Gen., II. 15. — 2. Idem, l'J
CINQUIÈME SEMAINE
selte ne se trouve dans aucune partie de sa famille; mais au contraire que l'al^ondance y règne partout, excepté maintenant parmi les hommes depuis que le péché a introduit la cupidité et l'avarice.
Par la considération seconde, tous les animaux sont à l'usage de l'homme, puisqu'ils lui servent à connaître et à louer Dieu. Mais outre cet usage plus universel, Adam connut dans les animaux des propriétés- particulières , qui leur donnaient le moyen d'aider par leur ministère celui que Dieu faisait leur seigneur. 0 Dieu , j'ai considéré vos ouvrages, et j'en ai été effrayé! Qu'est devenu cet empire, que vous nous aviez donné sur les animaux? On n'en voit plus parmi nous qu'un petit reste, comme un faible mémorial de notre ancienne puissance, et un débris malheureux de notre fortune passée.
Rendons grâces à Dieu de tous les biens qu'il nous a laissés dans le secours des animaux; accoutumons -nous à le louer en tout. Louons-le dans le cheval qui nous porte ou qui nous traîne; dans la brebis qui nous habille et qui nous nourrit; dans le chien qui est notre garde et notre chasseur; dans le bœuf qui fait avec nous notre labourage. N'oublions pas les oiseaux puisque Dieu les a amenés à Adam comme les autres animaux ; et qu'encore aujourd'hui apprivoisés par notre industrie , ils viennent flatter nos oreilles par leur aimable musique; et chantres infatigables et perpétuels, ils semblent vouloir mériter la nourriture que nous leur donnons. Si nous louons les animaux dans leur travail , et pour ainsi dire , dans leurs occupations , ne demeurons pas inutiles; travaillons, gagnons notre pain chacun dans son exercice, puisque Dieu l'a mis à ce prix depuis le péché.
IP ÉLÉVATION
La création du second sexe.
En produisant les autres animaux. Dieu a créé ensemble les deux sexes; et la formation du second est une singularité de la création du monde.
Que servait à l'homme d'être introduit dans ce paradis de délices, dans tout un vaste pays que Dieu avait mis en son pouvoir, et au milieu de quatre grands fleuves dont les riches eaux traînaient des trésors : au reste sous un ciel si pur, que sans être encore obscurci par ces nuages épais qui couvrent le nôtre, et produisent les orages, il s'élevait de la terre par une bénigne chaleur, une vapeur douce qui se distillait en rosée, et qui arrosait la terre et toutes ses plantes? L'homme était seul, et le plus seul de tous les animaux, car il voyait tous les autres partagés et appareillés en deux sexes; et, dit l'Ecriture, il n'y avait que l'homme, ù quion ne trouvait point d'aide semblable à lui* . Solitaire, sans compagnie, sans conversation, sans douceur, sans espérance de postérité , et ne sachant à qui laisser, ou avec qui partager ce grand héritage, et tant de biens que Dieu lui avait donnés, il vivait tranquille, abandonné à sa providence, sans rien demander. Et Dieu aussi de lui-même, ne voulant laisser aucun défaut dans son ouvrage, dit ces paroles : Il n'est pas bon que l'homme soit seul : donnons-lui une aide semblable à lui"^.
Peut-être donc va-t-il former le second sexe,