‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 202 sur 851 · ir>fh.,\n. H · texte numérisé non relu

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- 1. IlKh., VII. 3.

•J. Matth., I. 3, 4, .%. — :i. /. Tira., i. 1."»

TREIZIÈME SEMAINE

comme supérieur loul le sacerdoce lévitiquc, « en recevoir la dime', » comme un hommage qui était dû à l'excellence de son sacerdoce, et la recevoir en même temps de Lévi et d'Aaron lui-même, et de toute la race sacerdotale , puisqu'elle était en Abraham comme dans sa lige; et cette dime n'est autre chose que la dépouille des rois vaincus, dont la défaite paraît n'être accordée à Abraham, que pour honorer « Melchisédech, ce grand pontife, ce roi de justice, ce roi de paix, qui est l'interprétation de son nom et de la ville où il règne. » Dans toute la suite •de l'histoire on ne dit pas un seul mot de Melchisédech, il n'y est marqué que pour cette divine fonction; et tout d'un coup neuf cents ans après, David en voyant le Christ qu'il appelle son Seigneur, à la droite de Dieu en grande majesté et puissance : engendre' du sein de Dieu devant l'aurore : vainqueur de ses ennemis qui sont à ses pieds : vainqueur des rois ; lui adresse ces mots avec serment : « Vous êtesprêtre éternellement selon l'ordre de Melchisédech^ ; » vous n'avez point de devancier ni de successeur : votre sacerdoce est éternel; il ne dépend point de la promesse adressée à Lévi, nia Aaron et à ses enfants. Et voici , conclut saint Paul, dans un nouveau sacerdoce , un nouveau service et une nouvelle loP.

Venez, Jésus, Fils éternel de Dieu, sans mère dans le ciel, et sans père sur la terre; en qui nous voyons et reconnaissons une descendance royale; mais pour ce qui est du sacerdoce, vous ne le tenez que de celui qui vous a dit : Vous êtes mon Fils : je vous ai aujowd'hui engendré^. Pour ce divin sacerdoce , il ne faut être né que de Dieu ; et vous avez votre vocation par votre éternelle naissance '". Vous venez aussi d'une tribu à laquelle Dieu n'a rien ordonné sur la sacrificature. La vôtre a ce privilège d'être établi par serment, immobile, sans repentance et sans changement; le Seigneur, dit-il, a juré , et ne s'en repentira jamais. La loi de son sacerdoce est éternelle et inviolable^. Vous êtes seul; vous laissez pourtant après vous des prêtres, mais qui ne sont que vos vicaires; sans pouvoir offrir d'autres victimes que celle que vous avez une fois otTerte à la croix et que vous offrez éternellement à la droite de votre Père.

Ecoutons notre loi en la personne de Jésus-Christ, tant que nous sommes des prêtres du Seigneur, S'il a été dit à Lévi, à raison de son ministère sacré : Vous êtes mon homme saint, à qui j'ai donné la perfection et la doctrine'' ; et que pour cela il doit dire à son père et à sa mère : Je ne vous connais pas; et à ses frères : Je ne sais qui vous êtes; et il n'a d'enfants que ceux de Dieu. Si c'est là, dis-je, la loi de Lévi et du sacerdoce mosaïque, combien pur, combien détaché de là chair et du sang doit être le sacerdoce chrétien, qui a Jésus-Christ pour auteur, et Melchisédech pour modèle! Non, nous ne devons connaître d'autre emploi , d'autre fonction, ni avoir d'autre intérêt que celui de Dieu; enseignant sa loi et ses jugements, et lui offrant continuellement des parfums pour l'apaiser. Si nous gardions cette loi de notre saint ministère, on ne verrait pas tous les jours envahir les droits et l'au-

1. Gcn., xiv. 18, 19,20; Heb., vu. 1,2, Ad seq. — 2. Ps., rix. 1,2,3,4, 5. —3. Heh.,\ii. 22 et seq. —4. Ps., il. 7. — 5. Heb., VII. 16. - 6. Idem, li, 11, -20, 21,24. —7. Deul.,xxxm. 8, 9.

torité du sacerdoce, qui sont ceux de Jésus-Christ. Dieu se rendrait notre vengeur, et cette prière de Moïse aurait son effet : Seigneur, aidez vos ministres; soutenez leur force; protégez l'œuvre de leurs mains; frappez le dos de leurs ennemis fugitifs; et ceux qui les haïssent ne se relèveront jamais '. Mais parce que plus charnels que les enfants du siècle, nous ne songeons qu'à nous engraisser, vivre à notre aise, nous faire des successeurs , nous établir un nom et une maison : tout le monde entreprend sur nous; l'honneur du sacerdoce est foulé aux pieds.

Vile ÉLÉVATION.

Quelle a été l'oblation de Jésus-Christ; et le premier acte qu'il a produit en entrant dans le monde.

Il a paru, dit saint PauP, en s'offrant lui-même pour victime. C'est lui-même, c'est son propre corps, c'est son propre sang qu'il a offert à la croix; c'est encore son propre corps et son propre sang qu'il offre dans le sacrifice de tous les jours; et ce n'est pas sans raison que David voyant en esprit le premier acte qu'il produirait en se faisant homme ^, et saint Paul, en interprétant celte prophétie ■*, le font parler en cette sorte au moment qu'il entra dans le monde : Vous n'avez point voulu, dit-il, d'hostie et d'oblation, mais vous m'avez formé un corps; l'original porte : « Vous me l'avez approprié; les holocaustes et les sacrifices pour le péché ne vous ont pas plu; alors j'ai dit : Me voici, je viens pour accomplir votre volonté, ô mon Dieu! et ce qui a été écrit de moi à la tète de votre livre. » Par cette parole Jésus-Christ se met à la place de toutes les victimes anciennes , et n'ayant rien dans sa divinité qui put être immolé à Dieu, Dieu lui donne un corps propre à souffrir, et accommodé à l'état de victime où il se met.

Dès qu'il eut commencé ce grand acte, il ne le discontinua jamais, et demeura dès son enfance, et dès le sein de sa mère, dans l'état de victime, abandonné aux ordres de Dieu, pour souffrir et faire ce qu'il voudrait.

Je viens , dit-il, pour faire votre volonté, comme il a été écrit au commeiicement du livre : in capite libri. Il y a un livre éternel , où est écrit ce que Dieu veut de tous ses élus; et à la tète ce qu'il veut en particulier de Jésus-Christ, qui en est le chef. Le premier article de ce livre, est que Jésus- Christ sera mis à la place de toutes les victimes, en faisant la volonté de Dieu avec une entière obéissance. C'est à quoi il se soumet : et David lui fait ajouter : Mon Dieu, je l'ai voulu; et votre loi est au milieu de mon cœur^.

Soyons donc, à l'exemple de Jésus-Christ, en esprit de victime, abandonnés à la volonté de Dieu : autrement nous n'aurons point de part à son sacriiice. Fallùt-il être un holocauste, et une victime entièrement consumée par le feu : laissons-nous réduire en cendres, plutôt que de nous opposer à ce que Dieu veut.

C'est dans la sainte volonté de Dieu que se trouve l'égalilé et le repos. Dans la vie des passions et de la volonté propre, on pense aujourd'hui une chose, et demain une autre : une chose durant la nuit, et

1. DetiC, XXXIII. 11. —2. Heb., ix. 25,26. — .i. Ps., xxxix. 7,8, 9.-4. Heb., x. 5,6,7. — 5. P.?., xxxix. 9.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

une autre durant le jour : une chose quand on est triste, une autre quand on est en bonne humeur : une chose quand l'espérance rit à nos désirs, autre chose quand elle se retire de nous. Le seul remède à ces altérations journalières, et à ces inégalités de notre vie, c'est la soumission à la sainte volonté de Dieu. Comme Dieu est toujours le même dans tous les changements qu'il opère au dehors, l'homme soumis à sa volonté est toujours le même. On n'a pas besoin de chercher des raisons particulières pour se calmer : c'est l'amour-propre ordinairement qui les fournit. La souveraine raison, c'est ce que Dieu veut. La volonté de Dieu sainte en elle-même, est elle seule sa raison.

Prenons garde néanmoins que ce ne soit par paresse, ou par une espèce de désespoir, et pour nous donner un faux repos, que nous ayons recours à la volonté de Dieu. Elle nous fait reposer, mais en agissant , et en faisant ce qu'il faut : elle nous fait reposer dans la douleur comme dans la joie, selon qu'il plait à celui qui sait ce qui nous est bon. Elle nous fait reposer, non dans notre propre contentement , mais en celui de Dieu : le priant de se contenter et de faire toujours de nous ce qu'il lui plaira. Qu'importe de ce que nous devenions sur la terre? « Il n'y a qu'une chose à vouloir; c'est, Seigneur, d'habiter dans votre maison tous les jours de ma vie, pour y voir la volupté du Seigneur, y contempler son saint temple', » et le louer aux siècles des siècles.

Commençons dès celle vie, et chantons avec David, ou plutôt avec Jésus-Christ, l'hymne de la sainte volonté : Me voici, Seigneur, et je viens pour accomplir votre volonté^.

Ville ÉLÉVATION.

Jésus-Christ est le sacrifice pour le péché : excellence de son oblation.

Mon Sauveur! dans ce verset de David que vous prononçâtes en entrant au monde ^, vous nous déclarâtes, que vous vous mettiez par la volonté de Dieu, à la place de toutes les victimes de l'ancienne loi. Vous n'êtes donc pas non-seulement un holocauste entièrement consumé par le feu de l'amour divin qui absorbe tout en lui-môme; mais vous êtes encore la victime pour le péché'', sur laquelle on prononce tous les crimes : on l'en charge; on les lui met sur la tête : on envoie après cette victime dans le désert : on la sépare de la société humaine : on l'excommunie. Ainsi a-t-on mis sur vous l'iniquité de nous tous : Vraiment vous avez porté nos péchés''. Il a fallu vous mener hors de la ville pour vous attacher à votre croix^'; cl vous avez pris sur vous la malédiction qui porte : Maudit est celui qui pend sur un bois infâme^.

Allons avec larmes confesser nos péchés sur .lésus-Christ. Mettons-les sur lui, alin qu'il les expie. Pleurons, pleurons les peines qu'ils lui ont causées : lâchons en même temps de le décharger d'un si pesant fardeau , en nous repentant de nos crimes pour l'amour de lui. 0 Jésus! que je vous soulage : faites que je ne pèche plus, et que j'eiïace par la

I. Pi., xxvt. i. "2. /'/.. XXIX. 8, 0.-3. /hid., xxîhx. 7, H, 0. — 4. Aec., XVI. 5, 8, 20, 21. -- 5. /*.,i,(i/. 4, 5. 0. —0. //<;«., XIII. 11. —7. D-ut.,xxt.Zi;Gal.,tu. Vi.

repentance, mes péchés qui vous ont couvert de tant de plaies.

Rrùlcz-moi de ce feu que vous êtes venu allumer sur la terre*. Consumez toutes mes inclinations par votre amour, et que je devienne celte pure flamme qui n'a que vous pour pâture : Je viens, mon Dieu, avec Jésus-Christ, pour faire votre volonté'^. Heureux qui tinit sa vie par un tel acte ! Nous la devions commencer par là comme Jésus-Christ. Finissonsla du moins en nous consommant dans la volonté de Dieu. Mon Dieu, je remets mon esprit entre vos mains ^.

QUATORZIEME SEMAINE

Les effets que produit sur les hommes le Verbe Incarné incontinent après son incarnation.

PREMIERE ELEVATION

Marie va visiter sainte Elisabeth.

Aussitôt après que Marie eut conçu le Verbe dans son sein, elle part et marche avec promptitude dans le pays des montagnes de Judée'', pour visiter sa cousine sainte Elisabeth. Ne sentons-nous point la cause de cette promptitude, de cette élévation, de cette visite? Quand on est plein de Jésus-Christ, on l'est en même temps de charité, d'une sainte vivacité , de grands sentiments; et l'exécution ne souffre rien de languissant. Marie qui porte la grâce avec Jésus-Christ dans son sein , est sollicitée par un divin instinct à l'aller répandre dans la maison de Zacharie, oi^i Jean-Baptiste vient d'être conçu.

C'est aux supérieurs à descendre , à prévenir. Marie qui se voyait prévenue par le Verbe descendu en son sein, pouvait-elle n'être pas touchée du désir de s'humilier, et de descendre à son exemple? Jésus devait être précédé par saint Jean au dehors; mais au dedans, c'est Jésus qui le devait prévenir, qui le devait sanctifier. Il fallait que Jean reçût de Jésus la première louche de la grâce.

Si vous sortez , âmes saintes cl cachées , que ce soit pour chercher les saintes , les Elisabelhs qui se cachent elles-mêmes; allez vous cacher avec elles : celle sainte société honorera Dieu , et fera paraître ses grâces.

Dans toutes les visites que nous rendons, imitons Marie; rendons-les en charité; alors sous une simple civilité, il se cachera de grands mystères; la grâce s'augmentera ou se déclarera par l'humilité, par l'exercice d'une amitié sainte.

Cultivez, âmes pieuses, les devoirs de la parenté. Soyez amies, femmes chrétiennes, comme Marie el l"]lisabelh; que votre amitié s'exerce par la piété; fine vos conversations soient pleines de Dieu : Jésus sera au milieu de vous, et vous sentirez sa présence.

Hommes, imitez aussi ces saintes et humbles femmes. 0 Dieu! sanctifiez les visites; ôlez-en la curiosité, l'inulililé, la dissipation, l'inquiétude, ladissimulation et la tromperie : faites-y régner la cordialité el le bon exemple.

1. Luc.,xu. 49. -- 2. P»., XXXIX. 7,8, 'J. Luc, XXIII. 40. — 4. Luc, i. .39.

— 3. Ps., XXX. C> ;

QUATORZIÈME SEMAINE

Ile ELEVATION.

Jésus-Christ moteur secret des cœurs : divers mouvements qu'il excite dans les âmes dont il s'approche.

Merveille de celle journée! Jésus-Christ est caché , et c'est lui qui opère tout : il ne paraît en lui aucun mouvement, il meut tout, non-seulement Marie et Elisabeth, mais encore l'enfant qui est au sein de sa mère, agissent sensiblement. Jésus qui est en effet le moteur de tout, est le seul qui paraît sans action, et son action ne se produit que par celle qu'il inspire aux autres.

Nous voyons ici dans ces trois personnes sur lesquelles Jésus-Christ agit, trois dispositions différentes des âmes dont il approche : D'où me vient ceci, dit Elisabeth*? Elle s'étonne de l'approche de Dieu; et n'en pouvant découvrir la cause dans ses mérites, elle demeure dans l'étonnement des bontés de Dieu. En d'autres âmes Dieu opère le transport, et de saints efforts pour les faire venir à lui : c'est ce qui paraît dans le tressaillement de saint Jean- Baptiste. Sa dernière opération est la paix dans la glorification de la puissance divine; et c'eet ce qui paraît dans la sainte Vierge. Voyons donc dans ces trois personnes si diversement émues , ces trois divines opérations de Jésus-Christ dans les âmes : dans Elisabeth, l'humble étonnement d'une âme de qui il approche : dans Jean-Baptiste, le saint transport d'une âme qu'il attire; et dans Marie , l'ineffable paix d'une âme qui le possède.

Ille ÉLÉVATION.

Le cri de sainte Elisabeth et son humble étonnement.

A LA voix de Marie, et à sa salutation, V enfant tressaillit dans son sein ; et i^emplie du Saint-Esprit elle s'écria. (Ce grand cri de sainte Elisabeth marque tout ensemble sa surprise et sa joie) : Vous êtes bénie entre toutes les femmes , et le fruit de vos en- 'trailles est béni^ : celui que vous y portez, est celui en qui toutes les nations seront bénies ; il commence par vous à répandre sa bénédiction. D'où me vient ceci, que la Mère de mon Seigneur vienne à moi^? Les âmes que Dieu aborde étonnées, de sa présence inespérée, le premier mouvement qu'elles font, est de s'éloigner' en quelque sorte comme indignes de cette grâce. Retirez-vous de moi, Seigneur, disait saint Pierre* , parce que je suis un pécheur. El le Cenlenier : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison^. Dans un semblable sentiment, mais plus doux, Elisabeth, quoique consommée dans la vertu, ne laisse pas d'être surprise de se voir approchée par le Seigneur d'une façon si admirable. D'où me cient ceci, que la Mère de mon Seigneur, et qui le porte dans son sein, fie?ine à moi! Elle sent que c'est le Seigneur qui vient luimême, mais qui vient et qui agit par sa sainte Mère. A votre voix, dit-elle , l'enfant que je porte a tressailli dans mon sein^. Il sent la présence du maître, et commence à faire l'office de son précurseur; si ce n'est encore par la voix, c'est par ce soudain tressaillement : la voix même ne lui manque pas; puisque c'est lui qui secrètement anime celle de sa mère. Jésus vient à lui par sa mère, et Jean le reconnaît par la sienne.

1. Luc, I. 43. — 2. Idem, 41, 42. —3. Ibid., 43. - 4. Ibid., \.S.—5.MaUh., VIII. 8. —6. Luc, i. 44.

Dans celle dispensation des grâces de Jésus- Christ sur Elisabeth et sur son fils à la Visitation de la sainte Vierge, l'avantage est tout entier du côté de l'enfant. C'est ce qui fait dire à un saint Père* : « Elisabeth a la première écouté la voix, mais Jean a le premier senti la grâce. Elisabeth, » poursuit saint Ambroise , « a la première aperçu l'arrivée de Marie; mais Jean a le premier senti l'avénement de Jésus. » Illa Mariœ, iste Domini sensit adventum.

Elisabeth, comme revenue de son étonnement, s'étend sur la louange de la sainte Vierge. « Vous êtes heureuse d'avoir cru : ce qui vous a été dit par le Seigneur sera accompli 2. » Vous avez conçu vierge, vous enfanterez vierge : votre Fils remplira le trône de David; et son règne n'aura point de fin.

Croyons donc, et nous serons bienheureux comme Marie : croyons comme elle au règne de Jésus et aux promesses de Dieu. Disons avec foi : Que votre règne arrive.^. Crions avec tout le peuple : Bévi soit celui qui est venu au nom du Seigneur ; et béni soit le règne de notre père David''.

La béalilude est attachée à la foi. « Vous êtes bienheureuse d'avoir cru. Vous êtes bienheureux, Simon , parce que ce n'est point la chair et le sang qui vous ont révélé » la foi que vous devez annoncer, « mais que c'est mon Père céleste^. » El où est celte béatitude de la foi? « Bienheureuse d'avoir cru : ce qui vous a été dit s'accomplira^. » Vous avez cru, vous verrez : vous vous êtes fiée aux promesses, vous recevrez les récompenses : vous avez cherché Dieu par la foi , vous le trouverez par la jouissance.

Mettons donc tout notre bonheur dans la foi; ne soyons point insensibles à cette béatitude : c'est Jésus-Christ lui-même qui nous la propose; et la gloire de Dieu et sa volonté se trouvent dans notre béatitude. Ce qui est bienheureux est excellent en même temps : il est plus heureux de donner que de recevoir; c'est-à-dire, il est meilleur. On est bienheureux de croire; il n'y a rien de plus excellent ni de meilleur que la foi, qui, appuyée sur les promesses, s'abandonne aux bontés de Dieu, et ne songe qu'à lui plaire. Beata quœ credidisti.

IVc ÉLÉVATION.

Le tressaillement de saint Jean.

Quand l'âme dans son ignorance et ses ténèbres ressent les premières touches de la divine présence, après ce premier étonnement par lequel elle semble s'éloigner, rassurée par sa bonté, elle se livre à la confiance et à l'amour. Elle sent je ne sais quels mouvements, souvent encore confus et peu expliqués : ce sont des transports vers Dieu, et des efforts pour sortir de l'obscurité où l'on est, et rompre tous les liens qui nous y retiennent. C'est ce que veut faire saint Jean; saisi d'une sainte joie il voudrait parler, mais il ne sait comment expliquer son transport. Jésus-Christ qui en est l'auteur, en connaît la force ; et quoiqu'on apparence il ne fasse rien , il se fait sentir au dedans par un subit ravissement qu'il inspire à l'âme. Ame qui te sens saisie d'un si doux sentiment, s'il ne t'est pas encore permis de parler, il t'est permis de tressaillir !

1. Ambr., l. 11. in Luc, n. 23. -- 2. Luc, i. 45. — 3. Matlh., VI. 10. — 4. Marc, xi. 9. 10. — 5. Malth., .\vi. 17. - 6. Luc, i. 45.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

Venez, Seiirneiir, venez me toucher d'un sainl el inopiné désir daller à vous. Que ce désir sélève en moi aujourd'hui à la voix de voire mère : failes-moi dire avec Elisabeth : D'où me rient ceci? Failes-moi dire : Elle est heureuse d'avoir cru, el je veux imiter sa foi. Failes-moi tressaillir comme Jean-Baplisle; el enfant encore dans la piété , recevez mes innocents transports. Je ne suis pas un Jean-Raptislc, en qui votre grâce avance l'usage de la raison; je suis un vrai enfanl dans mon ignorance, agréez mon bégaiement, l'a, a, a de ma langue' qui n'est pas encore dénouée. C'est vous du moins que je veux; c'est à vous seul que j'aspire; et je ne puis exprimer ce que votre gn\ce inspire à mon cœur.

Ve ÉLÉVATION.

Le cantique de Marie : première partie. Ces premiers transports d'une ame qui sort d'ellemême, et qui déjà ne se connaît plus, sont suivis d'un calme inelTable, d'une paix qui passe les sens, et d'un cantique céleste.

Mon âme glorifie le Seigneur ; et mon esprit est rati de joie en Dieu mon Sauveur^. Que dirai-je sur ce divin cantique? Sa simplicité, sa hauteur qui passe mon intelligence m'invite plutôt au silence qu'à parler. Si vous voulez que je parle , ô Dieu ! formez vous-même mes paroles.

Quand l'âme entièrement sortie d'elle, ne glorifie plus que Dieu, et met en lui toute sa joie, elle est en paix, puisque rien ne lui peut ôter celui qu'elle chante.

Mon âme glorifie, mon âme exalte le Seigneur. Après qu'elle s'est épuisée à célébrer ses grandeurs, quoi qu'elle ait pensé, elle l'exalte toujours le perdant de vue, et s'élevant de plus en plus au-dessus de tout.

Mon esprit est raci de joie en Dieu mon Sauteur. Au seul nom de Sauveur, mes sens sont ravis; et ce que je ne puis trouver en moi, je le trouve en lui avec une inébranlal)le fermeté.

Parce qu'il a regardé la bassesse de sa servante. Si je croyais de moi-même pouvoir attirer ses regards, rna bassesse et mon néant m'ôleraient le repos avec l'espérance. Mais puisque de lui-même par pure bonté, il a tourné vers moi ses regards, j'ai un appui que je ne puis perdre, qui est sa miséricorde par laquelle il m'a regardée, à cause qu'il est bon cl libéral.

Elle ne craint point après cela de reconnaître ses avantages, dont elle a vu la source en Dieu, et qu'elle ne peut plus voir fjue dans ce principe : Et toilà, dit-elle, que tous les siècles me reconnaîtront bienheureuse.

Ici étant élevée à une plus haute contemplation, elle commence à joimJre son bonheur à celui de tous les peuples rachetés : cl c'est comme la seconde partie de son cantique.

VI'; KLÉVATIO.N.

^irr.nih partie, du rantiquc à ces paroles : « Le Tout- Pui.si^ant m'a fait de grandes choses. »

GcLii qui seul est puissant a fait en moi de grande» ch/ises : et non nom est saint : et sa miséricorde n'étend d'âge en âge, el de race en race sur ceux qui le craignent'. Elle commence à voir que son bon-

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