‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 183 sur 851 · XXXI. l. — 2. Uen., m. 13. — ?.. Idem. H · texte numérisé non relu

XXXI. l. — 2. Uen., m. 13. — ?.. Idem. H

teur, et de nous plonger dans la chair et dans le sang. La suite marque encore mieux le caractère du diable, qui le pousse à porter des plaies en trahison, et à attaquer par l'endroit le plus faible; c'est ce que Dieu explique par ces paroles : « Tu lui dresseras des embûches, et lui mordras le talon'. » Comme donc les caractères du diable devaient être représentés par ceux du serpent, Dieu qui le prévoyait, le détermina à se servir de cet animal • pour parler à Eve, afin qu'étant l'image du diable par ses embûches , il en représentât encore le juste supplice; en sorte que ces caractères que nous venons de marquer, convinssent au serpent en parabole , et au diable en vérité.

Considérez un moment comment Dieu altère cet esprit superbe , enflé de sa victoire sur le genre humain. Quel autre en a remporté une plus entière? Par un seul coup tout le genre humain devient le captif de ce superbe vainqueur. Vantez-vous de vos conquêtes, conquérants mortels : Dieu qui a humilié le serpent au milieu de son triomphe, saura vous abattre.

XJo ÉLÉVATION.

Le supplice d'Eve : et comment il est changé en remède.

« Le Seigneur dit à la femme : Je multiplierai tes calamités et tes enfantements ; tu enfanteras dans la douleur^. » La fécondité est la gloire de la femme; c'est là que Dieu met son supplice : ce n'est qu'au péril de sa vie qu'elle est féconde. Ce supplice n'est pas particulier à la femme. La race humaine est maudite; pleine, dès la conception et dès la naissance, de confusions et de douleurs, et de tous côtés environnée de tourment et de mort ; l'enfant ne peut naître sans mettre sa mère en péril; ni le mari devenir père sans hasarder la plus chère moitié de sa vie. Eve est malheureuse et maudite dans tout son sexe, dont les enfants sont si souvent les meurtriers : elle était faite pour être à l'homme une douce société , sa consolation , et pour faire la douceur de sa vie; elle s'enorgueillissait de cette destination : mais Dieu y mêle la sujétion; et il change en une amère domination cette douce supériorité qu'il avait d'abord donnée à l'homme. Il était supérieur par raison; il devient un maître sévère par humeur; sa jalousie le rend un tyran; la femme est assujétie à cette fureur, et dans plus de la moitié de la terre les femmes sont dans une espèce d'esclavage. .Ce dur empire des maris, et ce joug auquel la femme est soumise, est un effet du péché. Les mariages sont aussi souvent un supplice qu'une douce liaison; et on est une dure croix l'un à l'autre, et un tourment dont on ne peut se délivrer; unis et séparés on se tourmente mutuellement. Dans le sens spirituel , on n'enfante plus qu'avec peine; toutes les productions de l'csl^rit lui coulent, les soucis abrogent nos jours; tout ce qui est désirable est laborieux.

Par la rédemption du genre humain, le supplice d'Eve se change en grâce. Sa première punition lui rendait sa fécondité périlleuse; mais la grâce, comme dit saint Paul, fait qu'elle est sauvée par la production des enfants^. Sa vie y est exposée, son salut y est assuré, pourvu qu'elle soit lidèle à ce que demande son étal : c'est-à-dire, qu'elle de-

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