étant que ce qu'il est, serait fini, et il n'y en aurait point à qui l'infini ne manquât : ou il en faudrait entendre un qui contint tout, et qui dès-là serait seul. Ecoute, Israël : écoute dans ton fond : n'écoute pas à l'endroit où se forgent les fantômes : écoute à l'endroit où la vérité se fait entendre , où se recueillent les pures et simples idées. Ecoute là, Israël : et là dans ce secret de ton cœur, où la vérité se fait entendre, là retentira sans bruit cette parole : le Seigneur notre Dieu est un seul Seigneur^. Devant lui les deux ne sont pas : tout est devant lui comme n'étant point, tout est réputé comme un néanf , comme un vide, comme une pure inanité : parce qu'il est celui qui est, qui voit tout, qui sait tout, qui fait tout, qui ordonne tout , et qui appelle ce qui n'est pas comme ce qui est^.

Ve ÉLÉVATION.

La prescience et la providence de Dieu.

Qui est celui qui appelle toute la suite des gé-

1. Ps. xxxui. 9; Lxxsiii. 13. — 2, /. Tim., i. 2. — 3. Ideoi< VI. 15, 16. — 4. Veut., vi. 4. — 5. Idem, m. 24/ iv. 35, 39. — (j.Ibid., VI, 4. — 7. Is.. XL. 17, 22, 23. Ps , xxxviii. 0. —8. Jiom., IV. 17.

KLi'.VATIONS SUR LKS MYSTÈRES.

néralions dès le commencement^ C'est moi le Seitjneur : qui suis le premier et le dernier' » : qui ilaus lo oonlro de mon olcrnilé vois loiU commencer cl loul linir.

Rabylone , assemble tes devins : que dis-je les devins? assemble les dieux; Qu'ils viennent; qu'ils nous annoncent des choses futures; qu'ils nous annoncent du moins tous les temps passes (el qu'ils fassenl la liaison des uns avec les autres) : nous serons attentifs à vos paroles. Dites-tious ce qui arrivera, que nous sachions les choses futures ; annoncez-les-nous , et nous avouerons que vous êtes des dieux. Faites-nous du bien et du mal si vous poutes^ : car si vous le pouvez Taire à votre gré , vous pouvez le prévoir et le deviner. Mais vous n'êtes rien, lani que vous ôtcs de faux dieux. Votre outrage n'est rien non plus : il est au rang de ce qui n'est pas : celui qui vous choisit pour son Dieu est abominable^. C'est ainsi que le prophète Isaïe, el avec lui lous les saints, convainquent de ncanl les dieux des païens.

Mais moi, dit le Seigneur par la bouche de ce sainl prophèle, comme je fais lout, je prédis ce que je veux, t Qui sera celui qui le fera venir de l'Orient : qui l'appellera de loin, afin qu'il le suive ? qui dis!<ipera devant son epée les nations comme de la poussière , et les armées devant son arc, comme de la paille que le vent emporte'? Je le ferai venir de l'aquilon et de l'Orient^, celui que je sais et que je vois de loule élernilé". C'esl Cyrus que j'ai nommé pour èlre le libérateur de mon peuple. « Il connaîtra mon nom; tous les princes seront devant lui comme des gens qui amassent de la boue. Qui est-ce qui l'a annoncé dès le commencement'^ ? C'est iwji le Seigneur, c'est là mon nom : je ne donnerai pas nia gloire à un autre, ni ma langue aux idoles. Ce que j'ai annoncé au commencement , et ciui a paru le premier dans mes oracles, voilà qu'il arrive. Je découvrirai encore de nouvelles choses : devant qu'elles paraissent, je vous les ferai entendre^. Israël, tu es un peuple dissipé : qui t'a dominé en proie à tes ennemis , .si ce n'est le Seigneur luimême, parce que nous avons péché? et il a répandu sur nous le soufp.e de sa colère^.

Et maintenant, dil le Seigneur'", je te crée de nouveau , Jacob; et je le forme, Israël. Je suis le Seigneur ton Dieu et ton Sauveur, ô Israël ! Je suis. Il n'y a point de Dieu devant moi, et il n'y en aura point après. Je suis , je suis le Seigneur, el il n'y a que moi qui sauve. Dès le commencement je suis : je suis le Seigneur votre saint , le roi et le créateur d'Israël. \e songez plus aux choses passées , j'en tais faire de nouvelles. J'ai formé ce peuple pour nuji, et je veur qu'il raconte mes louanges.

• Je suis le premier el le dernier encore un coup, el il n'y a de Dieu que moi seul. Je suis le Seigneur qui fais tfjut; qui rends inutiles tous les prém.g>]n dm devins : je leur renverse l'esprit et je change leur tagp.Me en folie. Mais au conlrairc, j'exécu-

I. I: %u. A. — 2. Idem, xu . 22, 23. — 3. Ihid. 21. — 4. Ibid. 2.

•, on ''iuot le >. 2. do co chapitre, n'a pan exprima

I ' ■••■■ '■•• ■' ''■ toxle sacré. Ici il fait en-

'• iH-f;lirii)t ; el que c'était co

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i.ri, « , a. 0. Ibid. 22, 23, 21 , r,2. . ».3, 10. Il, J3. 15, IS. 11>, 21.

— lu. llfid., xuu

lerai après i)Iusiciirs siècles, et je ferai revivre la parole du prophète mon^serviteur que j'ai inspiré; et j'accomplirai les prédictions de mes messagers. Je dis à Jérusalem ruinée et changée en solitude : Tu seras pleine d'habitants. Je dis aux villes de Juda : Vous serez rebâties, je relèverai vos ruines, et je remplirai vos rues solitaires et abandonnées. J'ai dit à Cyrus : Vous êtes le prince que j'ai choisi; vous accomplirez ma volonté. J'ai dit à Jérusalem : Vous serez bâtie; et au temple réduit en cendres : Vous serez fondé de nouveau^ » J'ai nommé Cyrus pour accomplir cet ouvrage.

« Voici ce qu'a dit le Seigneur à Cyrus mon oint, que j'ai pris par la main pour lui assujétir les nations, et mettre en fuite les rois devant lui. Je te livrerai les trésors cachés; ce qu'on aura recelé dans les lieux les plus cachés, te sera ouvert : afin que tu saches que je suis le Seigneur, le Dieu d Israël, qui te nomme par ton nom. Je ne l'ai pas fait pour l'amour de loi; mais pour l'amour de Jacob mon serviteur, et d'Israël que j'ai choisi. C'estjjour lui que je t'ai nommé par ton nom. Je t'ai représenté, je t'ai figuré tel que tu es. Tu ne me connaissais pas : et moi je te revêtais de puissance, afin que du levant jusqu'au couchant on sache qu'il n'y a de Dieu que moi; et que moi, et non pas un autre. Je suis le Seigneur; c'est moi qui crée la lumière, et qui répands les ténèbres : je pardonne et je punis : je distribue le bien et le mal, la paix et la guerre, selon le mérite d'un chacun ; je suis le Seigneur qui fais toutesces choses-. Ainsi parlait Isaïe. Et deux cent cinquante ans après, Cyrus, vainqueur selon cet oracle, vil la prophétie, et publia cet cdit .• « Voici ce que dit Cyrus , roi de Perse : Le Dieu du ciel, le Seigneur m'a livré tous les royaumes de la terre, et m'a commandé de rebâtir sa maison dans Jérusalem^.

Cent autres pareils exemples justifient la prescience et la providence de Dieu : mais celui-ci comprend loul et ne laisse rien à désirer.

Vie ÉLÉVATION.

La toide-puissante protection de Dieu.

« Montez à la cime d'une montagne élevée, vous qui évangélisez , vous qui annoncez à Sion la bonne nouvelle de son salut : élevez une voix puissante , vous qui annoncez à Jérusalem son bonheur : élevez voire voix, ne craignez pas. Dites aux villes de Juda : Voici votre Dieu qui vient à voire secours; c'esl votre Dieu qui vient avec force, el avec un bras dominant : il vient, et avec lui vient sa récompense, et son ouvrage ne manquera pas. Comme un pasteur pait son troupeau; comme il ramasse avec son bras pastoral ses tendres agneaux, et qu'il porlc lui-même les petits qui ne peuvent pas se soutenir : ainsi fera le Seigneur*. »

« Qui est celui qui a mesuré l'immensité des eaux par sa main, et qui a pesé les cicux avec son poignet, el avec trois doigts toute la masse de la terre? Qui est celui qui a mis les montagnes et les collines dans une balancc-% » et a pu faire que toute la terre se servant à elle-même de conlre-poids, dcmcurAt dans l'équilibre au milieu des airs? « Qui

1 . In. XMV. 6, 2(. 2.'>, 20, 28. — 2. Idem. xi.v. 1. 3, 4, 5, 6, 7. — 3. //. /->«»•. XXXVI. 22, 2:i; /. Et<d. i. 1 , 2; vi. 2, .'{. — 1. Is. xi„ U. 10, 11. — 5. Idem , 12.

PREMIERE SEMAINE

a aidé l'esprit du Seigneur, ou qui lui a servi de conseiller, et lui a montré dans ces grands ouvrages ce qu'il fallait faire'? » S'il faut lui oilrir des sacrifices selon sa grandeur, « le Liban n'aura pas assez de bois , ni la terre assez d'animaux pour son holocauste-. » C'est-à-dire, que le cœur de l'homme, quoique plus grand que tout l'univers, et que toute la nature corporelle, n'aura pas assez d'amour ni assez de désirs à lui immoler. Le cœur de l'homme se perd, quand il veut adorer Dieu.

« Savez-vous bien le commencement de toutes choses? Avez-vous compris les fondements de la terre, ni comme Dieu se repose sur son vaste tour^, » et en fait comme son siège, ou comme l'escabeau de ses pieds? « Levez les yeux, et voyez qui a créé tous ces luminaires, qui les fait marcher comme en ordre de bataille , et les nomme chacun par son nom , sans en omettre un seul dans sa puissance. Jacob qui, tous défiant de cette puissance, dites en vous-même : Mes voies sont cachées au Seigneur, il ne sait plus où je suis, et mon Dieu n'exercera pas son jugement sur moi , pour me punir ou pour me sauter : ignorez-vous que le Seigneur est éternel; qu'il a marqué et créé les limites de la terre? Sans défaillance, sans travail, sans lassitude, il agit sans cesse, et sa sagesse est impénétrable. Il rend la force à celui qui est épuisé , il donne du courage et de la vertu à celui qui n'est plus. La jeunesse la plus robuste tombera en faiblesse malgré sa vigueur : mais ceux qui espèrent au Seigneur, verront leurs forces se renouveler de jour en jour : » quand ils croiront être à bout, et n'en pouvoir plus, tout d'un coup « ils pousseront des ailes semblables à celles d'un aigle : ils courront et ne se lasseront point; ils marcheront, et ils seront infatigables-^. » ]\Iarchez donc, âmes pieuses, marchez : et quand vous croirez n'en pouvoir plus, redoublez votre ardeur et votre courage.

« Je vous tirerai, dit le Seigneur^, des extrémités de la terre. Je vous ai pris par la main, et je vous ferai revenir du bout du monde; je vous ai dit : Vous êtes mon serviteur, je vous ai choisi , et ne vous ai pas rejeté. Ne craignez donc rien , puisque je suis avec vous : ne vous laissez point affaiblir, puisque je suis votre Dieu. Je vous ai fortifié, je vous ai secouru, et la droite de mon Juste, de mon Christ, a été votre soutien. Tous vos ennemis seront confondus, et seront comme n'étant pas; vous demanderez où ils sont, et vous les verrez disparus : vos rebelles qui vous livraient de continuels assauts, seront comme n'étant pas; tous leurs efforts seront vains et comme un néant; parce que, moi qui suis le Seigneur, je vous ai pris par la main , et je vous ai dit da7is le fond du cœur : Ne craignez point, je vous ai aidé. Jacob qui était petit et faible comme un vermisseau, qui à peine se peut traîner : Israélites qui étiez languissants , abattus, et réduits au rang des morts, je vous ai ressuscites, moi le Seigneur, par mon secours toutpuissant , et je suis votre rédempteur, moi le Saint d'Israël. Vous mettrez vos ennemis en fuite : vous serez sur eux comme un chariot neuf armé de tranchants de fer : vous détruirez leurs armées, et leurs forteresses fussent-elles élevées comme des monta-

1. As., 13. — 2. Idem, IG. — S.Ibid.. 21 , 22. — 1. IhUL, xL. 26, 27, 2S, 29, 30, 31. — 5. Ihid.. xi.i. 9, 10 el suiv.

gnes, vous les réduirez en poudre; vous pousserez vos ennemis devant vous, comme un tourbillon fait la poussière; et vous vous réjouirez dans le Seigneur, et votre cœur transporté d'aise triomphera dans le Saint d'Israël. »

Il ne faut pas dire que ce soient ici des miracles, des effets extraordinaires de la toute-puissance de Dieu. Dieu ne montre des effets sensibles de cette puissance, que pour nous convaincre de ce qu'il fait en toute occasion plus secrètement. Son bras n'est pas moins fort quand il se cache , que quand il se déclare; il est toujours et partout le toutpuissant, le triomphateur en IsraëV , comme il s'appelle lui-môme, le protecteur invincible cl toujours présent de ses amis.

« Ecoule donc, Jacob mon serviteur, Israël que j'ai élu. Voici ce que dit le Seigneur : Moi qui te forme , moi qui te crée , qui te tire du néant à chaque moment, qui suis ton secours dès le sein de ta mère^, » dès le commencement de ta vie, dans ta plus grande faiblesse , et parmi les plus impénétrables ténèbres. « Mon serviteur, que j'ai aimé , homme droit que j'ai choisi, » je t'enverrai du ciel mes consolations, « j'épancherai des eaux abondantes sur celui qui aura soif, je verserai des torrents sur celte terre desséchée, je répandrai mon esprit sur toi, «je te rendrai féconde en JDonnes œuvres, et « je bénirai tes productions. » Écoutez ces paroles, âmes désolées, que Dieu semble avoir délaissées dans son courroux, mais que son amour cependant met à l'épreuve. Vous vivrez , c'est moi qui le promets, moi qui suis le véritable et le saint, le fidèle et le tout-puissant : je fais tout ce que je veux. Le Seigneur a juré , et il a dit : Si ce que je pense n'arrive pas, si ce que je résous ne s'accomplit point, je ne suis pas Dieu : mais je suis Dieu, je suis le Dieu des armées, le Dieu qui fait tout ce qui lui plaît dans le ciel et dans la terre. Le Seigneur a prononcé, et qui jjourra anéajitir son jugement^'^. Le Seigneur a étendu son bras, et qui en pourra éviter les coups, ou en détourner l'effet?

Vile ÉLÉVATION.

La bonté de Dieu et son amour envers les siens.

C'est un père, c'est une mère, c'est une nourrice! « Une mère peut-elle oublier son enfant qu'elle a porté dans son sein? Et quand elle l'oublierait, je ne vous oublierai pas'*, dit le Seigneur. Le Seigneur Ion Dieu t'a porté sur ses bras comme un petit enfant^. Comme un aigle qui porte ses petits, qui étend ses ailes sur eux, qui vole sur eux, et les provoque à voler. » Ainsi Dieu ne détourne point ses regards de dessus son nid , « et le garde comme la prunelle de son œil^. Il nous porte à ses mamelles pour nous allaiter, il nous met sur ses genoux : » et non content de nous nourrir, il joint à la nourriture les tendresses et les caresses : « comme une mère caresse son enfant qui suce son lait, ainsi je vous consolerai', » dit le Seigneur.

Plus que tout cela : c'est un amant passionné , c'est un tendre époux. « Voici ce que dit le Seigneur à Jérusalem, à l'âme fidèle. Quand tu es venue au monde , tu étais dans l'impureté de ton père Adam,

1. /. r^eff., XV. 29. — 2. Is., XLiv. 1, 2. elc. — 3. Job., xi.. :1 — 4. Is., XLix. 15. — 5. Dent., i. 31. — (i. Idem, xxxii. lo, 11. — 7. /.s., Lxvi. 12, 13.

i7ii

KLÊVATIONS SUR LES MYSTÈRES

dont lu mais haute la corruption et le péché. On ue l'avail point coupé le nombril, lu navals point été lavée d'eau , ni salée de sel , ni enveloppée dans des langes : persoiuie n'avait eu compassion de loi. ni ne l'avait regardée dun œil de pitié : exposée el jelée à terre comme un avorton par un extrême mépris dés le jour de ta naissance, lu n'étais que pour la perle, et personne n'avait soin de loi'. » Voilà quelle est par elle-même la nature humaine conçue en iniquité et dans le péché. « Alors, dit le Seigneur, je t'ai vue en passant, pauvre et délaissée, el pendant que souillée encore de ton sang, » et toute pleine de l'impureté de ta naissance , tu n'avais rien qui ne fit horreur, el que lu étais livrée inévitablement à la mort : « Je l'ai dit : « Je veux que lu vives. Vis, malheureuse âme, c'est moi qui le dis, vis loule horrible que tu es dans l'impureté de ton sang, » dans l'ordure de ton péché. C'est ainsi que Dieu parle à l'àme qu'il lave par le baplènie.

Mais ce n'est pas là qu'il borne ses soins : « Tu croissais, » dit le Seigneur; ta raison se formait peu à peu , t et lu devenais capable des ornements qu'on donne à de jeunes lilles-, » des vertus dont il faut parer les âmes dès leur jeunesse. Tu commençais à pouvoir porter des fruits : « tes mamelles s'enllaienl et se formaienl , el tu étais parvenue à l'âge qui donne des amanls. » Mais de peur que lu n'en prisses qui fussent indignes de toi , je me suis présenté moi-même à tes désirs. « J'ai passé , el je l'ai vue en cet âge : » et quoique tu fusses nue et pleine encore de confusion, sans raison, sans règle par toi-même et dans les premiers désirs , je l'ai épousée, je t'ai appelée dans ma couche et à des embrassements qui purihent l'àme : j'ai con- Iracté avec loi un mariage élernel. » J'ai fait une alliance avec loi : j'ai juré par ma vérité que je ne l'abandonnerais pas, et lu es devenue mienne. Je l'ai lavée d'une eau sainte. Des les premiers jours de la naissance, où je l'avais ordonne de vivre, tu avais déjà été purgée par l'eau du baptême; mais il a fallu te laver encore des mauvais désirs que la racine itnpure de ta convoitise poussait sans cesse; l'impureté du satig dont tu étais née, était encore sur loi; je l'ai otée par de saintes instructions, et j'ai mis sur loi toute la .sainteté de ton baptême. ■ El je l'ai oint d'une huile » sainte, par l'abondance de mes grâces. « Je t'ai donné des habits de diverses couleurs » : je t'ai ornée de toutes les vertus : « et je l'ai chaussée avec soin » des plus belles peaux. « Je t'ai environnée d'habits de lin lin, » qui sont « les justices des saints, el je t'ai revèlue des choses les plus (incs^ : » je t'ai ôl6 par ma grâce tes désirs grossiers et charnels.

Mon amour a été plus loin, el ne voulant pas seulement que lu fusses nette et jmre, mais encore riciic cl opulente, « Je t'ai donné les grands ornemcnis, des bracelets dans les bras, un riche collier an' " ' ton col, des cercles d'or et des pierreries P* - 'i les oreilles, et une couronne sur la

léle. Tu reluisais loule d'or el d'argent, et tout étais riche el magnilique dans les babils. Je le nourrissais de ce qu'il y a de meilleur et de plus exquis : » loulcs les douceurs étaient servies sur la table. Par

I. Kttch , XTi. t,.1, 4.5. C— 2, /'/-m, XVI. 7, 8. V.lo. -X Apoc. xtx. 9.

CCS ornements , par ces soins , « la beauté avail reçu un si grand éclat que tout le monde en élait ravi. Je t'ai élevée jusque dans le trône. Tout l'univers ne parlait que de la beauté, de cette beauté que moi seul je l'avais donnée, dit le Seigneur Dieu', » qui suis le beau et le bon par excellence, et l'au- Icur de toulc beauté cl de tout bien dans mes créatures.

Regarde, àme chrétienne, quel amant, quel époux l'a été donné. Il t'a trouvée étant laide, il t'a faite belle; il n'a cessé de l'embellir de plus en plus : il a prodigué sur toi tous ses dons , toutes ses richesses : il t'a placée dans son trône : il t'a faite reine : ses anges l'ont admirée comme l'épouse du Roi des rois, comme reçue dans sa couche, unie à son éternelle félicité. Comblée de sa gloire et de ses délices, qu'avais-lu à désirer, âme chrétienne, pour connaître toutes les bontés et tout l'amour de cet époux bienfaisant?

Ville ÉLÉVATION.

Bo7ité et amour de Dieu envers les pécheurs pénitents.

« On dit par commun proverbe : Si un mari quitte sa femme , et que se retirant de lui elle épouse un autre mari, la reprendra-t-il? » Celle femme ne sera-t-elle pas souillée et abominable? Et loi, àme pécheresse, tu t'es livrée à toxis tes amants. Ce n'est pas moi qui t'avais quittée : non, je suis un époux lidèle, et qui jamais ne fais divorce de moi-même : c'est toi, àme inOdèle, qui m'as abandonné, et t'es donnée non pas à un seul amant, mais à mille et mille corrupteurs. Reviens toutefois à moi, dit le Seigneur, et je te recevrai-.

Regarde de tous côtés , et tant que ta vue se pourra étendre, tu ne verras que des marques de tes infamies. En quel lieu ne t'es-tu pas prostituée , âme impudique et livrée à tous les désirs de ton cœur? Tu étais comme exposée clans les chemins publics, et il n'y avait aucune créature qui ne captivai ton cœur. Te répclerai-je les vengeances , les envies, tes haines secrètes, ton ambition à laquelle lu sacrifiais tout , tes amours impures et désordonnées? « Toute la terre a élé souillée de tes prostitutions et de tes malices. Tu as le front d'une impudique, tu n'as pas rougi de tes excès. Reviens donc du moins dorénavant : appelle-moi mon père , mon époux el le conducteur de ma virginité. Pourquoi veux-tu toujours l'éloigner de moi comme une femme courroucée, et veux-tu persister dans ton injuste colère? Tu as dit (juc tu ferais mal, tu t'en es vantée, et tu l'as fait, el tu l'as pu^. » Je l'ai abandonnée à les voies. « Reviens, infidèle; et je ne détournerai pas mes yeux de loi : parce que je suis le Saint, dit le Seigneur; et ma colère ne sera pas éternelle. Connais seulement ton iniquité, et que lu as prévariquô contre le Seigneur. Il n'y a point d'arbre feuillu dans la forci, (jui ne soit témoin de ta honte; » il n'y a point de vain plaisir qui ne t'ait déçue : « et tu ne m'as point écoulé, dit le Seigneur. Convertissez-vous, enfants rebelles, convertissez-vous''. »

Revenez à la maison paternelle, enfants prodigues"', on vous rendra votre première robe, on célébrera un hîslin pour votre retour, loule la mai-

1. Ezech. XVI. 11, 12, 1.3. IJ.— 2. Jaram. m. 1. — 3. Titum . III, i, a, 1. .".. — I ////'/ , II', 1',, 11. — 5, I.H<\ XV, -ii, -S.', et .ti'io.

PREMIÈRE SEMAINE

son sera en joie, et votre père, touché d'une len- ' dresse particulière, s'excusera envers les justes qui : ne l'ont jamais quitté, en leur disant : « Vous êtes | toujours avec moi; mais il faut que je me réjouisse, parce que votre frère était mort, et il est ressus- . cité : il était perdu, et il a été retrouvé*. » Réjouis- ; sez-vous avec moi, et avec tout le ciel, qui fait une fête de la conversion des pécheurs, et « conçoit une joie plus grande pour le retour d'un seul, que pour la persévérance de quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas hesoin de pénitence^. »

« Revenez donc, enfants désobéissants, » revenez, épouses infidèles, « parce que je suis votre époux'. Est-ce ma volonté que l'impie périsse, et non pas qu'il se convertisse, et qu'il vive? Convertissez-vous, faites pénitence, et votre péché ne vous tournera pas à ruine. Eloignez de vous toutes vos prévarications et vos désobéissances , et faites-vous un cœur nouveau et un nouvel esprit. Et pourquoi voulez-vous mourir, maison d'Israël, » pendant que moi , moi que vous avez offensé , je veux votre vie? « Non , je ne veux point la mort du pécheur, dit le Seigneur Dieu : revenez et vivez ^. »

« C'est moi, c'est moi-même qui efface vos iniquités pour l'amour de moi-même , » et pour contenter ma bonté : « et je ne me ressouviendrai plus de vos péchés. Seulement, souvenez-vous de moi. Entrons en jugement l'un avec l'autre. » je veux bien me rabaisser jusque-là : « Plaidez votre cause : avez-vous de quoi justifier vos ingratitudes^, » après que je vous ai pardonné tant de fois? « Jacob, souvenez-vous-en , ne m'oubliez pas. J'ai efTacé comme un nuage vos iniquités : j'ai dissipé vos péchés, » comme le soleil dissipe un brouillard. Pécheurs, (c retournez à moi, parce que je vous ai rachetés. 0 cieux, chantez ses louanges : terre, faites retentir vos louanges d'une extrémité à l'autre : montagnes, portez vos cantiques jusqucs aux nues, parce que le Seigneur a fait miséricorde"^. Autant que le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant a-t-il exalté et affermi ses miséricordes : autant que le levant est loin du couchant, autant a-l-il éloigné de nous nos iniquités. Comme un père a pitié de ses enfants, ainsi Dieu a eu pitié de nous, parce qu'il connaît nos faiblesses et de quelle masse nous sommes pétris. Nous ne sommes que boue et poussière; nos jours s'en vont comme une herbe, et tombent comme une fleur : et notre âme, plus fragile encore que noire corps, n'a point de consistance''. »

IXe ÉLÉVATION.

L'amour de Dieu méprisé et implacable.

« Parce que vous n'avez pas voulu servir le Sei- Igneur votre Dieu avec plaisir et dans la joie de [votre cœur, dans l'abondance de tous biens : vous serez assujéti à un ennemi implacable que le Seigneur enverra sur vous, dans la faim et dans la isoif, dans la nudité et dans la disette, et il mettra |sur vos tètes un joug de fer dont vous serez acca-

plé *. El comme le Seigneur a pris plaisir de

[vous bien faire, devons multiplier, de vous enriîhir à pleines mains; ainsi il prendra plaisir de irous perdre , de vous détruire , de vous écraser^. »

l.Lnc,\\: 31,30.- 2. Idem. 6,7.-3. Jerem.m, li. — i.Ezeck. [xviii. 23,30. 31, 32. — 5. Is. XLiii. 25, 26. —6. Idem, xi.iv. 21,22, [23. — 7. Ps. en. 11, 12, 13, 14, 15. — 8. Deut. xxviii. 47, 48. — j9. Idem, 63.

B. — T. II

Pesez ces paroles ; la mesure de vos tourments sera l'amour méprisé.

Pourquoi criez-vous vainement, et que vous sert de pousser jusqu'au ciel vos plaintes inutiles sous la main qui vous brise? « Votre fracture est incurable; la gangrène est dans votre plaie, et il n'y a plus de remède : il n'y a plus pour vous de baume ni de ligature. Je vous ai frappé d'un coup d'ennemi', » d'une plaie cruelle : non d'un châtiment paternel pour vous corriger, mais du coup d'une main vengeresse et impitoyable, pour contenter une inexorable justice. Vos péchés sont devenus durs par la dureté de votre cœur, par vos habitudes invétérées, par votre inflexibilité dans le mal. Et moi aussi , dit le Seigneur, je m'endurcirai sur vous, et j'oublierai que je suis père. Vous implorerez en vain ma miséricorde, poussée à bout par vos ingratitudes : votre insensibilité fait la mienne. « Je vous ai fait ce cruel et insupportable traitement, à cause de la multitude de" vos crimes, et de vos durs péchés- : » à cause de la dureté inflexible de votre cœur rebelle et opiniâtre.

« Il est temps que le jugement commence par la maison de Dieu' : » Amenez-moi Jérusalem : amenez-moi cette âme comblée de tant de grâces : « je la perdrai : je l'effacerai comme on efface une écriture dont on ne veut pas qu'il reste aucun trait : je passerai et repasserai un stylet de fer sur son visage^, » et il n'y restera rien de sain et d'entier,

Xe ÉLÉVATION.

La sainteté de Dieu : Dieu est le Saint d'Israël, le très-saint, trois fois saint.

Dieu se délecte particulièrement dans le nom de saint. Il s'appelle très-souvent le Saint d'IsraëP. Il veut que sa sainteté soit le motif, soit le principe de la nôtre : « Soyez saints , parce que je suis saint^. » Sa sainteté, qui fait la consolation de ses fidèles, fait aussi l'épouvante de ses ennemis. « A qui est-ce que tu t'attaques, » Rabsace insensé : « de qui as-tu blasphémé le nom : contre qui as-tu élevé ta voix, et lancé tes regards superbes? contre le Saint d'Israël. Pendant que tu t'emportais comme un furieux contre moi , ton orgueil est monté jusqu'à mes oreilles. Je mettrai un frein à ta bouche, et un cercle de fer à tes narines; et je te ramènerai au chemin par où tu es venu'^. »

Et ailleurs : « Le vigilant et le saint est descendu du cieP; » c'est un ange, si vous voulez; quoi qu'il en soit, sa puissance est dans sa sainteté. La sentence est partie d'en-haut : « et il a crié puissamment : Coupez l'arbre, abattez ses branches : il a été ainsi ordonné dans l'assemblée de ceux qui veillent toujours : c'est la sentence des saints , » dont la force est dans leur sainteté. Et après : « Le royaume a été donné au peuple des saints du Très- Haut® : » parce qu'il est saint, et le tout-puissant 'protecteur de la sainteté. Les païens mêmes savaient la puissance attachée à la sainteté du nom divin. La reine vint dire au roi Balthasar : « Il y a un homme dans votre royaume qui a en lui-même

}.Jerrm. xxx, 12, 13, 14. — 2. Idem, 15. — 3. /. Pet. iv. 1 . — 4. IV. Reg. xxi. 12, 13.— 5. Ps., lxx, 22; Is., xn, 6, et ailleurs. — 6. Lev., XI. 44, 45; xix. 2, et ailleurs. — 7. IV. Reg., XIX. 22, 28; Is., xxxvu. 23, 29. — S. Dan., iv. 10, 11,14.-9. Ib., vu. IS, 22.

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ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

l'esprit de> saints Dieux'; » c'était-à-dirc , l'esprit de prédiction et d'une ellicaoe divine.

« J'ai vu le Seigneur assis sur un tronc élevé et haut, et ce qui était au-dessous de lui remplissait le temple. Des Séraphins étaient autour, l'un avait six ailes, et l'autre autant : deux ailes couvraient la face du Seigneur, deux voilaient ses pieds, et les deux autres servaient à voler. El ils criaient l'un à l'autre, et ils disaient : Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu des armées; toute la terre est remplie de sa gloire. Et les gonds des portes tremblaient à la voix de celui qui criait; et la maison fut remplie de fumée- « Voilà donc la sainteté de Dieu, voilà pourquoi il est appelé le Saint d'Israël. Il se manifeste à son prophète comme le très-saint, le trois fois saint, dans ses trois personnes : et la gloire et la majesté qui remplissent toute la terre sont l'éclat de sa sainteté , dont il est revêtu comme d'un vêtement^, dit David. Et saint Jean dans l'Apocalypse voit « quatre animaux qui ne cessaient de crier jour et nuit : Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, et qui est, et qui doit venir^. » Remarquez ce cri partout : il n'y a rien qu'on publie avec un cri plus grand et plus persévérant : rien qui éclate plus hautement dans tout l'univers, que la sainteté de Dieu.

La sainteté est l'abrégé, et comme un précis des perfections divines. Le Fils de Dieu môme dans sa dernière oraison parlant à son Père, comme pour renfermer en un seul mot ses perfections, l'appelle mon Père saint, mon Père juste'' : et on ne trouve pas, dans son Evangile, qu'il lui ait donné d'autre litre que ces deux qui n'en font qu'un. Lui-même est connu sous le nom de saint et de juste : La chose sainte qui naîtra en tous , sera appelée le Fils de Dieu'. Les démons parlent comme l'ange : Je sais qui tous êtes, le Saint de Dieu''. Daniel l'avait nommé en esprit à cause de son onction, le Saint des saints^. Isaïe l'appelle le Juste^. Saint Pierre unit ensemble ces deux qualités en disant : Vous arez renié le Saint et le Juste '".

Xle ÉLÉVATION.

L'e qu'on entend par la sainteté.

La sainteté est en Dieu une incompatibilité essentielle avec tout péché, avec tout défaut, avec loule imperfection d'entendement et de volonté.

Premièrement. L'injustice, l'iniquité, le péché ne peut être en lui : il est la règle et bon par essence, sans qu'il puisse y avoir en lui aucun défaut. Il n'entend et ne veut que ce qu'il faut entendre et vouloir : son entendre et son vouloir sont sa nature qui est toujours excellente. Sa perfection morale et sa perfection naturelle ne sont qu'un : il est également indéfectible par son être, et infaillible dans son inlelligonce et sa volonté : par conséquent incompatible avec tout péché, avec tout défaut.

Secondement. Il appartient à lui seul de purifier du péché |f;s consciences souillées : il est saint et $anclificfileur : il est ju^ie et justifiant le pécheur comrr: ' ■ lint Paul". '

Tf'. ii^nt. Il est incompatible avec les pé-

4 x.^r-;/*«*'''V"",*-'^'- '"•'•.?• 3. 4. -3. P*. CI.. 2. 7* "î^,;- 9i ~u r^"""' «*"- 11. ».- 6. Luc, I. 35. -

Ut. U - 11. Rom., m. M. ' ' ' '^- '"• '*'^''

cheurs, et les rejette de devant lui par toute sa sainteté, et par toute son essence. Le matin, et dans le temps que les pensées sont les plus nettes, et qu'on en doit offrir à Dieu les prémices, « Seigneur, ') dit le Psalmisle, « je me présenterai devant vous, et je verrai » clairement, dans votre lumière, « que vous êtes un Dieu qui ne voulez point l'iniquité. Le malin n'habite point auprès de vous : et les injustes ne subsisteront point devant vos yeux. Vous haïssez tous ceux qui commettent des péchés : vous perdrez tous ceux qui profèrent des mensonges : l'homme sanguinaire et l'homme trompeur sont en abomination devant le Seigneur'. »

Quatrièmement. Les pécheurs l'attaquent inutilement par leur rébellion : et sa sainteté demeure inviolable au milieu des impiétés, des blasphèmes, des impuretés , dont tout l'univers est rempli par la malice des hommes et des démons.

Cinquièmement. Il demeure saint, quoique pour punir les pécheurs il les livre à leurs mauvais désirs ; parce que les y livrer n'est pas les produire. Dieu ne fait que se soustraire lui-même à un cœur ingrat; et celte soustraction est sainte, parce que Dieu se soustrait justement lui-même à ceux qui le quittent, et punit leur égarement volontaire en les frappant d'aveuglement. Il fait tout dans l'homme , excepté le seul péché, où son action ne se mêle point. Celui qu'il permet ne le souille point, parce que lui seul il en peut tirer un bien infini, et plus grand que n'est la malice de tous les péchés ensemble : comme quand il lire de la malice des Juifs un sacrifice si saint, qu'il y a de quoi expier tous les crimes.

Sixièmement. Il purifie les justes par mille épreuves : il les met dans le creuset et dans le feu , dans le feu de cette vie , dans le feu de l'autre : et rien de souillé n' entre en son royaume^.

Enfin, sa sainlelô est la conviction de toute l'iniquité des hommes. « Malheur à moi, » s'écrie Isaïe', après avoir vu la majesté du trois fois saint : « Malheur à moi avec mes lèvres impures, au milieu d'un peuple souillé. J'ai vu de mes yeux le Roi des armées. Va , dit-il , et dis à ce peuple : Ecoulez , et ne comprenez pas. Aveugle le cœur de ce peuple, appesantis ses oreilles, ferme ses yeux. » C'est l'effet de la sainteté de Dieu, lorsqu'elle a été méprisée. Je serai sanctifié au milieu d'eux en les punissant : je laverai mes mains dans leur sang : et ma juste vengeance fera éclater ma sainteté.

Les choses saintes sont pour les saints, s'écriait-on autrefois avant la communion. Il n'y a qu'un saint, un seul Seigneur, un seul Jésus-Christ , répondait le peuple. 0 Seigneur! sanclifiez-nous, afin que nous sanctifiions et glorifiions votre nom. En vérité, en vérité , je vous le dis : Je ne vous connais pas : reiirez-tous de moi, vous tous qui opérez l'iniquité''.

Approchez , pécheurs pénitents : purifiez-vous dans la source de la pureté : Si vos péchés sont roufjes comme l'écarlate : je les blaiichirai comme la neiqe"^. Quel merveilleux changement I l'Ethiopien n'a plus la peau noire , elle éclate d'une céleste blancheur : la sainteté de Dieu a fait cet ouvrage. Soyez donc saints, parce que je suis saint, dit le

1. Ps., V. 5, 0, 7.— 2. Apoc, XXI. 27. — ."S. /■«., vi. 5, 9, ID. — 4. Matlh., VII. 23. — 5. /.■»., i. 18.

DEUXIÈME SEMAINE

Seigneur'. Soyez saints, ministres de Dieu et de ses autels, dispensateurs de sa parole et de ses mystères : parce que Dieu vous a choisis pour sanctifier son peuple. Peuple de Dieu , soyez saints , parce que Dieu habite au milieu de vous^. Sanctifiez vos âmes où il veut établir sa demeure, et vos corps qui sont les temples de son Saint-Esprit.

DEUXIEME SEMAINE

Élévations à la Ti*ès-Sainte Trinité.

PREMIERE ELEVATION

Dieu est fécond : Dieu a un fils.

Pourquoi Dieu n'aurait-il pas de fils ? Pourquoi cette nature bienheureuse manquerait-elle de celte parfaite fécondité qu'elle donne à ses créatures? Le nom de père est-il si déshonorant et si indigne du premier être, qu'il ne lui puisse convenir selon sa propriété naturelle ? Moi qui fais enfanter les autres, ne pourrai-je pas enfanter moi-même^ '^ Et s'il est si beau d'avoir, de se faire des enfants par l'adoption, n'est-il pas encore plus beau et plus grand d'en engendrer par nature ?

Je sais bien qu'une nature immortelle n'a pas besoin, comme la nôtre mortelle et fragile, de se renouveler, de se perpétuer, en substituant à sa place des enfants qu'on laisse au monde quand on le quitte-. Mais en soi-même, indépendamment de celte nécessaire réparation, n'est-il pas beau de produire un autre soi-même par abondance, par plénitude, par l'effet d'une inépuisable communication, en un mot par fécondité , et par la richesse d'une nature heureuse et parfaite ?

C'est par une participation de cette bienheureuse fécondité que l'homme est fécond. Quand il serait demeuré immortel, selon le premier dessein de sa création , quand il eût plu à son Créateur de consommer au temps destiné sa félicité sur la terre; on entend toujours que de soi il est beau d'être fécond, et d'engendrer de soi-même, et de sa propre substance, un autre soi-même. Qu'on laisse celte féconde efficacité dans sa pureté primitive et originaire, elle pourra cesser quand Dieu voudra, quand le nombre d'hommes qu'il veut rendre heureux sera complété; mais d'elle-même elle sera toujours regardée comme riche et comme parfaite. Et d'où viendrait cette perfection , sinon de celle de Dieu toujours fécond en lui-même et toujours père?

Quand le sage a prononcé ces paroles : Qui est celui qui est élevé au plus haut des deux par sa puissance, et qui en descend continuellement par ses soins? Qui tient les vents en ses mains ? Qui tient la mer dans ses bornes , et mesure les extrémités de la terre ? Quel est son nom, quel est le nom de son fils, si vous le savez '^? Ce n'est pas là une simple idée, et des paroles en l'air : il a prétendu proposer un mystère digne de Dieu, et quelque chose de très-véritable et de très-réel, quoique en même temps incompréhensible. Dans sa nature in-

1. Levil., XI. 43, 44. /. Petr., i. 16. — 2. Idem, xxvi. 2. /, Cor., III. 16, 17. ri. Cor., vi. 16. —3. Is., i.xvi. 9. — 4. Prov.,

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