Ci-dessus, n
SUR L'EXPLICATION DE L'APOCALYPSE
3. Que personne ne vous séduise en aucune manière que ce soit; car ce jour-là ne viendra point que la révolte, Genève (ou l'Apostasie), ne soit arrivée auparavant, et qu'on n'ait vu paraître cet homme de péché, cet enfant de perdition.
4. L'ennemi (celui qui s'opposera à Dieu) , et s'élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré, jusqu'à s'asseoir comme un dieu au temple de Dieu, voulant lui-même passer pour Dieu.
5. Ne vous souvient-il pas que je vous ai dit ces choses, lorsque j'étais parmi vous?
6. Vous savez bien l'empêchement (ce qui l'empêche de venir, ce qui le retient, Gen.), afin qu'il paraisse en son temps.
7. Car le mystère d'iniquité commence déjà : (se forme dès à présent, se met en train, Gen.) seulement que celui qui tient (tienne encore), (celui qui a, ait encore;) ou, celui qui obtient maintenant, obtiendra encore , Gen. Celui qui occupe, occupera, Jur., jusqu'à ce qu'il soit détruit (aboli, Gen.).
8. Et alors se découvrira le méchant, que le Seigneur Jésus perdra, (déconfira, Gen.) {détruira, Jur.) par le soufïle de sa bouche, et qu'il abolira par l'éclat de sa présence (par son éclatante présence), ou, par la gloire de son avènement; (au lieu de gloire, Gen., clarté).
9. Ce méchant, dis-je, qui doit venir accompagné de la puissance de Satan avec toutes sortes de miracles, de signes, et de prodiges trompeurs;
10. Et avec toutes les illusions qui peuvent porter à l'iniquité ceux qui périssent.
11. C'est pourquoi Dieu leur enverra une efficace d'erreur, en sorte qu'ils croient au mensonge :
12. Afin que tous ceux qui n'ont pas cru la vérité, et qui ont consenti à l'iniquité, soient condamnés.
46. Deux circonstances de la venue de V Antéchrist, marquées par V Apôtre. — Telles sont les paroles de saint Paul, directement opposées au système des protestants touchant le pape : la raison est que, selon leur propre interprétation, saint Paul fait paraître l'homme du péché, le méchant, l'ennemi de Dieu, en un mot l'Antéchrist, dans deux conjonctures; l'une, au temps que celui qui tient, sera détruit, f. 7, 8; l'autre aux approches du jour du Seigneur, 2, 8; et l'une et l'autre circonstance, selon leur propre explication , est incompatible avec ce qu'ils disent du pape.
47. La première, mal expliquée par les protestants. — La première, parce qu'ils entendent saint Paul du démembrement de l'empire romain sous Alaric, et dans toute l'étendue du cinquième siècle : or il n'a paru dans tout ce temps ni prodiges, ni signes trompeurs, ni rien enfin d'extraordinaire dans la papauté, pas même en allégorie. Les miracles qui se faisaient au tombeau des saints martyrs , ne tendaient qu'à glorifier le Dieu des martyrs, à confirmer l'évangile, pour lequel ils étaient morts, à confondre un Julien l'Apostat et les infidèles endurcis, et à convertir les autres. Ceux qui les ont rapportés, c'est-à-dire, tous les saints Pères et tous les historiens, n'ont pas été des trompeurs, mais des saints, et la lumière de leur siècle. Les papes n'y ont pas eu plus de part que tout le reste des évoques en Orient elen Occident, et par toutle monde.
On n'a jamais produit aucun passage, pour faire voir que les papes aient rien fait de particulier sur cela; et on ne songe pas seulement à en produire. On n'a non plus osé imaginer que les papes qui furent alors, ni plusieurs siècles après, aient songé à s'élever au-dessus de Dieu, ni à se faire rendre les honneurs divins dans son temple : on n'a , disje, osé imaginer que saint Léon , ni saint Simplice, ni saint Gélase, ni saint Hormisdas, ni saint Grégoire, ni les autres, aient rien fait d'approchant, pas même, je le répète, en allégorie; car on demeure d'accord, même dans la réformation prétendue, que ces papes étaient de grands saints , ou tout au moins des gens de bien : on se moque donc , lorsqu'on ose dire que l'homme de péché parut alors.
48. La seconde, également mal entendue. — On ne se tire pas mieux de l'autre conjoncture, où saint Paul fait naître l'homme de péché , c'est-àdire, dans les approches du jour du Seigneur, et de sa présence éclatante : car l'homme de péché des protestants ne devait point du tout venir dans ces approches, ni vers le temps de ce grand éclat de la présence de Jésus-Christ; puisque l'empire de ce méchant devait durer dans une longue succession de papes, et plus de douze cents ans, comme on a vu : donc l'homme de péché de saint Paul , n'est pas celui des protestants.
Mais voici encore un autre inconvénient; c'est que la chute de l'empire romain , qui est arrivée au cinquième siècle, ou en quelqu'autre endroit qu'on la voudra mettre, n'a rien de commun avec le jour du Seigneur, puisque nous avons vu la première chose, c'est-à-dire, la chute de l'empire, trèsparfaitement accomplie, et que treize cents ans après nous ne voyons encore rien de plus avancé pour l'accomplissement de l'autre.
49. En accordant aux protestants tout ce qu'ils demandent, ils ne concluent rien de cette parole de saint Paul : Celui qui tient. — Mais que veut dire ce mot de saint Paul : Que celui qui tient, tienne encore , jusqu'à ce qu'il soit détruit ,t. 7 ? Tout ce qu'il plaira aux protestants, et en quelque sorte qu'ils l'entendent, il n'y a rien pour eux dans ce passage.
Ils savent bien que saint Augustin approuve l'interprétation où, par celui qui tient, on entend celui qui tient la foi , qui est solidement établi dessus ' ; et il veut, selon ce sens, que saint Paul l'exhorte à persévérer malgré les illusions de l'Antéchrist. Il n'y a point là de mystère , ni aucune sorte d'ambiguité : que celui qui tient , tienne ; que celui qui a la foi , dit saint Paul , la conserve : c'est la même chose qu'il dit ailleurs, que celui qui croit être ferme, prenne garde de ne pas tomber, I. Cor., x, 12; avertissement très-nécessaire dans la grande tentation de l'Antéchrist, tant que dureront ses illusions, et jusqu'à ce qu'il soit détruit par la présence éclatante du Fils de Dieu. Et dans le même chapitre dont il s'agit, saint Paul dit encore à ceux de Thessalonique : Tenez ferme, et conservez les traditions que vous avez apprises de nous, soit de vive voix , soit par écrit, II. Thess., n, 14, où les mots dont se sert l'Apôtre, ar/ixere, xpateTre; Tenez ferme, conservez, gardez, ne sont pas moins forts que celui du t. 7, sue^^wv, celui qui tient. Toutes