‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 191 sur 851 · Gen., XII. 3; xxii. 18. —2. Id,')n, xlix · texte numérisé non relu

Gen., XII. 3; xxii. 18. —2. Id,')n, xlix

KLÊVATIONS SUR LES MYSTKRES.

core sur Josus-Chrisl une prophclie spéciale de Moïse; el la voici : « Dieu vous suscitera un prophèlo comme moi. de votre nation, el du milieu de vos frères, vous récoulorez'. » C'est un prophète particulier que Dieu promet à son peuple : un prophète comme moi, dit Moïse : un prophète semblable à moi, comme il ajoute dans la suite; c'esl-à-dire , un prophète législateur. Car au reste il est écrit des autres prophètes : qu'il ne s'en est jamais e'ieve' comme Moise'-. Josué qui lui succéda dans le gouvernement du peuple de Dieu, était beaucoup audessous de lui , non-seulement en prodiges el en puissance , mais encore en dignité : ayant reçu l'esprit de sagesse, parce que Moise avait mis les maiiis sur lui^. On lui obéissait donc, non pas comme à un législateur, mais sur des faits particuliers. Il n'en est pas ainsi de ce prophète que Moïse annonce comme devant lui être semblable. Il dit de lui : Vous l'ecouterez : qui est aussi la môme chose que le Père éternel a dit de son Christ : Celui-ci est mon Fils bien-aime' : écoutez-le^.

Il y a donc deux prophètes d'un caractère particulier : le ministère de Tun devait succéder à celui de l'autre; et il est dit singulièrement de chacun d'eux : Ecoutez-le : l'un médiateur de la loi ancienne: el l'autre, médiateur de la nouvelle : autant dilTérents entre eux que les deux lois qu'ils ont établies. Toutefois il y a entre eux quelque chose de commun : c'est qu'à la tète de chaque Iw qui devait, pour ainsi dire, régner, il y a un prophète par excellence pour chacune : mais le dernier l'est , d'autant plus qu'il est le fils; au lieu que l'autre était le serviteur''. Celui dont le ministère était passager, montre l'autre dont le ministère était éternel : aussi ne lui nonime-t-il point de successeur, el il lui remet pour toujours l'autorité et la prophétie. Que si l'on a écouté Moïse avec une crainte si religieuse; el si ceux « qui ont violé sa loi ont été punis de mort sans miséricorde, de quels supplices seront dignes ceux qui auront foulé aux pieds le Fils de Dieu^, » et qui n'auront pas obéi à Jésus?

nie ÉLÉVATION.

La prophétie de David.

liÉM soil le nom et le rèfjne de notre père David''. Héni soit le fils de ce sainl roi^, par qui nous viennent la vie el le salut. Les psaumes de David sont un évangile de Jésus-Christ tourné en chant, en afToclions, en actions de grâces, en pieux désirs. C'est iri, disait Jésus-Christ, la vie éternelle : de vous connaître, ô Père céleste! qui êtes le vrai Dieu, et Jésus-Chrvil, que vous avez envoyé '\ C'est par où commencent les psaumes. Le premier montre la félicité de celui qui garde la loi de Dieu '" : et ensuite dés le second , on voit paraître Jésus-Christ : toutes les puissances du monde conjurées contre lui : Dieu qui s'en rit du plus haut des cieux , et qui adressant la parole à Jésus-Christ mémo, le déclare «on Filts qu'il enyendre dans l'éternité*'. (. c^\ dés le commencement, l'argument de tous les psaumes.

David l'a vu dam le sein de son père enyendré

A ^J'^^' *^"', '■■''• "^ 2"- -2. Idem, xxxiv. -3. Ibid. <è. -

— 7. Marc. xi. 10. -8. Matih., xxi. 9: P, cxvii W a. Joan., XV,.. 3. - \0P» , , I el\,J^, 1 pi "V

avant l'aurore, avant tous les temps : il a vu qu'il serait son fils, el en môme temps son Seigneur *. Il l'a vu roi souverain : régnant par sa beauté, par sa bonne grâce, par sa douceur, et par sa justice : perçant le cœur de ses ennemis par une juste vengeance, ou celui de ses amis par un saint amour. Il l'a adoré dans son trône éternel , comme un Dieu , que son Dieu a sacré par une divine onction^; père et protecteur des pauvres, dont le nom sera honorable devant hù; puissant auteur de la bénédiction des gentils consacrés et sanctifiés en son nom ^ ; prédicateur d'un nouveau précepte dans la sainte montagne de Sion ''.

Il a vu toutes les merveilles de sa vie, el toutes les circonstances de sa mort : il en a médité tout le mystère ^. Il a maudit en esprit son disciple qui le devait vendre; et il en a vu l'apostolat passé en d'autres mains ".

Ses pieds et ses mains percés , avec son corps violemment étendu et suspendu, ont été le cher objet de sa tendresse ''. David s'est jeté par la foi entre ses bras amoureusement étendus à un peuple contredisant. Il a goûté le fiel et le vinaigre ^ qu'on lui a donné dans sa soiL II voit tout, jusqu'à l'histoire de ses habits divisés , et de sa robe jetée au sort ^. Il est touché des moindres circonstances de sa mort, et n'en peut oublier aucune. Il se réjouit en esprit de lui voir, après sa mort, annoncer la vérité aux gentils dans la grande Eglise '^, où tous les peuples de l'univers devaient se réunir, où les pauvres comme les riches devaient être assis à sa table. Enfin il l'a suivi au plus haut des cieux avec des captifs attachés à son char victorieux " . Il l'a adoré , assis à la droite du Seigneur '^, où il a été prendre sa place.

0 Jésus, les chères délices, l'unique espérance, et l'amour de notre père David I C'est principalement par cet endroit-là qu'il a été l'homme selon le cœur de Dieu *'^. Sa tendresse pour ce cher fils , qui est le Fils de Dieu comme le sien, lui a gagné le cœur du Père éternel. S'il a tant pensé à Jésus soulTrant dans toute sa vie, à plus forte raison y a-l-il pensé lorsqu'il a été sa figure en souiïrant luimême. S'il est doux à ceux qui l'outragent, s'il est muet, sans réplique et sans défense; si loin de rendre le mal pour le mal, il rend à ses ennemis des prières pour leurs imprécations; si ce bon roi s'otTre à être la seule victime pour tout son peuple désolé par la main d'un ange, il en voyait l'exemple en Jésus. Faut-il s'étonner s'il a été si humble el si patient dans sa fuite devant Absalon ? Ce fils obéissant le consolait des emportements et des fureurs de son fils ingrat et rebelle.

0 Jésus, je viens avec David m'unir à vos plaies, vous rendre hommage dans le trône de voire gloire, me soumettre à votre puissance. Je me réjouis, Fils de David, de toute votre grandeur. Non : « vous n'avez point connu la corruption''*, » vous qui étiez par excellence « le sainl du Seigneur"^. Vous avez su le chemin de la vie, la gloire et la joie vous ac-

1. Ps.,ct\. 1, .3,4, e, 7; AfaUh.,\yiii. U,45. —2. Ps., xi.iv. 3,4. .j, 6, 7,8. — 3. Ps., Lxxi. 1, 4, 14, 19. — 4. Ps., u. 0. — 5. Ps., XXI et Lxviri. — 0. Ps., cviii. 8; .Toan., xiir. 18; Act., I. 10,20. —7. Ps., XXI. 16, 17, 18, 19. —8. Ps., lxviii. 22; Joan., XIX. 28, 29. 30. - 9. Ps., xxi. 19 et seq. — 10. Id., 32.— II. Ps., Lxvii. 18, 19; Epk., IV. 8.— 12. Ps., cix. i. 5. — 13. I.R<ig., xiif., 14. —H. Ps., XV. 10; Ad., II. 31; xi/i. 35. —15. Marc, t. 24; Luc, I. .35.

DIXIÈME SEMAINE

compagneiU'. Vous régnez aux siècles des siècles-, et votre empire n'aura point de fin^, »

IV ÉLÉVATION

Les autres prophètes.

Nous avons expliqué ailleurs les oracles sacrés des prophètes sur Notre Seigneur Jésus-Christ-*. Je dirai ici en abrégé qu'ils ont tout vu : ses deux naissances; la première toute divine, dès le jour de l'éternité : le lieu marqué pour la seconde, dans Bethléem^ : une vierge qui le conçoit et qui l'enfante : un enfant qui nous est né : un fils qui nous est donné^. Enfant, homme dès le premier jour, et tout ensemble Dieu fort et tout • puissant"^ . Reconnaissons avec Zacharie l'humble monture de ce Roi juste, clément et doux^, lorsqu'il fait son entrée dans sa ville royale. Considérons avec lui, les trente deniers pour lesquels il a été rendu; et l'emploi de cet argent pour acheter le champ d'un potier^. Tout s'accomplit en son temps. « Le pasteur est frappé, et le troupeau se dissipe. Les disciples se retirent chacun chez eux , et Jésus demeure seul '". » On crache sur son visage; « et il ne se détourne pas pour éviter les coups et les infamies qu'on lui fait". On le perce; et tout Israël voit les ouvertures des plaies qu'il lui a faites'^. » Comme un autre Jonas on le jette dans la mer pour sauver tout le vaisseau; et comme lui il en sort au bout de trois jour s '^.

A mesure que le temps approche, ses mystères se découvrent de plus en plus. Daniel compte les années où se devait accomplir son onction , ses souffrances, sa mort, suivie d'une juste vengeance, et de l'éternelle désolation de l'ancien peuple qui a méprisé le Saint des saints*''. Il voit en esprit, le Fils de l'homme à qui est donné un empire, à qui nuls lieux, nuls temps ne donnent des bornes. Cet empire, le plus auguste qui eût été et sera jamais, sera l'empire des saints du Très-Haut*^. Daniel, étonné de sa grandeur, se trouble dans ses pensées, et conserve cette parole dans son cœur. Mais il faut que ce Fils de l'homme souffre une mort violente.

Isaïe nous apprend à goûter ses souffrances; il doit porter nos péchés, et par là s'acquérir l'empire, et partager les dépouilles des forts; et la cause de ses victoires, c'est qu'il s'est livré à la mort. Il a été mis au rang des scélérats; crucifié entre deux larrons : c'est le dernier des hommes, et tout ensemble le plus grand. Ce n'est point par force qu'il souffre la mort. Il s'est offert, parce qu'il Va voulu. Il n'a point ouvert la bouche pour se défendre; il est muet comme l'agneau sous la main qui le tond. Le silence du Fils de Dieu parmi tant d'outrages et tant d'injustices, qui est le plus remarquable caractère du Fils de Dieu a fait l'admiration de ce prophète. On le croit frappé de Dieu pour ses péchés, lui qui est l'innocence même; mais c'est pour les nôtres qu'il souffre , et nous sommes guéris par ses blessures*'^. Les prières qu'il pousse vers le ciel

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