Match , XV. U. — 2. Gen.,i
ces deux choses que tout autre ouvrier que lui doit trouver faites , font elles-mêmes parlie de son
ouvrage.
Cependant je veux m'imaginer, il y a six ou sept mille ans, et avant que le monde fût, comme une succession infinie de révolutions et de moments entre-suivis, dont le Créateur en ait choisi un pour y fixer le commencement du monde : et je ne veux pas comprendre, que Dieu qui fait tout, ne trouve rien de fait dans son ouvrage , avant qu'il agisse : qu'ainsi avant le commencement du monde il n'y avait rien du tout que Dieu seul : et que dans le rien il n'y a ni succession, ni durée, ni rien qui soit, ni rien qui demeure, ni rien qui passe; parce que le rien est toujours rien, et qu'il n'y arien hors de Dieu que ce que Dieu fait.
Elevez donc, Seigneur, ma pensée au-dessus de toule image des sens et de la coutume, pour me faire entendre dans votre éternelle vérité , que vous qui êtes celui qui est , êtes toujours le même sans succession ni changement; et que vous faites le changement et la succession partout où elle est. Vous faites par conséquent tous les mouvements el toutes les circulations dont le temps peut être la mesure. Vous voyez dans votre éternelle intelligence toutes les circulations ditlerentes que vous pouvez faire; et les nommant, pour ainsi dire, toutes par leur nom, vous avez choisi celles qu'il vous a plu, pour les faire aller les unes après les autres. Ainsi la première révolution que vous avez faite du cours du soleil, a été la première année; et le premier mouvement que vous avez fait dans la matière, a élé le premier jour. Le temps a commencé selon ce qu'il vous a plu , et vous en avez fait le commencement tel qu'il vous a plu; comme vous en avez fait la suite et la succession, que vous ne cessez de développer du centre immuable de votre éternité.
Vous avez fait le lieu de la même sorte que vous avez fait le temps. Pour vous, ô Dieu de gloire et de majesté ! vous n'avez besoin d'aucun lieu : vous habitez en vous-même tout entier. Sans autre étendue que celle de vos connaissances, vous savez tout; ou celle de votre puissance, vous pouvez tout; ou celle de votre être, de toute éternité vous êtes tout. Vous êtes tout ce qui est nécessairement; et ce qui peut ne pas être, et qui n'est pas éternellement comme vous , n'ajoute rien à la perfection el à la plénitude de l'être, que vous possédez seul. Qu'ajouterait à votre science, à votre puissance, à voire grandeur, quelque espèce d'étendue locale que ce soit? Rien du tout. Vous êtes dans vos ouvrages par votre vertu, qui les forme et qui les soutient; et voire vertu c'est vous-même, c'est votre substance. Quand vous cesseriez d'agir, vous n'en seriez pas moins tout ce que vous êtes, sans avoir besoin ni de vous étendre, ni d'èlre dans vos créatures, ni dans quelque lieu ou espace que ce soit. Car le lieu ou l'espace est une étendue; et un espace et une étendue, des proportions, des dislances, des égalités, ne sont pas un rien; et si on veut que vous trouviez toutes faites ces dislances, ces étendues, ce^ proportions , sans les avoir faites vous-même, on retombe dans l'erreur de ceux qui mettent quelque chose hors de vous qui vous soit nécessairement coctcrnel , et ne soit pas voire ouvrage.
ÉLÉVATIONS SLR LES MYSTÈRES
0 Dieu! dissipez ces fausses idées de l'esprit do vos serviteurs. Faites-leur entendre que sans avoir besoin d\Mre nulle part, ou de vous faire une demeure , vous vous étiez tout à vous-même; et que lorsqu'il vous a plu, sans aucune nécessité, de faire le monde, vous avez fait avec le monde, et le temps et le lieu, toute étendue, toute succession, toute distance; et enlin que île toute éternité, et avant le commencement , il n'y avait rien du tout que vous seul : vous seul encore une fois, vous seul n'ayant besoin que de vous-même. Tout le reste n'était pas; il n'y avait ni temps ni lieu , puisque le temps et le lieu sont quelque chose; il n'y avait qu'une pure possibilité de la créature que vous vouliez faire, et cette possibilité ne subsistait que dans votre toutepuissance.
\'ous êtes donc éternellement : et parce que vous êtes parfait, vous pouvez tout ce que vous voulez; et parce que vous pouvez tout ce que vous voulez, tout vous est possible; et il n'est possible radicalement et originairement, que parce que vous le pouvez.
Je vous adore, 0 Celui qui pouvez tout! et je me soumets à votre toute-puissance, pour ne vouloir éternellement que ce que vous voulez de moi, et ne me réserver de puissance que pour l'accomplir.
IVe ÉLÉVATION.
Efficucf et liberté du commandement divin.
Dieu dit : Que la lumière soit; H la lumière fut*. Le roi dit : Qu'on marche, et l'armée marche ; iju'on fasse telle évolution, et elle se fait : toute une armée se remue au seul commandement d'un prince, c'est-à-dire , à un seul petit mouvement de ses lèvres. C'est parmi les choses humaines , l'image la plus excellente de la puissance de Dieu; mais au fond, que celte image est défectueuse ! Dieu n'a point de lèvres à remuer : Dieu ne frappe point l'air avec une langue pour en tirer quelque son; Dieu n'a qu'à vouloir en lui-même ; et tout ce qu'il veut éternellement, s'accomplit comme il l'a voulu, et au temps qu'il a marqué.
Il dit donc : " Que la lumière soit; et elle fut : Qu'il y ail un firmament; et il y en eut un : Que les eaux s'assemblent ; et elles furent assemblées : Qu'il s'allume deux grands luminaires; et ils s'allumèrent : Qu'il sorte des animaux; cl il en sortit^ : » et ainsi du reste. « Il a dit, et les choses ont été faites : il a commande, et elles ont été créées^ Rien ne résiste à sa voix* : et l'ombre ne suit pas plus vile le corps, que tout suit au commandement du Tout-Puissant.
Mais les corps jettent leur ombre nécessairement; le soleil envoie de même ses rayons ; les eaux bouillonnent d'une source comme d'cllos-mêmes, sans que la .source les puisse retenir ; la chaleur, pour ainsi parler, force le feu à la produire; car tout cela est soumis à une loi et à une cause qui les dominent. Mais vous, 0 loi suprême, 6 cause des causes ! supérieur à vos ouvrages, mailrc de voir»acUon , vous n'agissez hors de vous qu'autant qu'il TOUS plall. Tout est également rien devant vos yeux; vous ne devez rien à personne; vous n'avez besoin de personne; vous ne produisez nécessaire-
1 Oen «■ ,3- -?. Idem, i. 3. 0. 9. U, 2fj, t'J. 3, /'* , xxxn. 9. — i. Juduh, XVI. 17.
ment que ce qui vous est égal ; vous produisez ton! le reste par pure bonté, par un commandement libre ; non de celle liberté changeante et irrésolue qui est le partage de vos créatures ; mais par une élernclle supériorité que vous exercez sur les ouvrages , qui ne vous font ni plus grand ni plus heureux; et dont aucun, ni tons ensemble, n'ont droit à l'être que vous leur donnez.
Ainsi , mon Dieu , je vous dois tout. Je devrais moins à voire bonlé, si vous me deviez quelque chose, si votre libéralité était nécessaire. Je veux vous devoir tout, je veux être à vous de la manière la plus absolue et la plus entière ; car c'est celle qui convient mieux à votre suprême perfection , à votre domination absolue. Je consacre à votre empire libre et souverain, Iftut ce que vous m'avez donné de liberté.
Ve ÉLÉVATION.
L<i^ six jours.
Le dessein de Dieu dans la création et dans la description que son Saint-Esprit en a dictée à ]\Ioïse', est de se faire connaître d'abord comme le tout-puissant et très-libre créateur de toutes choses; qui sans être astreint à une autre loi qu'à celle de sa volonté, avait tout fait sans besoin et sans contrainte, par sa seule et pure bonté. C'est donc pourquoi lui qui pouvait tout; qui pouvait, par un seul décret de sa volonté, créer et arranger toutes choses, et par un seul trait de sa main , pour ainsi parler, mettre l'ébauche et le fini dans son tableau, et tout ensemble le tracer, le dessiner et le parfaire; il a voulu néanmoins suspendre avec ordre l'efficace de son action , et faire en six jours ce qu'il pouvait faire en un instant.
Mais la création du ciel et de la terre , et de toute cette masse informe que nous avons vue dans les premières paroles de Moïse, a précédé les six jours qui ne commencent qu'à la création de la lumière. Dieu a voulu faire et marquer l'ébauche de son ouvrage, avant que d'en montrer la perfection; et après avoir fait d'abord comme le fond du monde , il en a voulu faire l'ornement avec six dilTérents progrès, qu'il a voulu appeler six jours. Et il faisait ces six jours l'un après l'autre , comme il faisait toutes choses; pour faire voir qu'il donne aux choses l'être, la l'orme, la perfection, comme il lui plait, autant qu'il lui plall, avec une entière et parfaite liberlé.
Ainsi, il a fait la lumière avant que de faire les grands luminaires où il a voulu la ramasser; et il a fait la dislinclion des jours, avant que d'avoir créé les astres dont il s'est servi pour les régler parfaitement; et le soir et le malin ont élé distingués, avant que leur dislinclion et la division parfaite du jour cl de la nuit fussent bien marquées; et les arbres, et les arbustes, et les herbes ont germé sur la terre par ordre de Dieu, avant qu'il eût fait le soleil qui devait être le père de toutes les plantes ; et il a détaché exprès les effets d'avec leurs causes naturelles , pour montrer que naturellement tout ne tient qu'à lui seul, et ne dépend que de sa seule volonté. El il ne se contente pas d'approuver tout son ouvrage, après l'avoir achevé, en disant qu'il Hait très-beau cl très-bon; mais il dislingue chatiue