Gen., I. 31 ; Idem, 4, et seq. — 2. Pu., cxmv. IC
poindre la lumière , qu'elle est encore imparfaite , jusqu'à ce que vous l'ayez formée par la charité, et que vous qui êtes le vrai soleil de justice , aussi ardent que lumineux, vous m'ayez embrasé de votre amour! 0 Dieu! soyez loué à jamais par vos propres œuvres. Ce n'est pas assez de m'avoir illuminé une fois; sans votre secours je retombe dans mes premières ténèbres. Car le soleil même est toujours nécessaire à l'air qu'il éclaire , afin qu'il demeure éclairé : combien plus ai-je besoin que vous ne cessiez de m'illuminer, et que vous disiez toujours : Que la lumière soit faite!
Vlle ÉLÉVATION.
L'ordre des ouvrages de Dieu.
Dieu a fait le fond de son ouvrage. Dieu l'a orné, Dieu y a mis la dernière main ; Dieu s'est reposé
Quand il a fait le fond de son ouvrage; c'est-àdire, en confusion le ciel et la terre, l'air et les eaux, il n'est point dit qu'il ait parlé. Quand il a commencé à orner le monde, et à mettre l'ordre, la distinction et la beauté dans son ouvrage; c'est alors qu'il a fait paraître sa parole. Dieu a dit : Que la lumière soit; et la lumière fut*. Et ainsi du reste.
La parole de Dieu , c'est sa sagesse; et la sagesse commence à paraître avec l'ordre, la distinction et la beauté : la création du fond appartenait plutôt à la puissance.
Et cette sagesse par où devait-elle commencer, si ce n'était par la lumière , qui , de toutes les natures corporelles , est la première qui porte son impression? La sagesse est la lumière des esprits; l'ignorance est comparée aux ténèbres. Sans la lumière tout est dilTorme, tout est confus; c'est elle, qui la première, embellit et distingue les objets par l'éclat qu'elle y répand, et dont, pour ainsi dire, elle les peint et les dore. Paraissez donc, lumière, la plus belle des créatures matérielles, et celle qui embellissez toutes les autres; et faites voir que votre auteur est tout lumière en lui-même : que la lumière est le vêtement dont il se pare : Amictus lumine sicut vestimento ^ : que la lumière qu'il habite est inaccessible^ en elle-même; mais qu'elle s'étend, quand il lui plaît, sur les natures intelligentes, et se tempère pour s'accommoder à de faibles yeux : qu'il est beau et embellissant; qu'il est éclatant et éblouissant; lumineux, et par sa lumière obscur et impénétrable, connu et inconnu tout ensemble. Paraissez, encore une fois, belle lumière, et faites voir que la lumière de l'intelligence prévient et dirige tous les ouvrages de Dieu. Lumière éternelle, je vous adore, j'ouvre à vos rayons mes yeux aveugles; je les ouvre et les baisse tout ensemble, n'osant ni éloigner mes regards de vous, de peur de tomber dans l'erreur et dans les ténèbres; ni aussi les arrêter trop sur cet éclat infini, de peur que scrutateur téméraire de la Majesté, je ne sois ébloui par la gloire'^.
C'est à la faveur de votre lumière que je vois naître la lumière dans le monde; et que suivant vos ouvrages, j'en vois croître peu à peu la perfection; jusqu'à ce que vous y mettiez une fin heureuse et digne de vous, en créant l'homme, le spectateur et
1. Gen., I. 3. — 2. Ps., cm. 2. — 3. /. Tiûi., vi. 10. —i. Prov., XXV. 27.
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
radmiratour do tous vos ouvrages , et le seul qui peut proliler de tant de merveilles. Après cela que vous reslail-il que le repos ; pour uiontrer que volrc ouvrage était parfait , et qu'il n'y avait plus rien à y ajouter?
Béni soyez-vous, o Seigneur, dans le premier jour de lumière, où parut la création de la lumière; et tout ensemble le symbole du jour que vous deviez sanctilier dans le Nouveau Testament , qui est le dimanche , où reluit tout ensemble , et la lumière corporelle dans celle jtarole : Que la lumière soit faite' : et la lumière spiriluelle, dans la résurrection du Sauveur, et dans la descente du Saint-Esprit, qui a commencé à l'aire naître dans le monde la lumière de la prédication apostolique.
Que ce soit donc là notre premier jour : que ce jour nous comble de joie : que ce soit pour nous un jour d'allégresse et de sancUlicalion, où nous dirons avec David : C'est ici le jour que le Seigneur a fait ; réjouissons-nous , et tressaillons d'aise en ce jour-. C'est le jour de la Trinité adorable : le Père y parait par la création de la lumière; le Fils par sa résurrection; et le Saint-Esprit par sa descente sur ses apolres. 0 saint jour, ù jour heureux ! Puisses-lu èlre toujours le vrai Dimanche, le vrai jour du Seigneur par notre lidèle observance; comme tu l'es par la sainteté de ton institution.
Voilà quel est notre premier jour. Mais n'oublions pas le sixième , où l'homme a été créé. Ne nous réjouirons-nous pas en ce jour de notre création? Elle nous est devenue bientôt malheureuse : et peut-être a-ce été celui de noire chute; du moins est-il bien certain que celui de notre chute l'a suivi de près. Mais admirons le mystère; le jour où le premier homme, le premier Adam a été créé, est le même où le nouvel homme, le nouvel Adam est mort sur la croix. C'est donc pour l'Eglise un jour déjeune et de deuil dans toutes les générations suivantes : jour qui est suivi du triste repos de Jésus- Christ dans le sépulcre, et qui pourtant est plein de consolation par l'espérance de la résurrection future.
0 homme! vois dans ce sixième jour la perle heureusement réparée par la m.ort de ton Sauveur. Renouvelle donc en ce jour la mémoire de ta création , et la figure admirable de la formation de l'Eglise, par celle d'Eve notre mère, et la mère de tous les vivants.
0 Seigneur! donnez-moi la grâce en célébrant la mémoire des six jours de votre travail , de parvenir à celui de votre repos, dans un parfait acquiescement à vos volontés : et par ce repos, de retourner à mon origine, en ressuscitant avec vous, et me revêtant de voire lumière el de votre gloire.
Ville ÉLÉVATION.
L'assùtanrc fie ta divine Sar/esse dans la création di: l'univars.
Il n'y a ici qu'à lire ce bel endroit des Proverbes', où la Sagesse incrééc parle ainsi : Le Seigneur m'a pfjHXf'di-'e , rn'a engendrée au commencement de ne» kw.h. Jo suis moi-même ce commencement, étant l'idée ouvrière de ce grand artisan , et le modèle primitif de toute son architecture. Il m'a engendrée dès le commencement, et avant qu'il eût
1 Oen.. I. 3. — «. Pê.,cx\H. z\. - .{. prov., viit. 22. 2.'i. 21, elr.
rien fait. Avant donc tous ces ouvrages j'étais , cl j'étais par conséquent de toute éternité, puisqu'il n'y a que l'éternité avant tous les siècles. De toute éternité, j'ai été ordonnée, selon la Vulgate : j'ai été le commandement et l'ordre môme de Dieu qui ordonne tout. J'ai été fondée, disent les Septante : j'ai élô l'appui et le soutien de tous les cires, et la parole par laquelle Dieu porte le monde. J'ai eu la primauté , la principauté , la souveraineté sur toutes clioses , selon l'original hébreu. J'ai été dès le commencement, et acant que la terre fût. J^es abîmes n'étaient pas encore, et moi j'étais déjà conçue, déjà formée dans le sein de Dieu, et toujours parfaite. Decant qu'il eût fondé les montagnes avec leur masse pesante : devant les collines et les coteaux j' étais enfantée. Il n'avait point fait la terre ni les lieux habitables et inhabitables, selon les Septante; ni ce qui tient la terre en état, et ce qui l'empêche de se dissiper en poudre, selon l'Hébreu : selon la Vulgate , les gonds el les soutiens de ce lourd el sec élément. J'étais avec lui, non pas seulement quand il formait, mais encore quand il préparait les deux, quand il tenait les eaux en état, et les formait encercle, avec son compas : quand il élevait les deux : quand il affermissait la source des eaux, pour couler éternellement et arroser la terre : quand il faisait la loi à la mer, et la renfermait dans ses bornes : quand il affermissait la terre sur ses fondements , et la tenait balancée par un contre-poids : j'étais en lui et avec lui, composant, nourrissant, réglant et gouvernant toutes choses; me réjouissant tous les jours, et disant à chaque jour avec Dieu, que tout était bon, et me jouant en tout temps : me jouant dans l'univers par la facilité, la variété et l'agrément des ouvrages que je produisais : magnifique dans les grandes choses, industrieuse dans les petites; el encore riche dans les petites, et inventrice dans les grandes. Et mes délices étaient de converser avec les enfants des hommes : formant l'homme, d'une manière plus familière et plus tendre, comme la suite le fera paraître; car l'homme mérite bien sa méditation particulière, que nous ferons dans les jours suivants.
Cependant, admirons l'ouvrage de la sagesse de Dieu assistante et coopérante avec sa puissance. Louons-le avec le Sage, et mettons en abrégé toutes ses louanges en disant encore avec lui : « Le Seigneur a fondé la terre avec sa sagesse; son intelligence a établi les cieux; les abîmes sont sortis sous sa conduite; et c'est par elle que la rosée s'épaissit en nuages'. »
Concluons : Dieu a orné et ordonné le monde par sa parole; c'est dans l'ornement et dans l'ordre, que l'opération de sa parole et de sa sagesse commence à paraître, lorsqu'il a mis la distinction et la beauté dans l'univers. Ce n'est pas que Dieu n'en ait fait le fond, comme l'ordre et l'ornement, par sa sagesse. Car, comme nous avons vu, si la sagesse seule pouvait ordonner et former le monde, elle seule pouvait aussi le rendre capable d'ordre et de forme. On attribue donc principalement à la parole et à la sagesse, l'ordre et rornemcnt de l'univers : parce que c'est où son opération paraît plus distincte cl plus propre. Mais au reste, il faut dire avec saint Jean : << Lf^ Verbe était au commence-