I. G'in., XVIII. -il. — 2. Id':m, i 1. — 3, Ihid., i
TROISIÈME SEMAINE
commencement et l'ébauche, mais toujours de la même main, de son grand ouvrage.
0 Dieu , quelle a élé l'ignorance des sages du monde , qu'on a appelés philosophes ! d'avoir cru que vous, parfait archilecle, et absolu formateur de tout ce qui est, vous aviez trouvé sous vos mains une matière qui vous était coéternelle, informe néanmoins, et qui attendait de vous sa perfection. Aveugles! qui n'entendaient pas, que d'être capable de forme, c'est déjà quelque forme; c'est quelque perfection, que d'être capable de perfection : et si la matière avait d'elle-même ce commencement de perfection et de forme , elle en pourrait aussitôt avoir d'elle-même l'entier accomplissement.
Aveugles, conducteurs d'aveugles , qui tombez dans le précipice , et y jStez ceux qui vous suivent* ! dites-moi, qui a assujéti à Dieu ce qu'il n'a pas fait, ce qui est de soi aussi bien que Dieu, ce qui est indépendamment de Dieu même? Par où a-t-il trouvé prise sur ce qui lui est étranger et indépendant de sa puissance : et par quel art ou par quel pouvoir se l'est-il soumis? Gomment s'y prendra-t-il pour le mouvoir? Ou, s'il se meut de lui-même, quoiqu'encore confusément et irrégulièrement , comme on veut se l'imaginer dans ce chaos; comment donnera la règle à ces mouvements, celui qui ne donne pas la force mouvante. Cette nature indomptable échapperait à ses mains; et ne s'y prêtant jamais tout entière, elle ne pourrait être formée tout entière selon l'art de la puissance de son ouvrier. Mais qu'est-ce après tout que cette matière, si parfaite qu'elle ait d'elle-même ce fonds de son être, et si imparfaite qu'elle attende sa perfection d'un autre? Son ornement , et sa perfection ne sera que son accident, puisqu'elle est éternellement informe. Dieu aura fait l'accident, et n'aura pas fait la substance? Dieu aura fait l'arrangement des lettres qui composent les mots, et n'aura pas fait dans les lettres la capacité d'être arrangées? 0chaos et confusion dans les esprits, plus encore que dans cette matière, et ces mouvements qu'on imagine éternellement irréguliers et confus! Ce chaos, celle erreur, cet aveuglement était pourtant dans tous les esprits, et il n'a été dissipé que par ces paroles : Au commencement Dieu a créé le ciel et la terre; et par celles-ci : Dieu a vu toutes les choses qu'il avait faites, et elles étaient très-bonnes^ : parce que lui seul en avait fait toule la bonté : toute la bonté, encore un coup, et non-seulement la perfection et la fin, mais encore le commencement.
Ille ÉLÉVATION.
'Dieu n'a eu besoin de trouver ni un lieu pour placer le monde, ni un temps pour y assigner le commencement de toutes choses.
Faible et imbécille que je suis, qui ne vois que des artisans mortels, dont les ouvrages sont soumis au temps, et qui désignent par certains moments le commencement et la fin de leur travail, qui aussi ont besoin d'èlre en quelque lieu pour agir, et de trouver une place pour y fabriquer et poser leur ouvrage ! Je veux imaginer la môme chose, ou queljque chose de semblable , dans ce lout-puissant Ouvrier qui a fait le ciel et la terre : sans songer que s'il a tout fait, il a fait le temps et le lieu; et ([ue