‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 184 sur 851 · Oen , III. 15, — 2. Idem, 16. — 3. /. Tim., il · texte numérisé non relu

Oen , III. 15, — 2. Idem, 16. — 3. /. Tim., il

SIXIEME SEMAINE

meure dans la /bt conjugale, dans un amour chaste de son mari, daiis la sanctifica.lion et la piété, comme naturelle à son sexe; bannissant les vanités de la parure et toute mollesse, par la sobriété, la modération et la tempérance, comme ajoute le même saint Paul.

Xlle ÉLÉVATION.

Le supplice d'Adam, et premièrement le travail.

« Dieu dit à Adam : Parce que tu as écouté la parole de la femme'. » C'est par où commence l'accusation : l'homme est convaincu d'abord d'une complaisance excessive pour la femme; c'est la source de notre perte, et ce mal ne se renouvelle que trop souvent. Continuons : « Parce que tu as mangé du fruit que je t'avais interdit, la terre est maudite dans ton travail ; tu ne mangeras ton pain qu'avec la sueur de ton visage; » et le reste. C'est par où commence le supplice ; mais il est exprimé par des paroles terribles : La terre est maudite dans ton travail : la terre n'avait point péché; et si elle est maudite , c'est à cause du travail de l'homme maudit qui la cultive : on ne lui arrache aucun fruit, et surtout le fruit le plus nécessaire, que par force et parmi des travaux continuels.

Tous les jours de ta vie-. La culture de la terre est un soin perpétuel qui ne nous laisse en repos ni jour ni nuit , ni en aucune saison : à chaque moment l'espérance de la moisson et le fruit unique de tous nos travaux peut nous échapper : nous sommes à la merci du ciel inconstant, qui fait pleuvoir sur le tendre épi, non-seulement les eaux nourrissantes de la pluie , mais encore la rouille inhérente et consumante de la niellure.

La terre te produira des épines et des buissons^. Féconde dans son origine et produisant d'elle-même les meilleures plantes, maintenant si elle est laissée à son naturel, elle n'est fertile qu'en mauvaises herbes ; elle se hérisse d'épines ; menaçante et déchirante de tous côtés , elle semble même nous vouloir refuser la liberté du passage , et on ne peut marcher sur elle sans combat.

Tu mangeras l'herbe de la terre K II semble que dans l'innocence des commencements, les arbres devaient d'eux-mêmes offrir et fournir à l'homme une agréable nourriture dans leurs fruits; mais depuis que l'envie du fruit défendu nous eût fait pécher, nous sommes assujélis à manger l'herbe que la terre ne produit que par force; et le blé dont se forme le pain qui est notre nourriture ordinaire, doit être arrosé de nos sueurs. C'est ce qu'insinuent ces paroles : Tu mangeras l'herbe ; et ton pain te sera donné à la sueur de ton visage. Voilà le commencement de nos malheurs : c'est un continuel travail qui seul peut vaincre nos besoins et la faim qui nous persécute.

Jusqu'à ce que tu retournes à la terre dont tu as été formé, et que lu deviennes poussière^. Il n'y a point d'autre fm de nos travaux ni d'autre repos pour nous , que la mort et le retour de la poussière , qui est le dernier anéantissement de nos corps. Cet objet est toujours présent à nos yeux : la mort se présente de toutes parts : la terre même que nous cultivons nous la met incessamment devant la vue :

1. Gen., m. 17, 18, 19. — 2. Idem, — 3. Ibid., 18. — 4. Ibid., — 5. Ibid., 19.

c'est l'esprit de cette parole. L'homme ne cessera de travailler la terre dont il est pris', et où il retourne.

Homme, voilà donc ta vie, éternellement lourmenler la terre, ou plutôt te tourmenter toi-même en la cultivant; jusqu'à ce qu'elle te reçoive toimême et que lu ailles pourrir dans son sein. 0 repos affreux ! 0 triste fin d'un continuel travail.

Xllle ÉLÉVATION.

Les habits et les injures de l'air.

« Et le Seigneur Dieu fit à Adam, et à sa femme, des habits de peaux; et il les en revêtit^. » L'homme ne devient pas seulement mortel, mais exposé par sa mortalité à toutes les injures de l'air d'où naissent mille sortes de maladies. Voilà la source des habits que le luxe rend si superbes : la honte de la nudité les a commencés; l'infirmité les a étendus sur tout le corps; le luxe veut les enrichir, et y mêle la mollesse et l'orgueil. 0 homme, reviens à ton origine! Pourquoi l'enorgueillir dans tes habits? Dieu ne te donne d'abord que des peaux pour te vêtir : plus pauvre que les animaux dont les fourrures leur sont naturelles; infirme et nu que lu es, tu te trouves d'abord à l'emprunt : ta disette est infinie; tu empruntes de tous côtés pour te parer. Mais allons à l'origine , et voyons le principe du luxe : après tout il est fondé sur le besoin; on lâche en vain de déguiser celle faiblesse en accumulant le superflu sur le nécessaire.

L'homme en a usé de même dans tout le reste de ses besoins , qu'il a tâché d'oublier et de couvrir en les ornant. Les maisons qu'on décore par l'architecture , dans leur fond ne sont qu'un abri contre la neige et les orages, et les autres injures de l'air : les meubles ne sont dans leur fond qu'une couverture contre le froid : ces lits qu'on rend si superbes, ne sont après tout qu'une retraite pour soutenir la faiblesse, et soulager le travail par le sommeil : il y faut tous les jours aller mourir, et passer dans ce néant une si grande partie de notre vie.

XlVe ÉLÉVATION.

Suite du supplice d'Adam ; la dérision de Bien.

« Et Dieu dit : Voyez Adam qui est devenu comme un de nous, sachant le bien et le mal; prenons donc garde qu'il ne mette encore la main sur le fruit de vie, et ne vive éternellement^. » Celle dérision divine était due à sa présomption. Dieu dit en luimême et aux personnes divines, et si l'on veut, aux saints anges : Voyez-moi ce nouveau dieu , qui ne s'est pas contenté de la ressemblance divine que Dieu avait imprimée au fond de son àme; il s'est fait dieu à sa façon : voyez comme il est savant , et qu'en effet il a bien appris le bien et le mal à ses dépens : prenons garde qu'après nous avoir si bien dérobé la science, il ne nous dérobe encore l'immorlalité. Remarquons que Dieu ajoute la dérision au supplice. Le supplice est du à la révolte; mais l'orgueil y attirait la dérision. « Je vous ai appelés, et vous avez refusé d'entendre ma voix; j'ai tendu le bras, et personne ne m'a regardé; vous avez méprisé tous mes conseils , vous avez négligé mes avis et mes reproches; et moi aussi à mon tour je rirai dans votre perte; je me moquerai de vos mal-

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