Gen., XI. 4, et seq. — 2. Idem, ix
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
semence toutes les uafions seraient bénies'. Les voilà donc de nouveau l)énies ; el heureusement réunies dans celle promesse. Toules les nalions qui se formèrenl el se séparèrent à Bai)el , doivent un jour redevenir un même peuple. Vous prépariez un remède à la division des langues dans la prédication apostolique qui les devait réunir dans la profession de noire foi, et dans l'exaltation de votre saint nom. Ainsi dans l'élévalion de la tour et de la ville de Rabel, l'orgueil divisa les langages; et dans l'édilîcalion de votre Eglise naissante, riiumililc les rassembla tous : Et chacun entendait son langage^, dans la bouche de vos saints apôtres.
Unissons-nous donc, et parlons tous en Jésus- Christ un même langage : n'ayons qu'une bouche el qu'un cœur, sans fraude, sans dissimulation, san.< déguisement, sans mensonge : éteignons en nous tous les restes de la division de Babel. Prions pour la concorde des nalions chrétiennes, et pour la conversion des nalions infidèles. 0 Dieu ! qu'il n'y ait plus ni Juif, ni Grec , ni Barbare , ni Scythe; mais en tous un seul Jésus-Christ^ , Dieu béni aux siècles des siècles.
Ville ÉLÉVATION.
Jésus-Christ plus expressément prédit aux patriarches -
Tout le genre humain se corrompait : Dieu laissa toutes les nations aller datis leurs voies, comme dit saint Paul dans les Actes''. Chacune voulait avoir son Dieu, el le faire à sa fantaisie. Le vrai Dieu qui avait loul fait, était devenu le Dieu inconnu^; et quoiqu'il fût si près de nous par son opération et par ses dons; de tous les objets que nous pouvions nous proposer, c'était le plus éloigné de notre pensée. Un si grand mal gagnait , et allait devenir universel. Mais pour l'cmpôcher. Dieu suscita Abraham, en qui il voulait faire un nouveau peuple, et rappeler à la lin tous les peuples du monde pour èlre en Dieu un seul peuple. C'est le sens de ces paroles : Sors de ta terre, et de ta parenté, et de la maison de ton père, et viens en la terre que je te montrerai; et je ferai sortir de toi un grand peuple ; et en toi seront bénies toutes les nations de la terre'^. Voilà donc deux choses : premièrement, Je ferai sortir de loi un grand peuple , qui sera le peuple hébreu; mais ma bénédiction ne se terminera pas à ce peuple : Je bénirai , je sanctifierai en loi tous les peuples de la terre, qui i)arlicipant à la grâce comme à la foi, seront tous ensemble un seul peuple relourné à son Créateur, après l'avoir oublié durant tant de siècles.
Voilà le sens manifeste d(; ces paroles : En toi seront bénies toules les nalions de la terre. Dieu seul, interprète de soi-même, a exjdiqué ces jjaroles : In te benedicenlur : en toiseront bénis tous les peuples de la terre ; par celles-ci : In semine tuo : dans ta semence^ ; c'est-à-dire, comme l'explique doctement • l divinement r.if)'"jtre .saint Paul : dayis un de ta race; dam un fruit sorti de toi *•, au nombre singulier. En sorte qu'il y devait avoir un seul fruit, un seul germe , un seul (ils sorti d'Abraham, en qui, et par qui serait répandue sur toules les nalions de la terre la bénédiction qui leur était promise en
1. ««I..XII.3. -i. Acl.,if.6.-S.Colo»s.,i„. 11.- 1 Art., ;nr. K. -.>. /Afm xvn,23, 'S!.-r,. r>n., xii. 1, 2,3. - 7. /dem,
. — H. Oïl., III. ta. !..
Abraham. Ce fruit, ce germe béni, cette semence sacrée, ce fils d'Abraham, c'était le Christ, qui devait venir de sa race. G'esl pourquoi, comme remarque saint Paul, l'Ecriture parle toujours en singulier : Non dicit : et seminibus : sed quasi in uno : et semini tuo, qui est Christus : Non en plusieurs ; mais dans un seul de ta race' . El c'était aussi celte semence bénie, promise à la femme dès le commencement de nos malheurs, par qui la tète du serpent seraii écrasée, cl son empire détruit.
La même promesse a été réitérée à Isaac et à Jacob. C'est pourquoi après cela. Dieu a voulu être caractérisé par ce litre : Le Dieu d' Abraham, d' Isaac et de Jacob'^ : comme qui dirait, le Dieu des promesses , le Dieu sanctificaleur de tous les peuples du monde , et non-seulement des Juifs qui sont la race charnelle de ces patriarches, mais encore de tous les fidèles qui en sont la race spirituelle, et les vrais enfants d'Abraham , qui suivent les vestiges de sa foi, comme dit saint PauP. Et tout cela ne s'est accompli qu'en Jésus-Christ par qui seul le Dieu véritable, auparavant oublié parmi tous les peuples du monde, sans que personne le servit, si ce n'était les seuls enfants d'Abraham, a été prêché aux Gentils qu'il a ramenés à lui après tant de siècles.
C'est pourquoi dans tous les Prophètes , la vocation des Gentils est toujours marquée comme le propre caractère du Christ qui devait venir pour sanctifier tous les peuples; et voilà celte promesse faite à Abraham, qui fait tout le fondement de notre salut.
En Irons donc dans cette divine alliance faite avec Abraham, Isaac et Jacob; et soyons les véritables enfants de la promesse. Entendons toute la force de celte parole : Etre enfants de la promesse, c'est être les enfants promis à Abraham. Dieu nous a promis à ce patriarche : s'il nous a promis, il nous a donnés : s'il nous a promis, il nous a faits; car, comme dit l'apôtre saint Paul : Il est puissant pour faire ce qu'il a promis : non pour le prédire, mais pour l'accomplir, pour le faire. Nous sommes donc la race qu'il a faite d'une manière particulière : enfants de promesse , enfants de grâces, enfants de bénédiction, peuple nouveau et particulier que Dieu a créé pour le servir : non pour porler seulement son nom; mais pour être un vrai peuple, agréable à Dieu, sectateur des bonnes œuvres; et comme enfants de miséricorde, choisis et bien-aimés , aimant Dieu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes, et étendant notre amour à toutes les nalions cl à tous les peuples , comme à ceux qui sont comme nous dans la destination de Dieu enfants d'Abraham et héritiers des promesses'' . Voilà les richesses qui sont renfermées dans ce peu de mots : En toi, dans un de ta race, seront bénies toutes les nations de la terre.
IXe ELEVATION.
La circoncision.
On ne peut nier que la circoncision donnée à" Abraham ne soit une grande gràce^ : puiscjne c'est, , comme dit saint Paul, le sceau de la justice'^ dans-lj ce patriarche, le gage, el le sacrement de l'alliance
1. Oal., III. 16. — 2. Exod., m. 6. — 3. Rom.,i\. 12.— 4. Cral.t m. 2U. — 5. Ito,n., m. 2. — 6. Idcrn, iv. 11.
HUITIEME SEMAINE
de Dieu avec lui et toute sa race. Mais regardons toutefois ce que c'est que cette circoncision. C'est après tout une flétrissure, une marque dans la chair, telle qu'on la ferait à des esclaves. On ne marque pas ses enfants sur leur corps : on n'y marque que les esclaves, comme une espèce d'animaux nés pour servir. Vous porterez mon alliance dans votre chair, disait Dieu à Abraham ' . Ecoutons : dans votre chair : c'est une marque servile et charnelle , plus capable de faire un peuple d'esclaves, que de faire un peuple d'enfants, ou pour parler plus simplement, une famille. Sans doute Dieu destinait le genre humain à une plus haute alliance : et c'est pourquoi aussi il la commence avec Abraham avant la circoncision , quand il le tire de sa terre, et qu'il lui fait ses promesses : Abraham encore incirconcis crut , et il lui fut imputé à justice^ . Il n'était pas encore circoncis, et cependant il crut à Dieu , et il fut justifié par cette foi, et la circoncision lui fut donnée comme le sceau de la justice de la foi qu'il avait reçue incirconcis^ . Les enfants de la promesse lui sont aussi donnés en cet état : Je multiplierai ta postérité : en toi seront bénies toutes les nations , ou si l'on veut, toutes les familles de la terre^, en prenant les nations pour des familles, puisqu'elles ne sont en effet que la propagation d'un môme sang. Nous voilà donc tous ensemble , et tant que nous sommes de hdèles , bénis dans Abraham incirconcis. Pourquoi? Sinon pour montrer qu'Abraham justifié avant sa circoncision , est le père dans ce même état , de tous ceux qui chercheront, comme dit saint PauP, dans notre père Abraham les vestiges de la foi qui l'a justifié , lorsqu'il était encore incirconcis : vestigia fidei, quœ est in prœputio palris nostri Abrahœ, comme raisonne l'Apôtre.
Mais dans l'établissement de la circoncision, que veut dire cette parole : « Si un enfant n'est pas circoncis au huitième jour, son âme périra, et sera effacée du milieu de son peuple'^'? » Qu'a fait cet enfant de huit jours? et périrait-il sous un Dieu juste, si son âme était innocente? race damnée et maudite, nous ne saurions recevoir aucune grâce du ciel, ni aucune espérance du salut, qui ne marque et ne présuppose notre perte. Nous recevons maintenant une meilleure et plus sainte circoncision, nous qui sommes régénérés par le baptême. Mais la promesse est accompagnée de malédiction contre ceux qui n'en seront point participants : « Si un honunc ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu". » Confessons donc humblement que nous en étions naturellement exclus, et qu'il n'y a que la grâce qui nous y rétablisse. Reconnaissons notre perle, si nous voulons avoir part à la bénédiction du fils d'Abraham. Soyons, comme dit saint Paul*, la véritable circoncision , en servant Dieu selon l'esprit; et en retranchant non la chair, mais les cupidités charnelles, c'est-à-dire, la sensualité en quelque endroit de notre âme et de notre corps qu'elle se rassemble. Car il nous est défendu de vivre selon la chair. En la suicant nous mourrons : mais si nous en mortifions les désirs et les actes, nous vivrons^.
1. Gen., XVII. 13. — 2. Idem, xv. 6. —3. Rom., iv. 11. — 4. Gen., xii. 3. — 5. Rom., iv. 10, 11, 12. — 6. Gen., xvii. H. — 7. Joan., III. 5. —8. Philip., ut. 2. 3. —9. Rom., viii. 4, 12,
Il faut donc non pas seulement les retrancher, mais les arracher, et les déraciner à fond autant qu'il nous est possible : autrement, avec un cœur partagé entre les sens et l'esprit, nous ne pouvons aimer Dieu de toute notre puissance, de toute notre pensée, de tout notre cœur*.
Xe ÉLÉVATION.
La victoire d'Abraham, et le sacrifice de Melchisédech.
La figure de notre baptême a été donnée à Abraham : n'aura-t-il point celle de notre sacrifice? Il revient victorieux d'une bataille, oii il a défait quatre grands rois qui avaient enlevé Lot et tout son bien^; et au retour du combat il trouve Melchisédech dont l'Ecriture, contre sa coutume, n'explique point Vorigine, ni la naissance, ni la mort ; sans père et sans mère, et 7'endu semblable au Fils de Dieu^, qui est sans mère dans le ciel, et sans père sur la terre : sans naître ni sans mourir, il paraît éternel comme Jésus-Christ; il est roi et pontife tout ensemble du Dieu Très-Haut, en figure du sacerdoce royal de la nouvelle alliance : son nom est Melchisédech , roi de justice : il est roi de Salem , c'est-à-dire , roi de paix : et ce sont des titres de Jésus-Christ. Abraham lui paie la dîme de toute sa dépouille, et il reconnaît l'éminence de son sacerdoce : lui qui portait en lui-même Lévi et Aaron qui devait sortir de son sang : il humilie devant ce grand sacrificateur le sacerdoce de la loi : et toute la race de Lévi , oii celle d'Aaron était renfermée , paie la dîme en Abraham à cet admirable pontife. Abraham qui se fait bénir par ses mains, se montre par là son inférieur ; car c'est une vérité sans contestation , que le moindre est béni par le supérieur'', et lui soumet en même temps tout le sacerdoce de la loi.
i\[ais quelle est la simplicité du sacrifice de ce pontife! Du pain et du vin font son oblation^ : matières pures et sans aucun sang, dans lesquelles Jésus-Christ devait cacher la chair et le sang de son nouveau sacrifice. Abraham y participe avant que d'être Al)raham, et sans être encore circoncis. Ainsi c'est le sacrifice du peuple non circoncis, dont l'excellence est plus grande que des sacrifices de la circoncision. Allons donc avec la foi d'Abraham à ce nouveau sacrifice qu'Abraham a vu en esprit, et dont il s'est réjoui : comme il s'est réjoui de voir le Sauveur*^ qui devait naître de sa race.
i\Iais n'est-ce point là une vérité contraire à celle qu'on vient de voir? Si Jésus-Christ sort d'Abraham, comme Lévi, il était en lui lorsqu'il s'humilia devant Melchisédech, et il lui soumet Jésus-Christ môme. Ce serait le soumettre à sa figure, à celui qui n'est que pour lui , et dont tout l'honneur est d'en être l'image. Mais de plus, qui ne sait que Jésus-Christ n'est pas dans Abraham , comme les autres? Fils d'une vierge, et conçu du Saint-Esprit, quoique d'un côte il sorte véritablement d'Abraham , de l'autre il est au-dessus des enfantements ordinaires, et seul au-dessus de tous les hommes, il n'est soumis qu'à Dieu seul.
Mettons-nous tous en Abraham : soumettons-nous avec lui au véritable Melchisédech : au véritable
1. Luc, X. 27. —2. Gen., XIV. 14, 15 et 3eq. — 3. Heb.. vii. 1< 2, 3 et seq. — 4. Idem, 7. — 5. Gen., xiv, IS. — 6. /oa>i. viii. .
KLKVATIONS SUFx LES MYSTÈRES.
roi de justice et de paix : au véritable pontife, selon \ l'ordre de Melchisédech ' qui a élé nommé tel par celui qui l'a engendré de toute éternité. Désirons avec ardeur de participer à son sacriticc, olVronsnous en lui dans ce pain et dans ce vin de son oblation, dont, sans rien changer au dehors, il l'ail sa chair et son sang. Simples, humbles, obéissants, purs et chastes, mangeons en simplicité ce pain des anges, des élus : et enivrons-nous de ce vin qui produit les vierges-.
\lo ÉLÉVATION.
La terre promise.
La terre de Chanaan , promise à Abraham^, n'était pas un digne objet de son attente, ni une digne récompense de sa foi. Aussi Dieu le tient-il dans ce pays-là, comme un étranger, sans qu'il y eût un pied de terre, toujours sous des tentes'', et sans aucune demeure llxe^ Ainsi vécurent les autres patriarches ses enfants, en se confessant étrangers et voyageurs sur la terre, et soupirant saiis cesse après leur patrie. Mais si c'eiit élé une patrie mortelle, Us eussent songea y retourner, et y établir leur domicile : mais on voit qu'ils avaient toujours dans l'esprit le ciel , où tendait leur pèlerinage : et Dieu qui les y avait appelés, se disait leur Dieu, parce qu'il leur avait destiné une ct7e permanente'^, non point sur la terre, mais dans le ciel futur. La terre que Dieu leur promit en figure de ce céleste héritage, fut promise à Abraham avant la circoncision : par conséquent ce n'est point la terre que les Juifs charnels occupèrent, mais une autre qui était marquée pour tous les peuples du monde.
Marchons donc dans un esprit de pèlerinage dans la terre où nous habitons. Notre cœur se prend aisément à tout ce qu'il voit : mais des que nous sentons qu'il commence à s'attacher, et comme à s'établir quelque part, passons outre; « car nous n'avons point en ce lieu de cité permanente , mais
nous en cherchons une à venir dont Dieu est le
fondateur et l'architecte^. » 11 n'y a point ici d'appui, ni de fondement , ni d'établissement pour nous. € Le temps est court, » dit saint Paul : « il ne nous reste plus autre chose à faire, sinon à ceux qui vivent dans le mariage, d'y vivre comme n'y vivant pas*, » et de n'être point attachés à une femme , encore qu'elle nous soit chère : c'est par les [)ersonnes chéries que doit commencer le détachement. Que ceux qui pleurent , » vivent aussi « comme ne pleurant pas ; et ceux qui se réjouissent, comme ne se réjouissant pas" : » car ni la douleur, ni la joie n'ont rien de fixe sur la terre. De mémo, que ceux qui achètent ne croient pas avoir acquis la possession d'une chose, sous prétexte qu'ils en auront fait une acquisition légitime; qu'ils soient comme n'ayant point acheté; car on ne possède rien : cl ce mot do possession n'a rien de solide. Enlin , • que ceux qui usent de ce monde et de ses biens, soient comme n'en usant pas; parce que la figure d»; ce monde passe'". » l'remiérement le monde, poiiiainsi parler, n'est rien de réel ; c'est une ligure creuse ; cl secondement c'est une figure qui passe , une ombre qui se dissipe. Je ne courrai plus après
1. /'»., cix. 3, 4. — 2. Zach ,ix.. 17. — 3. Gcn., xii. 7. — 4. A':l . TH. h. — o. II. h., XI. ». -- 6. l'hm, 1.3, 11. 1.'., 10. — 7. //«frr., XIII. 13, 14 ; xi. 10. - 8. /. Cor., vii. 29 .- V. Idem, 30.
— 10. nid., 3\.
vous, honneurs fugitifs, biens que je vais perdre, plaisirs où il n'y a que de l'illusion. « "Vanité des ■
vanités, et tout est vanité Craignez Dieu, et
observez ses commandements : car c'est là tout l'homme'. »
Xlle ÉLÉVATION.
Le sabbat.
Après le péché , il ne devait plus y avoir de sabbat, ni de jour de repos pour l'homme : nuit et jour, hiver et été, dans la semaille et dans la moisson, dans le chaud et dans le froid, il devait être accablé de travail. Cependant Dieu laissa au genre humain l'observance du sabbat établi dès l'origine du monde, en mémoire de la création de l'univers : et nous le voyons observé à l'occasion de la manne ^, comme une chose connue du peuple, avant que la loi fût donnée, t:)ù l'observance en est instituée plus expressément. Car dès lors on connaissait la distinction du jour, ou les semaines établies : le sixième jour était marqué; le septième l'était aussi comme le jour du repos : et tout cela paraît comme une pratique connue, et non pas nouvellement établie : ce qui montre qu'elle venait de plus haut, et dès l'origine du monde. Dieu donc eut pitié dès lors du genre humain, et en lui donnant un jour de relâche, il montre en quelque façon , que touché de compassion, il modérait la sentence du perpétuel travail qu'il nous avait imposé.
Mais il ne faut pas se persuader que ce soit là tout le mystère du sabbat : Dieu y figurait le repos futur qu'il préparait dans le ciel à ses serviteurs. Car, comme Dieu, qui n'a point besoin de repos, avait voulu néanmoins célébrer lui-même un repos mystérieux au septième jour; il est clair qu'il le faisait de la sorte pour annoncer de même à ses serviteurs, qu'un jour, et dans un repos éternel, il ferait cesser tous les ouvrages.
C'est la doctrine de saint Paul, qui nous fait voir dans l'ancien peuple, et dès l'origine du monde, dans une excellente figure, la promesse d'un bienheureux repos*. L'Apôtre appelle David en confirmation de cette vérité, lorsqu'il remarque que ce grand prophète promet aux enfants de Dieu un nouveau repos , où Dieu jure que les rebelles n'entreront pas''. Si introibunt in requiem meam : et en môme temps un jour d'épreuve où nous apprendrons à obéir à sa voix , selon ce qui est dit dans le même psaume : Aujourd'hui si vous écoutez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs'" : autrement il n'y aura point de repos pour vous. Voilà donc deux jours mystérieusement marqués par le Seigneur, l'un l)our obéir à sa voix, et l'autre pour se reposer éternellement avec lui : et c'est là le vrai sabbat, et le vrai repos qui est laissé au peuple de Dieu'''.
Célébrons donc en foi et en espérance, le jour du repos. Remontons à l'origine du monde et aux anciens hommes qui le célébraient en mémoire de la création. Et encore que dorénavant, et dans la nouvelle alliance, ce jour soit changé, parce qu'il y faut célébrer avec la résurrection de Notre Seigneur, et dans le renouvellement du genre humain, une création plus excellente que la première, ap-
1. Ecclr.. XII, 8. 13.— 2. Exod., xvi. 23,26. —3. Heb., i/i et IV. -- 4. Heb., IV. 3, 7; Ps., xciv. U. — 5. Idum, 8. — 0. llcb., IV 9
NEUVIÈME SEMAINE
prenons que ce repos n'en est que plus saint. Car nous y voyons le vrai repos de Notre Seigneur ressuscité, qui est entré dans sa gloire par les travaux de sa vie et de sa douloureuse passion, et en même temps le nôtre, par la vertu de sa vivifiante résurrection, où nos corps seront conformés au sien glorieux. Passons donc en espérance et en paix les jours du travail : souffrons et travaillons avec JésUS-Christ , pour régner aussi avec lui , et nous asseoir dans son trône, où il nous appelle. Ces jours de travaux sont courts; et la gloire qui nous en revient sera éternelle^ Nous pouvons môme par avance goûter ce repos par le moyen de l'espérance : laquelle, dit saint Paul 2, sert à notre âme, 3t à notre foi, comme d'une ancre ferme et assurée. Et de même qu'au milieu des eaux et dans la navigation, l'ancre soutient un vaisseau, et lui fait trouver une espèce de sûreté et de port : ainsi
parmi les
agitations
de cette vie, assurés sur la
uromesse de Dieu confirmée par son inviolable serment^, nous goûtons le vrai repos de nos âmes. Soutenons donc avec foi et avec courage les troubles le cette vie : jouissons en espérance du sacré repos ^ui nous attend : reposons-nous cependant en la sainte volonté de Dieu , et attachés à ce rocher immuable , disons hardiment avec saint Paul'* : « Qui courra nous séparer de l'amour de Jésus-Christ?.... le suis assuré, » avec sa grâce, « que ni la mort, i\ la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les futures, li la violence , ni tout ce qu'il y a, ou de plus haut lans les cieux, ou de plus profond dans les enfers, li aucune autre créature quelle qu'elle soit, ne sera capable de nous séparer de l'amour de Dieu en Jésus-Christ Notre Seigneur. »
N'est-ce pas là ce repos que le même apôtre nous 1 promis; et ne le goûtons-nous pas dès celte vie? Livrons-nous à Dieu en Jésus-Christ; et par une sainte soumission à celui qui seul nous peut tirer le tous nos maux, vivons en paix et en joie par le Saint-Esprit.
NEUVIÈME SEMAINE
Élévations
sur la Loi et les Prophéties qui promettent le
Libérateui", et lui préparent la voie.
PREMIÈRE ELEVATION
Le peuple captif : Moïse lui est montré comme son libérateur.
Av.vNT que le peuple saint fût introduit à la terre promise, il fallait qu'il éprouvât un long exil, une longue captivité, une longue persécution, en figure de la sainte Eglise, qui est le vrai peuple et le vrai
sraël de Dieu , qui ne peut être introduit à la cé-
esle patrie que par la persécution, la captivité et
es larmes de l'exil.
L'Eglise, dans sa plus profonde paix, n'est guère
ans son Pliaraon, du moins en quelques endroits. Il vient quelque nouveau roi sur la terre, qui ne Connaît point Joseph'^, ni les gens pieux : et en
1. //. Cor., IV. 17, etc.- 2. Heh., vi. 19. — 3. Id.;m, 17. - Rom., VIII. 35, 38, 39. — 5. fî.c-^., I. 8 .
général il est vrai, comme dit saint Paul, que tous ceux qui veulent vitre pieusement en Jésus-Christ, doivent souffrir persécution^ en quelque sorte que ce soit : et, comme dit saint Augustin, que celui qui n'aura point gémi comme voyageur et étranger, n'entrera pas dans la joie des citoyens.
Il y a deux sortes de persécutions : l'une est ouverte et déclarée , quand on attaque ouvertement la religion : l'autre cachée et artificieuse , comme celle de ce Pharaon, qui, jaloux de l'abondance du peuple de Dieu, en inspirait la haine à ses sujets, et cherchait des moyens secrets de le détruire : Venez, dit-il, opprimons-le sagement"^, c'est-à-dire, secrètement et finement. On ne forçait pas les Israélites à quitter leur religion , ni à sacrifier aux dieux étrangers : on les laissait vivre , et on ne leur ôtait pas absolument ce qui était nécessaire; mais on leur rendait la vie insupportable, en les accablant de travaux; et leur proposant des gouverneurs qui les opprimaient. On en vint à la fin pourtant à la persécution à découvert , et on condamna leurs enfants mâles à être noyés dans le NiP : ce qui signifie en figure qu'on ne laisse rien de fort ni de vigoureux à un peuple qui n'a rien de libre , et dont on abat le courage , en le faisant languir dans l'oppression.
Malgré cette oppression. Dieu ne laisse pas de conserver les gens vertueux dans son peuple, comme il fit les mâles parmi les Israélites : et contre toute espérance il leur naît même des libérateurs du sein des eaux, où ils devaient être noyés, à l'exemple de Moïse, de sorte qu'ils ne doivent jamais perdre l'espérance.
Ile ÉLÉVATION.
Deux moyens avec lesquels Moïse est montré au peuple.
L.Y première chose que Dieu fit pour faire connaître à son peuple qu'il leur préparait un libérateur en la personne de Moïse , fut en permettant qu'il fût exposé au même supplice que les autres, et comme eux jeté dans le Nil pour y périr'' : il en fut néanmoins délivré comme Jonas, qui sortit des abîmes de la mer, et du ventre de la baleine qui l'avait englouti : et comme le Fils de Dieu, dont la résurrection ne put pas être empêchée par la profondeur du sépulcre, ni par les horreurs de la mort.
Dieu fait une seconde chose dans Moïse. Après lui avoir inspiré de quitter la cour de Pharaon et de la princesse sa fille , qui l'élevait comme son enfant dans les espérances du monde : Quand Moïse, fut crû , dit l'Ecriture^, il alla s'unir à ses frères ; c'est-à-dire selon le commentaire de saint Paul", « qu'étant devenu grand, il nia qu'il fût le fils de la fille de Pharaon; aimant mieux être afTligé avec le peuple de Dieu, que de goûter le plaisir temporel et passager du péché; et trouvant de plus précieuses richesses dans l'ignominie de Jésus-Christ que dans les trésors de l'Egypte,-..... il abandonna l'Egypte avec foi , sans craindre la haine du roi » mortel, qui, au lieu d'être son père, comme auparavant, « ne songeait plus qu'à le faire mourir'. » Il prit en main la défense des Israélites par un instinct divin;
1. //. Tim., m. 12.— 2. Exod., i. 10, 11, et seq. — 3. Idem, 22. - 4. Ibid., II. 3 et seq. — 5. Ibid., 11. — 6. Hb., xi. 24, 2."), 26, 27. — 7. Exod., ii. 15.
ÉLKVATIONS SUR LES MYSTÈRES
il les vonjroa d'un Egyplicn qui les uiallrailail : et, comme remarque saint Elienne : » Il crut que ses frères entendraient que Dieu les devait sauver par sa main ; mais ils ne l'entendirent pas' : » et il lallait pour les sauver, qu'il en soulTril les conlradiclions , qui allèrent si avant , qu'elles le forcèrent à prendre la fuite. Ainsi la persécution vint de ceux qu'il devait sauver ; et Dieu par ce moyen le montra au peuple comme leur sauveur, et l'image de Jésus- Christ.
Pasteurs, conducteurs des Ames, qui que vous soyez, ne croyez pas les sauver sans qu'il vous en coûte : admirez en Moïse les persécutions de Jésus, et buvez le calice de sa passion.
nie ÉLÉVATION.
Moise, figure de la divinité de Jésus-Christ.
Le Seigneur dit à Moïse : Je t'ai fait le Dieu de Pharaon , et Aaron sera ton prophète-. Le sauveur du peuple lidèle devait être un Dieu : Dieu même lui en donne le nom en singulier, ce qui n'a que cet exemple. Il dit ailleurs : Vous êtes des Dieux^ : ici, Je t'ai fait un Dieu. Une marque de divinité, c'est d'avoir des prophètes , qui pour cela sont appelés les prophètes du Seigneur : Aaron est le prophète de Moïse. Moïse est revelu de la toute-puissance de Dieu : il a en main la foudre, c'est-à-dire, cette baguette toute-puissante qui frappe les fleuves, et en change les eaux en sang : qui les frappe de nouveau , et les fait retourner à leur nature : qu'il étend vers le ciel, et répand partout des ténèbres épaisses et palpables : mais qui, comme un autre Dieu, les sépare d'avec la lumière, puisque le peuple juif demeure éclairé, pendant que les Egyptiens enveloppés d'une ombre affreuse et profonde ne sauraient faire un pas. Cette puissante baguette fait bouillonner des grenouilles et des sauterelles; change en mouches insupportables toute la poussière de la terre; envoie une peste inévitable sur les animaux de rÈgyple , et opère les autres prodiges qui sont écrits dans l'Exode ^
Voilà donc Moïse comme un Dieu qui fait ce qu'il veut dans le ciel et dans la terre, et tient toute la nature en sa puissance. Il est vrai que Dieu limite son pouvoir : Je t'ai fait, dit-il, le Dieu de Pharaon; ce n'est pas un Dieu absolument, mais k Dieu de Pharaon; c'est sur Pharaon et sur son royaume que tu pourras exercer cette puissance divine. Il n'en est pas ainsi du Sauveur du nouveau peuple, qui est appelé absolument Dieu; par qui tout a He fait ^ ; qui est appelé, au-dessus de tout Dieu béni aux siècles des siècles'^ : et ainsi du reste. Mais aussi, no fallait-il pas que le serviteur fùl égal au maître. .Uot.se Hait, dit saint PauP, comme un fidèle serrÀleur dans la maison de Dieu; mais Jésus l'iait omme le fils dans sa propre maison, qui est nous.
Mais s'il y a eu dans Moïse, qui devait sauver le peuple lidelc, une lumière si manifeste de la divinité, el une si haute participation du titre de Dieu; faut-il s'étonner si la substance et la plénitude de la die inilé habile corporellement en Jésus-Christ^ , qui en nous sauvant du péché devait nous sauver
1. Ael., VII. ir,.— '4. Ex., vu. 1.— .3. pg.,i.xxxi. C— 4. Ex., IV, V, VI, vri ft ler/. — &. Jo'in., i. '.i. — (i. Hom., ix. .'>. — 7. Heli., m. 5, «. — H. Colon. , II. V.
de tout mal? Pour achever la ligure, Moïse qui était le Dieu de Pharaon , en était en même temps le médiateur. Pharaon lui disait : Priez pour moi *. Et à la prière de ]\Ioïse, Dieu détournait ses fléaux, et faisait cesser les plaies de l'Egypte. Ainsi Jésus , qui est noire Dieu , est en même temps notre médiateur-, notre intercesseur tout- puissant, à qui Dieu ne refuse rien : et il n'y a point d'autre nom par lequel nous devions être saucés ^. Mettons donc notre confiance en Jésus qui est tout ensemble et Dieu et médiateur, d'autant plus grand , et au-dessus de Moïse, que Moïse n'est Dieu que pour envoyer des plaies temporelles; et qu'il n'est médiateur que pour les détourner : mais Jésus passe en bienfaisant et guérissant tous les malades''. Il ne déploie sa puissance que pour montrer ses bontés : cl les plaies qu'il détourne de nous, sont les plaies de l'esprit. Mettons-nous entre ses mains salutaires; il ne demande autre chose, sinon qu'on le laisse faire : dès lors il nous sauvera : et le salut est son œuvre '^.
IVe ÉLÉVATION.
La Vaque et la délivrance du peuple.
Dieu établit en même temps deux monuments immortels de la délivrance de son peuple, dont l'un fut la cérémonie de la Pàque, et l'autre la sanctification des premiers-nés qu'il voulut qu'on lui consacrât^.
C'est qu'il devait envoyer la nuit son ange exterminateur, qui devait remplir toutes les familles des Egyptiens de carnage et de deuil , « en frappant de mort tous les premiers-nés, depuis celui du roi qui était assis sur le trône, jusqu'à celui de l'esclave enfermé dans une prison, et de tous les animaux''.» Après cette dernière plaie, les Egyptiens qui craignirent leur dernière désolation , n'attendirent plus les prières des Israélites, mais les contraignirent à sortir. Pendant cette désolation des familles égyptiennes, auxquelles l'ange vengeur coupait la tète, comme d'un seul coup, les Israélites furent conservés mais par le sang de l'agneau pascal. Prenez , dit le Seigneur^, MH agneau qui soit sans tache, en figure de la justice parfaite de Jésus. Il faut que comme Jésus, cet agneau soit immolé, soit mangé : « Trempez un bouquet d'hysope dans le sang de cet agneau » immolé : « frottez-en les poteaux et le chapiteau avec le seuil de vos portes. Le Seigneur passera la nuit pour exterminer les Egyptiens; mais il passera outre, quand il verra à la porte des maisons la marque du sang. Dieu n'avait pas besoin de cette marque sensible, pour discerner les victimes de sa colère : elle n'était pas pour lui, mais pour nous : et il voulait nous marquer, que le sang du véritable agneau sans tache serait le caractère sacré qui ferait la séparation entre les enfants de l'Egypte, à qui Dieu devait donner la mort, et les enfants d'Israël, à qui il devait sauver la vie.
Portons sur nos corps avec saint Paul la mortification de Jésus^, et l'impression de son sang, si nous voulons que la colère divine nous épargne. Tout est prophétique et mystérieux dans l'agneau pascal. On n'en doit point briser les os, en figure
1. Exod., VIII. 8. —2. Tim., n. 5; Heh., ix. 1,3,21.— 3. Act., IV. 12. — 4. lOid., X. 38. — 5. Ps., m. 9. — 0. Exod., xii et xiii. — 7. /tir/., XII. 29. — 8. Ibid.,b,T elseq. -- <J. If. Cor.,iv. 10.
NEUVIÈME SEMAINE
de Jésus-Christ, dont les os furent épargnés sur la croix, pendant qu'on les cassait à ceux qu'on avait cruciliés avec lui. Il le faut manger en habit de voyageur, comme des gens qui passent, qui ne s'arrêtent à rien, toujours prêts à partir au premier ordre : c'est la posture et l'état du disciple de Jésus; de celui qui mange sa chair; qui se nourrit de sa substance; dont il est la vie, et selon le corps et selon l'esprit. Ma)igez-le vite, car c'est la victime du passage du Seigneur ' ; il ne doit y avoir rien de lent ni de paresseux dans ceux qui se nourrissent de la viande que Jésus nous a donnée. Il en faut dévorer la tète, les pieds et les intestins : il n'en faut rien laisser; tout y est bon et succulent; et non-seulement la tète et les intestins, qui signifient ce qu'il y a en Jésus de plus intérieur et de plus sublime, mais encore les pieds, c'est-à-dire, ce qui parait de plus bas et de plus infirme , ses souffrances, ses tristesses, ses frayeurs, les troubles de sa sainte âme, sa sueur de sang, son agonie : car tout cela lui est arrivé pour notre salut et pour notre exemple. N'ayez donc aucun doute sur sa faiblesse : ne rougissez d'aucune de ses humiliations : une ferme et vive foi dévore tout. Au reste, n'y cherchez point des douceurs sensibles; cet agneau doit être mangé avec des herbes amcres et sauvages; avec un dégoût du monde et de ses plaisirs; et même si Dieu le veut, sans ce goût sensible de dévotion, qui est encore impur et charnel. Tel est le mystère de la Pàque.
Faites encore en mémoire de votre éternelle délivrance, une autre sainte cérémonie : consacrez au Seigneur vos premiers nés-, qu'il vous a sauvés. Offrez-lui les vœux, les prémices de votre jeunesse : chaque jour vos premiers désirs et vos premières pensées : car c'est lui qui les préserve de la corruption, et qui les conserve pures et entières. N'attendez pas la fin de l'âge, ni de la force, pour lui offrir de malheureux restes de votre vie, et les fruits d'une pénitence stérile et tardive. C'est ce que demande le Seigneur : l'Eternel, le Tout-Puissant ne veut rien de faible, ni de vieux.
Ve ÉLÉVATION.
La mer Rouge.
Le passage de la mer Rouge^ nous fait voir des oppositions à notre salut, qui ne peuvent être vaincues que par des miracles. On passerait aussitôt la mer à pieds secs , qu'on surmonterait ses mauvais désirs et son amour-propre : mer orageuse et profonde, où il y a autant de gouffres que de passions qui ne disent jamais : C'est assez^. L'Egyptien périt où risraclile se sauve. L'Evangile est aux uns une odeur de vie à vie, et aux autres une odeur de mort à mort^. L'Eglise se sauve à travers la mer Piouge, quand elle arrive à la paix par les persécutions, qui loin de l'abattre , raffermissent. Les méchants périssent sous les châtiments de Dieu, et les bons s'y épurent, comme dit saint Paul : pour les saints, la mer Rouge est un baptême : pour les méchants, la mer Rouge est un abîme et un sépulcre.
Délivrés des maux de cette vie, et passés comme à travers d'une mer immense à la céleste patrie, nous chanterons avec les saints le cantique de Moïse,
1. Exod.,xii. 11. —2. Idem, xiii. 2. —3. Ibid., xiv. 21,22,23. — 4. Piov., XXX. 15, l(j. — 5. //. Cor., u. 16.
serviteur de Dieu*; c'est-à-dire, le cantique de la délivrance, semblable à celui que Moïse et tout Israël chantèrent après le passage de la mer Rouge-, et le cantique de V Agneau qui nous a sauvés par son sang, en disant, comme il est écrit dans l'Apocalypse^ : « Vos œuvres sont grandes et admirables. Seigneur Dieu tout-puissant; vos Voies sont justes et véritables. Roi des siècles. Qui ne vous craindra. Seigneur, et qui ne glorifiera votre nom? parce que vous êtes le seul Saint et le seul miséricordieux : toutes les nations viendront, et vous rendront leurs adorations, parce que vos jugements sont manifestés » dans la paix de votre Eglise, dans la punition exemplaire des tyrans ses ennemis, dans le salut de vos saints.
Vie ÉLÉVATION.
Le désert ; durant le cours de cette vie on va de péril en péril, et de mal en mal.
En sortant de la mer Rouge, le peuple enira dans un désert afTreux^ qui représente tout l'état de celte vie, où il n'y a ni nourriture, ni rafraîchissement, ni route assurée; dans un sable immense, aride et brûlant , dont l'ardente sécheresse produit des serpents, qui tuent les malheureux voyageurs par des morsures mortelles. Tout cela se trouve dans celte vie : on y meurt de faim et de soif, parce qu"il n'y a rien ici-bas qui nous sustente et nous rassasie : on s'y perd, on s'y déroute, comme dans une plaine vaste et inhabitée, où il n'y a ni vallon ni coteau, et où les pas des hommes n'ont point marqué de sentier. Ainsi dans notre ignorance , nous allons errants en cette vie, sans rien avoir qui guide nos pas : nous y entrons sans expérience, et nous ne sentons notre égarement, que lorsqu'entièrement déroutés, nous ne savons plus par où nous redresser : nous tombons dans le pays des serpents brûlants^, comme les appelle Moïse; c'est-à-dire, dans nos brûlantes cupidités , dont le venin est un feu qui se glisse de veine en veine , et nous consume.
A ces quatre maux du désert, Dieu a opposé quatre remèdes. Il oppose la manne" à la faim; l'eau découlée de la pierre', à la soif; aux erreurs durant le voyage , la colonne de nuée , lumineuse pendant la nuit^; et aux serpents brûlants, le serpent d'airain". Toutes choses qui nous figurent Jésus-Christ.
Nous nous trouvons comme le prodigue dans une région, où nous périssons, faute de nourriture : les viandes de ce pays n'ont rien de solide'". Dieu nous envoie la manne qui est Jésus-Christ qui nous donne la manne cachée, que personne ne connaît que celui qui en goûte ' ' ; la manne cachée , c'est la vérité : la manne cachée , sont les consolations spirituelles : la manne cachée, c'est le sacré corps de Jésus. Cette divine nourriture paraît mince et légère*^ à ceux qui n'ont pas la foi, et à qui rien ne paraît solide que ce qui est palpable, sensible et corporel; en sorte qu'ils croient ne rien avoir, quand ils ne voient devant eux que les biens spirituels et invisibles : mais pour ceux qui ont le goût de la vérité, cette nourriture leur paraît la seule solide
1. Apoc, XV. 3. — 2. Exod., xv. 1. — 3. Apoc, xv. 3. -- 4. Ex., XV. 22. -- 5. jVww., xxi.6. —6. Ex., xvi. U, 15, 16. — 7. Nu>,i„ XX. 10, II, 12. — 8. Ex., xiii. 21, 22. — 9. jyum. xxi. 6, S, 9.— 10. Ex., XVI.3, 14, 15.— ll.Apoc, ii. 17. — 12. .Vion., XXI. 5.
oo^
KM-VATIOXS SUR LES MYSTÈRES
et substantielle : c'est le pain du ciel* : le pain dotit se nourrissent les anges- : pain céleste, qui nesl autre chose que Jésus-Clirisl qui est le Verbe du Père, sa raisou , sa vérité, sa sagesse.
Outre la faim , nous avons la soif : et quoique par rapport à l'esprit , la i'aini et la soif qui ne sont autre chose que lamour de la justice , semblent n'être qu'une même disposition, on y peut pourlaiU faire quoique distinction de la nourriture soliile qui nous sustente, et de la liquide qui nous rafraîchit et tempère nos désirs ardents. Quoi qu'il en soit, nous trouvons ce doux rafraichissemenl en Jésus-Christ, qui promet à la Samaritaine une fontaine jaillissante à la vie éternelle^, et à tout le peuple, des sources , ou plutôt des fleuces d'eau vive. Si on les boit , on n'a plus de soif\ et tous les désirs sont contents. Ces sources intarissables , c'est la vérité, la félicité, l'amour divin, la vie éternelle qui se couimence par la foi , et s'achève par la jouissance. Ces sources sont en Jésus-Christ; ces sources sortent de la pierre , du rocher frappé par la baguette de Moïse , c'est-à-dire , d'un cœur sec cl dur, touché de l'impulsion de la grâce. En un autre sens, ces sources sortent d'un rocher, qui est un des noms qu'on donne à Dieu , en lui disant : Mon Dieu, mon rocher, mon soutien, mon refuge^ la pierre solide sur laquelle je m'appuie. Je mettrai dans Sion , dit le Prophète*', une pierre inébranlable ; et celui qui s'y appuiera par la foi ne sera point ébranlé. Celte pierre c'est Jésus-Christ : en s'appuyant sur lui on se soutient : en se heurtant contre lui , en s'opposaot à sa volonté , à sa doctrine , à sa grâce , à ses inspirations aussi puissantes que douces, on se rompt , on se met en pièces, on tombe d'une grande chule, el on se brise. De cette pierre qui est Jésus- Christ , sortent les eaux de la grâce , les célestes consolations, et dans un amour chaste el pur les divins rafraîchissements de la foi et de l'espérance. Moïse ne frappa qu'un seul rocher qui demeurait immobile'; mais les ondes qui en découlèrent, suivaient partout un peuple qui jamais ne demeurait dans le môme lieu. D'où vient cela? C'est, dit saint Paul*, qu'il y avait U7ie pierre invisible et spirituelle, dont la corporelle était la figure, qui les suivait , les accompagnait, leur fournissait des eaux en abondance ; et cette pierre invisible , c'était Jésus- Christ. Appuyons-nous sur cette pierre fondamentale , sur ce roc immobile; n'ayons de volonté que la sienne , ni de soutien que ses préceptes : un «"•ternel rafraîchissement suivra notre foi.
Dans nos erreurs, nous avons pour guide cette colonne de lumière, ce Jésus qui dit : Je suis la lumine du monde; qui me suit ne marche point dans les ténèbres^. Dans toutes nos actions ayons toujours Jésus-Christ en vue : songeons touj(jurs à ce qu'il a fait, à ce qu'il a enseigné, à ce qu'il nous enseignerait à chaque pas, s'il était encore au monde pour y être consulté; à ce qu'il enseigne à chaque moment par ses inspirations , par des reproches seçreLs, par les remords de la conscience, par je ne saiîi quoi qui nous montre secrètement la voie. Prends garde aux sens trompeurs : marche dans la voie nouvelle qui est Jésus-Christ.
}.Joan.,\t. 31.32e<.^^. 2. /'*.. i.xxvii. 25. - 3. Jonn., n. 13. H. - *-/-l'm, vu. .w. — ',. /»,. xvii. 3. — 6. /«., xxviii. 18. Rom., IX. 33. •- 7. Kxo'l., xvii. 6. i\um., xx. 10, 11. — 8. /. Cor., X. 4. — 9. Jo'in., viif. 12.
Contre les serpents brûlants , Dieu a élevé dans le désert le serpent d'airain, qui est Jésus-Christ en croix, comme il l'explique lui-même'; Jésus- Clirist qui se présente à nous dans la ressemblance de la chair de péché^. Qui le regarde à sa croix pour y croire, pour s'y appuyer, pour l'imiter el le suivre, ne doit craindre aucune morsure du péché. Et élevé de celte sorte il tire à lui tout le monde^. 0 Jésus exalté à la croix ! tous les regards sont sur vous : le monde entier met en vous son espérance , le monde qui croit en vous, el que vous avez attiré. Outre la céleste nourriture de la manne , on trouve encore dans le désert une autre sorte de nourriture. Le peuple charnel se dégoîàlail de la manne'', et ne se contentait pas de ce pain du ciel : Dieu pouvait par une juste punition leur sousiraire tout aliment, et les laisser dans la faim; mais il y a une autre manière de punir les désirs charnels , en y abandonnant ceux qui les suivent, conformément à cette parole : Dieu les livra aux désirs de leurs cœurs^, à leur concupiscence déréglée. « Ainsi il m souffler un vent impétueux, qui d'au delà de la mer porta des cailles au désert , et les fit comme pleuvoir dans le camp". » C'est Dieu qui envoie les biens temporels comme les autres; car il est l'auteur de tout : mais souvent les biens temporels sont un fléau qu'il envoie dans sa colère. C'est ce qui est écrit de ces cailles, nourriture agréable aux sens; mais dont il est dit : « Les chairs en étaient encore dans leurs bouches , et entre leurs dents; et voilà que la colère de Dieu s'éleva contre eux, et frappa le peuple d'une grande plaie '^. » Qu'avait-il fait pour être puni de cette sorte? Il n'avait fait que se rassasier d'un bien que Dieu même avait envoyé : mais c'était un de ces biens corporels qu'il accorde aux désirs aveugles des hommes charnels pour les punir. Il punit ensuite celte jouissance déréglée; on ne voit de tous côtés que des sépulcres érigés à ceux qui ont satisfait leur concupiscence : ils en tirent leur nom : on les appelle des sépulcres de concupiscence^ : parce qu'on y a été enterré en punition des concupiscences qu'on avait voulu contenter, en les rassasiant des biens que Dieu donne à la vérité aux sens avides : car tout bien, et petit et grand, et sensible el spirituel, vient de lui; mais dont il ne veut pas qu'on s'assouvisse.
Ne nous laissons pas repaître à ces biens trompeurs : vrais en eux-mêmes , bons en eux-mêmes, puisque tout ce que Dieu fait est vrai et bon; mais trompeurs el empoisonnés par le mauvais usage que nous en faisons. Nourrissons-nous de la manne. Si toutefois il nous arrive de perdre durant quelque temps le goût de cette céleste nourriture; car Dieu le permet souvent pour nous exercer et éprouver notre foi; n'en revenons pourtant pas aux désirs charnels : mais en allendanl que Dieu réveille ce goût céleste, demeurons en humilité et en patience.
VIIo ÉLÉVATION.
La loi sur le mont Sinai.
Quand Dieu voulut donner la loi à Moïse sur le mont de Sinaï, il fit qiliilre choses importantes. Il
1. Joan. ,111. 14. — 2. Rom., viii. 3. — 3. /oan., xii. .32. — 4. Ex., XVI. 12, 13 ; Num., xi. 4, 5, 6. — 5. Ps., lxxx. 13. — 6. Num.. XI. 31,32. ~ 7. Idum.Z'i. —8. lljid.,3i. *
NEUVIÈME SEMAINE
descendit au bruit du tonnerre et des trompettes. Toute la montagne parut en feu , et on y vit éclater la flamme dans un tourbillon de fumée. Dieu grava le Décalogue sur deux tables de pierre. Il prononça les autres articles de la loi d'une voix haute et intelligible, qui fut entendue de tout le peuple'.
Pour publier la loi évangélique, il renouvela ces quatre choses, mais d'une manière bien plus excellente. L'ouvrage commença par un grand bruit : mais ce ne fut ni la violence du tonnerre , ni le son aigu des trompelles, comme on l'entend dans un combat; le bruit que Dieu envoya fut semblable à celui d'un vent impétueux, qui figurait le Saint- Esprit : et qui sans être terrible, ni menaçant, remplit toute la maison'^, et appela tout Jérusalem au beau spectacle que Dieu lui allait donner. On vit un feu, mais pur et sans fumée, qui ne parut pas de loin pour effrayer les disciples , mais dont la flamme innocente sans les brûler ni entamer leurs cheveux , se reposa sur leur tête^. Ce feu pénétra le dedans, et par ce moyen la loi de l'Evangile fut doucement imprimée , non pas dans des pierres insensibles, mais dans un cœur composé de chair, et ramolli par la grâce. Il y eut une parole, mais qui se multipliait d'une manière admirable. Au lieu que sur la montagne de Sinaï Dieu ne parla qu'une seule langue, et à un seul peuple : dans la publication évangélique qui devait réunir en un tous les peuples de l'univers dans la foi de Jésus-Christ et la connaissance de Dieu; dans un seul discours on entendait toutes les langues, et chaque peuple entendit la sienne''. Ainsi Jésus établit sa loi bien autrement que Moïse. Croyons, espérons, aimons; et la loi sera dans notre cœur. Préparons-lui des oreilles intérieures, une attention simple, une crainte douce qui se termine en amour.
De dessus du mont Sinaï Dieu criait : N'approchez pas ni hommes, ni animaux; il y va de la vie, et tout ce qui approchera mourra de mort^. Sur la sainte montagne de Sion, Dieu n'approche pas seulement sous la figure d'une llamme lumineuse, mais il entre au dedans du cœur; ce beau feu prend la figure d'une langue; le Saint-Esprit vient parler au cœur des apôtres; et de leur cœur doit sortir la parole qui convertira tout l'univers.
Ville ÉLÉVATION.
L'arche d'alliance.
Il n'y a point de nation qui ait des dieux s' approchant d'elle , comme notre Dieu s'approche de nous^. Je serai au milieu d'eux, et j'y habiterai, et je m'y promènerai' allant et venant, pour ainsi dire, et ne les quittant jamais. Ainsi le fruit de notre alliance avec Dieu, et de notre union avec lui, est qu'il soit, et qu'il habite au milieu de nous : et j'ajoute qu'il y habite d'une manière sensible. Ainsi habitait-il dans le paradis terrestre, allant et venant, et comme se promenant dans ce saint et délicieux jardin. Ainsi a-t-il paru visiblement à nos pères, Abraham , Isaac et Jacob. Ainsi a-t-il paru à Moïse dans le feu du buisson ardent. Mais depuis qu'il s'est fait un peuple particulier, à qui il a
1. £:a;ofi., XIX, XX, XXIV, XXXI.— 2. Act., II. 1,2.-3. Idem, 3. — 4. Act., II. 4,5, 6,7,8, etc. — 5. Ex., xix. 12, 13, 20, 21. — 6. Dent., IV. 7.-7. Lev., xxvi. 11, 12.
B. — T. II
donné une loi et prescrit un culte, sa présence s'est tournée en chose ordinaire, dont il a établi la marque sensible et perpétuelle dans l'arche d'alliance.
Par sa figure elle est le siège de Dieu : Dieu repose sur les chérubins et dans les natures intelligentes, comme dans son trône. Aussi y a-t-il dans l'arche deux chérubins d'or qui couvrent de leurs ailes le propitiatoire', c'est-à-dire , la plaque d'or fin qui est regardée comme le trône de Dieu. Il n'y paraissait dessus aucune figure, marque de l'invisible majesté de Dieu, pur esprit, qui n'a ni forme ni figure , mais qui est une vérité purement intellectuelle , où le sens n'a aucune prise. La présence de Dieu se rendait sensible par les oracles qui sortaient intelligiblement du milieu de l'arche entre les deux chérubins; l'arche en cet état était appelée l'escabeau des pieds du Seigneur^. On lui rendait l'adoration qui était due à Dieu, conformément à cette parole : Adorez l'escabeau de ses pieds^ : parce que Dieu y habitait, et y prenait sa séance. C'était sur l'arche qu'on le regardait, quand on lui faisait cette prière : « Ecoutez-nous, vous qui gouvernez Israël : qui conduisez tout Joseph comme une brebis : qui êtes assis sur les chérubius^. » Quand le peuple se mettait en marche, on élevait l'arche en disant : « Que le Seigneur s'élève, et que ses ennemis soient dissipés, et que ceux qui le haïssent prennent la fuite devant sa face^. « Quand on allait camper, on descendait l'arche, et on la reposait en disant : « Descendez, Seigneur, à la multitude de votre peuple d'Israël^. « Dieu donc s'élève avec l'arche , et il descend avec elle : l'arche est appelée le Seigneur, parce qu'elle le représentait, et en attirait la présence. C'est pourquoi on disait aux anges, en introduisant l'arche en son lieu : « G princes, élevez vos portes! élevez-vous portes éternelles, et le Seigneur de gloire entrera^; » et encore : « Entrez, Seigneur, dans votre repos, vous et l'arche de votre sanctification*. »
Et tout cela en figure du Seigneur Jésus, dont saint Paul a dit : « Qui est celui qui est monté dans les cieux, sinon celui qui auparavant est descendu dans les plus basses parties de la terre ^? » Le même Seigneur Jésus en montant aux cieux, laisse parmi nous son corps et son sang, et toute son humanité sainte dans laquelle sa divinité réside corporellement : et ce que l'ancien peuple disait en énigme, et comme en ombre, nous le disons véritablement, en regardant avec la foi le Seigneur Jésus : « Vraiment il n'y a point de nation dont ses Dieux s'approchent d'elle, comme notre Dieu s'approche de nous '". »
C'est donc le caractère de la vraie Eglise et du vrai peuple de Dieu, d'avoir Dieu en soi. Aimons l'Eglise catholique , vraie Eglise de Jésus-Christ, et disons-lui avec le prophète : « Il n'y a que vous où Dieu est" : » vous êtes la seule qui se glorifie de sa présence. Rendons-nous dignes de son approche, et pratiquons ce que dit saint Jacques : « Approchonsnous de Dieu, et Dieu s'approchera de nous '2. « Approchons-nous-en par amour, et il s'approchera
1. Ex.,x\v. 10, 11, 18, 22. — 2. /. Par., xxviii. 2; Thren., II. 1. — 3. Ps., xcviii. 5. — 4. Ps., Lxxix. 2. — 5. Num., x. 35; Ps. Lxvii. 2. —6. Num., x. 36. — 7. Ps., xxiii. 7, 9. -- 8. //. Par., VI. 41; Ps., cxxxi. 8. — 9. Eph., iv. 9, 10 — 10. Deul., IV. 7.-11. Is., XLV. 14. — 12. Jac, iv. 8.
KLKVATKtXS SIR LKS MYSTÈRES.
de nous par la jouissance qui se commence en cette vie , et se consomme dans l'autre. Amen , amen.
IX'' ÉLÉVATION
Les sacrifices sanglants , et le sang employé partout.
Toit est en sang dans la loi , en ligure de Jésus- Christ et de son sang qui puride les consciences. * Si le sang des boucs et dos taureaux sanclilie les hommes, et les purge selon la chair (dos immondices légales), combien plus le sang de Jésus-Christ qui s'est olïert lui-même par le Saint-Esprit, puri- Hera-t-il notre conscience des œuvres mortes, pour faire que nous servions au Dieu vivant''? »
L'Apùlre conclut de là que, Jésus est établi médiateur du Xoureau Testament par le moyen de sa mort'-. » Ce qui prouve que la nouvelle alliance est un vrai testament : A catise que comme le testament n'a de force que par la mort du testateur, ainsi la loi et l'alliance de l'Evangile n'a de lorce que parle sang de Jésus-Christ.
t De là vient aussi que l'Ancien Testament a été consacré par le sang des victimes , dont l'aspersion après la lecture de la loi fut faite sur le livre même, sur le tabernacle , sur tous les vaisseaux sacrés , et sur tout le peuple, en disant : C'est ici le sang du Testament que Dieu a établi pour vous. » Ainsi toute la loi ancienne porte le caractère de sang et de mort, en figure de la loi nouvelle établie et confirmée par le sang de Jésus-Christ. C'est pourquoi , continue saint Paul, « dans l'ancienne loi tout est presque purifié par le sang, sans lequel il n'y a point de rémission de péchés*. »
Nous devons donc regarder les mystères de Jésus- Christ avec une sainte et religieuse horreur, en y respectant le caractère de mort, et encore d'une mort sanglante, en témoignage de la violence qu'il se faut faire à soi-même, à l'exemple de Jésus-Christ, pour avoir part à la grâce de la nouvelle alliance, et à l'héritage des enfants de Dieu.
B Personne que le seul pontife ne pouvait entrer dans le Saint des saints » où était l'arche, « et il n'y entrait qu'une fois l'année : » mais c'était en vertu du sang de la victime égorgée, « dans lequel il trempait ses doigts pour en jeter contre le propitiatoire, et expier le sanctuaire des impuretés qu'il contractait au milieu d'un peuple prévaricateur'*. )> Ainsi ce qu'il y avait de plus saint dans la loi qui était l'arche et le sanctuaire, contractait quelque immondice au milieu du peuple, et il fallait le purilier une fois l'année mais le purifier par le sang. Purifions donc par le sang de Jésus-Christ le vrai sanctuaire qui nesl pas fait de main d'homme, c'est-àdire, notre conscience; la vraie arche du Testament, et le vrai temple de Dieu, c'est-à-dire, notre corps el notre Ame : et ne croyons point pouvoir avoir part au sang de Jésus , si nous-mêmes nous ne ré- ' - en quelque sorte notre sang par la morti-
'■ , et par les larmes de la pénitence.
Jésus à qui le ciel était du comme son héritage, par le litre de sa naissance, étant établi, comme dit saint Paul, l'héritier de toutes choses'', y a voulu entrer [Kjur nous comme [lour lui. S'il n'avait à y entrer que pour lui-raéme, il n'aurait pas eu besoin
o*-.«''i*- •."•3 ,!*•*' - 2 ''^"«- 15-'«. '7 - ■''■ Ibid.,ix. \*.^9.V> t\ ti. Ex^jL.xxiy.a. - 4. Ex. xxx 10; I,.vit., xvi. ï. 3. M, l«; //«6 . IX. 7. — 5. //'•« 1 . 2
d'y entrer par le sang d'un sacrifice : mais afin d'y entrer pour nous qui étions pécheurs, il a fallu nous purifier et expier nos péchés par une victime innocente qui était lui-même.
Il était donc tout ensemble le pontife qui nous devait introduire dans le sanctuaire, et la victime qui devait expier nos fautes : c'est pourquoi il n'est pas entré dans le sanctuaire par un sang étranger, mais « par son propre sang'. Pontife saint qui n'avait point à prier, comme celui de la loi pour luimême, pour ses ignorances et pour ses péchés; mais seulement pour les nôtres et ceux du peuple^; » il nous a ouvert la porte : victime innocente et pure : « il a pacifié par son sang le ciel et la terre-''; et pénétrant dans le ciel'*, » il nous en a laissé l'entrée libre.
Entrons donc avec confiance dans cet héritage céleste : et nous souvenant de ce qu'il en a coûté à Jésus pour nous en ouvrir la porte, que nos péchés nous avaient fermée, ne nous plaignons pas de ce qu'il nous en doit conter à nous-mêmes.
C'était à ce jour solennel où le pontife entrait dans le sanctuaire, qu'on offrait ces deux boucs, dont l'un était immolé pour le péché, et l'autre qu'on appelait « le bouc émissaire. Après que le pontife avait mis les mains sur lui, et en même temps confessé avec exécration et imprécation sur la tête de cet animal les péchés de tout le peuple, il était envoyé dans le désert^, » comme pour y être la proie des bêtes sauvages. Ces deux figures représentaient Notre Seigneur, en qui Dieu a mis les iniquités de nous tous^. Chargé donc de tant d'abominations, il a été séquestré du peuple, et, comme remarque saint Paul , il a souffert hors de la porte de Jérusalem'' , comme excommunié de la cité sainte à cause de nos péchés qu'il portait. Mais c'étaient nous qui étions les véritables excommuniés, et l'analhème de Dieu. Sortons en humilité de la société sainte; et pour nous délivrer de la malédiction qui nous poursuit, unissons-nous à celle de Jésus-Christ qui a été fait anathème et malédiction pour nous, comme dit saint PauP, conformément à cette parole : .Maudit celui qui a été pendu à une croix^. Reconnaissons-nous exclus de tout bien et de toute la société humaine par nos péchés : la croix, une mort douloureuse, et l'ignominie d'un honteux supplice est notre partage. Quoi! en cet état nous pourrions nous plaindre d'être pauvres, méprisés, outragés, sans songer de quoi nos péchés nous ont rendus dignes? Nous sommes dignes de tout opprobre, de toute misère, pour avoir péché contre le ciel, et avoir été rebelles contre Dieu. Ne nous plaignons donc jamais des misères que Dieu nous envoie : mais sortons hors du camp avec Jésus, et allons nous unir à lui portant ses opprobres'^ : assurés que ce n'est qu'en nous unissant à ses peines, à ses ignominies, à son anathème, à sa malédiction, que nous serons délivrés de la nôtre.
Xe ÉLÉVATION.
Le campement et la patrie.
Une des plus belles circonstances de la délivrance des Israélites, c'est qu'on ne logeait poini
1. Ileh., IX. 11, 12,11, 24, 2.->.— 2. Idem, \ii. 28,27. —3. Cal., I. 20. — 4. Ileh. IV. 11. — ',. Lev., xvi. 2, 5, 7. — 8. la., un. 6. — 7. Heb., XIII. 12. — 8. O'il., m. 13. — 9. Deut., xxi. 2.1. — 10. /;«//., XIII. 1.3.
DIXIÈME SEMAINE
dans les déserts où ils lurent conduits; on y campait, on y était sous des pavillons'; et sans cesse on enveloppait et on transportait ces maisons branlantes. Figure du christianisme, oîi tout fidèle est voyageur. Gardons-nous bien de nous arrêter à quoi que ce soit : passons par-dessus : et toujours prêts à partir, toujours aussi prêts à combattre, veillons comme dans un camp. Qu'on y soit toujours en sentinelles. Dans les camps vulgaires il y a plusieurs sentinelles disposées, afin que toujours prêts à s'éveiller au premier signal, les soldats dorment un court somme, sans se plonger tout à fait dans le sommeil. Il y a plus, dans le campement de la vie chrétienne, chacun doit toujours veiller : chacun en sentinelle sur soi-même, doit toujours être sur ses gardes contre un ennemi qui ne clôt point l'œil, et qui toujours rôde autour de nous pour nous décorer^. Ne nous fions point au repos qu'il semble quelquefois nous donner : avec lui il n'y a ni paix, ni trêve, ni aucune sûreté que dans une veille perpétuelle.
Ainsi donc campait Israël. Il supportait ce travail, pour enfin arriver à cette terre coulante de miel et de lait^ tant de fois promise à leurs pères. C'était pour y introduire ce peuple que Moïse l'avait tiré de l'Egypte, et lui avait fait passer la mer Rouge. Mais, ô merveille de la divine Sagesse, aucun de ceux qui s'étaient mis en marche sous Moïse pour arriver à celte terre, n'y entra, excepté deux*. Moïse nième ne la salua que de loin , et Dieu lui dit : Tu l'as vue de tes yeux, et tu n'y entreras pas : et Moïse mourut à l'instant par le commandement du Seigneur^. Afin qu'on entre dans la terre promise, il faut que Moïse expire, et que la loi soit enterrée avec lui dans un sépulcre inconnu aux hommes; afin qu'on n'y retourne jamais, et que jamais on ne se soumette à ses ordonnances. L'ancien peuple qui a passé la mer Rouge, et qui a vécu sous la loi , n'entre pas dans la céleste patrie : la loi est trop faible pour y introduire les hommes.
Ce n'est point ]\Ioïse, c'est Josué , c'est Jésus (car ces deux noms n'en sont qu'un) qui doit entrer dans la terre, et y assigner l'héritage au peuple de Dieu*'. Qu'avait Josué de si excellent , pour introduire le peuple à cette terre bénie, plutôt que Moïse? Ce n'était que son disciple, son serviteur, son inférieur en toutes manières : il n'a pour lui que le nom de Jésus; et c'est en la figure de Jésus qu'il nous introduit dans la patrie. Entrons donc, puisque nous avons Jésus à notre tète; entrons à la faveur de son nom dans la bienheureuse terre des vivants : Je vais, dit-il', tous préparer le lieu : j'assignerai à chacun le partage qui lui a été destiné : il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Jésus, notre avant-coureur, est entré pour nous^ ; et l'entrée nous est ouverte par son sang. Dépêchonsnous donc d'entrer dans ce repos éterneP : dépèchons-nous, n'ayons rien de lent. « La voie qui nous est ouverte , » dit saint Augustin , « ne soulTre point de gens qui reculent, ne soulTre point de gens qui se détournent, ne souiïre point de gens qui s'arrêtent; » et si l'on n'avance toujours dans un si
1. Num.,i. 52;ii. 34. —2. r. Pel., v. 8. — 3. Num., xiii. 28. — 4. Idem, XIV. 22, 23, 30. — 5. Deul.. xxxiv. 4, 5. — 6 IJein. 9; Jos.. i. 2. 5, C, 7 eC Si-q. — 7. Joan., xiv. 2. — 8. Heb., ix. 24; IV. 11. — 9. Idem, iv. 11.
raide sentier, sans faire de continuels efforts, on retombe de son propre poids.
DIXIÈME SEMAINE
Élévations sur les prophéties,
Les prophéties sous les patriarches.
Encore que les prophéties éclatent principalement depuis le temps de David, elles ont une plus haute origine. Nous les avons vues sous Adam, nous les avons vues sous Abraham, Isaac et Jacob, « dans cette bénie semence en qui la bénédiction se devait répandre sur toutes les nations de la terre*. » Mais de ces trois patriarches avec qui l'alliance avait été faite , le dernier était réservé pour en développer tout le secret par ces paroles : Le sceptre , le gouvernement, la magistrature, ne sera point ôté de Juda^ : sa tribu , qui sera un jour le seul royaume où la loi et les promesses seront accomplies, ne cessera point de vivre selon ses lois, et d'avoir ses gouverneurs et ses magistrats légitimes, qui sortiront de sa race; jusqu'à ce que vienne celui qui doit être envoyé; selon une autre leçon qui revient au même sens : en qui l'accomplissement des promesses est réservé; et il sera l'attente, l'espérance, le libérateur de tous les peuples : quatre lignes, où est renfermée toute l'histoire du peuple de Dieu, jusqu'à Jésus-Christ. Le caractère particulier qui en devait marquer le temps, était la chute du royaume judaïque destitué de son propre gouvernement : et la suite nécessaire de la venue du Christ était marquée par la concurrence de la réprobation des Juifs , avec l'établissement de son empire parmi tous les peuples de l'univers.
Il adresse la prophétie à Juda. C'est à lui qu'il se restreint quand il veut parler du Christ futur; et ce Christ, que nous savions déjà qui devait sortir d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, nous est désigné comme devant être le fruit de la tiibu de Juda. Nous verrons ensuite que dans la tribu de Juda, David est choisi pour en être le père, afin que Jésus, fils de David, auteur de la famille royale; fils de Juda qui est toujours à la tète du peuple de Dieu; Fils d'Abraham, en qui avait commencé l'alliance; pour encore remonter plus haut, fils de Sem , béni au-dessus de ses deux autres frères, recueillit en lui par la plus belle de toutes les successions tous les titres de distinction et de bénédiction qui avaient jamais été, et sortît du plus pur et du plus beau sang qui fût au monde.
0 Jésus! que Jacob a vu en mourant, dans l'extrémité de sa vieillesse avec une vue défaillante, puisse venir votre règne : et puissions-nous augmenter le nombre de vos sujets véritables par notre sincère obéissance.
Ilo ÉLÉVATION.
La prophétie de Moïse.
Quoique tout l'état de Moïse et de la loi soit prophétique dans son fond, comme on a vu , il y a eu