XIV
QUATRIÈME SEMAINE
vous licnnent captifs dans des prisons éternelles. Maudits esprits, liais de Dieu et le haïssant, comment êles-vous tombés si bas? Vous l'avez voulu, vous le voulez encore puisque vous voulez toujours être superbes, et que par votre orgueil indompté vous demeurez obstinés à votre malheur.
Créature, quelle que Lu sois, et si parfaite que lu te croies, songe que tu as été tirée du néant : que de toi-même tu n'es rien : c'est du côté de cette basse origine que tu peux toujours devenir pécheresse, et dès-là éternellement et infiniment malheureuse.
Superbes et rebelles, prenez exemple sur le prince de la rébellion et de l'orgueil; et voyez, et considérez, et entendez, ce qu'un seul sentiment d'orgueil a fait en lui, et dans tous ses sectateurs.
Fuyons, fuyons, fuyons-nous nous-mêmes; rentrons dans notre néant; et mettons en Dieu notre appui comme notre amour. Amen. Amen.
nie ÉLÉVATION.
La persévérance et la béatitude des saints anges : leur ministère envers les élus.
« Il y eut un grand combat dans le ciel : Michel et ses anges combattaient contre le dragon : le dragon et ses anges combattaient contre lui; et la force leur manqua : ils tombèrent du ciel , et leur place ne s'y trouva plus'. »
Quel est ce combat? Quelles sont les armes des puissances spirituelles? « Nous n'avons point à combattre contre la chair et le sang ; mais contre
des malices spirituelles qui sont dans les cieux
et dans cet air ténébreux » qui nous environne^.
Il ne faut don ■ point s'imaginer dans ce combat, ni des bras de chair, ni des armes matérielles, ni du sang répandu comme parmi nous : c'est un conilit de pensées et de sentiments. L'ange d'orgueil qui est appelé le dragon, soulevait les anges, et (lisait : Nous serons heureux en nous-mêmes, et nous ferons comme Dieu notre volonté. Et Michel disait au contraire : Qui est comme Dieu? Qui se peut égaler à lui? d'où lui est venu le nom de Michel; c'est-à-dire, qui est comme Dieu? Mais qui doute dans ce combat, que le nom de Dieu ne l'emporte? Que pouvez-vous, faibles esprits; faibles, dis-je, par votre orgueil? que pouvez-vous contre l'humble armée du Seigneur qui se rallie à ce mot : Qui est comme Dieu? Vous tombez du ciel comme un éclair; et voire place qui y était si grande, y demeure vide. 0 quel ravage y a fait votre désertion ! quels vastes espaces demeurent vacants ! ils ne le seront pas toujours; et Dieu créera l'homme pour remplir ces places que votre désertion a laissées vacantes. Fuyez, troupe malheureuse. Qui est comme Dieu? Fuyez devant Michel et devant ses anges.
Voilà donc le ciel purifié : les esprits hautains en sont bannis à jamais; il n'y aura plus de révolte, il n'y aura plus d'orgueil, ni de dissension : c'est une Jérusalem, c'est une ville de paix, où les saints anges unis à Dieu, et entre eux, voient éternellement la face du Père^; et assurés de leur félicité, attendent avec soumission le supplément de leurs ordres qui leur viendront de la terre.
Saints et bienheureux esprits, qui vous a donné
1. Apoc, xn. 7, 8 — 2. Epke.i., vi. \i. - 3. M iCth., xviii. 10. B. — T. M.
de la force contre cet esprit superbe, qui était un de vos premiers princes, et peut-être le premier de tous? Qui ne voit que c'est le nom de Dieu, que vous avez mis à votre tête, en disant avec saint Michel : Qui est comme Dieu? Mais qui vous a inspiré cet amour victorieux pour le nom de Dieu? Ne nous est-il pas permis de penser que Dieu même vous a inspiré comme il a fait aux saints hommes, celte dilection invincible et victorieuse qui vous a fait persévérer dans le bien; et de chanter en action de grâce de votre victoire, ce que dit à Dieu un de ses saints : « C'est à vous qu'ils doivent leur être; c'est à vous qu'ils doivent leur vie; c'est à vous qu'ils doivent de vivre justes; c'est à vous qu'ils doivent de vivre heureux'? » Ils ne se sont pas faits euxmêmes meilleurs et plus excellents que vous ne les avez faits; ce degré de bien qu'ils ont acquis en persévérant, leur vient de vous. Et comme dit un autre de vos saints : « La même grâce qui a relevé l'homme tombé, a opéré dans les anges saints le bonheur de ne tomber pas : elle n'a pas délaissé l'homme dans sa chute ; mais elle n'a pas permis que les anges bienheureux tombassent-. »
J'adore donc la miséricorde qui les a faits heureux en les faisant persévérants; et appelé par votre Apôtre au témoignage des anges élus^, je reconnais en eux comme en nous votre élection en laquelle seule ils se glorifient. Car si je disais qu'ils se glorifient, pour peu que ce fût, en eux-mêmes, je craindrais. Seigneur, et pardonnez-moi si je l'ose dire, je craindrais en les rangeant avec les déserteurs, de leur en donner le partage.
Mais quoi donc, a-t-il manqué quelque chose aux mauvais anges du côté de Dieu? Loin de nous cette pensée; ils sont tombés par leur libre arbitre. Et quand on demandera pourquoi Salan s'esl-il soulevé contre Dieu ? la réponse est prête : c'est parce qu'il l'a voulu. Car il n'avait point comme nous à combattre une mauvaise concupiscence qui l'entraînât au mal comme par force : ainsi sa volonté était parfaitement libre; et sa désertion est le pur ouvrage de son libre arbitre. Et les saints anges, comment ont-ils persévéré dans le bien? Par leur libre arbitre sans doute, et parce qu'ils l'ont voulu. Car n'ayant point celte maladie de la concupiscence, ni cette inclination indélibérée vers le mal dont nous sommes tyrannisés, ils n'avaient pas besoin de la prévention de cet attrait indélibéré qui nous incline vers le bien , et qui est dans les hommes enclins à mal faire, le secours médicinal du Sauveur. Au contraire, dans un parfait équilibre la volonté des saints anges donnait seule, pour ainsi parler, le coup de l'élection; et leur choix que la grâce aidait, mais qu'elle ne déterminait pas, sortait comme de lui-même par sa propre et seule délcrminalion. Il est ainsi, mon Dieu; et il me semble que vous me faites voir celle liberté tians la notion que vous me donnez du libre arbitre, lorsqu'il a été parfaitement sain.
Il était tel dans tous les anges; mais cependant ce bon usage de leur libre arbitre, qui est un grand bien, et en attire un plus grand encore, qui est la félicité éternelle, peut-il ne pas venir de Dieu? Je ne le puis croire; et je crois, si je l'ose dire, faire
1. s. Aug. — i- S. Bern, Serm. xxii. in Cant-, n. 6.-3. /. l'im., V. il .
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ELEVATIONS SUTx LES MYSTERES.
plai^i^ aux saints anges, en reconnaissant que celui qui leur a donné l'ôlre comme à nous, la vie comme à nous, la première grâce comme à nous, la liherlê comme à nous, par une action particulière de sa puissance et de sa bonté, leur a donné comme à nous encore, par une action de sa bonté particulière, le bon usage du bien; c'est-à-dire, le bon usage de leur libre arbitre, qui était un bien, mais ambigu , dont on pouvait bien et mal user, que Dieu néanmoins leur avait donné; et combien plus leur a-t-il donné le bien dont on ne peut pas mal user, puisque ce bien n'est autre chose que le bon usage? Tout vient de Dieu; et l'ange non plus que l'homme, n'a point à se glorifier en lui-même* par quelque endroit que ce soit, mais toute sa gloire est en Dieu. Il lui a donné la justice commencée; et à plus forte raison la justice persévérante qui est plus parfaite comme plus heureuse , puisqu'elle a pour sa récompense cet immuable alTermissement de la volonté dans le bien, qui fait la félicité éternelle des justes.
Oui, saints anges, je me joins à vous, pour dire à Dieu que vous lui devez tout , et que vous voulez lui tout devoir, et que c'est par-là que vous avez triomphé de vos malheureux compagnons; parce que vous avez voulu tout devoir à celui à qui vous deviez l'être, la vie et la justice; pendant que ces orgueilleux oubliant ce qu'ils lui devaient, ont voulu se devoir à eux-mêmes leur perfection, leur gloire, leur félicité.
Soyez heureux, saints anges. Venez à notre secours. Périssent en une nuit, par la main d'un seul de vous, les innombrables armées de nos ennemis périssent en une nuit, par une semblable main, tous les premiers-nés de l'Egypte , persécutrice du peuple de Dieu'.
Saint ange, qui que vous soyez, que Dieu a commis à ma garde, repoussez ces superbes tentateurs, qui pour continuer leur combat contre Dieu, lui disputent encore l'homme qui est sa conquête, et vous le veulent enlever. 0 saint ange, puissant protecteur du peuple saint, do?îï tous offrez à Dieu les prières comme un encens açjréable'^ ! 0 saint Michel , que je puisse dire sans fin avec vous : Qui est comme Dieu? 0 saint Gabriel, qui êtes appelé la force de Dieu! vous qui avez annoncé à Marie la venue actuelle du Christ*, dont vous aviez prédit à Daniel l'arrivée future", inspirez-nous la sainte pensée de profiter de vos prédictions. 0 saint Raphaël, dont le nom est interprété la médecine de Dieu, guérissez mon àme d'un aveuglement plus I dangereux que celui du saint homme Tobie : liez [ le démon d'impudicité, qui attaque les enfants d'A- 1 dam, même dans la sainteté du mariage^ : liez-le, j car vous êtes plus puissant que lui , et Dieu même est votre force. Saints anges, tous tant que vous èles qui noyez la face de Dieu*, et à qui il a com- \ fm ' ' ' nous fjarder dans toutes nos coies^, déve- ! l'^i . iP nrUre faiblesse les secours de toutes les \ sortes que Dieu vous a mis en main pour le salut de *f- " >r lesrjuels il a daigné tous établir des '
«»i nistraleurs*". j
U Dieu ! envoyez-nous vos saints anges : ceux qui