‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 17 sur 851 · L'.'ll. VI. d'i 1088,/^. 4'} risuiv · texte numérisé non relu

L'.'ll. VI. d'i 1088,/^. 4'} risuiv

SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE

Ouvrages de leurs idées , au lieu de s'attacher uniquement aux pense'es du Saint-Esprit* .

Il est vrai que la fin de cette lettre en détruit le commencement. Car aussi comment répondre aux objections des sociniens ou des tolérants, comme les appelle M. Jurieu^, qui concluent que tous ces mystères ne sont pas bien importants, si les Pères des trois premiers siècles les ont ignorés? mais enfin s'il a fallu, pour les satisfaire, dire qu'on n'a pas varié sur des points si essentiels, il a fallu dire le contraire , pour soutenir les variations de la nouvelle réforme : il faut, dis-je, que les premiers siècles aient varié; et il faut à la fin varier soimême , afin de confondre l'évèque de Meaux , qui a osé avancer que la véritable religion ne varie jamais.

Cependant, à quoi s'en tiendront les réformés? A l'Ecriture, dira-t-on; pendant qu'on la fait en même temps un livre que les docteurs des trois premiers siècles n'entendaient pas, n'étudiaient guère, et où, loin de trouver les mystères que Jésus-Christ avait enseignés en venant au monde, ils ne trouvaient même pas ce que les philosophes connaissaient de Dieu par leur simple raisonnement : de sorte qu'à suivre le système entier des protestants , les impies peuvent reprocher au christianisme , que jamais secte ne fut plus mal instruite, quoiqu'elle se vante d'avoir des livres divins; puisque dans les trois premiers siècles qui touchent de plus près à la source de l'instruction apostolique, on ne voit qu'une si pauvre , une si infirme , une si flottante et si variable théologie; et dans le quatrième siècle, où la science commence, on se replonge aussitôt dans l'idolâtrie : sans quoi il n'y a point de bête , ni de Babylone pour les protestants; il n'y a point de pape Antéchrist; il n'y a point d'idolâtrie antichrélienne.

35. Démonstration , que de l'aveu du mi^iistre il n'y a rien dans l'Apocalypse qui marque sa prétendue idolâtrie ecclésiastique, quoique rien ne s'y dût trouver davantage selon ses principes. — Mais encore faudrait-il du moins que saint Jean nous eût expliqué ce grand mystère, et le ministre en convient : car en parlant de ce nouveau genre d'idolâtrie ecclésiastique, qu'il établit dès le quatrième siècle. Cela, dit-iP, ne s' est point fait par hasard : Dieu l'a permis, Dieu Va prévu, et sans doute Dieu l'a prédit; car il n'y a point d'apparence, continuet-il , qu'ayant pris le soin de marquer dans ses prophéties des événements incomparablement moins considérables, il eût oublié celui-ci. J'en conviens; je donne, les mains à une vérité si manifeste : je dis aussi , à l'exemple du ministre : une idolâtrie dans l'Eglise , qui y règne treize cents ans dans ses plus beaux jours, et à commencer au quatrième siècle, une idolâtrie dont les saints sont les auteurs, est un prodige assez grand, pour mériter d'être prédit; et Dieu qui ne fait rien , comme il dit lui-même , qu'il ne révèle aux prophètes ses serviteurs'', ne devait pas leur cacher un si grand secret. II s'en est tù néanmoins : je vois bien dans l'Apocalypse une idolâtrie persécutrice des saints; mais je n'y vois pas que les saints en soient les auteurs, qu'un sainl Basile, un saint Augustin, un saint Ambroise, un saint Léon , un saint Grégoire dussent être ces ido-

1. Lelt. VII. del6S8,p. 50, 51. — 2. P. 56. — 3. l.p.,p. - 1. Amos., III. 7. >

lâtres, parmi lesquels l'Antéchrist prendrait naissance. Je vois bien , encore un coup , dans l'Apocalypse', que la sainte cité sera foulée aux pieds par les Gentils. Que les saints, ces nouveaux Gentils, dussent eux-mêmes fouler aux pieds la cité sainte; c'est bien à la vérité le mystère des protestants et de M. Jurieu , après Joseph Mède et les autres; mais je ne le vois pas dans l'Apocalypse, quoiqu'on prétende que ce mystère en fasse le principal sujet.

Il est vrai que M. Jurieu produit deux passages de l'Apocalypse , où il a tenté de trouver cette idolâtrie qui devait régner dans l'Eglise : mais il est lui-même convenu que ces deux passages ne satisfont pas. Le premier était au chapitre xi dans le parvis livré aux Gentils. Le second était au chapitre XVII , où, dit-il ^, l'idolâtrie papitisque est comparée à une adultère. Mais dans la suite il déclare qu'il n'est pas content de ces passages : le premier, ditiP, est trop obscur, et le second trop général. Il n'y a rien en effet de plus obscur que le premier passage. Le parvis du temple est livré aux Gentils^; donc ces Gentils seront chrétiens : comme s'il était impossible que les vrais Gentils, les Romains, adorateurs des faux dieux, aient opprimé l'extérieur de l'Eglise : non -seulement cela est obscur, comme l'avoue le ministre, mais il est absolument faux, comme nous l'avons démontré^. Pour les lieux où le ministre soutient que Vidolâtrie de l'Apocalypse est appelée une adultère , et que c'est par conséquent l'infidélité d'une épouse, c'est-à-dire, d'une Eglise , cela n'est pas seulement trop général , comme l'avoue le ministre, mais évidemment inventé par le mensonge du monde le plus hardi; puisque le mot adultère, loin de se trouver dans saint Jean une seule fois, y est même, comme on a vu®, expressément évité.

Voilà ce que le ministre a produit pour trouver dans l'Apocalypse sa prétendue idolâtrie ecclésiastique. Mais à ces deux passages qu'il a produits dans son Accomplissement des prophéties , il en ajoute un troisième dans une de ses Lettres^; c'est celui de la femme cachée dans le désert douze cent soixante jours; d'où il conclut avec un air triomphant : Il faut donc que l'idolâtrie règne dans l'Eglise chrétienne douze cent soixante ans. Où y at-il en ce lieu un seul mot d'idolâtrie , et encore d'idolâtrie régnante dans l'Eglise? Est-ce qu'on ne peut être dans le désert, dans la fuite, dans la retraite, sans idolâtrie? Mathathias et ses enfants, et les autres qui les suivirent dans les montagnes et dans le désert, pour y chercher le jugement et la justice^, y sacrifiaient-ils aux idoles? Mais l'idolâtrie qui les y poussait par ses persécutions, était-ce une idolâtrie ecclésiastique, et au contraire n'était-ce pas l'idolâtrie d'un Antiochus et des Grecs? Pourquoi n'en sera-t-il pas de même de cette femme mystique, c'est-à-dire, de l'Eglise? C'était la persécution des païens qui la contraignait à cacher son culte dans les endroits les plus retirés de la vue des hommes; c'était là le désert où elle était : mais elle y était dans un lieu préparé de Dieu, où on la laissait , comme porte l'Apocalypse", où ses pas-

1. Apoc, XI. 2. — 2. Jur., Ace, 1. p., cfiap. xi, p. 178. — 3. Idem., p. 279. — -1. Apoc, xi, — 5. Ci-dessus, n. 8. Explic. du rhnp. xi de l'Ap.,}'. 2. — 6. Ci-dessus, n. 9. Préf., n. 9. — 7. Lett. XVII, 1". an., p. 139. —8. /. Mach., ii. 29. —9. Apoc, XI, 3; XII, 0. Voyez l'Explication de ces passages.

AVERTISSEMENT AUX PROTESTANTS

leurs lui administraient la sainte parole. Elle y était soutenue par ces deux témoins qui ne cessèrent de la consoler tant que durèrent ses soulVrances. Elle y avait ses Moïse, ses Aaron, ses Mailiathias et ses autres sacrificateurs , comme le peuple dans le désert en sortant d'Egypte, afin qu'on n'aille pas ici s'imaginer un étal d'Eglise invisible, que l'Ecriture ne connaît pas , et que les ministres mêmes ne souffrent plus.

Ainsi le ministre est forcé de sortir de l'Apoca- Ij-pse, pour trouver son idolâtrie ecclésiastique. En effet , il ne la trouve, dit-il ' , bien clairement expliquée que dans la première à Timolhée, chapitre iv. Dieu soit loué : enfin , l'Apocalypse est à cet égard en sûreté contre ses profanations : voyons en peu de paroles comme il profane saint Paul. Cet écart ne sera pas long , et nous reviendrons à saint Jean dans un moment.

3t3. Examen d'un passage de saint Paul, oïl le ministre prétend trouver, après Joseph Mède, son idolâtrie régnante dans l'Eglise. — Voici le passage de saint Paul, où , à quelque prix que ce soil, on veut trouver cette idolâtrie qui doit régner dans l'Eglise. L'esprit dit expressément, que quelques-uns datis les derniers temps s'abandonneront à des esprits abuseurs, et à des doctrines de démons^. La voilà, dit le ministre''^ , cette idolâtrie antichrétienne que nous cherchons. Pour moi, j'ai beau ouvrir les yeux, je n'y vois rien; mais Joseph Mède, le plus'oulré et le plus entêté des interprètes, a développé ce secret, dont aucun auteur ni catholique, ni protestant, ne s'était encore avisé. La note de Desmarais avait entendu naturellement une doctrine de démons, celle dont les démons sont les auteurs ou les promoteurs. Les autres avaient tous dit la même chose ; on ne trouve que ce sens-là dans les critiques d'Angleterre. Il est vrai que dans la Synopse on propose le sentiment de Joseph Mède; mais on ne cite que lui seul; et il parait que tout le reste lui était contraire. Quoi qu'il en soit, Joseph Mède nous apprend, et le premier et le seul, que la doctrine des démons , c'est la doctrine qui honore les démons , c'est-à-dire qui honore les anges et les âmes bienheureuses; et en un mol, c'est la doctrine du culte des saints , c'est-à-dire, comme il en convient, celle des docteurs du quatrième siècle.

Il faut bien du circuit pour arriver là : voyons par quel chemin M. Jurieu, le premier sectateur de Mède, nous y conduit*. Nous apprenons de saint Augustin , que les corps des martyrs Gervais et Protais furent découverts à la faceur d'un songe. Poursuivons : Je ne voudrais pas faire à saint Ambroise le tort de l'accuser d'avoir supposé cette vision pour tromper le peuple, pour faire de faux miracles, afin de faire triompher le parti du consubstantiel sur l'arianisme. Voilà un homme précautionné, qui à ce coup, semble vouloir épargner les saints : il insinue néanmoins qu'il pourrait bien y avoir quelque petite partialité, et que ces miracles servaient à soutenir le parti de saint Ambroise, c'cslà-dire, celui du Fils de Dieu contre les ennemis de sa divinité. Mais sans entrer là-dedans, le ministre décide ainsi : Ce qui est certain, c'est que ce fut un

1, Voyez t'Exp/iration dec:» jiattagc». — 2. I. Tim., iv, 1. — 3, P. 166—4. l'iem.

esprit trompeur qui abusa saint Ambroise, et qui lui découvrit ces reliques pour en faire des idoles. Il traite de la même sorte toutes les autres visions célestes que tous les Pères racontent en ce temps, el tous les miracles qui suivirent. Il n'était pas digne de Dieu, d'autoriser par des miracles la consubstantialité de son Fils , pendant qu'une impératrice en persécutait les défenseurs; et c'est une œuvre à renvoyer aux esprits trom-peurs.

Mais enfin , quand cela serait, toujours aurait-on peine à comprendre, que par la doctrine des démons il fallût entendre, non pas la doctrine qu'ils inspirent, mais la doctrine qui enseigne à les adorer. On aurait encore plus de peine à entendre que saint Ambroise et les catholiques adorassent les démons, sous prétexte qu'on leur fait accroire qu'ils adorent les saints anges et les âmes bienheureuses. Le ministre n'y trouve pourtant qu'un seul embarras. « C'est que le démon, dans l'Ecriture » sainte, ne se prend jamais en bonne part : il » signifie toujours ces esprits impies qui séduisent » les hommes en ce monde , et les tourmentent en » l'autre'. » Voilà une objection qui ne souffrait point de réplique. Mais Joseph Mède , et après lui M. Jurieu, trouvent dans les Actes que les Athéniens parlent de saint Paul, comme d'un homme qui an7ionçait de nouveaux démons ^ ; c'est-à-dire de nouveaux dieux. Voilà donc le nom de démons pris en bonne part, je l'avoue, par les Athéniens et par les Gentils, que saint Luc fait parler ici, et à qui ce langage était familier : mais ne nous montrer ce langage que dans la bouche des Gentils, c'est visiblement confirmer que ce n'est pas le langage de l'Ecriture. Mais, dit-on, c'est saint Paul lui-même, qui dans le même chapitre dit encore aux Athéniens , qu'il les trouve plus attachés que les autres au culte des démons , SetaiSaifioveaTepouç^. Quand cela serait, les dieux des Gentils, selon le style de l'Ecriture, ne sont-ils pas de vrais démons séducteurs, qui se font adorer par les hommes? Et quand saint Paul aurait parlé aux Athéniens selon leur langage, s'ensuit-il qu'il dût ainsi parler à Timolhée? Mais au fond, le mot de saint Paul ne veut dire que superstition ou fausse dévotion , comme l'a traduit la Vulgate et les protestants euxmêmes*.

Il n'y a donc constamment aucun endroit de l'Ecriture où le mot de démolis se prenne autrement que pour de mauvais esprits; et M. Jurieu est insupportable , pour trouver son idolâtrie prétendue , de forcer tout le langage des livres divins, et de faire écrire saint Paul à Timolhée dans un style qui n'est connu que des Gentils. Mais ce qui suit est risible : « Il y a, » dit-il^ « beaucoup d'apparence » que c'est des Turcs que parle saint Jean au cha- » pitre IX de l'Apocalypse; et que ceux qui sont » affligés par leurs armées, sont les chrétiens aux- » quels est attribué le culte des démons, à cause » qu'ils adoraient les saints et les anges. » Se moque-t-il , de nous donner ses visions pour preuves? el qui ne voit au contraire qu'il n'y a rien de plus creux que ses visions, si pour les soutenir, il faut renverser tout le langage de l'Ecriture?

Voici enfin son dernier refuge. Il est vrai, il n'est

1. p. 101, 192. —2. Ad., XVII, 18. —3. Idem, xxii,22. — 4. nih. Gen., noli: de Dèsmar. — 5. Idem, 192.

SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE

pas possible de trouver un seul endroit de l'Ecriture où les démons se prennent, comme nous voulons, en bonne part : mais nous ne laisserons pas de dire que les papistes adorent les démons; parce qu'encore qu'ils croient adorer, ou les anges, ou les âmes saintes, toutefois ces esprits bienheureux ne recevant pas leur culte, il ne peut aller qu'aux démons. Qui ne serait fatigué de ces violences qu'on fait au bon sens? Par ce moyen , s'il faut définir la religion des Mahométans , ou même celle des Juifs, et quel est l'objet qu'ils adorent, il n'y aura qu'à dire, ce sont les démons, parce qu'il n'y a que les démons à qui leur culte soit agréable. Mais il y a plus : il n'y a qu'à dire que saint Ambroise et les autres saints du quatrième siècle , lorsqu'ils demandaient aux saints la société de leurs prières, et qu'ils honoraient leurs reliques, étaient ces adorateurs des démons , dont on prétend que saint Paul a voulu parler, puisque, selon M. Jurieu, ni Dieu, ni les saints n'admettaient leur culte. Voilà donc, selon ce ministre, les saints mêmes adorateurs des démons; et c'est là tout le dénoùment de la pièce.

37. Le ministre entraîné dans ses excès par le désespoir de sa cause. — Lorsqu'on tombe dans de si énormes excès, il faut être tout à fait livré à l'esprit d'erreur. Mais on voit aussi ce qui pousse le ministre dans cet abîme; car il déclare luimême ' que « s'il s'est enfin déterminé à l'opinion » de Joseph Mède, ce n'a pas été sans balancer, et » qu'il a cru longtemps que cette opinion était plus 1) ingénieuse que solide. » Qu'est-ce donc qui l'a entraîné à ce mauvais choix, où il n'a l'approbation de personne , pas même des habiles gens de la réforme? C'est que dans cette bizarre interprétation , il ne savait plus où trouver cette idolâtrie qu'il voulait placer dans les saints : car il fallait bien , selon lui 2, qu'elle fût prédite; Dieu n'avait pas manqué à son Eglise dans un point si important. Tous les passages de l'Apocalypse , où il avait vainement tenté de le trouver, ne contentaient pas son esprit : « Il ne pouvait croire , » dit-il, « que Dieu » n'eût laissé quelque oracle plus clair et moins » général pour prédire cette admirable conformité , » qui est entre le culte de l'ancien paganisme et » celui de l'antichristianisme. » Il fallait qu'il y eût un texte formel pour prouver ce culte antichrétien que les saints Pères du quatrième siècle devaient introduire. « Or, » poursuit-il , « ce texte plus for- » mel et plus clair que les autres , je ne le trouve » pas ailleurs : » il est donc ici , puisqu'autrement il ne serait nulle part , et mon système serait renversé. Mais renversons sur sa tète l'argument dont il se sert contre nous. Cette idolâtrie des saints , ce paganisme régnant dans l'Eglise , était d'un caractère assez particulier pour être expressément prédit; le ministre en est d'accord : or est-il qu'il n'est pas prédit; on ne le trouve nulle part : le ministre n'est pas content des passages de l'Apocalypse où il avait cru le voir; nous avons même montré qu'ils sont contre lui : il ne trouve enfin sa chimère qu'en un endroit de saint Paul, où nul homme de bon sens ne l'avait trouvée, pas même parmi les protestants. C'est donc une vraie chimère , et une chose

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