‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 194 sur 851 · Luc, I. 13. — 2. Prov., xxiii. 31, 32. 4. Idem · texte numérisé non relu

Luc, I. 13. — 2. Prov., xxiii. 31, 32. 4. Idem

- 3. Luc, I. 16. —

plus méchant par faiblesse; on l'est de dessein , on l'est par principes, par maximes. Envoyez -nous quelque Jean-Baptiste qui confonde l'erreur; qui fasse voir que les incrédules sont des insensés. Ramenez-les à la véritable prudence ces incrédules ' , et ces libertins de profession. La véritable prudence est de ne pas se croire soi-même, et de pratiquer ce que dit le Sage : Ne vous fiez pas à votre prudence^. Mais, Seigneur, confondez aussi l'imprudence de ceux qui disent qu'ils croient, encore qu'ils ne fassent rien de ce qu'ils croient. Ramenez donc les incrédules de toutes les sortes , à la prudence des justes. Les justes sont les seuls prudents, les seuls prévoyants, les seuls sages : ils ont la règle, ils la conservent; ils ne sont pas humbles en parole et orgueilleux en effet; dévots par contenance, et en effet intéressés, vindicatifs, téméraires censeurs des autres, sans connaître, sans guérir leurs vices cachés.

Vie ÉLÉVATION.

Sw l'incrédulité de Zacharie.

Zagharie répondit : Comment saurai-je la vérité de ces paroles. Je suis vieux , et ma femme est déjà avancée en âge^'^ Stérile dans son meilleur temps, comment pourra-t-elle devenir féconde dans sa vieillesse?

L'incrédulité de Zacharie fut suivie d'une punition manifeste. L'ange lui déclara qu'il serait muet''. C'est un des endroits par où la prédiction de la conception du précurseur est inférieure à celle du maître, où il ne parait que foi et obéissance. Dieu fit servir la faute et le châtiment du saint sacrificateur à la déclaration de son ouvrage : tout le peuple s'aperçut qu'il avait eu une vision dans le temple, et par le long temps qu'il y demeura contre la coutume, et parce que, pour s'excuser, et aussi pour faire connaître l'œuvre de Dieu , il faisait signe , comme il pouvait, qu'il était devenu muet, pour avoir été incrédule à une céleste vision.

Profitons de cet exemple. Quand vous opérerez en moi pour me convertir. Seigneur, j'espérerai en votre grâce : je ne dirai pas , je suis stérile , je ne puis entreprendre un aussi grand ouvrage; je ne serai pas de ceux dont parle saint Paul, qui désespérant d'eux-mêmes, se livrent à toutes sortes de désordres^; mais je dirai au contraire avec cet Apôtre : Je puis tout en celui qui me fortifie ".

Dieu est fidèle et véritable, quoique les hommes soient incrédules; et leur incrédulité n'anéantit pas la promesse de Dieu. Celle qu'il fit faire à Zacharie eut un prompt accomplissement : Elisabeth devint grosse miraculeusement, et il est dit qu'elle se cacha cinq mois ; parce que c'est là, disait-elle^ , ce que le Seigneur a fait en moi , lorsqu'il a voulu me tirer de l'opprobre où j'étais devant les hommes à cause de ma stérilité. Les grandes grâces demandent un grand recueillement pour être goûtées à loisir et dans le silence, et pour envoyer au ciel ses remcrcîments du fond de sa retraite. On ne laisse pas d'entrevoir qu'il entre dans celle d'Elisabeth durant cinq mois, et jusqu'à ce que sa grossesse parût, un secret dessein d'éviter les discours des hommes.

1. Luc, I. 17. — 2. Prov., m. 5. -- 3. Luc, i. IS. — 4. lU., 20, 21. 22. — 5. Ephes., iv. 19. — 6. Phiiipp., iv. 13. — 7. Luc, 1.21, 25.

ÉLÉVATIONS SUU LES MYSTÈRES

Malgré le miracle qui rend loconde une slôrile, la conceplion humaine a dans sou fond quelque chose qu'il faul cacher, surloul dans un grand ;\ge : el l'on sail ce (|ue dit Sara dans une occasion semblable '. Mais nous allons voir une conceplion où il n'y a rien que de saint, el à la fois de miraculeux. Il fallait que le maître lui conçu d'une manière plus haute que celle du précurseur; el que le môme ambassadeur qui fui l'ange sainl dabriel , en poriant à la sainte Vierge une parole plus excellente el plus relevée, eût aussi un succès plus sublime el plus merveilleux.

DOUZIÈME SEMAINE

PREMIÈRE ELEVATION

L'annonciation de la sainte Vierge : salut de l'ange.

* Ar sixième mois de la grossesse d'Elisabeth, l'ange Gabriel fut envoyé dans une ville de Galilée, nommée Nazareth, à une vierge qu'un homme appelé Joseph, de la maison de David, avait épousée; el le nom de la vierge était Marie ^. »

Dès que nous voyons l'ange saint Gabriel envoyé, nous devons attendre quelque excellente nouvelle sur la venue du Messie. Lorsque Dieu voulut apprendre à Daniel homme de désirs l'arrivée prochaine du Saint des saints, qui devait être oint et immolé^, le même ange fut envoyé à ce sainl prophète. Nous venons encore de le voir envoyé à Zacharie; et à son seul nom nos désirs pour le Christ du Seigneur doivent se renouveler par de saints transports.

Ce n'est pas dans Jérusalem, la ville royale, ni dans le temple qui en faisait la grandeur, nidans le sanctuaire qui en est la partie la plus sacrée, ni parmi les exercices les plus saints d'une fonction toute divine, ni à un homme aussi célèbre par sa vertu que par la dignité de sa charge, et par l'éclat d'une race sacerdotale, que ce sainl ange est envoyé cette fois. C'est dans une ville de Galilée, province des moins estimées, dans une petite ville dont il faut dire le nom à peine connu. C'est à la femme (l'un homme, qui, comme elle, était à la vérité de la famille royale, mais réduit à un métier mécanique. Ce n'était pas une Elisabeth, dont la considération de son mari faisait éclater la vertu. Il n'en était pas ainsi de la femme de Joseph, qui était choisie pour èlrc la mère de Jésus; femme d'un artisan inconnu, d'un pauvre menuisier; l'ancienne iradilion nous apprend (|u'clle gagnait elle-même &a vie par son travail; ce qui fait que Jésus-Christ est appelé par les Pères les plus anciens : Fabri et qucBstuariœ l'ilius.

Ce n'e^^l point la femme d'un homme célèbre, el donl le nom fut connu : elle acail épousé un homme nommé Joseph; et elle s'appelait Marie. Ainsi, à l'exlérieur, celle seconde and)assade de l'ange est bien moins illustre que l'autre. Mais voyons le^ond, el nous y découvrirons quelque chose de bien plus élevé.

L'ange commence par ces mots «l'une humble sa-

1. a«»i..XTiii. 10,11,1-2, U. 2. i,uc., I. 26, 27. -.3. Dan.. X. tl et $*'/.

lutation : Je rous salue, pleine de grâce : Irèsagroablc à Dieu : remplie de ses dons : le Seigneur est avec vous, et vous êtes bénie par-dessus toutes les femmes*. Ce discours est d'un ton beaucoup plus haul que celui qui fui adressé à Zacharie. On commence par lui dire : Ne craignez point, comme à un homme qu'on sail qui a sujet de craindre; el vos prières, lui dit-on, sont exaucées. Mais ce qu'on annonce à Marie, elle ne pouvait pas ijiême l'avoir demandé, tant il y avait de sublimité el d'excellence. Marie, humble, retirée, petite à ses yeux, ne pensait pas seulement qu'un ange la pût saluer, el surtout par de si hautes paroles : c'est son humilité qui la jela dans le trouble. ]\Iais l'ange reprit aussitôt : Ne craignez point, Marie^. Il n'avait point commencé par là, comme on a vu qu'il fil à Zacharie : mais quand Marie eut monlré son trouble causé par sa seule humilité, il fallut bien lui répondre : « Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce devant le Seigneur : Vous concevrez dans voire sein, el vous enfanterez un fils^. » Votre conception miraculeuse sera suivie d'un enfantement aussi admirable. Il y en a qui conçoivent, mais qui n'enfantent jamais, qui n'ont que de stériles et infructueuses pensées. Mon Dieu I à l'exemple de Marie , faites que je conçoive et que j'enfante. El que dois-je enfanter, sinon Jésus-Christ? Je vous enfante, disail sainl PauP, jusqu'à ce que Jésus- Christ soit formé dans vous. "Tant que Jésus-Christ, c'est-à-dire, une vertu consommée n'est pas en nous, ce n'est encore qu'une faible et imparfaite conceplion : il faut que Jésus-Christ naisse dans nos âmes par de véritables vertus, et accomplies selon la règle de l'Evangile.

Cet homme que Jésus aima^, quand il le vit si bien parler du précepte de l'amour divin, n'avait encore pourtant qu'une simple el faible conceplion : cl dès qu'il lui fallul quitter ses richesses qu'il aimait, il se relira avec larmes, et abandonna l'ouvrage où Jésus l'avait appelé. Celui qui voulait encore aller ensevelir son père, avant que de suivre le Sauveur^, ne l'avait conçu qu'à demi : et quand on l'a enfanté, on ne connaît ni d'excuse, ni de retardement. On ne se laisse non plus rebuter par aucune dinicullô. Et quand Jésus-Chrisl nous dit : « Les renards ont leurs lanières, et les ojseaux leurs nids; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa lète'^ : » ceux qui cherchent encore un chevel, et le moindre repos dans les sens, n'ont pas enfanté Jésus. Ce qu'ils regardent comme grand, n'est qu'une imparfaite conception, un avorton qui ne voit jamais le jour.

II'" ÉLÉVATION

La conception et l'enfantement de Marie ; le règne de son Fils et sa divinité.

Vous concevrez et enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus, de Sauveur, il sera grand^; non pas à la manière de Jean, qui élail grand comme le peut être un serviteur : mais celuici sera grand de la grandeur qui convient au Fils. Aussi l'appellera-l-on : le Fils du Très-Haut^. El ce ne sera pas par une simple dénomination ou par

1. Luc, 1.28,29. —2. rdnm, i. 30. —3. Ibid., 31. — 4. Ga/., VI. W. — r>. Marc, x. 21 et scq. -- 0. Mallk., viii. il. — 7. Id., 20. — 8. Luc, 1. 31 , 32. -- 9. Idem, 32.

DOUZIÈME SEMAINE

adoption, comme les autres qui sont appelés enfants de Dieu. Il sera le Fils de Dieu etTeclivement, le Fils unique , le Fils par nature : c'est pourquoi on lui en donnera le nom avec une force particulière. Il ne faut pas croire que ce soit un terme diminutif, de dire que Jésus sera appelé le Fils de Dieu * ; autrement on pourrait dire de même, que ce que dit l'ange, qu'Elisabeth est appelée stérile-, est une espèce de diminution de la stérilité : au contraire, il faut entendre une véritable et entière stérilité.

Croyons donc que Jésus est appelé Fils, parce qu'il l'est proprement, etïectivement , naturellement , par conséquent uniquement : Dieu en qui tout est parfait, devant avoir un Fils parfait et par conséquent unique. Et c'est pourquoi, Dieu lui donnera le trône de David son père selon la chair. Ce trône que David même voyait en esprit, lorsqu'il disait : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Soyez assis à ma droite ^ ; c'est son Fils et son Seigneur tout ensemble. Ce trône de David son père , n'est que la figure de celui que Dieu , qui l'a engendré avant l'aurore\ lui prépare. Il aura donc le trône de David son père, et il régnera éternellement dans la maison de Jacob^. Quel autre peut régner éternellement, qu'un Dieu à qui il est dit : Votre trône, ô Dieu, sera éternel^? Et c'est pourquoi on ne verra point la fin de son règne.

0 Jésus I dont le règne est éternel, en verra-l-on la fin dans mon cœur? Cesserai-je de vous obéir? Après avoir commencé selon l'esprit, finirai-je selon la chair? Me repentirai-je d'avoir bien fait? Me livrerai-je de nouveau au tentateur, après tant de saints eiïorts pour me retirer de ses mains I L'orgueil ravagera-t-il la moisson si prête à être recueillie? Non, il faut être de ceux dont il est écrit : Ne cessez point de travailler, parce que la moisson que vous avez à recueillir ne doit point souffrir de défaillance'.

Ille ÉLÉVATION.

Lu virginité de Marie : k Saint-Esprit survenu en elle ; son Fils saint par son origine.

Dieu qui avait prédestiné la sainte Vierge Marie pour l'associer à sa très-pure régénération, lui inspira l'amour de la virginité dans un degré si éminent, que non-seulement elle en fît vœu, mais que même après que l'ange lui eut déclaré quel fils elle devait concevoir, elle ne voulut point acheter l'honneur d'en être la mère au prix de sa virginité.

Elle répond donc à l'ange : Comment cela se ferat-il, puisque je ne connais point d'homme^? c'està-dire, j'ai résolu de tout temps de n'en point connaître. Cette résolution marque dans Marie un goût exquis de la chasteté, et dans un degré si éminent qu'elle est à l'épreuve , non-seulement de toutes les promesses des hommes, mais encore de toutes celles de Dieu. Que pouvait-il promettre de plus grand que son Fils, en la même qualité qu'il le possède lui-même; c'est-à-dire en la qualité de Fils? Elle est prête à le refuser s'il lui faut perdre sa virginité pour l'acquérir. Mais Dieu à qui cet amour acheva, pour ainsi dire, de gagner le cœur, lui fit dire par son ange : « Le Saint-Esprit surviendra

1. Luc, i. 35. — 2. Idem, 36. — 3. Ps.. cix. i; Matth., xxii. 43, 44. — 4. Ps., cix. 3. — 5. Luc, i. 33. — 6. Ps., xnv. 7 ; Ueb., 1. 3. —7. Gai., \i. 9. - 8. Luc.i. 31.

en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira'. » Dieu même vous tiendra lieu d'époux; il s'unira à votre corps; mais il faut pour cela qu'il soit plus pur que les rayons du soleil. Le très-pur ne s'unit qu'à la pureté; il conçoit son Fils seul dans son sein paternel, sans partager sa conception avec un autre : il ne veut , quand il le fait naître dans le temps, le partager qu'avec une vierge, ni souffrir qu'il ait deux pères.

Virginité, quel est votre prixl Vous seule pouvez faire une mère de Dieu; mais on vous estime encore plus qu'une si haute dignité.

« Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira; et c'est pourquoi la chose sainte qui naîtra en vous, sera nommée le Fils de Dieu^. Qui nous racontera sa génération^? » Elle est inexplicable et inénarrable. Ecoutons néanmoins ce que l'ange nous en raconte par ordre de Dieu : La vertu du Très-Haut vous couvrira. ^Le Très-Haut, le Père céleste étendra en vous sa génération éternelle : il produira son Fils dans votre sein, et y composera de votre sang un corps si pur, que le Saint-Esprit sera seul capable de le former. En même temps ce divin Esprit y inspirera une âme, qui n'ayant que lui pour auteur, sans le concours d'aucune autre cause, ne peut être que sainte. Cette âme et ce corps , par l'extension de la vertu générative de Dieu, seront unis à la personne du Fils de Dieu; et dorénavant ce qu'on appellera le Fils de Dieu sera ce tout composé du Fils de Dieu et de l'homme. Ainsi, ce qui sortira de votre sein, sera proprement et véritablement appelé le Fils de Dieu. Ce sera aussi une chose sainte par sa nature; saillie : non d'une sainteté dérivée et accidentelle, mais substantivement : Sanctum : ce qui ne peut convenir qu'à Dieu , qui seul est une chose sainte par nature. Et comme cette chose sainte, qui est le Verbe et le Fils de Dieu, s'unira personnellement à ce qui sera formé de votre sang ; à l'âme qui y sera unie, selon les lois éternelles imposées à toute la nature par son Créateur, ce tout, ce composé divin, sera tout ensemble le Fils de Dieu et le vôtre.

Voilà donc une nouvelle dignité créée sur la terre , c'est la dignité de Mère de Dieu , qui enferme de si grandes grâces, qu'il ne faut ni tenter ni espérer de les comprendre par sa pensée. La parfaite virginité de corps et d'esprit fait partie d'une dignité si éminente. Car si la concupiscence, qui depuis le péché originel est inséparablement attachée à la conception des hommes, lorsqu'elle se fait à la manière ordinaire, s'était trouvée en celle-ci, Jésus- Christ aurait clii naturellement contracter cette souillure primitive, lui qui venait pour l'effacer. Il fallait donc que Jésus-Christ fût fils d'une vierge, et qu'il fût conçu du Saint-Esprit. Ainsi donc Marie demeure vierge, et devient mère : Jésus-Christ n'appellera de père que Dieu ; mais Dieu veut qu'il ait une mère sur la terre.

Chastes mystères du christianisme, qu'il faut être pur pour vous entendre I Mais combien plus le faut-il être pour vous exprimer dans sa vie parla sincère pratique des vérités chrétiennes I

Nous ne sommes plus de la terre, nous dont la foi est si haute; et notre conversation est dans les deux * .

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