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sont-ils tout à coup devenus idolâtres? et comment établissent-ils l'empire du démon, pendant qu'on avoue qu'ils le renversent?
34. Etrange idée du christianisme dans le parti protestant. — Voici , mes frères , dans la doctrine de votre ministre une étrange constitution de l'Eglise chrétienne , et une terrible tentation pour tous ceux qui se disent réformés. Pour peu qu'il leur reste d'amour envers l'Eglise de Jésus-Christ, ils ne peuvent pas n'être pas émus, quand ils la voient livrée au blasphème et à l'idolâtrie durant douze cent soixante ans. D'abord on avait mis à couvert de la corruption les quatre , les cinq , les six , ou même les sept à huit premiers siècles , qu'on appelait les beaux jours; mais ils se sont trouvés trop papisliques : on les a attaqués comme les autres, et le quatrième, tant révéré jusqu'à nos jours, n'a pu s'en sauver. On avait du moins réservé les trois premiers siècles, où la doctrine bannie de tous les autres, semblait avoir un refuge; mais maintenant c'est toute autre chose. Les Pères de ces trois siècles sont de pauvres théologiens , si on en excepte Origène, c'est-à-dire, celui de tous dont les égarements sont les plus certains, et les plus extrêmes.
Mais peut-être que l'ignoraftce de ces pauvres théologiens des trois premiers siècles est dans des points peu importants. Non, dans les lettres que M. Jurieu oppose aux Variations, il n'accuse de rien moins ces saints docteurs, que d'avoir tellement embrouillé le mystère de la Trinité, qu'il est demeuré informe jusqu'au concile deNicée : la théologie de ces trois siècles a varié sur ce mystère : les anciens n'avaient pas une juste idée de l'immutabilité de Dieu , et ils ne savaient même pas du premier Etre ce que les philosophes en avaient connu : ils ont mis de l'inégalité dans la Trinité ; ils n'avancent point cela comme leur propre imagination; c'était la doctrine reçue : et tous les anciens des trois premiers siècles sont coupables de cette erreur. Le mystère de l'Incarnation n'a pas été mieux connu; ce n'est que par les disputes avec tous les hérétiques, et entre autres avec les eutychiens , qu'enfin cette vérité est arrivée à sa perfection au concile de Ghalcédoine. Et de combien de ténèbres les lumières se trouvent-elles mêlées dans les Pères des trois premiers siècles, et même en ceux du quatrième^? A peine connaissaient-ils Dieu : il n'y a rien qu'ils dussent mieux savoir que l'unité, la toute-puissance, la sagesse, l'infinie bonté et l'infinie perfection de ce premier Etre; car c'est ce qu'ils soutenaient contre les païens : cependant combien trouve-l-on sur ce sujet de variations et de fausses idées ? Voilà ce que dit la première lettre, oii les Variations sont attaquées. La n" qui est en ordre la vu" de 1688, confirme tout cela, et fait voir la môme ignorance et la môme instabilité dans ce qui regarde la grâce et la satisfaction de Jésus- Christ, articles essentiels au christianisme; et en un mot la théologie des anciens est demeurée informe, imparfaite, flottante dans la manière d'expliquer les mystères. Aussi ne parait-il pas que les anciens docteurs des trois premiers siècles se soient beaucoup attachés à la lecture de l'Ecriture sainte , où la vérité prend sa dernière forme : Ils sortaient des écoles des platoniciens, et remplissaient leurs