‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 185 sur 851 · Gen., m, 23. —2. Ide>n,2\. —Z.Ibid · texte numérisé non relu

Gen., m, 23. —2. Ide>n,2\. —Z.Ibid

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES

heurs et de voire inorl'. » C'est, direz-vous, pousser la vengeance jusqu'à la cruauté; je l'avoue : mais Dieu aussi deviendra cruel et impitoyable. Après que sa bonté a été méprisée, il poussera la rigueur jusqu'à tremper et laver ses mains dans le sang du pécheur. Tous les justes entreront dans celte dérision de Dieu : « Et ils riront sur l'impie, et ils s'écrieront : Voilà l'homme qui n'a pas mis son secours en Dieu ; mais qui a espéré dans l'abondance de ses richesses; et il a prévalu par sa vanité^. » Cette vanité insensée lui olVrait une llatteuse ressemblance de la Divinité même. Adam est (lecenu comme un de nous : il a voulu èlre riche de ses propres biens; voyez qu'il est devenu puissant. Ainsi ces redoutables et saintes dérisions de la Juslice divine suivies de celles des justes , ont leur origine dans celle où Dieu insulte à Adam dans son supplice. Jésus-Christ qui nous a mis à couvert de la justice de Dieu , lorsqu'il en a porté le poids , a soulïert cette dérision dans son supplice : « S'il est le Fils de Dieu, qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui; que Dieu , qu'il se vante d'avoir pour père, le délivre'. » C'est ainsi que lui insultaient les impies dans son supplice, mêlant à la cruauté l'amertume de la moquerie : de celle sorte il a expié la dérision qui était tombée sur Adam, et sur tous les hommes.

C'est au milieu de cette amère et insultante dérision , que Dieu le chasse du paradis de délices , pour tracailler à la terre d'où il a été pris'*. Et voilà à la porte de ce paradis délicieux un chérubin qui roule en sa main une épée de feu^ : en sorte que ce même lieu auparavant si plein d'attraits, devient un objet d'horreur et de terreur.

XV" ÉLÉVATION

La mort vraie peine du péché.

« Au jour que vous mangerez du fruit défendu , vous mourrez de mort». » Dans l'instant même vous mourrez de la mort de l'âme, qui sera incontinent séparée de Dieu, qui est notre vie, et l'àme de l'âme même. Mais encore que votre âme ne soit pas actuellement séparée de votre corps à l'instant mérne du péché, néanmoins à cet instant elle mérite de l'être : elle en est donc séparée quant à la dette, quoique non encore par l'effet : nous devenons mortels : nous sommes dignes de inorl : la mort nous domine : notre corps dès-là devient un joug à notre âme, et nous accable de tout le poids de la mortalité et de l'infirmilé qui l'accompagnent. Justement, Seigneur, justement : car l'âme qui a perdu volontairement Dieu, qui était son âme, est punie de sa défection par son inévitable séparation d'avec le corps qui lui est uni; et la perte que fait le corps par nécessité de l'âme qui le gouverne el le perfectionne, el le juste supplice de celle que l'âme a rail volonlairemcnl de Dieu , qui la viviliait par son union.

Justice de Dieu, je vous adore! il était juste que composé de deux parties dont vous aviez rendu l'union immuable, tant que je demeurerais uni à vous par la soumission que je vous devais, après que je me suis soulevé contre vos ordres inviolables, je

J. Prot». 1.24,25. 9». —2, P«,,i,i. 8,9. -.3. M^itlh,. xxvii. 40. Ai. 4.3. - I, fift.. m. ?3. — 5. I'(rn1,''\. —c,. Ihid., ii. 17.

visse la dissolution dos deux parties de moi-môme auparavant si bien assorlies, el que je visse mon corps en état d'aller pourrir dans la terre, et de retourner à sa première boue. 0 Dieu , je subis la sentence; et toutes les fois que la maladie m'altaquera, pour petite qu'elle soit, ou que je songerai seulement que je suis mortel , je me souviendrai de cette parole ; Tu mourras de mort; et de cette juste condamnation que vous avez prononcée contre toute la nature humaine. L'horreur que j'ai naturellement de la mort, me sera une preuve de mon abandonnement au péché : car, Seigneur, si j'étais demeuré innocent, il n'y aurait rien qui pût me faire horreur. Mais maintenant je vois la mort qui me poursuit, et je ne puis éviter ses affreuses mains. 0 Dieu 1 faites-moi la grâce que l'horreur que j'en ressens, et que votre saint fils Jésus n'a pas dédaigné de ressentir, m'inspire l'horreur du péché qui l'a introduite sur la terre. Sans le péché nous n'aurions vu la mort que peut-être dans les animaux : encore un grand et saint docteur' semblet-il dire , qu'elle ne leur serait point arrivée dans le paradis, de peur que les yeux innocents des hommes n'eussent été frappés de ce triste objet. Quoi qu'il en soit, ô Jésus! je déleste le péché plus que la mort , puisque c'est par le péché que la mort a régné sur tout le genre humain depuis Adam''' noire premier père, jusqu'à ceux qui vous verront arriver dans votre gloire.

XVIc ÉLÉVATION.

La mort éternelle.

Mais la grande peine du péché, celle qui est seule proporlionnce, c'est la mort éternelle : et cette peine du péché est enfermée dans le péché môme. Car le péché n'élanl autre chose que la séparation volontaire de l'homme qui se retire de Dieu , il s'ensuit de là que Dieu se retire aussi de l'homme , et s'en retire pour jamais , l'homme n'ayant rien par où il puisse s'y rejoindre de luimême : de sorte que par ce seul coup que se donne le pécheur, il demeure élernelleraent séparé de Dieu , et Dieu forcé par conséquent à se retirer de lui, jusqu'à ce que par un retour de sa pure miséricorde, il lui plaise de revenir à son inlldèle créature. Ce qui n'arrivant que par une pure bonté que Dieu ne doit point au pécheur, il s'ensuit qu'il ne lui doit autre chose qu'une éternelle séparation et soustraction de sa bonté, de sa grâce, et de sa présence; mais dès-là son malheur est aussi immense qu'il est éternel.

Car, que peul-il arriver à la créature privée de Dieu, c'est-à-dire , de tout bien? Que lui peut-il arriver, sinon tout le mal? Allez, maudits , au feu éternel'^ : et où iront-ils ces malheureux repoussés loin de la lumière, sinon dans les ténèbres éternelles? Où iront-ils éloignés de la paix, sinon au trouble, au désespoir, au grincement de dents? Où ironl-ils, en \\n mot, éloignés de Dieu, sinon en toute l'horreur que causera l'absence et la privation de tout le bien qui est en lui comme dans la source? Je te montrerai tout le bien'', dit-il à Moïse, en me montrant moi-même. Que pourra-t-il donc arriver à ceux à qui il refusera sa face el sa présence

1. .S'. Awj .,0p. imper f.conlr. Jul.,Ulj. m, n. 147. — 9. Rom., V, li;, 14. — 3. Matl/i., XXV. II. — 1. ExoU , xxxiii. l'J.

SEPTIÈME SEMAINE

désirable, sinon qu'il leur montrera tout le mal : et qu'il le leur montrera non-seulement pour le voir, ce qui est affreux; mais ce qui est beaucoup plus terrible, pour le sentir par une triste expérience. Et c'est là le juste supplice du pécheur qui se retire de Dieu, que Dieu aussi se retire de lui, et par cette soustraction le prive de tout bien, et l'investisse irrémédiablement et inexorablement de tout mal. 0 Dieu ! ô Dieu ! je tremble : je suis saisi de frayeur à celte vue. Consolez-moi par l'espérance de votre bonté : rafraîchissez mes entrailles, et soulagez mes os brisés, par Jésus-Christ votre Fils, qui a porté la mort pour me délivrer de ses terreurs, et de toutes ses affreuses suites, dont la plus inévitable est l'enfer.

SEPTIÈME SEMAINE

Sur le péché originel.

Tous les hommes dans un seul homme, premier fondement de la justice de Dieu dans le péché originel.

« Il a fait que toute la race humaine venue d'un seul homme, se répande sur toute la terre' t » C'est ici une des plus belles et des plus remarquables singularités de la création de l'homme. Nous ne lisons point que les animaux viennent de même d'un seul, ni que Dieu les ait réduits d'abord à un seul mâle et à une seule femelle : mais Dieu a voulu que, tant que nous sommes d'hommes, répandus par toute la terre, dans les îles, comme dans les continents, nous sortissions tous d'un seul mariage, dont l'homme étant le chef, un seul homme par conséquent est la source de tout le genre humain.

Le désir de nous porter tous à l'unité, est la cause de cet ordre suprême de Dieu, et les effets en sont admirables.

Premièrement, Dieu pouvait donner l'être à tous les hommes, comme à tous les anges indépendamment les uns des autres; surtout l'àme raisonnable ne pouvant, comme incorporelle, dépendre par elle-même d'aucune génération. Néanmoins il a plu à Dieu que non-seulement le corps, mais encore l'àme dépendît selon son être, de celle voie, et que les âmes se multipliassent autant que les générations humaines; il a voulu encore que toutes les races humaines se réduisissent à la seule race d'Adam : en sorte que tous les hommes, et selon le corps et selon l'âme, dépendissent de la volonté et de la liberlé de ce seul homme.

Vous portez deux nations dans votre sein"^, disait Dieu à Rebecca. Quel speclacle I en deux enfants encore enfermés dans les entrailles de leur mère, deux grandes et nombreuses nations, et la destinée de l'une et de l'autre. Mais combien est-il plus étonnant de voir en Adam seul toutes les nations, tous les hommes en particulier, et la commune destinée de tout le genre humain !

Dieu avait fait l'homme si parfait, et lui avait donné une si grande facilité de conserver et pour lui, et pour toute sa postérité, le bien immense

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