Oen., m. 15. — 2. Jocn,, viii. 41, ■1. Gai., m. la
— .'!. Gi;n., XXH. 18, —
HUITIEME SEMAINE
les femmes , et béni le fruit de vos entrailles ' . Vous êtes donc, ô Marie ! celle femme qui par votre fruit devez écraser la tète du serpent. Vous êtes , ô Jésus! ce fruit béni, en qui la victoire nous est assurée. Je vous rends grâces, mon Dieu, d'avoir ainsi relevé mes espérances. Et je vous chanterai avec David : 0 mo7i Dieu, ma miséricorde'^! El encore : Est-ce que Dieu retirera sa miséricorde à jamais? Dieu oubliera-t-il la pitié, ou dans sa colère tiendra-t-il ses miséricordes renfermées ^? Non, Seigneur miséricordieux et bon, vous n'avez pu, si on l'ose dire, les retenir : puisqu'au jour de votre colère, et lorsque vous prononciez leur sentence à nos premiers parents et à toute leur postérité, il a fallu que vos miséricordes éclatassent, et que vous fissiez paraître un libérateur. Dès lors vous nous promettiez la victoire; et pour nous la faciliter, vous nous avez découvert la malice de notre ennemi, en lui disant : Vous attaquerez par le taion\" c'est-à-dire, vous attaquerez le genre humain par l'endroit oîi il touche à la terre , par les sens : vous l'attaquerez par les pieds, c'est-à-dire, par l'endroit qui le soutient : vous l'attaquerez, non point en face, mais par derrière, et par adresse plutôt que par force.
Ce malheureux esprit nous attaque par les sens par où nous tenons à la terre, lorsqu'il nous en propose les douceurs, et il prend l'homme par la partie faible. Déllons-nous donc de nos sens; et des qu'ils commencent à nous inspirer quelque désir flatteur, songeons au serpent qui les suscite contre nous.
Mais voici encore une autre attaque : nous croyons être fermes sur nos pieds , et que l'ennemi ne nous peut abattre : J'ai dit en moi-même, dans l'abondance de mon cœur, je ne serai point ébranlé, et je ne vacillerai jamais^ ! C'est alors que l'ennemi me surprend, et qu'il m'abat. C'est alors qu'il faut que je dise avec David , que le pied de l'orgueil ne vienne pas jusqu'à moi'^ : que je ne m'appuie jamais sur ma présomptueuse conllance , qui me fait croire que j'ai le pied ferme, et qu'il ne me glissera jamais. Mettez, chrétien, mettez votre force dans l'humilité; ne la mettez pas dans vos victoires passées. Lorsque vous croirez vous être affermi dans la vertu, et pouvoir vous soutenir de vous-même; il vous renverse comme un autre saint Pierre, par cela même oîi vous mettez votre force, qui vous fait dire comme à cet apôtre : Moi, vous renoncer? Je donnerai ma vie pour vous''. Au lieu d'écouter un courage présomptueux, reconnaissez votre faiblesse; et l'ennemi vous attaquera en vain.
Mais voici le plus dangereux de tous ses artifices. Il ne vous attaquera pas en face, mais subtilement par derrière; il vous cachera ses tentations : il vous inspirera comme au Pharisien une fausse action de grâces : Seigneur, dit-il, je vous rends grâces^. Mais c'est ensuite pour vous occuper de vos jeûnes, de vos pieuses libéralités, de votre exactitude à payer la dîme, de votre justice qui vous met audessus des autres hommes : il vous attaque par derrière , et vous présentant en face l'action de grâces, en elle il vous insinue le plus fin orgueil. Il a bien d'autres artifices. Ce n'est qu'un doux entretien qu'il vous propose : Dieu est-il assez rigoureux pour dé-
1. Luc, I. 42. — 2. Ps., LViii. IS. — 3. Idem, lxxvi. 7, 8, 9, 10.— 4. Gen., m. 15. — 5. Ps., xxix. 7. — 6. Idem, xxxv. 12. — 7. Joan., xiu. 37. — 8. Luc, xviii. 11, 12.
fendre si sévèrement ces innocentes douceurs? Je saurai me retenir, et je ne laisserai pas aller mes désirs. Il vous attaque par derrière, comme un habile ennemi; il tâche de vous dérober sa marche et ses desseins : vous périrez, et de l'un à l'autre vous avalerez le venin.
Lorsque vous le sentez approcher avec de telles insinuations, et qu'il tortille, pour ainsi parler, par derrière et autour de vous, alors sans regarder trop les appas trompeurs dont il fait un piège à votre cœur; car c'est peut-être d'abord ce qu'il veut de vous, pour ensuite vous pousser plus loin : jetezvous entre les bras de celui qui en écrase la tête : regardez sa croix ; car c'est là que dans la douleur et dans la mort , il a renversé l'empire du diable, et rendu ses tentations inutiles.
Ile ÉLÉVATION.
La délivrance future marquée même avant le crime, et dans la formation de l'Eglise en la personne d'Eve.
Dieu n'avait point ordonné la chute d'Adam , à Dieu ne plaise; mais il l'avait prévue, et avait trouvé bon de la permettre , dès qu'il le créa dans l'innocence. Il ne faut donc pas s'étonner qu'il ait figuré dès lors Jésus-Christ en Adam, et l'Eglise dans Eve; lorsque pendant son sommeil, il tira la femme de cette espèce de plaie qui fut faite dans son côté; de même que l'Eglise fut tirée du côté ouvert de Jésus-Christ, pendant qu'il dormait dans le repos d'une courte mort, dont il devait être bientôt réveillé, conformément à cette parole que l'Eglise chante à la Résurrection de Notre Seigneur : « Je me suis endormi, et j'ai été dans le sommeil : et je me suis levé, parce que le Seigneur m'a pris en sa protection'. »
Ainsi la chute d'Adam n'était pas sans espérance, puisqu'avec les yeux de la foi, il pouvait voir dans celle qui avait donné occasion à sa perte, son espérance renaissante ; et dans la plaie du sacré côté de Jésus-Christ, la formation de l'Eglise, et la source de toutes les grâces. C'est pourquoi saint Paul applique à Jésus-Christ et à l'Eglise , ce qu-'Adam dit alors à Eve : Tu es Vos de mes os , et la chair de rna chair- : et le reste que nous avons observé ailleurs.
IlJe ÉLÉVATION.
Adam et Eve figures de Jésus-Christ et de Marie : l'image du salut dans la chute même.
0 Dieu! quelle abondance de miséricorde, et que les sujets d'espérance se multiplient devant nous! puisqu'on même temps qu'un homme et une femme perdaient le genre humain , Dieu qui avait daigné [irédestiner un autre homme et une autre femme pour les relever, a désigné cet homme et cette femme jusque dans ceux qui nous donnaient la mort. Jésus-Christ est le nouvel Adam : Marie est la nouvelle Eve. Eve est appelée mère des vivants^, môme après sa chute, comme l'ont remarqué les saints docteurs , et lorsqu'à dire le vrai , elle devait plutôt être appelée la mère des morts. Mais elle reçoit ce nom dans la figure de la sainte Vierge, qui n'est pas moins la nouvelle Eve, que Jésus-
1. Ps., m. 0. — 2. Ephes., v. 29, 30, 31; Gen., ii. 23,24, — 3. Gen., m. 20.
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
Christ le nouvel Adam. Tout convient à ce grand dessein de la Bonté divine. Un ange de ténèbres intervient dans notre chute : Dion prédestine un ange de lumière, qui devait intervenir dans notre réparation. L'ange de ténèbres parle i\ Eve encore vierge : l'ange de lumières parle îi Marie qui le demeura toujours. Eve écoula le tentateur et lui obéit; Marie écouta aussi l'ange du salut, et lui obéit. La perte du genre humain qui se devait consommer en Adam, commença par Eve : en Marie commence aussi notre délivrance; elle y a la même part qu'Eve a eue à notre malheur, comme Jésus- Christ y a la môme part qu'Adam avait eue à notre perte. Tout ce qui nous a perdu se change en mieux. Je vois paraître un nouvel Adam , une nouvelle Eve , un nouvel ange : il y a aussi un nouvel arbre, qui sera celui de la croix, et un nouveau fruit sur cet arbre, qui détruira tout le mal que le fruit défendu avait causé. Ainsi l'ordre de notre réparation est tracé dans celui de notre chute : tous les noms malheureux sont changés en bien pour nous; et tout ce qui avait été employé pour nous perdre, par un retour admirable de la divine Miséricorde, se tourne en notre faveur.
IVe ÉLÉVATION.
Autre figure de notre salut dans Abel.
DiEf tourna ses yeux sur Abel, et sur ses présents, et ne regarda pas les présents de Caïn*. Dieu commence à écouter les hommes , et à recevoir leurs présents; il est apaisé sur le genre humain, et les enfants d'Adam ne lui sont plus odieux. Abel le juste est par sa justice une ligure de Jésus- Christ, qui seul a olfert pour nous une oblation que le ciel agrée, et apaise son Père sur nous.
Mais Abel fut tué par Gain, il est vrai; et c'est par cet endroit-là qu'il devint principalement la figure de Jésus-Christ, qui plus juste et plus innocent qu'Abel, puisqu'il était la justice môme, est livré à la jalousie des Juifs, comme Abel à celle de Gain. Car pourquoi est-ce que Gain haïssait son frère? Pourquoi, dit saint Jean, le fît-il mourir ? sinon parce qu'il était mauvais, malin et Jaloux, et que ses (nitres étaient maucaises , comme celles de son frère étaient justes^. De môme les Juifs haïrcnl Jésus, et le lirent mourir, comme il dit lui-môme, parce qu'ils étaient mauvais, et qu'il était bon ^. Ce fut par envie qu'ils le titrèrent à Pilate , ainsi que Pilate le reconnaît lui-niômc '*. Le diable , cet esprit superbe el jaloux de l'homme, fut l'insliga- Icur des Juifs, comme il l'avait été de Gain : et leur ayant inspiré sa malignité, ils firent mourir celui qui avait daigne se faire leur frère, comme Gain lit tûourir le sien.
La mort d'.\bcl est donc pour nous un renouvcllenienl d'espérance, parce qu'il est la ligure de Jésus. Le sang d'Abel versé sur la terre cria vengeance au ciel contre Caïn : el quoique le sang de Jf'»u$-Chriifl jette un cri plus facorabk'', comme dit saint Paul, puisqu'il crie miséricorde; toutefois par l'ingralilude el l'impénitence des Juifs, le sang de Jéxun fut nur eux et sur leurs enfants ", comni<; ils l'avai'-nl demand»'-. Abel le juste csl le premier
I. O'n., IV. 4. 5. —2. /. Jo'in, iir. 12. — .3. Joan,, viii. 40, 41. \T. 23,ZI, 25. - 4. ilatlh., xxvii. 18. — 5, H,:b., xil. 21. — 0. itatth., xXTti. 20.
des enfants d'Adam, qui subit l'arrêt de mort prononcé contre eux : la mort faite pour les pécheurs commença par un innocent à exercer son empire; et Dieu le permit ainsi, alln qu'elle eût un plus faible fondement : le diable perdit les coupables, en attaquant Jésus, en qui il ne trouvait rien qui lui appartînt. C'est ce que figura Abel; cl injustement lue il lit voir, pour ainsi parler, que la morl commençait mal, el que son empire devait èlre anéanti. Prenons donc garde, que tout le sayig innocent ne vienne sur nous, depuis le sang d'Abel le juste , jusqu'au sang de Zacharie, qui fut tué entre le temple et l'auteV. Nous prenons un esprit meurtrier, quand nous prenons un esprit de haine el de jalousie contre nos frères innocents; el noire part est avec celui qui est homicide dès le commencement - : non-seulement parce qu'il lua d'un seul coup toul le genre humain ; mais encore parce que pour assouvir sa haine contre les homiîies, il voulut d'abord verser du sang, el que la première morl fui violente; el montrer, pour ainsi dire , par ce moyen que nul n'échapperait à la morl, puisqu'Abel le juste y succombait. Mais Dieu tourna sa fureur en espérance pour nous, puisqu'il voulut que le juste Abel, injuslemenl tué par Gain, fût la figure de Jésus-Chrisl qui est le juste par excellence, et dont l'injuste supplice devait être la délivrance de tous les criminels.
Ve ÉLÉVATION.
La bonté de Dieu dans le déluge universel.
Nous avons vu que les hommes une fois corrompus par le péché s'enfoncèrent dans leur corruption, jusqu'à forcer Dieu par leurs crimes à se repentir de les avoir faits , el à résoudre leur perle entière par le déluge universel. L'expression de l'Ecriture est étonnante : Dieu pénétré de douleur jusqu'au fond du cœur : je perdrai, dit-il, l'homme que j'ai créé^; c'est-à-dire, que la malice des hommes était si outrée, qu'elle eût altéré, s'il eût été possible, la félicité el la joie d'une nalure immuable. Quoique la justice divine fût irritée jusqu'au point que marque une expression si puissante; Dieu néanmoins suspendait l'eiïel d'une si juste vengeance, cl ne pouvait se résoudre à frapper. Noé fabriquait lenlcmenl l'arche que Dieu avait commandée; et ne cessait d'avertir les hommes durant tout ce temps, de l'usage auquel elle était destinée. Ils furent incrédules, dit saint Pierre'', et en présumant toujours, sans se convertir, de la patience de Dieu qu'ils attendaient , ils mayigeaient et buvaient jusqu'au jour que Noé entra dans l'arche^. Dieu différa encore sept jours le déluge tout prêt à fondre sur la terre, et donna encore aux hommes ce dernier délai pour se reconnaître.
Nous avons vu que la prophétie d'IIénoch, bisaïeul de Noé, avait précédé : Dieu ne pouvait, pour ainsi parler, se résoudre à punir les hommes, el il lit durer les avertissements de ses serviteurs près de mille ans.
A la (in le déluge vint , et on vit alors un terrible elTel de la colère de Dieu'; mais il voulut en môme temps y faire éclater sa miséricorde, el la ligure du
1. MaUh., XXIII. .35. — 2. Jo/m., viir. 4-1. — 3. Oon., vi 6, 7.— 4. /. Pet., m. 20. — 5. Mallh., xxiv. US. Luc, xvii. 26, 27. Gen., VII. 4, 10.
HUITIEME SEMAINE
salut futur du genre humain. Le déluge lava le monde, le renouvela et fut l'image du baptême. En figure de ce sacrement qui nous devait délivrer, huit personnes furent sauvées^ Noé fut une figure de Jésus-Christ, en qui toute la race humaine devait être renouvelée. En cette vue, il fut appelé Noé; c'est-à-dire, consolation, repos; et lorsqu'il vint au monde, son père Lamech dit prophétiquement : « Celui-ci nous consolera de tous les travaux de nos mains et de toutes les peines que nous donne la terre que Dieu a maudite^. » Dieu n'envoie point de maux, qu'il n'envoie des consolations; et résolu malgré sa colère à la fin de sauver les hommes , sa bonté reluit toujours parmi ses vengeances.
Vie ÉLÉVATION.
Dieu promet de ne plus envoyer de déluge.
Mettons-nous à la place de Noé, lorsqu'il sortit de l'arche avec sa famille. Toute la terre n'était qu'une solitude : les maisons et les villes étaient renversées : il n'y avait d'animaux que ce qu'il en avait conservé; des autres il n'en voyait que les cadavres. Sa famille subsistait seule; et l'eau avait lavagé tout le reste. En cet état figurons-nous quelle fut sa reconnaissance. Son premier soin fut de dresser un autel à Dieu, qui l'avait délivré , et tout le geni'^i humain en sa personne. Il le chargea de toutes sortes d'animaux purs , oiseaux et autres; et il offrit à, Dieu son holocauste^ pour lui et pour sa famille, et pour tout le genre humain qui en devait renaître. Il ne dit pas en son cœur par une fausse prudence : il nous reste peu d'animaux, il en faut ménager la race; il savait bien qu'on ne perdait pas ce que l'on consacrait à Dieu , et que c'était au contraire attirer sa bénédiction sur le reste. « Son holocauste fut en bonne odeur devant Dieu , qui lui parla en cette sorte : Je ne maudirai plus la terre à cause des hommes \ » Et peu après : « Je ferai un pacte avec vous et avec tous les animaux. Je ne les perdrai plus par les eaux, et jamais il n'y aura de déluge^. » L'arc-en-ciel parut dans les nues avec de douces couleurs; et soit qu'il parût alors pour la première fois, et que le ciel auparavant sans nuage eût commencé à s'en charger par les vapeurs que fournirent les eaux du déluge; soit qu'il eût déjà été vu , et que Dieu en fit seulement un nouveau signal de sa clémence. Dieu voulut qu'il fût dans le ciel un sacrement éternel de son alliance et de sa promesse. Au lieu de ces nuages menaçants qui faisaient craindre un nouveau déluge, Dieu choisit dans le ciel un nuage lumineux et doux, qui tempérant et modifiant la lumière en couleurs bénignes, fût aux hommes un agréable signal pour leur ôler toute crainte. Depuis ce temps, l'arc-en-cicl a été un signe de la clémence de Dieu. Lorsqu'on voit dans l'Apocalypse son trône dressé®, l'iris fait un cercle autour de ses pieds, et étale principalement la plus douce des couleurs qui est un verl d'émeraude. C'était quelque chose de semblable qui parut aux soixante cl dix vieillards d'Israël. Et lorsqu'il se montra à eux dans le trône de sa gloire, on vit à ses pieds une couleur de saphir, comme lorsque le ciel est serein''. Quoi qu'il en soit , ce beau vert,
1. T. Pet., III. 20, 21. —2. Gen., v. 29. — 3. Idem, viii. 20. — 4. Ibid.,n.— 5. Ibid. ix. 9, 10, 11, 12, 13. —6. Apoc, iv. 2, 31. — 7. Exod., XXIV. 10.
et ce bleu céleste , sont un beau signal d'un Dieu apaisé, qui ne veut plus envoyer de déluge sur la terre. Le sacrifice de Noé, qui est celui de tout le genre humain, avait précédé, en figure du sacrifice de Jésus-Christ, qui était pareillement l'oblation de toute la nature humaine. La promesse de la clémence suivit; et ce fut le présage heureux d'une nouvelle race qui devait naître sous un visage bénin de son Créateur, et sous des promesses favorables.
0 Dieu ! j'adore vos bontés. Accoutumez-moi à voir dans le ciel et dans toute la nature vos divins attributs. Qu'un ciel obscurci de nuages, comme courroucé, me soit une image de cette juste colère qui envoya le déluge; et qu'au contraire la sérénité, ou un reste léger de nuages, me fasse voir dans l'arc-en-ciel quelque chose de plus clément, et plutôt de douces rosées que de ces pluies orageuses qui pourraient encore ravager la terre, si Dieu, pour ainsi parler, n'en arrêtait la fureur.
Dieu ne veut que pardonner : c'est un bon père qui contraint de châtier ses enfants à cause de l'excès de leur crime, s'attendrit lui-même sur eux par la rigueur de leur supplice, et leur promet de ne leur plus envoyer de semblables peines. 0 Dieu miséricordieux et bon, comment peut-on vous offenser! Craignons toutefois, et n'abusons pas de cette bonté paternelle. Pour nous avoir mis à couvert des eaux, sa justice n'est pas désarmée, il a encore les feux en sa main , pour venger à la fin du monde des crimes encore plus énormes que ceux qui attirèrent le déluge d'eau.
Vile ÉLÉVATION.
La tour de Babel : Sem et Abraham.
Voici une suite de la promesse divine. Le genre humain fut ravagé; mais non pas humilié par le déluge. La tour de Babel fut un ouvrage d'orgueil : les hommes à leur tour semblèrent vouloir menacer le ciel qui s'était vengé par le déluge, et se préparer un asile contre les inondations, dans la hauteur de ce superbe édifice. Il entra dans ce dessein un autre sentiment d'orgueil : Signalons-7ious , disaient-ils, par un ouvrage immortel, avant que de nous séparer par toutes les terres^ Au lieu de s'humilier, pendant que la mémoire d'un si grand supplice était encore récente, plus prêts à exalter leur nom que celui de Dieu, ils provoquèrent de nouveau sa colère. Dieu les punit, mais non pas parle déluge; et malgré leur ingratitude, il fut fidèle à sa promesse. La division des langues les força à se disperser; et en punition de l'union que l'orgueil avait faite entre eux dans le commun dessein de se signaler par un ouvrage superbe, les langues se multiplièrent, et ils devinrent étrangers les uns aux autres.
Au milieu de votre colère. Seigneur, vous les regardiez en pitié, et touché de leur division, vous vous réserviez une semence bénie , où les nations divisées se devaient un jour rassemljler. Incontinent après le déluge, vous aviez daigne bénir Sem, en disant : Que le Dieu de Setn soit béni; et que Chanaan en soit l'esclave^. Ainsi, dans la division des nations, la trace de la vraie foi se conserva dans la race de ce patriarche, qui vit naître de cette bénie postérité, Abraham dont vous avez dit, qu'en sa