‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 200 sur 851 · IV. 22. — 7. Jo'/n · texte numérisé non relu

IV. 22. — 7. Jo'/n

DOUZIEME SEMAINE

. XVJe ELEVATION.

Comment l'être convient à Jésus-Christ , et ce qu'il a

été fait.

Après avoir lu attentivement le commencement admirable de l'Evangile de saint Jean , comme un abrégé mystérieux de toute l'économie de l'Evangile, faisons une rédexiou générale sur cette théologie du disciple bien-aimé. Tout se réduit à bien connaître ce que c'est qu'être, et ce que c'est qnêtre fait.

Etre, c'est ce qui convient au Verbe avant tous les temps. Au commencement il était, et il était subsistant en Dieu, et il était Dieu^. Il n'est pas Dieu par une impropre communication d'un si grand nom, comme ceux à qui il est dit : Vous êtes des dieux et les enfants du Très-Haut"^. Ceux-là ont été faits dieux par celui qui les a faits rois, qui les a faits juges, qui enfin les a faits saints. Si Jésus- Christ n'était Dieu qu'en cette sorte, il serait fait Dieu, comme il est fait homme; mais non : saint Jean ne dit pas une seule fois qu'il ait été fait Dieu. Il Vêtait, et dès le commencenent , avant tout commencement, il était Verbe, et comme tel, il était Dieu. Tout a été fait par lui^. Le mot d'être fait, commence à paraître quand on parle des créatures : mais auparavant, ce qui était n'a pas été fait, puisqu'il était avant tout ce qui a été fait. Et voyez combien on répète cet être fait. Par lui a été fait tout ce qui a été fait, et sans lui rien n'a été fait de ce qui a été fait. On répète autant de fois de la créature qu'elle a été faite, qu'on avait répété du Verbe qu'il était. Après cela on revient au Verbe : En lui, dit- on, était la vie''. Elle n'a pas été faite en lui. Elle y était comme la divinité y était aussi. Et ensuite : La lumière était qui illuynine tout homme^. Le Fils de Dieu n'a pas été fait lumière ni vie. En lui étaitla vie; et il était la lumière. Jean-Baptiste n'était pas la lumière^. Il recevait la lumière de Jésus-Christ; mais Jésus-Christ était la lumière même. Et quand les hommes sont devenus enfants de Dieu n'est-il pas dit expressément : Qu'ils ont été faits enfants de Dieu''? Mais est-il dit de même, que le Fils unique a été fait Fils unique? Non. Il était Fils unique, et la sagesse engendrée et conçue dans le sein du Père, dès qu'il était Verbe; et il n'a point été fait Fils, puisqu'il est tiré, non point du néant mais de la propre substance éternelle et immuable de son Père.

Il n'y a donc rien en lui avant tous les temps qui ait été fait, ni qui l'ait pu être. Mais dans le temps qu'a-t-il été fait? Il a été fait chair^. Il s'est fait homme. Voilà donc oîi il commence à être fait , quand il s'est fait une créature : dans tout le reste, il était, et voilà ce qu'il a été fait. De même (pour bégayer à notre mode, et nous servir d'un exemple humain) qui si l'on disait de quelqu'un : Il était noble , il était né gentilhomme; il a été fait duc, il a été fait maréchal de France. On voit là ce qu'il était naturellement, et ce qu'il a été ffiit par la volonté du prince. Ainsi en treml)lanl et en bégayant comme des hommes, nous disons du \'erbe , qu'il était Verbe, qu'il était Fils unique, qu'il était Dieu; et ensuite nous considérons ce qu'il a clé fait. 11 était

1 . Joan., I. 1. — 2. Ps., lxxxi. 6. — 3. Joan.,i. 3. — 4. /</., 4. —5. Ibid. — 6. Jljid.,S. — 7. Ibid-, 12. —S. IbiJ., 11.

B. — T. II

Dieu dans l'élernilé , il a été fait homme dans le temps. Et même saint Pierre a dit : Dieu l'a fait ! Seigneur et Christ'. Quant à sa résurrection, son j Père lui a donné la toute-puissance dans le ciel et dans la terre"^ : alors il a été fait Seigneur et Christ. Et s'il n'était Dieu qu'en ce sens, il aurait aussi été fait Dieu ; mais non. Il était Dieu, et il a été fait homme. Et en sa nature humaine élevée et glorifiée, Il a été fait Seigneur et-Christ. Il a été fait sauveur et glorilicateur de tous les hommes.

Ce langage est suivi partout : celui qui est venu après moi, dit saint Jean-Baptiste , et que j'ai du précéder en ma qualité de son précurseur, a été fait et a été mis devant moi, et m'a été préféré^. Sa gloire a été tout à coup faite plus grande que la mienne. En ce sens : Il a été fait devant moi. Mais pourquoi : Parce qu'il était axant moi, et sa gloire avant tous les temps au-dessus de toute la mienne, et de toute la gloire créée. Voyez, entendez. Il étail naturellement plus que Jean; et c'est pourquoi il lui a été préféré. Celle préférence, pour ainsi parler, est une chose qui a été faite; mais qui n'aurait point été faite, si en effet Jésus-Christ, selon sa divinité, n'était plus grand que Jean; et qu'ainsi il lui fallait faire une gloire conforme à ce qu'il était.

Jésus-Christ que dit-il de lui-même? Atant que Abraham fut fait, je suis''. Pourquoi choisir si distinctement un autre mot pour lui, que pour Abraham; sinon pour exprimer distinctement, que Abraham a été fait, et lui il était? Au commencement était le Verbe. On dira pourtant qxx'ila été fait, quand on dira ce qu'il est devenu dans le temps comme fils d'Abraham; mais quand il faut exprimer ce qu'il était devant Abraham , on ne dira pas qu'il a été fait, mais qnil était.

Et quand le même disciple bien-aimé dit dès les premiers mots de sa première épîlre : Ce qui fut au commencement^ : ou le ce doit être entendu substantivement, comme qui dirait : Ce qui était par sa nature et par sa substance , n'est-ce pas la même ! chose que ce qu'il a dit : Au commencement était le Verbe. Et ensuite , lorsqu'il ajoute : Nous vous anj nonçons la vie qui était subsistante dans le Père : '< apud Patrem, et nous a apparu; n'est-ce pas la même chose que ce qu'il a dit dans son Evangile : En lui était la vie ; et le Verbe était subsistant en Dieu'^? Toujours, Apud. El pour parler conséquemmenl, que pouvait ajouter le même disciple , bien-aimé , sinon ce qu'en effet il a ajouté? Celui-ci, [ Jésus-Christ était le vrai Dieu, et la vie éternelle :

Hic est cerus Deus, et vita œterna'.

•■ Croyons donc l'économie du salut; et, comme dit ' le même disciple bien-aimé : Croyons à l'amour que Dieu a eu pour nous^. Pour croire tous les mystères que Dieu a opérés pour notre salut , il ne I faut que croire à son amour; à un amour digne de I Dieu; à un amour où Dieu nous donne non-seule- I ment tout ce qu'il a, mais encore tout ce qu'il est. Croyons à cet amour, et aimons de même : donnons ce que nous avons, et ce que nous sommes : établissons-nous en celui qui était, en croyant à ce qu'il a été fait |)our nous dans le temps. Ainsi, dit saint Jean ", nous serons en son vrai Fils ; ou, comme

1. Act., n. 32, 3G. — 2. Matlh., xxviii. 13. — 3. Joan., i. 15, 30. — 4. /./^«i, viii. 58. — 5. /. Joan., i. 1. — ti. Joan., i. 2, 4. —7. /. Joan., v. 20. —8. Idem, iv. 16. — 9. Ibid., v. 20.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈPxES.

lisaient le? ancien? Grecs, et connno a lu saint Alhanase : Afin que nous soyons dans le vrai , dans son Fils' : dans le vrai, c'est-à-dire , dans son Fils qui seul est vrai , qui seul est la vérité.

Taisez-vous, pensées humaines. Homme, viens te recueillir dans l'intime de ton intime : et conçois dans ce silence profond ce que c'est que d'être dans le vrai , d'éloigner de soi le faux. Quelle solidité! quelle vérité dans toutes nos actions et dans toutes nos pensées! Détestons tout ce qui est éloigné du vrai, puisque nous sommes dans le vrai, étant dans le Fils.

Répétons : .4m commencement était le Verbe ; au commencement, au-dessus de tout commencement était le Fils : t Le Fils, c'est, dit saint Basile-, un Fils qui n'est pas né par le commandement de son Père, mais qui par puissance et par plénitude a éclaté de son sein : Dieu de Dieu , lumière de lumière, en qui était la vie, qui nous l'a donnée. » Vivons donc de cette vie éternelle , et mourons à tout le créé. Amen , amen.

TREIZIEME SEMAINE

Onction de Jésus-Christ : sa royauté : sa généalogie : son sacerdoce.

PREMIERE ELEVATION

L'onction de Jésus-Christ et le 7xom de Christ.

0 Christ! ô Messie! ô vous qui êtes attendu et donné sous ce nom sacré, qui signifie l'oint du Seigneur! apprenez-moi dans l'excellence de votre onction, l'origine et le fondement du christianisme. Et puisqu'il est écrit, que l'onction nous apprend tout; et encore : que nous avons l'onction, et que nous savons toutes choses'-* : quand est-ce que cette onction nous doit enseigner, sinon lorsqu'il s'agit d'expliquer l'onction qui vous faisant Christ, nous fait aussi chrétiens par la communication d'un si beau nom?

0 Christ! vous êtes connu de tout temps sous ce beau nom. Le Psalmiste vous a vu sous ce nom, lorsqu'il a chanté : Votre trône, ô Dieu! est éternel : et votre Dieu vous a oint d'une huile ravissante'' . C'est vous que Salomon a célébré, en disant dans son divin cantique : Votre nom est une huile, un baume répandu'^. Quand l'ange saint Gabriel a annoncé le temps précis do votre venue, il s'en est expliqué en disant : Que le Saint des saints serait oint; et que VOinl ou le Christ serait immolé^. El vous-même qu'avez-vous prêché dans la synagogue, lorsque vous expliquâtes votre inission? Qu'avezvous , dis-jc, prêché que ce beau texte d'Isaïe : L'eupril du Seifjneur m'a envoyé, et c'est pour cela fiu'il m'a oinf.

Vous avez paru vouloir expliquer par ce texte d'Isale, que vous êtes oint par le Saint-Esprit; et n'ept-rc pas aussi ce qu'a enseigné votre apôtre saint Pif-rre au saint centurion Cornélius, lorsqu'il lui prêcha Jésus de Nazareth : « el comment Dieu t'avait oint du Sdinl-Espril et de puissance pour

I A'.K;n lotn. i,j,r,g, r//< 2. Orat.de Pid. Ilom. 25, lom.

'• P''^i'- B-ne't. tom. il, hom. \r, , j,ag. 131. —3. /.

Joo ^ —*■ Pi-, t.xi\.l,». —5. Cant., 1.2. —6. D'in.,

1%. ti. t4. Zô.tfi. — 7. /#.,LXi. I; Lw., IV. 18.

opérer des prodiges, et remplir toute la Judée de ses bienfaits '. »

0 Christ I encore un coup, faites-moi connaître comme fit saint Pierre au saint Centenier, comment votre Dieu vous a oint du Saint-Esprit : et rendezmoi participant de cette onction.

Ile ÉLÉVATION.

Comment le Saint-Esprit est en Jésus-Christ.

Le Saint-Esprit est en nous comme y venant du dehors, comme reçu par emprunt; il n'est point notre propre esprit; mais il est le propre esprit de Jésus-Christ : Il prend du sien : le Verbe divin le produit avec son Père; et quand il a été fait liomme , il a produit ce Saint-Esprit, comme un esprit qui lui était propre, dans l'homme qu'il s'est uni^.

Ainsi, quand les hommes font des miracles par le Saint-Esprit, c'est en eux un esprit qui vient du dehors et par emprunt; mais , dit doctement et excellemment saint Cyrille d'Alexandrie : « Quand Jésus-Christ chasse le démon , et fait d'autres miracles par le Saint-Esprit, comme il l'assure luimême, il agit par un esprit qui lui est propre et qui est en lui comme dans sa source. «

De là vient qu'il l'a reçu avec une entière plénitude : L'esprit ne lui est pas donné avec mesure^, mais sans mesure et en plénitude parfaite, pour être répandu sur nous, et afin que nous tous reçussions ce que nous avons de sa plénitude'^. Ce qui a fait dire à Isaïe : Le Saint-Esprit se reposera sur lui^; et selon une ancienne version : Toute la source, toute la fontaine du Saint-Esprit descendra sur lui.

Jésus est donc oint par le Saint-Esprit, comme l'ayant en lui par sa divinité, comme ayant reçu du Père qui est en lui la vertu de le produire; comme le donnant en propre à l'homme qu'il s'est uni en unité de personne. Ce qui a fait dire aux saints , qu'il a été oint de la divinité; et c'était ce que voyait ce prophète, lorsqu'on disant, qn'il a été oint par son Dieu^, en môme temps lui-même l'appelle son Dieu.

Telle est donc l'onction qui a fait le Christ. Ce n'est pas d'une huile matérielle qu'il a été oint , comme Elisée et les prophètes, comme David et les rois, comme Aaron et les pontifes. Quoique roi, prophète et pontife, il n'a pas été oint de cette onction , qui n'était ({u'une ombre de la sienne. Aussi David a-t-il dit, qu'il était oint d'une huile excellente, au-dessus de tous ceux qui sont nommés oints'', en figure de son onction, parce qu'il est oint de divinité et du Saint-Esprit. C'est ainsi que Dieu l'a fait Christ. Et quand il nous a faits chrétiens, de quel autre esprit a-t-il rempli son Eglise naissante; et par quel autre esprit a-t-il répandu le nom chrétien par toute la terre? Mais ne nous arrêtons fjas à cette doctrine, quoique divine et nécessaire; faisons-en l'application que Dieu nous commande.

IIIc ÉLÉVATION.

Quel est l'effet de cette onction en Jésus-Christ et en nous.

Par cette onction divine Jésus-Christ est roi, pon-

1. Act., X. 38. — 2. Joan.,\vi. 14; Luc, xxiv. 49; Joan., XV. 2(1. —3. Ihid.,m. 34.-4. Ibid.,i. 16. —5. Is., xi.2, 3. — 0. /'«.,XLiv. 8. — 7. Ps., x, l;iv. 8.

TREIZIEME SEMAINE

tifeet prophète. Voilà ce qu'il est comme Christ; et il nous apprend aussi que comme chrétiens, et par l'épanchemenl de son onction , nous sommes faits rois et sacrillcateurs : un sacerdoce royal , comme dit saint Pierre'. Et saint Jean dans l'Apocalypse : Jésus-Christ nous a faits rois et sacrificateurs de Dieu son père-.

Ayons donc un courage royal : ne nous laissons point assujétir par nos passions : n'ayons que de grandes pensées : ne nous rendons point esclaves de celles des hommes.

Comme rois, soyons magnanimes, magnifiques : aspirons à ce qu'il y a de plus haut; mais aspirons comme prêtres et sacrificateurs spirituels, à ce qu'il y a de plus saint. Chrétiens , nous ne sommes plus des hommes profanes; nous sommes ceux à qui il est dit : Soyez saints parce que je suis saint^.

Comment sommes-nous prophètes ? Agissons par un céleste instinct : sortons de l'enceinte des choses présentes : remplissons-nous des choses futures : ne respirons que l'éternité. Quoi! vous vous faites un étahlissement sur la terre : vous voulez vous y élever; songez au pays où vous serez rois : « Ne craignez pas , petit troupeau , parce qu'il a plu à votre Père de vous donner son royaume^. »

IVe ÉLÉVATION.

Sur deux vertus principales que nous doit inspirer l'onction de Jésus-Christ.

Un des effets principaux de la foi chrétienne et de la sainte onction des enfants de Dieu, est la douceur : Apprenez de moi, dit Jésus lui-même, que je suis doux et humble de cœur''. Isaïe avait prédit sa douceur par ces paroles que saint Matthieu lui a appliquées : « Voici mon serviteur que j'ai élu; mon bien-aimé, où je me suis plu, et en qui j'ai mis mon affection. Je ferai reposer sur lui mon esprit; et il annoncera la justice aux nations^. » Voilà un ministère bien éclatant; mais qu'il est doux en même temps, et qu'il est humble! puisque le Pro- | phète ajoute, et après lui l'Evangéliste : « Il ne dis- j putera point, ni il ne criera point, et on n'entendra ! point sa voix dans les rues, » comme les esprits contentieux et disputeurs la font éclater au dehors. ' « Il ne brisera point le roseau cassé, et il n'achèvera point d'éteindre la mèche qui fume encore. » Il n'ajoutera point, comme on fait ordinairement \ parmi les hommes, l'affliction à l'oppressé par des ; reproches amers. Voilà l'esprit de Jésus-Christ et le j vrai esprit de Dieu , qui « n'habite pas dans un tourbillon , ni dans le souffle d'un vent violent qui renverse les rochers et les montagnes , » comme Elle semblait le penser en voulant tout exterminer et tout perdre : « il n'habite pas dans la commotion et l'ébranlement, ni dans le feu qui le suit, mais dans le doux souffle d'un air léger et rafraîchissant^.

Tel est l'esprit du Seigneur Jésus. Et c'est pourquoi, lorsque ses disciples voulaient dans l'esprit (l'Elie et d'Elisée faire descendre le feu du ciel sur les villes qui leur refusaient le passage, il leur disait avec sa douceur ineffable : Vous ne savez pas

1. /. Pet., II. 9. —2. Apoc, I. 6. — 3. /. Pel., i. 16. — 4. Luc, XII. 32. — 5. Mallh., xi. 29. — 6. Is. xlii. 1. et seq. — 7. ///. Reg.,\iyi. 11, 12.

de quel esprit vous êtes ' : vous ne savez pas quel est l'esprit de votre religion et de la doctrine du Christ. Quelle fut sa douceur, lorsqu'il dit à celui qui le frappait ; « Si j'ai mal dit , faites connaître le mal que j'ai fait; et si j'ai bien dit, pourquoi me frappez-vous^? » Et ailleurs : « Race incrédule et méchante, jusqu'à quand serai-je contraint d'être parmi vous, et de soulTrir vos injustes contradictions ? toutefois amenez-moi votre fils^, » afin que je le guérisse. Et encore : « Femme, où sont vos accusateurs? Personne ne vous a condamnée? Je ne vous condamnerai pas non plus : allez et ne péchez plus*. »

Prenons donc l'esprit de douceur, comme le vrai esprit du christianisme : que l'onction du Saint- Esprit adoucisse notre aigreur et notre fierté. Ne prenons pas ces tons superbes et avantageux; c'est faiblesse que de s'animer de cette sorte : la force est dans la raison tranquillement exposée : cette force manque, lorsqu'on a recours à cette force hautaine et contenlieuse qu'on fait venir à son secours. Quand vous avez à combattre pour la vérité, songez que ce n'est point par d'aigres disputes que l'Evangile s'est établi , mais par la douceur et la patience, en imitant Jésus-Christ, qui s'est laissé non-seulement tondre^, mais encore écorcher sans se plaindre. Ecoutez dans les Actes les prédicateurs de son Evangile qui condamnés par les Juifs : « Jugez vous-même , » leur disaient-ils, « s'il faut vous écouter plutôt que Dieu : car pour nous, nous ne pouvons pas dissimuler ce que nous avons vu , et ce que nous avons ouï^. » C'est dans cet esprit qu'il faut parler à ceux à qui la vérité nous oblige de nous opposer : c'est ainsi que sans disputer et sans se troubler, on les met visiblement dans leur tort. Voilà des vrais chrétiens et des vrais imitateurs du Christ.

Ecoutez encore ce que dit dans le même endroit des Actes son innocent troupeau si injustement maltraité : « Seigneur, qui avez fait le ciel et la terre , regardez les menaces de nos ennemis, et donnez à vos serviteurs d'annoncer votre parole en toute confiance, puisqu'il vous plaît d'étendre votre main pour faire de si grands prodiges par le nom de votre saint fils Jésus ^ » C'est ainsi qu'ils veulent parler avec confiance seulement, mais non pas avec amertume ni avec aigreur. Qui met sa confiance en Dieu, ne la met pas dans la violence d'un ton aigre et impérieux : la victoire appartient à la douceur et à la patience ; et Isaïe, après avoir fait Jésus-Christ si humble, si patient et si doux, conclut enfin en disant : qu'il remportera la victoire ; qu'il gagnera sa cause en jugement, et que les gentils mettront en lui leur espérance^. Traitez donc avec douceur l'affaire de Dieu : soyez de vrais chrétiens , c'est-àdire, de vrais agneaux; et sans murmure, sans bruit, sans avoir aucune teinture de l'esprit de contradiction , montrer autant de tranquillité que d'innocence. Ayez la douceur et la }jalience sa fille : ces deux vertus sont les deux caractères propres de la piété chrétienne, et les deux fruits de l'onction de Jésus-Christ répandue sur nous.

1. Luc, IX. 55. — 2. Joan., xviii. 23. — 3. Marc.,ix. 8; Luc, IX. 41. — 4. Joan. viii. 10, 11. — 5. Is., lui. 7; /. Pet., u. 21, 23, 29. — 6. Act., IV. 19, 20. — 7. Id., v. 21, 29, 30. — 8. Mutt/i., XII. 20, 21; Is., XLII. 1 et seq.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES

Vo ÉLÉVATION.

La généalogie royale de Jésus-Christ.

Ce litre ne m'engage pas à traiter les difllcullés ni les contradictions apparentes des deux généalogies de Jésus-Christ rapportées dans saint Matthieu et dans saint Luc'. La lecture que je fais ici de lEvangile a un autre objet, et je remarquerai seulement :

En premier lieu, qu'il était notoire que Jésus- Christ sortait de la race de David : tout le monde l'appelait hautement et sans contradiction, le Fils de David'-. Sa généalogie était bien connue : et il était manifeste aux Hébreux mômes, qu'il était de la tribu de Juda^. Il n'était pas moins constant qu'il i en sortait par David : saint Paul avance et répèle ' comme un l'ail qui n'était pas contredit, qu'il est sorti du sang de DavidK

Si donc les évangélisles se sont attachés à marquer la descendance de Joseph , plutôt que celle de Marie , c'est qu'on savait qu'ils étaient de môme race , et si proches parents, que tout le monde connaissait leur parenté. Aussi , dans l'ordre qui fut donné sous Auguste de faire écrire son nom dans le lieu de son origine : « Joseph fut à Bethléem ave Marie son épouse, pour se faire inscrire avec elle*. » C'en est assez pour fermer la bouche aux esprits contentieux et contredisants, qui voudraient qu'on nous eût donné la généalogie de la sainte Vierge, plutôt que celle de Joseph. C'était assez que tout le monde sût qu'ils étaient parents et de même race.

En second lieu , il est inutile de se tourmenter à concilier les deux généalogies de saint Matthieu et de saint Luc. La loi qui ordonnait au cadet d'épouser la veuve de son aine, mort sans enfants, pour en faire revivre la tige, et lui donner une postérité", introduisait par nécessité parmi les Juifs deux sortes de généalogies, l'une naturelle et l'autre légale. Il y a beaucoup de raison de croire , que saint Matthieu, qui se sert partout du mot d'engendrer', l'a choisi pour marquer plus expressément la généalogie naturelle , plus propre à la désigner, que le terme plus vague el plus général dont s'est servi saint Luc*. Quoi qu'il en soit, le Saint-Esprit a voulu que nous sussions , qu'en quelque sorte qu'on voulût compter la race de Jésus-Christ, il venait toujours de Juda et de David , et de la famille royale.

En troisième lieu, il fallait à la vérité que Jésus- Christ eut pour aïeux tous les rois de Juda sortis de David, alin de marquer au peuple, que vrai roi des Juifs, ce titre lui était comme héréditaire : mais toutefois l'humble Jésus, .'i qui Dieu avait destiné une noblesse royale , ne sort point de cette maison dans son grand éclat, mais dans le temps de sa décadence, 011 déchue de la royauté, elle subsistait dans les plus vils artisans; pur où aussi il devait paraître que son trône était d'une autre nature, et «l'une autre élévation que celui de ses ancêtres.

En quatrième lieu, il fallait aussi qu'il naquit de la tribu de Juda; de laquelle, comme le remarque

I. ifatih.. I; Lue., m. 23. —2. Matth.,i. 20; ix. 27; xix. 23; XV, W; XX. 30, 31, XVI. i>, 15; J»/arc., xr. 9, 10. —3. Heb.. vu. Jf». — i. Rom.. I. 3; //. Tim., ii. 8. — h. Luc.,n. 1, 3, 4, 5. - «. /lê'il.. XXV. .% r, — 7. Matth., i. 12, 1.» et ner,. — H. Luc,

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