rob., IV. IS
vous avez créé des esprits : et en faisant ce qu'il y a de plus parfait, vous n'avez pas dénié l'être à ce qu'il y a de plus imparfait. Vous avez donc fait également et les esprits et les corps : et comme vous avez fait des esprits séparés des corps, et des corps qui n'ont aucun esprit, vous avez aussi voulu faire des esprits qui eussent des corps; et c'est ce qui a donné lieu à la création de la race humaine.
Qui doute que vous ne puissiez et séparer et unir tout ce qui vous plaît? Qui doute que vous ne puissiez faire des esprits sans corps ? A-t-on besoin d'un corps, pour entendre, et pour aimer, et pour être heureux'? Vous qui êtes un esprit si pur, n'ètes-vous pas immatériel et incorporel? L'intelligence et l'amour, ne sont-ce pas des opérations spirituelles et immatérielles, qu'on peut exercer sans être uni à un corps? Qui doute donc que vous ne puissiez créer des intelligences de cette sorte? Et vous nous avez révélé que vous en avez créé de telles.
Vous nous avez révélé, que ces pures créatures sont innombrables*. Un de vos prophètes éclairé de votre lumière, et comme transporté en esprit parmi vos anges, en a vu un millier de milliers qui exécutaient vos ordres : et dix mille fois cent mille qui demeuraient en votre présence^, sans y faire autre chose que vous adorer, et admirer vos grandeurs. Il ne faut pas croire qu'en parlant ainsi il ait entrepris de les compter. Cette prodigieuse multiplication qu'il en a faite par les plus grands nombres, nous signifie seulement qu'ils sont innombrables, et que l'esprit humain se perd dans celte immense multitude. Comptez, si vous pouvez, ou le sable de la mer, ou les étoiles du ciel, tant celles qu'on voit, que celles qu'on ne voit pas : et croyez que vous n'avez pas atteint le nombre des anges. Il ne coule rien à Dieu de multiplier les choses les plus excellentes : et ce qu'il y a de plus beau , c'est pour ainsi dire, ce qu'il prodigue le plus.
« 0 mon Dieu! je vous adorerai devant vos saints anges : je chanterai vos merveilles en leur présence^ : » et je nvunirai en foi et en vérité à cette immense multitude des habitants de Aotre saint temple , de vos adorateurs perpétuels dans le sanctuaire de votre gloire.
0 Dieu! qui avez daigné nous révéler que vous les avez faits en si grand nombre, vous avez bien voulu nous apprendre encore que vous les avez distribués en neuf chœurs, et votre Ecriture qui ne ment jamais, et ne dit rien d'inutile, a nommé des anges, des archanges, des vertus, des dominations, des principautés , des puissances, des trônes, des chérubins, des séraphins'^. Qui entreprendra d'expliquer ces noms augustes, ou de dire les propriétés et les excellences de ces belles créatures? Trop content d'oser les nommer avec votre Ecriture toujours véritable, je n'ose me jeter dans cette haute contemplation de leurs perfections : et tout ce que j'aperçois, c'est que parmi ces bienheureux esprits, les séraphins qui sont les plus sublimes, et que vous mettez à la tète de tous les célestes escadrons le plus près de vous , n'osent pourtant lever les yeux jusqu'à votre face. Votre prophète qui leur a donné six ailes , pour signifier la hauteur de leurs pensées,
1. Heb., XII. 22. — 2. Dan., vu. 10. — 3. Ps., cxxxvii. 1,3. — 4. Ps., xc. 11. cm. 4; Match., xviii. 10; /. T/iess., iv. l(j; Epfi , I. 21; Coloss., I. 1(5; Is., vi. 2; xxxvii. 16.
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
leur en donne deux pour les mettre demnt votre face, deux pour les mettre decant vos pieds'. Tout est également grand en votre nature, et ce qu'on appelle la face, et ce qu'on appelle les pieds; il n'y a rien en vous qui ne soit incompréhensible. Les esprits les plus épurés ne peuvent soutenir la splendeur de voire visage : s'il y a quelque endroit en vous par où vous sembliez vous rapprocher d'eux davantage, et qu'on puisse par cette raison appeler vos pieds, ils le couvrent encore de leurs ailes, et n'osent le regarder. De six ailes , ils en emploient quatre à se cacher à eux-mêmes votre impénétrable et inaccessible lumière, et adorer l'incompréhcnsibilité de votre être, et il ne leur reste que deux ailes pour voltiger-, si on l'ose dire , autour de vous, sans pouvoir jamais entrer dans vos profondeurs, ni sonder cet abime innnense de perfection, devant lequel ils battent à peine des ailes tremblantes, cl ne peuvent presque se soutenir devant vous.
0 Dieu, je vous adore avec eux. Et n'osant mêler mes lèvres impures avec ces bouches immortelles qui font retentir vos louanges dans tout le ciel, j'atlends qu'un de ces célestes esprits me vienne loucher du feu des charbons qui brûlent devant voire autel. Quelle grandeur me montrez-vous dans ces esprits puritiants! et vous me montrez cependant que ces esprits qui me purillent, sont si pelils devant vous.
Ile ÉLÉVATION.
La chute des anges.
Tot'T peut changer, excepté Dieu. « Rien n'est immuable (par soi-même) parmi ses saints : et les cieux ne sont pas purs en sa présence'. Ceux qu'il avait créés pour le servir n'ont pas été stables : et il a trouvé de l'impureté et de la dépravation dans ses anges*. » C'est ce que dit un ami de Job : et il n'en est pas repris par cet homme irrépréhensible. C'était la doctrine commune de tout le monde, conforméraenl à cette pensée : « Dieu, dit saint Pierre^, n'a point épargné les anges pécheurs : mais il les a précipités dans les ténèbres infernales , où ils sont tenus comme par des chaînes de fer et de gros cordages, pour y être tourmentés et réservés aux rigueurs du Jugement dernier. » Et Jésus-Christ a dit lui-même, parlant de Satan : « Il n'est pas demeuré dans la vérité*. »
" Conjment êles-vous tombé du ciel, ô bel astre du matin"? Vous portiez en vous le sceau de la ressemblance, plein de sagesse et d'une parfaite beauté; vous avez été avec tous les esprits sanclitiés dans le paradis de votre Dieu, tout couvert de pierres précieuses ; » des lumières et des ornementsde sa grûce. « Comme un chérubin a des ailes étendues, vous avez brillé dans la sainte montagne de Dieu au milieu des pierreries embrasées : parfait dans vos voies dès le moment de votre création, jusqu'à ce que l'iniquité s'est trouvée en vous*. » Comnifînl s'y est-elle trouvée, par où y est-elle entrée ? I/erreur a-l-elle pu s'insinuer au milieu de tant de clarté, ou la dépravation et ririi<|iiilé parmi de si grandes gr.'iccsV Vraiment tout ce (|ui est lire du néant en lient toujours. Vous étiez sanc-
I. /*.. VI. t. — t. Id'-m. — 3. Joh., XV. 1.5. — 1. l'Iem. iv. W. - 5. //. /»«/., Il 4. — e. Joan., Mil. 4». — 7. Jit , xiv. \d. — a. Ezech.. »xviii \2, 13, «1. 1.1.
lilié, mais non pas saint comme Dieu : vous étiez réglé d'abord, mais non pas comme Dieu dont la volonté est sa règle, d'un libre arbitre indéfectible. Une de vos beautés était d'être doué d'un libre arbitre, mais non pas comme Dieu, dont la volonté esl sa règle, et dont le libre arbitre est indéfectible. Esprit superbe et malheureux, vous vous êtes arrêté en vous-même : admirateur de votre propre l)eaulé elle vous a été un piège. Vous avez dit : Je suis beau, je suis parfait, et tout éclatant de lumière; et au lieu de remonter à la source d'où vous venait cet éclat, vous avez voulu comme vous mirer en vous-même. Et c'est ainsi que vous avez dit : « Je monterai jusqu'aux cieux; et je serai semblable au Très-Haut'. » Gomme un nouveau Dieu vous avez voulu jouir de vous-même. Créature si élevée par la grâce de voire Créateur, vous avez aiïeclé une autre élévation qui vous fût propre, et vous avez voulu tous élecer un trône au-dessus des astres, pour être comme le Dieu, et de vous-même et des autres esprits lumineux que vous avez attirés à l'imitation de votre orgueil. Et voilà que tout à coup vous êtes tombé : et nous qui sommes en terre nous vous voyons dans l'abîme au-dessous de nous. C'est vous qui l'avez voulu, ange superbe , et il ne faut point chercher d'autre cause de votre défection, que votre volonté propre.
Dieu n'a besoin ni de foudre, ni de la force d'un bras indomptable pour altérer ces rebelles; il n'a qu'à se retirer de ceux qui se retirent de lui, el qu'à livrer à eux-mêmes ceux qui se cherchent euxmêmes. Maudit esprit laissé à toi-même, il n'en a pas fallu davantage pour le perdre. Esprits rebelles qui l'avez suivi, Dieu, sans vous ôter votre intelligence sublime, vous l'a tournée en supplice : vous avez été les ouvriers de votre malheur, el dès que vous vous êtes aimés vous-mêmes plus que Dieu, tout en vous s'esl changé en mal. Au lieu de votre sublimité naturelle, vous n'avez plus eu qu'orgueil el ostentation : les lumières de votre intelligence se sont tournées en finesse el artifices malins : l'homme que Dieu avait mis au-dessus de vous , est devenu l'objet de votre envie : el dénués de la charité qui devait faire votre perfection , vous vous être réduits à la basse et malicieuse occupation d'être premiêremenl nos séducteurs, el ensuite les bourreaux de ceux que vous avez séduits. Ministres injustes de la justice de Dieu, vous l'éprouvez les premiers : vous augmentez vos tourments en leur faisant éprouver vos rigueurs jalouses : voire tyrannie fait votre gloire, el vous n'êtes capables que de ce plaisir noir cl malin, si on le peut appeler ainsi, que donne un orgueil aveugle cl une basse envie. Vous êtes ces esjirils privés d'amour, qui ne vous nourrissez plus que du venin de la jalousie el de la haine. Et comment s'est fait en vous ce grand changement? Vous vous êtes retirés de Dieu, cl il s'esl retiré : c'est là votre grand supplice, et sa grande et admirable justice. Mais il a i)ourlanl fait plus encore : il a tonné, il a frappé : vous gémissez sous les coups incessamment redoublés de sa main invincible el infatigable, l'ar ses ordres souverains, la créature corporelle qui vous était soumise naturellement, vous domine et vous punit : le feu vous tourmente; sa fumée, pour airisi parler, vous étouiïe; d'épaisses ténèbres