‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 182 sur 851 · Joan., VIII · texte numérisé non relu

Joan., VIII

Ville ÉLÉVATION.

Présence de Dieu redoutable aux pécheurs : nos premiers parents augmentent leur crime en y cherchant des excuses.

Comme Dieu se promenait dans le paradis (car pour les raisons qui ont été dites, nous avons vu qu'il leur apparaissait sous des figures sensibles) : ils en entendirent le bruit. Adam et Eve se cachèrent de devajit la face du Seigneur, dans l'épaisseur du bois du paradis. Et le Seigneur Dieu appela Adam, et lui dit : Où es-tu? et Adam lui répondit : J'ai entendu dans le paradis le bruit de votre présence , et je l'ai redoutée, parce que j'étais nu, et je me suis caché. Et Dieu lui dit : Mais qui t'a montré que tu étais nu, si ce n'est que tu as mangé du fruit que je t'avais défendu'?

Il est dit dans l'Ecriture que Dieu se promenait à l'air durant le midi. Ces choses en elles-mêmes si peu convenables à la majesté de Dieu, et à l'idée de perfection qu'il nous a donnée de lui-même, nous avertissent d'avoir recours au sens spirituel. Le midi qui est le temps de la grande ardeur du jour, nous signifie l'ardeur brûlante de la justice de Dieu, lorsqu'elle vient se venger des pécheurs; et quand il est dit que Dieu dans cette ardeur se promène à l'air, c'est qu'il tempère par bonté l'ardeur intolérable de son jugement. Car celait déjà un commencement de bonté, de vouloir bien reprendre Adam; au lieu que sans le reprendre , il pouvait le précipiter dans les enfers, comme il a fait l'ange rebelle. Adam n'avait pas encore appris à profiter de ces reproches, et comme à respirer à cet air plus doux : plein des terreurs de sa conscience , il se cache dans la forêt, et n'ose paraître devant Dieu.

Nous avons vu l'homme pécheur qui ne se peut souffrir lui-même; mais sa nudité ne lui est jamais plus affreuse, que par rapport, non point à luimême, mais à Dieu , devant qui tout est à nu et à découvert^, jusqu'aux replis les plus intimes de sa conscience. Contre des yeux si pénélranls, des feuilles ne suffisent pas. Adam cherche l'épais des forêts , et encore n'y Irouve-t-il pas de quoi s'y mettre à couvert. Il ne faut pas s'imaginer qu'il crût se soustraire aux yeux invisibles de Dieu : il lâcha du moins de se sauver de sa présence sensible qui le brûlait trop; à peu près comme feront ceux qui crieront au dernier jugement : Montagnes, tombez sur nous : collines, enterrez-nous^. Mais la voix de Dieu le poursuit. Adam, où es-tu? Combien loin de Dieu et de toi-même! Dans quel abîme de maux, dans quelles misères, dans quelle ignorance, dans quel déplorable égarement !

A celte voix, étonné, et ne sachant où se mettre : Je me suis caché , dit-il, parce que j'étais nu. Mais qui t'a dit que tu étais nu, dit le Seigneur, si ce n'est que tu as mangé du fruit défendu ? Adam lui répondit : La femme que vous m'avez donnée pour compagne , m'a présenté du fruit , et j'en ai mangé*. C'est ici que les excuses commencent; vaines excuses qui ne couvrent pas le crime, et qui découvrent l'orgueil et l'impénitence. Si Adam, si Eve avaient pu avouer humblement leur faute, qui sait jusqu'où se serait portée la miséricorde de Dieu ?

1. Gen.. III. 8, 9, 10, 11. — 2. Heb., iv. 13.'— 3. Litc, xxiii. 3U. — i. Gen.. m. 10, 11, \>.

KLÉVATIOXS SUR LES MYSTÈRES

Mais Adam rejolte la faute sur la femme, et la femme sur le serpent , au lieu de n'en accuser que leur libre arbitre. De si frivoles excuses étaient ligurées par les feuilles de tiguier, par l'épaisseur de la forêt dont ils pensaient se couvrir. Mais Dieu fait voir la vanité de leur excuse. Que sert à l'homme de dire : La femme que tous m'avez donnée pour compagne.* Il semble s'en prendre à Dieu même. I^Iais Dieu lui avail-il donné celte femme pour compagne de sa désobéissance"? Ne devail-il pas la régir, la redresser'? C'est donc le comble du crime, loin de l'avouer, d'en vouloir rejeter la faute sur sa malheureuse compagne , et sur Dieu même qui la lui avait donnée.

Ne cherchons point d'excuse à nos crimes : ne les rejetons pas sur la partie faible qui est en nous; confessons que la raison devait présider et dominer à ses appétits : ne cherchons point à nous couvrir : mettons-nous devant Dieu; peul-ctre alors que sa bonté nous couvrira d'elle-même, et que nous serons de ceux dont il est ôrrit : Bienheureux ceux dont les iniquités ont été remises, et dont les péchés ont été couverts*.

IXe ÉLÉVATION.

Ordre de la justice de Dieu.

Il faut ici distinguer l'ordre du crime d'avec l'ordre de la justice divine. Le crime commence par le serpent, se continue en Eve, et se consomme en Adam; mais l'ordre de la justice divine est de s'attaquer d'abord au plus capital. C'est pourquoi il s'en prend d'abord à l'homme, en qui se trouvait dans la plénitude de la force et de la grâce, la plénitude de la désobéissance et de l'ingratitude. C'était à lui qu'était attachée la totalité de la grâce originelle; c'était à lui que les grands dons avaient été communiqués; et à lui qu'avait été donné et signifié le grand précepte : c'est donc par lui que Dieu commence; l'examen passe ensuite à la femme; il se termine au serpent; et rien n'échappe à sa censure.

Xe ÉLÉVATION.

Suite des excuses.

a Et Dieu dit à Eve : Pourquoi avez-vous fait cela? elle répondit : Le serpent m'a trompée^. » Mais pourquoi vous laissiez-vous tromper? N'aviezvous pas tout ensemble votre libre arhitrc et ma grâce? Pourquoi avez-vous écouté? La conviction était facile; mais Dieu en laisse l'cfTet à la conscience d'Eve; et se tournant vers le serpent dont l'orgueil et l'obstination ne lui permettaient pas de s'excuser; sans lui demander de. Pourquoi, ainsi qu'il avait fait à Adam et à Eve , il lui dit décisivement et loul court : « Parce que vous avez fait cela, vous serez maudit parmi tous les animaux : vous marcherez sur votre estomac, et la terre sera votre nourriture'. » Voilà trois caractères du serpent; d'être en exécration et en horreur plus que tous les autres animaux : c'est aussi le caractère de Satan, que tout le monde maudit; de marcher sur son estomac, de n'avoir que des pensées basses , et ce qui revient à la même chose, de se nourrir de terre, c'esl-a-dire, de pensées terrestres et corporelles, puisque toute aon occupation est d'être notre tenta-

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