‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 159 sur 851 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

finie il y a vu un père qu'on ne comprend pas, et un fils dont le nom n'est pas connu. Il n'est donc plus question que de le nommer, et on le doit reconnaître, pourvu qu'on avoue qu'il est ineffable.

C'est-à-dire, que pour connaître le Fils de Dieu, il faut s'élever au-dessus des sens, et de tout ce qui peut être connu et nommé parmi les hommes : il faut ôter toute imperfection au nom de fils, pour ne lui laisser que ceci , que tout fils est de môme nature que son père, sans quoi le nom de fils ne subsiste plus. Un enfant d'un jour n'est pas moins homme que son père : il est un homme moins formé, moins parfait, mais pour moins homme cela ne se peut, et les essences ne se peuvent pas diviser ainsi. Mais si un homme et un fils de l'homme peut être imparfait, un Dieu et un Fils de Dieu ne le peut pas être. Otons donc cette imperfection au Fils de Dieu, que demeurera-t-il autre chose, sinon ce qu'ont dit nos Pères dans le concile de Nicée, et dès l'origine du christianisme, qu'il est Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu : fils parfait d'un père parfait, d'un père qui n'attendant pas sa fécondité des années, est père dès qu'il est, qui n'est jamais sans fils : dont le fils n'a rien de dégénérant, rien d'imparfait, rien à attendre de l'âge; car tout cela n'est que le défaut de la naissance des hommes.

Dieu le Père n'a non plus le besoin de s'associer à quelque autre chose que soi, pour être père et fécond : il ne produit pas hors de lui-même cet autre lui-même; car rien de ce qui est hors de Dieu n'est Dieu. Dieu donc conçoit en lui-même; il porte en lui-même son fruit qui lui est coéternel. Encore qu'il ne soit que père, et que le nom de mère qui est attaché à un sexe imparfait de soi et dégénérant, ne lui convienne pas, il a toutefois un sein comme maternel où il porte son fils : Je t'ai, dit-il', engendré aujourd'hui d'un sein maternel : ex utero. Et le Fils^ s'appelle lui-même le Fils unique qui est dans le sein du Père^ : caractère uniquement propre au Fils de Dieu. Car où est le fils, excepté lui, qui est toujours dans son père, et ne sort jamais de son sein? Sa conception n'est pas distinguée de son enfantement; le fruit qu'il porte est parfait dès qu'il est conçu , et jamais il ne sort du sein qui le porte. Qui est porté dans un sein immense, est d'abord aussi grand et aussi immense que le sein où il est conçu, et n'en peut jamais sortir. Dieu l'engendre , Dieu le reçoit dans son sein. Dieu le conçoit, Dieu le porte, Dieu l'enfante : et la Sagesse éternelle qui n'est autre chose que le Fils de Dieu, s'attribue dans Salomon, et d'être conçue, et d'être enfantée'' : et tout cela n'est que la môme chose.

Dieu n'aura jamais que ce fils , car il est parfait, et il ne peut en avoir deux : un seul et unique enfantement de cette nature parfaite en épuise toute la fécondité, et en attire tout l'amour. C'est pourquoi le Fils de Dieu s'appelle lui-môme l'Unique, le Fils unique, Unigenitus^ : par où il démontre en môme temps qu'il est Fils, non par grâce et par adoption , mais par nature. Et le Père confirmant d'en-haut celte parole du Fils, fait partir du ciel

1. Ps., cix. 3. — 2. C'est saint Jean-Baptiste qui parle ainsi du Verbrf incarné {Edit. de Déforis). — 3. Joan., i. 18. — 4. Prov , VIII. 24, 25. — 5. Joan., i. IS.

K LEVAT ION S SUR LES MYSTÈRES

ceUe voix : Celui-ci est mon Fils bien-nimc, en qui je me suis plu* : c'est mon lils, je n"ai que lui, cl aussi de loule éternilé je lui ai donné, et lui donne sans fin loul mon amour.

Ilo ÉLÉVATION.

Dieu de Dieu : le Fils de Dieu ne dégénère pas.

Vs Dieu peut-il venir d'un Dieu? Un Dieu peutil avoir l'ùlre d'un autre que de lui-même? Oui, si ce Dieu est tils. Il répugne à un Dieu de venir d'un autre comme créateur qui le tire du néant; mais il ne répugne pas à un Dieu de venir d'un autre, comme d'un père qui l'engendre de sa propre substance. Plus un nis est parfait, ou, si l'on peut ainsi parler, plus un tils est lils, plus il est de môme nature et de môme substance que son pore, plus il est un avec lui : et s'il pouvait être de même nature et de même substance individuelle, plus il serait fils parfiiit. Mais (juelle nature peut être assez riche, assez infinie, assez immense pour cela, si ce n'est la seule infinie et la seule immense, c'est-à-dire, la seule nature divine'? C'est ainsi qu'il nous a été révélé , que Dieu est père, que Dieu est fils , et que le Père et le Fils sont un seul Dieu, parce que le Fils engendré de la substance de son Père, qui ne souH're point de division et ne peut avoir de parties, ne peut être rien moins qu'un Dieu et un même Dieu avec son Père; car qui dit substance de Dieu, la dit toute, et dit par conséquent. Dieu tout entier.

Qui sort de Dieu de cette sorte, c'est-à-dire, de loule sa substance , possède en même temps son éternité tout entière, selon ce que dit le Prophète : Sa sortie est dès le commencement, dès les jours de l'éternité^, parce que l'éternité est la substance de Dieu ; et quiconque est sorti de Dieu et de sa substance, en sort nécessairement avec une même éternilé, une même vie, une môme majesté. Car si un père transmet à son fils toute sa noblesse, combien plus le Père éternel communique-l-il à son Fils toute la noblesse avec toute la perfection et l'élernilé de son être ; ainsi le Fils de Dieu nécessairement est coéternel à son Père; car il ne peut y avoir rien de nouveau ni de temporel dans le sein de Dieu. La mutation et le temps dont la nature est de changer toujours, n'approche point de ce sein auguste; et la même perfection, la même plénitude d'èlre qui en exclut le néant, en exclut toute nature changeante. En Dieu lout est permanent, tout est immuable; rien ne s'écoule dans son être, rien n'y arrive de nouveau; et ce qu'il est un seul moment, si on peut parler de moment en Dieu, il l'est toujours.

Au commencement le Verbe était^. Remontez à l'origine du monde, le Verbe était. Remontez plus haut si vous pouvez, et mettez tant d'années que vous voudrez les unes devant les autres , il était : il est comme Dieu celui qui est. Saint Jean disait dans l'Apocalypse* : La rjrdce vous soit donnf'e par celui qui n'esl autre (pic celui qui est, qui était et qui tiendra : c'est Dieu. Et un peu après : c'est Jésus-Christ, dont saint Jean dit : Le voilà qui tient dans Un nuns. Ht c'est lui qui prononce ces paroles : Je »uw l'alpha et l'omérja : le commence-

1 Lue.. IX. XJ. — i. ynch ,v. 2. --A.Joan., i. 1. - 1. Apoc, i. 4, if H*

ment et la fin : dit le Seigneur Dieu, qui est et qui était, et qui viendra. Jésus-Christ est donc comme son Père, celui qui est, cl qui était : il est celui dont l'immensité embrasse le commencement et la fin des choses : el comme Fils, et élanl de même nature, de même substance que son Père, il est aussi de môme être, de même durée et de môme éternité.

Ille ÉLÉVATION.

Images dans la nature , de la naissance du Fils de Dieu.

Voyez cette délicate vapeur que la mer doucement touchée du soleil, et comme imprégnée de sa chaleur, envoie jour et nuit comme d'elle-même vers le ciel, sans diminution de son vaste sein. C'est pourtant le plus pur de sa substance , et quelque chose de même nature , quoique non de même matière que les eaux qu'elle se réserve. Ainsi, dit Salomon , la sagesse que Dieu engendre dans l'élernilé , est une vapeur de sa toute-puissante vertu , et une très-pure émanation de sa clarté*.

On peut' entendre encore par cette vapeur, la chaleur môme qui sort du soleil , dont nul ne se peut cacher^, comme dit David. Quoi qu'il en soit, on voit que le sage cherche par toutes ces comparaisons, à nous faire entendre une génération qui n'altère ni n'entame point la substance; et dans le Père et le Fils une distinction qui n'en ôte point l'unité. C'est ce qui ne se trouve pas dans les créatures, et encore moins dans les créatures corporelles : mais il nous propose pourtant ce qu'il y a de plus épuré dans la nature sensible, pour en tirer des images les plus dégagées qu'il sera possible de l'altération qui paraît dans les productions ordinaires.

Considérez cet éclat, ce rayon, celte splendeur, qui est la production et comme le fils du soleil : elle en sort sans le diminuer, sans s'en séparer ellemême, sans attendre le progrès du temps. Tout d'un coup, dès que le soleil a été formé, sa splendeur est née el s'est répandue avec lui, et on y voit toute la beauté de cet astre. Ainsi, disait Salomon, la sagesse sortie du sein de Dieu , est la délicate vapeur, la très-pure émanation, le vif rejaillissement, l'éclat de sa lumière éternelle'-^ : ou, comme parle saint Paul, c'est le rayon resplendissant de la gloire de Dieu et V empreinte de sa substance''. Des que la lumière est, elle éclate : si l'éclat et la splendeur du soleil ne sont pas éternels, c'est que la lumière du soleil ne l'est pas non plus : et par une contraire raison, si la lumière était éternelle, son éclat et sa splendeur le seraient aussi. Or Dieu est une lumière oij il n'y a point de ténèbres : une lumière qui n'étant point faite, subsiste éternellement par oUe-inêmc, et ne connaît ni commencement ni déclin. Ainsi son éclat qui est son Fils, est éternel comme lui, cl ne se divise pas de sa substance. Tous les rayons, pour ainsi parler, tiennent au soleil , son éclat ne se détache jamais : ainsi sans se détacher de son Père, le Fils de Dieu en sort éternellement; et mettre Dieu sans son F'ils, c'est met- Ire la lumière sans rayon et sans splendeur.

Mais passons à l'autre expression de saint Paul.

1. Safi.,\n. 25.-2. Pa., xvrit. 7. — .3. Sap., vu. 2.5.- 1.3.

■ i. Ileh.,

DEUXIEME SEMAINE

Le Fils de Dieu, dit l'ApOlre, est le caractère cl l'empreinte de la substance de son Père^. Lorsqu'un sceau est appliqué sur de la cire, celle cire, sans rien détacher du sceau qui s'imprime en elle , en lire la ressemblance toul entière, et se l'incorpore, en sorte qu'on ne peut plus l'en séparer. Regardezla bien , aucun trait ne lui est échappé : et cependant tout est demeuré dans le sceau sous lequel elle a pris sa forme. Ainsi le Fils de Dieu a tout pris du Père sans lui rien ôler : il en est la parfaite image, l'empreinte, l'expression tout entière non de sa figure, car Dieu n'en a point; mais, comme parle saint Paul, de sa substance : selon la force de l'original, on pourrait traduire, de sa personne. Il en porte tous les traits : c'est pourquoi il dit : « Qui me voit, voit mon Père 2, » et ailleurs : « Comme le Père a la vie en lui , ainsi il a donné à son Fils d'avoir la vie en soi^. Comme le Père ressuscite les morts et leur rend la vie, aussi le Fils donne la vie à qui il lui plaît''. » Et il n'exprime pas seulement son Père dans les effets de sa puissance; il en exprime tous les traits, tous les caractères naturels et personnels; en sorte que si on pouvait voir le Fils sans voir le Père, on le verrait tout entier dans son Fils.

Mais qui pourrait expliquer quels sont ces traits et ces caractères du Père éternel qui reluisent dans son Fils? Cela n'est pas de celte vie : et tout ce qu'on en peut dire, c'est que n'y ayant rien en Dieu d'accidentel, tous ces traits du Père que le Fils porte empreints dans sa personne, sont de la substance ou de la personne du Père. Il est cette impression substantielle que le Père opère de tout ce qu'il est; et c'est en opérant cette impression qu'il engendre son Fils.

Voici dans le Sage quelque chose de plus délicat. La sagesse éternellement conçue dans le sein de Dieu, est un miroir sans tache de sa majesté, et l'image de sa bonté '^. C'est quelque chose de trop grossier pour le Fils de Dieu, que l'impression d'un cachet, ou que l'expression de la. ressemblance dans une image qu'on taille avec un ciseau , ou qu'on fait avec des couleurs. La nature a quelque chose de plus délicat : et voici dans de claires eaux et dans un miroir, un nouveau secret pour peindre et faire une image. Il n'y a qu'à présenter un objet, aussitôt il se peint lui-même, et cet admirable tableau ne dégénère par aucun endroit de l'original : c'est en quelque sorte l'original même. Cependant rien ne dépérit ni à l'original, ni à la glace polie où il s'est imprimé lui-même tout entier. Pour achever ce portrait, on n'a pas besoin du secours du temps, ni d'une ébauche imparfaite; un même instant le commence et l'achève; et le dessein comme le fini n'est qu'un seul trait.

IVe ÉLÉVATION.

Image plus épurée dans la créature raisonnable.

TocT cela est mort : le soleil , son rayon , sa chaleur; un cachet, son expression; une image ou taillée ou peinte; un miroir et les ressemblances que les objets y produisent, sont choses mortes. Dieu a fait une image plus vive de son éternelle et

1. Ilcb., I 3.-2. Joan., xiv. 9. — 3. Idem , v. 26. — 4. Ibid., V. 21. — 5. Sap., VII. 26.

pure génération; et afin qu'elle nous fût plus connue , c'est en nous-mêmes qu'il l'a faite.

Il l'a faite, lorsqu'il a dit : Faisons l'homme '. Il voulut alors faire quelque chose, oii fut déclarée l'opération de son Fils, d'un autre lui-même, puisqu'il dit : Faiso7is. Il voulut faire quelque chose qui fût vivant comme lui, intelligent comme lui, saint comme lui , heureux comme lui : autrement , on ne saurait ce que voudrait dire, faisons l'homme à notre image et ressemblance. A noire image, dans le fond de sa nature; à notre ressemblance , par la conformité de ses opérations avec la nôtre éternelle et indivisible.

C'est par l'effet de cette parole : Faisons l'homme à notre image, que l'homme pense; et penser, c'est concevoir. Toute pensée est conception et expression de quelque chose : toute pensée est l'expression, et par Ui une conception de celui qui pense , si celui qui pense pense à lui-même et s'entend lui-même; et c'en serait une conception et expression parfaite, éternelle, substantielle, si celui qui pense était parfait, éternel, et s'il était par sa nature tout substance , sans rien avoir d'accidentel en lui-même, ni rien qui puisse être surajouté à sa pure et inaltérable substance.

Dieu donc qui pense substantiellement , parfaitement, éternellement, et qui ne pense, ni ne peut penser qu'à lui-même, en pensant, connaît quelque chose de substantiel , de parfait et d'éternel comme lui : c'est là son enfantement, son éternelle et parfaite génération. Car la nature divine ne connaît rien d'imparfait; et en elle la conception ne peut être séparée de l'enfantement. C'est donc ainsi que Dieu est Père; c'est ainsi qu'il donne la naissance à un Fils qui lui est égal : c'est là celte éternelle et parfaite fécondité , dont l'excellence nous a ravi , dès que sous la conduite de la foi nous avons osé y porter notre pensée. Concevoir et enfanter de cette sorte, c'est être la perfection çt l'original : et concevoir et enfanter comme nous faisons à notre manière imparfaite, c'est être fait à l'image et ressemblance de Dieu.

Nous pouvons donc maintenant répondre à la question de Salomon : Dites-nous son nom , et le nom de son fils, si vous le savez ^. Nous le savons à présent qu'il nous l'a appris. Son nom est le Verbe *, la parole : non une parole étrangère et accidentelle; Dieu ne connaît rien de semblable; mais une parole qui est en lui une personne subsistante, coopératrice, concréalrice, composant et arrangeant toutes choses avec lui'^, comme dit le même Salomon : une personne qui n'a point commencé, puisque, dit saint Jean : Au commencement elle était'^ : une personne qui est un avec Dieu , puisque, dit le même saint Jean, elle est Dieu, et que Dieu essentiellement est un : une personne qui est pourtant distincte de Dieu , puisque, continue le môme apôtre, elle est en Dieu, avec Dieu, chez Dieu, apud Deum, son Fils unique qui est dans son sein, in sinu Pair is*^, qu'il envoie au monde, qu'il fait paraître dans la chair comme le Fils unique de Dieu. Voilà son nom : c'est le Verbe, c'est la parole, la parole, dis-je, par laquelle un Dieu éternel et parfait se dit lui-même à lui-même tout ce qu'il

1. Geii.,i. 26. — 2. Prov., xxx. 4. — 3. Joaii., i. 1. — 4. P>-ov., VIII. 27, 30. — 5. Joan , i. 1,2 —6. Idem, 18.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

esl ; et conçoit, et engendre, et enlanlo tout ce qu'il dit; enfante par conséquent un parlait , un cootcrnel , un coessentiel et consubstanliel.

Ne trouvons point ce mystère indigne de Dieu , puisqu'il ne lui allriluie rien qui ne soit parfait : ne trouvons point incroyable que Dieu ait révélé le mystère de son éternelle génération à ceux qu'il avait faits à sa ressemblance, en qui il avait imprimé une faible image de celte élernelle et parfaite production. Soyons allenlifs à nous-mêmes , à notre conception, à notre pensée; nous y trouverons une idée de celle immatérielle , incorporelle , pure, spirituelle génération que lEvangile nous a révélée.

Sans cette révélation , qui oserait porter ses yeux sur cet admirable secret de Dieu? Mais après la foi, nous osons non-seulement le contempler, mais encore en voir en nous une image : nous osons en quelque sorte transporter en Dieu celte conception de noire esprit, et la dépouillant de toute altération, de loul cbangement , de loule imperfection, il ne nous reste que la pure , que la parfaite , l'incorporelle , rinleilectuelle naissance du Fils de Dieu : et dans son Père une fécondité digne du premier Etre par sa plénitude , par son abondance , par l'infinité d'une nature parfaite, et parfaitement communicative, non-seulement au dehors où tout ce qu'elle produit dégénère jusqu'à l'infini, parce qu'au fond il vient du néant , et ne peut perdre la bassesse de celte origine ; mais encore en elle-même , et au dedans, où tout ce qu'elle produit , étant produit de sa substance , et de toute sa substance , lui est nécessairement égal en tout.

Ve ÉLÉVATION.

Le Saint-Exprit : la Trinité tout entière.

Dieu est donc fécond; Dieu a un fils. Mais où est ici le Saint-Esprit? et où est la Trinité sainte et parfaite, que nous servons dès notre baptême? Dieu n'aime-t-il pas ce Fils , et n'en est-il pas aimé? Cet amour n'est ni imparfait ni accidentel à Dieu , l'amour de Dieu est substantiel comme sa pensée : et le Saint-Esprit qui sort du Père et du Fils, comme leur amour mutuel, est de môme substance que l'un et l'autre, un troisième consubstanliel , et avec eux un seul et même Dieu.

Mais pourquoi donc n'est-il pas Fils, puisqu'il est par sa production de môme nature? Dieu ne l'a pas révélé. Il a bien dit, que le Fils dldW. unique* , car il est parfait; et loul ce qui est parfait est unique : ainsi le I-'ils de Dieu, Fils parfait d'un Père parfait, doit être unique; et s'il jjouvait y avoir deux fils, la génération du lils serait imj^arfaile. Tout ce donc qui viendra après ne sera plus fils : et ne viendra i>oint par génération, fiuoifiue dcmfcme nature. Que .sera-ce donc, que celle finale prfHJuction de Dieu? C'est une procession, sans nom particulier : le Saint-Esprit /^rotv'de du Père'^, le Saint-Esprit est l'esprit commun du Père et du Fils : le Saint-Esprit prend du Fils^; et : le Fils l'entoie^ comme le Père. Taisez-vous, raisonnements humains : I)if;u a voulu expliquer que la procession de son Verbe était une véritable et parfaite génération : ce que c'était que la procession

I. Joan., I. W. — 2, Mem, xv. 20, — 3. /b(d., xvi. 1 J. — i.Iitd.,7.

de son Saint-Esprit, il n'a pas voulu le dire, ni qu'il y eut rien dans la nature qui représentât une action si substantielle, et tout ensemble si singulière. C'est un secret réservé à la vision bienheureuse.

0 Dieu Saint-Espril ! vous n'êtes pas le fils, puisque vous êtes l'amour éternel et subsistant du Père et du Fils : qui supposez par conséquent le Fils engendré, et engendré comme Fils unique, à cause qu'il est parfait. Vous êtes parfait aussi, et unique en votre genre et en votre ordre : vous n'êtes pas étranger au Père et au Fils, puisque vous en êtes l'amour et l'union éternelle : vous procédez nécessairement de l'un et de l'autre , puisque vous êtes leur amour mutuel : qui voudrait vous séparer d'eux, les séparerait eux-mêmes entre eux, et diviserait leur règne éternel.

Vous êtes égal au Père et au Fils, puisque nous sommes également consacrés, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit* : et que vous avez avec eux, un même temple qui est notre âme, notre corps^, tout ce que nous sommes. Rien d'inégal, ni d'étranger au Père et au Fils, ne doit être nommé avec eux en égalité : je ne veux pas être baptisé et consacré au nom d'un conserviteur, je ne veux pas être le temple d'une créature : ce serait une idolâtrie de lui bâtir un temple , et à plus forte raison , d'être, et se croire soi-même son temple.

Vie ÉLÉVATION.

Trinité créée image de l'incréée , et comme elle in compréh ensible .

Revenons encore à nous-mêmes; nous sommes, nous entendons, nous voulons. D'abord, entendre et vouloir. Si c'est quelque chose, ce n'est pas absolument la même chose; si ce n'était pas quelque chose , ce ne serait rien , et il n'y aurait ni entendre ni vouloir : mais si c'était absolument la même chose, on ne les distinguerait pas, mais on les distingue ; car on entend ce qu'on ne veut pas , ce qu'on n'aime pas, encore qu'on ne puisse aimer ni vouloir ce qu'on n'entend point. Dieu même entend et connaît ce qu'il n'aime pas, comme le péché : et nous combien de choses entendons-nous que nous haïssons, et que nous ne voulons ni faire ni souifrir, parce que nous entendons qu'elles nous nuisent? Nous entendons ce que c'est que se précipiter du haut d'une tour, et ce mouvement n'est pas moins bien entendu que les autres : mais cependant on ne le veut pas , à cause qu'il nous est nuisible.

Nous sommes donc quelque chose d'intelligent, quelque chose qui s'entend et s'aime soi-même; qui n'aime que ce qu'il enlcnd, mais qui peut connailrc et entendre ce qu'il n'aime pas : toutefois en ne l'aimant pas, il sait et enlcnd qu'il ne l'aime pas : et cela môme il veut le savoir, et il ne veut pas l'aimer, parce qu'il sait ou qu'il croit qu'il lui est nuisible; mais au contraire il ne veut pas l'aimer. Ainsi entendre et aimer sont choses distinctes, mais lellement inséparables, qu'il n'y a point de connaissance sans quel(|ue volonté. Et si l'homme semblable à l'ange connaissait tout ce qu'il est;, sa connaissance serait égale à son ôtre : et s'aimant à proportion de sa connaissance, son amour serait égal à

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