Acl. XVII. 26. — 2. Gen., xxi
T. II
qu'il avait mis en sa personne , que les hommes n'avaient qu'à remercier cette divine bonté d'avoir renfermé en lui tout le bonheur de ses enfants qui devaient composer tout le genre humain. Regardons-nous tous en celte source : regardons-y notre être et notre bien-être; notre bonheur et notre malheur. Dieu ne nous voit qu'en Adam, dans lequel il nous a tous faits : quoi qu'Adam fasse , nous le faisons avec lui , parce qu'il nous tient renfermés, et que nous ne sommes en lui moralement qu'une seule et même personne : s'il obéit, j'obéis en lui : s'il pèche, je pèche en lui : Dieu traitera tout le genre humain, comme ce seul homme, où il a voulu le mettre tout entier, l'aura mérité. J'adore, Seigneur, votre justice , quoiqu'impénétrable à mes sens et à ma raison : pour peu que j'entrevoie ses règles sacrées, je les adore et je m'y soumets.
Ile ÉLÉVATION.
Le père récompensé et puni dans les enfants; second fondement de la justice de Dieu dans le péché originel.
Quand Dieu fit l'homme si parfait, quand il voulut faire dépendre de lui seul l'être et la vie de toutes les nations, de toutes les races, de tous les hommes particuliers jusqu'à l'infini, si Dieu voulait; il mit en môme temps une telle unilé entre lui et ses enfants , qu'il put être puni et récompensé en eux, comme il serait en lui-même , et peut-être plus. Car Dieu a inspiré aux parents un tel amour pour leurs enfants, que naturellement les maux des enfants leur sont plus sensibles et plus douloureux que les leurs; et qu'ils aiment mieux les laisser en vie, que de leur survivre : de sorte que la vie de leurs enfants leur est plus chère que la leur propre. La nature, c'est-à-dire , Dieu, a formé ainsi le cœur des pères et des mères : et ce sentiment est si intime et si naturel, qu'on en voit même un vestige et une impression dans les animaux, lorsqu'ils s'exposent pour leurs petits, et se laissent arrachera la vie plutôt que d'en abandonner le soin.
Ce caractère paternel a dû se trouver principalement dans celui qui est non-seulement le premier de tous les pères, mais encore père par excellence; puisqu'il a été établi le père du genre humain. Après donc que dès l'origine et nouvellement sorti des mains de Dieu , il eût transgressé ce commandement si facile, par lequel Dieu avait voulu éprouver sa soumission et l'avertir de sa liberté, il était juste qu'il le punît, non-seulement en lui-même, mais encore dans ses enfants, comme étant une portion des plus chères de sa substance, et quelque chose qui lui est plus intimement uni que ses propres membres. De sorte que les enfants futurs de ce premier père, c'est-à-dire, tout le genre humain, qui n'avait d'être ni de substance qu'en ce premier père, devinrent le juste objet de la haine et de la vengeance divine. Tout est en un seul ; et tout est maudit en un seul : et ce père malheureux est puni dans tout ce qu'il contient en lui-môme d'enfants depuis la* première jusqu'à la dernière génération.
Si Dieu est juste à punir, il l'est encore plus à récompenser. Si Adam eût persévéré, il eût été récompensé dans tous ses enfants , et la justice originelle eût été leur héritage commun. Maintenant ils ont perdu en leur père , ce que leur père avait reçu
KLKVATIONS SUR LES MYSTÈRES
pour lui et pour eux; ol privée ilc ce grand don, la nature humaine devient et malUoureuse cl maudite dans ses branches , parce qu'elle l'est dans sa tige. Considérons la justice humaine : nous y verrons une image de cette justice de Dieu, l'n père dégradé perd sa noblesse et pour lui et pour ses enfants, surtout pour ceux qui sont à iiailre: ils perdent en lui tous leurs biens, lorsqu'il mérite do les perdre. S'il est banni et e.xclu de la société de ses citoyens, et comme du sein maternel de sa terre natal, ils sont bannis avec lui à jamais. Pleurons, malheureux enfants d'un père justement proscrit, race dégradée et déshéritée par la loi suprême de Dieu : et bannis éternellement autant que justement de la cité sainte qui nous était destinée dans notre origine, adorons avec tremblement les règles sévères et impénétrables de la justice de Dieu, dont nous voyons les vestiges dans la justice, quoiqu'inférieure, des hommes. Mais voici le comble de nos
maux.
Ille ÉLÉVATION.
L'i justice originelle dont Adam a été privé pour lui et
pour ses enfunts : troisième fondement de la justice
de Dieu dans le péché oriijinel.
€ Dieu a fait l'homme droit; et il s'est enveloppé dans jdusieurs questions'. » Cette droiture où Dieu avait d'abord fait l'homme, consistait premièrement dans la connaissance. Il n'y avait point alors de question : Dieu avait mis dans le premier homme la droite raison, qui consistait en une lumière divine, par laquelle il connaissait Dieu directement comme un être parfait et tout-puissant.
Cette connaissance tenait le milieu entre la foi, et la vision bienheureuse. Car encore que l'homme ne vil pas Dieu , face à face , il ne le voyait pourtant pas comme nous faisons, à travers une énigme, et comme par im miroir-. Dieu ne lui laissait aucun doute de son auteur, des mains duquel il sortait; ni de sa perfection qui reluisait si clairement dans ses œuvres. Si saint Paul a dit, « que les merceilles inti$ibles de Dieu, et son éternelle jouissance , et sa ditinilé, sont manifestes dans ses œucres à ceux qui les contemplent; en sorte qu'ils sont inexcusables de ne le pas reconnaître et adorer^; combien plus Adam l'eùl-il connu? L'idée que nous portons naturellement dans notre fonds de la perfection de Dieu , en sorte que nous penchons naturellement à lui attribuer ce qu'il y a de plus parfait, était si vive dans le premier homme, que rien ne la pouvait olTusquer. Ce n'était pas comme à présent, que cette idée brouillée avec les images de nos sens se recule, pour ainsi dire, quand nous la cherchons : nous n'en pouvons porter la simplicité, et nous n'y revenons qu'à [icine et par mille détours. Mais alors on la sentait d'abord; et la première pensée qui venait à l'homme dans tous les ouvrages et dans lou« les mouvements qu'il voyait, ou au dedans ou au dehors, c'est que Dieu en était le parfait auteur.
Par là il connaissait son àme, comme faite à l'image de Dieu, et entièrement pour lui; et au lieu i\< tant de peine à la trouver, effiue
îr jms avec toutes les images rpie nos
sens nous apportent, alors on la démêlait d'abord d'avec loul ce qui n'était pas elle.