‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 203 sur 851 · I. Jertm.. t 2. - 2. Luc, t. iô et teq. -- 3. Ai-m, 49, ^/i · texte numérisé non relu

I. Jertm.. t 2. - 2. Luc, t. iô et teq. -- 3. Ai-m, 49, ^/i

heur est le bonheur de loule la terre, et qu'elle porte celui en (lui loules les nations seront bénies. Elle s'élève donc à la puissance et à la saintelé de Dieu, qui est la cause de ces merveilles.

Celui qui est seul puissant a fait en moi un ouvrage seul digne de sa puissance, un Dieu homme, une mère vierge, un enfanl qui peut tout; un pauvre dépouillé de tout, cl néanmoins sauveur du monde, dompteur des nations, et destructeur des superbes.

Et son nom est sainl : Dieu est la sainteté même : il est saint el sanctifiant : el quand est-ce qu'il le parait davantage, que lorsque son Fils qui est aussi celui de Marie, répand la miséricorde, la grâce et la sainteté, d'âge en âge sur ceux qui le craignent?

Si nous voulons participer à celte grâce, soyons saints; et publions en même temps avec toutes les nations, que Marie est bienheureuse.

Vile ÉLÉVATION.

Suite du cantique où sont expliqués les effets particuliers de l'enfantement de Marie, et de l'incarnation du Fils de Dieu.

Pour expliquer de si grands effets , Marie en revient à la puissance de Dieu. Il a, dit-elle, déployé la puissance de son bras : il a dissipé ceux qui étaient enflés d'orgueil dans les pensées de leur cœur. Il a renversé les puissances de dessus le trône ; et il a élevé les humbles '. Quand est-ce qu'il a fait toutes ces merveilles , si ce n'est quand il a envoyé son Fils au monde, qui a confondu les rois et les superbes empires par la prédication de son Evangile? Ouvrage où sa puissance a paru d'autant plus admirable, ([uil s'est servi de la faiblesse pour anéantir la force, et de ce qui n'était pas, pour détruire ce qui était, api que ne paraissant rien, nul homme ne se glorifie devant lui ^ ; et qu'on attribuât tout à la seule puissance de son bras I C'est pourquoi il a paru au milieu des hommes comme n'étant rien. Et lorsqu'il a dit : Je vous loue, m,on Père , Seigneur du ciel et de la terre , de ce que vous avez caché ces mystères aux sages et aux prudents , et que vous les avez révélés aux petits^, n'a-l-il pas vérilablemcnl confondu les superbes, élevé ceux qui étaient vils à leurs yeux et à ceux des autres?

Marie elle-même en est un exemple : il l'a élevée au-dessus de tout, parce qu'elle s'est déclarée la plus basse des créatures. Quand il s'est fait une demeure sur la terre, ce n'a point élô dans les palais des rois : il a choisi de pauvres, mais d'humbles parents, et tout ce que le monde méprisait le plus, pour en aballrc la pompe. C'est donc là le propre caraclêrc de la puissance divine dans la nouvelle alliance, qu'elle y fait sentir sa vertu par la faiblesse même.

Il a rassasié les affamés, et il a renvoyé les riches avec les mains vides''. Et quand? Si ce n'est lorsqu'il a dit : Heureux ceux qui ont faim; car ils seront rassasiés^. Malheur à vous qui êtes rassasiés; car vous aurez faim^. C'est ici qu'il faut dire avec Marie : Mon âme glorifie le Seigneur, el n'exalte que sa puissance, qui va paraître par l'infirmité et [lar la bassesse.

1. Lkc.,1. 51. r>2. — ;2. /. Cor., i. 27, 28, 29. —3. Afalth., xi. 25. — i. Luc, I. .53. — 5. M'(tl/t.,\. 0. — 0. Luc, vi. 25.

QUATORZIÈME SEMAINE

C'est là que ràine trouve sa paix, lorsqu'elle voit tomber toute la gloire du monde, et Dieu seul demeurer grand.

Ville ÉLÉVATION.

Effets particuliers de l'enfantement de Marie dans les deux derniers versets de son cantique.

Les palais et les trônes sont à bas : les cabanes sont relevées : toute fausse grandeur est anéantie : c'est un etTet général de l'enfanlement de Marie dans toute la terre. Mais ne dira-t-elle rien de la rédemption d'Israël, et de ces brebis perdues de la maison d'Israël, pour lesquelles son Fils a dit qu'il était venu? Ecoutons la fin du divin cantique : Il a pris en sa protection Israël son serviteur*. Ce n'est point à cause des mérites dont se vantaient les présomptueux : au contraire il a abattu le faste pharisaïque, et les superbes pensées des docteurs de la loi : il a reçu un Nathanaël , vrai Israélite , simple , sans présomption, comme sans fard et sans fraude : et voilà les Israélites qu'il a protégés , à cause qu'ils mettaient leur confiance, non point en eux-mêmes, mais en sa grande miséricorde. Il s'est souvenu des promesses qu'il a faites à Abraham et à sa postérité, qui doit subsister aux siècles des siècles^.

Heureux! que Dieu ait daigné s'engager avec nous par des promesses. Il pouvait nous donner ce qu'il eût voulu : mais quelle nécessité de nous le promettre? Si ce n'est qu'il voulait, comme dit Marie, faire passer d'âge en âge sa miséricorde, en nous sauvant par le don, et nos pères par l'attente. Attachons-nous donc avec Marie aux immuables promesses de Dieu qui nous adonné Jésus-Christ. Disons avec Elisabeth : Nous sommes heureux d'avoir cru : ce qui nous a été promis s'accomplira. Si la promesse du Christ s'est accomplie tant de siècles après : doutons-nous qu'à la fin des siècles tout le reste ne s'accomplisse? Si nos pères avant le Messie ont cru en lui : combien maintenant devons-nous croire , que nous avons Jésus-Christ pour garant de ces promesses? Abandonnons-nous à ces promesses de grâce, à ces bienheureuses espérances; et noyons dedans toutes les trompeuses espérances dont le monde nous amuse.

Xous sommes les vrais enfants de la promesse; enfants selon la foi, et non pas selon la chair^ : qui ont été montrés à Abraham , non point en la personne d'Ismaël , ni dans les autres enfants sortis d'Abraham selon les lois de la chair et du sang; mais en la personne d'Isaac, qui est venu selon la promesse, par grâce et par miracle. Abraham a cru à cette promesse : Pleinement persuadé, et sachant très-bien que Dieu est puissant pour faire ce qu'il a promise II ne dit pas seulement qu'il prévoit ce qui doit arriver, mais encore qu'il fait ce qu'il a promis; il a promis à Abraham des enfants selon la foi : il les fait donc. Nous sommes ses enfants selon la foi : il nous a donc faits enfants de foi et de grâce; et nous lui devons celte nouvelle naissance. Si Dieu nous a faits par grâce selon sa promesse, ce n'a point été par nos œuvres, mais par sa miséricorde qu'il nous a produits et régénérés. Nous sommes ceux que voyait Marie, quand elle voyait la postérité d'Abraham ; nous sommes ceux au salut de qui elle

1. Luc, I. 54.-2. Tdem, 5t, 55. — 3. Gal.,i\. 28; Rom., ix. 7,8. —4. iîo»i.,iv. 20, 21.

a consenti, quand elle a dit : Qu'il me soit fait selon votre parole' . Elle nous a tous portés dans son sein avec Jésus-Christ en qui nous étions.

Chantons donc sa béatitude avec la nôtre : publions qu'elle est bienheureuse; et agrégeons-nous à ceux qui la regardent comme leur mère. Prions cette nouvelle Eve qui a guéri la plaie de la première, au lieu du fruit défendu dont nous sommes morts, de nous montrer le fruit béni de ses entrailles. Unissons-nous au saint cantique, où Marie a chanté notre délivrance future. Disons avec saint Ambroise- : Que l'âme de Marie soit en nous pour glorifier le Seigneur : Que l'esprit de Marie soit en nous pour être ravis de joie en Dieu notre Sauveur. Comme Marie, mettons notre paix à voir tomber toute la gloire du monde , et le seul règne de Dieu exalté, et sa volonté accomplie.

IXe ÉLÉVATION.

Demeure de Marie avec Elisabeth.

M.\RiE demeura environ trois mois dans la maison d'Elisabeth : et elle retourna en sa maison^. Lâchante ne doit pas être passagère. Marie demeure trois mois avec Elisabeth : quiconque porte la grâce ne doit point aller en courant, mais lui donner le temps d'achever son œuvre. Ce n'est pas assez que l'enfant ait tressailli une fois , ni qu'Elisabeth ait crié : Vous êtes heureuse; il faut fortifier l'attrait de la grâce : et c'est ce qu'a fait ^larie, ou plutôt ce qu'a fait Jésus, en demeurant trois mois avec son précurseur.

Regardons ce saint précurseur sanctifié dès le ventre de sa mère. Comme les autres il était conçu dans le péché : mais Jésus-Christ a voulu prévenir sa naissance et la rendre sainte. Il a voulu qu'il fit son office de précurseur jusque dans le ventre de sa mère. Il ne faut pas s'étonner, si dès le commencement de l'Evangile de l'apôtre saint Jean, on voit Jean-Raptiste si étroitement uni à Jésus. Jean-Raptiste, qui n'était pas la lumière, devait pourtant et devait avant sa naissance, et dès le sein de sa mère, rendre témoignage à la lumière'^, encore cachée. Il n'était pas la lumière : puisque conçu dans le péché , il attendait pour en sortir la présence du Sauveur.

Il y avait une véritable lumière qui illumine tout homme venant au monde'^ : et c'est par celte lumière que Jean a été illuminé, afin que nous entendions , que s'il montre Jésus-Christ au monde, c'est par la lumière qu'il reçoit de Jésus-Christ même. 0 Marie ! ô Elisabeth f ô Jean ! que vous nous montrez aujourd'hui de grandes choses! Mais, ô Jésus, Dieu caché, qui sans paraître faites tout dans celte sainte journée, je vous adore dans ce mystère et dans toutes les œuvres cachées de votre grâce !

Savoir si la sainte Vierge vit la naissance de saint Jean, l'Evangile n'a pas voulu nous le découvrir. Elisabeth était dans son sixième mois , quand Marie la viol visiter : elle fut environ trois mois avec elle : elle était donc ou à terme ou bien près de son terme : et l'Evangile ajoute aussi, que le temps d'Elisabeth s'accomplit^ : insinuant, selon quelquesuns , qu'il s'accomplit pendant que Marie était avec

1. Luc.,1. 3S. —2. Amhr., in Luc. l. II. n. 2G. — 3. Luc, I. 58. — 4. Joan., i. S. — 5. Idem ,9. — 6. Luc. , i. 57.

ÊLKVATK^NS SUR LES MYSTÈRES

elle : mais qui osera l'assurer, puisque l'Evangile semble avoir évité de le dire? Quoiqu'il en soit, ou Marie attachée à sa solitude, et prévoyant l'abord de tout le monde au temps de renfanlenient d'Elisabeth, le prévint par sa retraite : ou, si elle est demeurée avec tous les autres , elle y a été humble et cachée, inconnue, sans s'être fait remarquer dans une si grande assemblée, et contente d'avoir agi envers ceux à qui Dieu l'avait envoyée. 0 humilité! o silence qui n'a été interrompu que par un cantique inspiré de Dieu, puissé-je vous imiter toute ma vie !

QUINZIÈME SEMAINE

La nativité du saint Précurseur.

PREMIÈRE ÉLÉVATION

On accourt des environs.

Lib terme d'Elisabeth étant accompli, les voisins et ses parents accoururent pour célébrer la miséricorde que Dieu avait exercée (en lui ôtant sa stérilité) et s'en réjouir avec elle^. Les vraies congratulations des amis et des parents chrétiens, doivent avoir pour objet la miséricorde que Dieu nous a faite : sans cela, les compliments n'ont rien de solide, ni de sincère, et ne sont qu'un amusement.

Dieu dispose avec un ordre admirable tout le tissu de ses desseins. Il voulait rendre célèbre la naissance de saint Jean-Baptiste, oii celle de son Fils devait aussi être célébrée par la prophétie de Zacharie; et il importait aux desseins de Dieu, que celui qu'il envoyait pour montrer son Fils au monde, fût illustré dès sa naissance : et voilà que sous le prétexte d'une civilité ordinaire. Dieu amasse ceux qui doivent être témoins de la gloire de Jean-Baplisle , la répandre et s'en souvenip. Car tout le monde était en admiration ; et les merveilles qu'on vil paraître à la naissance de Jean-Baptiste, « se répandirent dans tout le pays voisin : et tous ceux qui en ouïrent le récit, le mirent dans leur cœur, en disant : Que pensez-vous de cet enfant? Car la main de Dieu est visiblement avec lui 2. » Accoutumonsnous à remarquer, que les actions qui paraissaient les plus communes, sont secrètement dirigées par l'ordre de Dieu, et servent à ses desseins, sans qu'on y pense , en sorte que rien n'arrive forluileinent.

Ile ÉLÉVATION.

La circoncision du saint Précurseur, et le nom qui lui

est donné.

• Le huitième jour on vint circoncire l'enfant; el ils lui donnaient le nom de son père, Zacharie; mais ElisabethTépondit que son nom était Jean. On lui remontrait que personne n'avait ce nom dans leur parenté : el en même temps ils demandèrent parî>ignes à son père, quel nom il lui voiilait»donner; et il wrivit sur des tablettes, que Jean était son nom'. » On connut donc, par le concours du ]<irf: el de la mère ,^1 lui fjonner ce nom extraordinaire dans la famille, qu'il était venu d'en-haut :

1. Luc., I. 57. M. - 2. /<fcm,05,«;. - :i. uid., ryj, m, 61, 62,

Et tout le monde était étonné. Le nom de Jean signilie grAcc, piélô, miséricorde : et Dieu avait destiné ce nom au Précurseur de sa grâce el de sa miséricorde.

Il parait que Zacharie à qui on ne parlait que par signes*, n'était pas seulement devenu muet par son incrédulité; mais que l'ange l'avait encore frappé de surdité : mais l'ouïe lui fut tout à coup rendue avec la parole , quand il eut obéi à l'ange, en donnant à son llls le nom de Jean. L'obéissance guérit le mal que l'incrédulité avait causé : à l'instant celui qui n'entendait rien que par des signes, et ne parlait qu'en écrivant, eut la bouche ouverte, el entonna ce divin cantique.

Ille ÉLÉVATION.

Le cantique de Zacharie. Première partie : quels sont les ennemis dont Jésus-Christ nous délivre : et quelle est la justice qu'il nous donne.

Béni soit le Seigneur le Dieu d'Israël ^. C'est, après être demeuré longtemps muet, une soudaine exclamation pour exprimer les merveilles qu'il avait été contraint de resserrer en lui-même, louchant le règne du Christ qui était venu, et qui bientôt allait parailre. C'est ce qu'il voit dans son transport; el il voii en même temps la part qu'aura son fils à ce grand ouvrage, qui sont les deux parties de cet admirable cantique.

C'est pour la gloire de Jésus-Christ le témoignage d'un prêtre célèbre parmi le peuple, el aussi savant que pieux. C'est pourquoi toutes les paroles de son cantique ont de doctes el secrets rapports aux promesses faites à nos pères, el aux anciennes prophéties.

Il commence donc par bénir ce Dieu : Parce qu'il a visité son peuple , et en a opéré la rédemption , en lui envoyant son Fils , en qui il nous a élevé un puissant Sauveur dans la maison de David son serviteur^. Voilà comme tout le monde connaissait que le Fils de Marie par elle sortait de David el en héritail la royauté.

Le mol de corne dont il se sert , est un mot de magnificence el de terreur, qui dans le style de l'Ecriture signifie la gloire, cl en môme temps une force incomparable pour dissiper nos ennemis. C'est ce que devait faire le Sauveur sorti de David , pour la rédemption du genre humain.

Le saint prêtre nous l'ail voir deux choses dans celte rédemption : la première, sont les maux dont elle nous afiranchit, cl la seconde, sont les grâces qu'elle nous apporte.

Premièrement donc : Il avait promis par la bouche de ses prophètes , qu'il nous délivrerait de nos ennemis, et de ceux qui nous haïssent \ Quels sont les ennemis dont nous devons être délivrés? Ce sont avant toules choses, les ennemis invisibles qui nous tenaient captifs par b; péché, par nos vices el par tous nos mauvais désirs : ce sont là nos vrais ennemis, qui seuls aussi peuvent nous perdre. Jésus- Christ nous délivre aussi des ennemis visibles, en nous apprenant non-seulement à ne les craindre j)lus, mais encore à les vaincre par la charité el par la patience , selon ce que dit saint PauF' : Ne vous laissez pas vaincre par le mauvais , mais surmon -

1. r,uc.,i. 62,61.-2. l'iem, 08. — 3. Ihidem , 68, 69. — 4. /</(V/., 70, 71. — 5. iîom., XII. 20. 21.

QUINZIÈME SEMAINE

tez le mauvais par l'abondance du bien : soigneux de gagner par la charité vos frères qui vous persécutent, et entassant des charbons sur leurs têtes, pour les échauffer et fondre la glace de leurs coeurs endurcis.

C'est ainsi que le Sauveur nous apprend à vaincre nos ennemis. Mais s'il faut qu'ils soient vaincus manifestement, Dieu les mettra à nos pieds d'une autre sorte , comme il y a mis les tyrans persécuteurs de l'Eglise : et si -les Juifs avaient été fidèles à leur Messie, je ne doute pas que Dieu ne les eût tirés de leur servitude d'une manière éclatante pour les faire marcher sans crainte , et servir Dieu en paix.

Quand donc Dieu fait prospérer son peuple contre les ennemis qui les oppriment, qu'ils regardent ces heureux succès comme une grâce du libérateur qui leur est venu, et qu'ils en profitent pour mieux servir Dieu : autrement, et s'ils en abusent pour mener une vie plus licencieuse, la paix n'est pas une paix sainte et chrétienne, mais un fléau de Dieu plus terrible que la guerre même.

Mais les véritables ennemis dont la défaite nous est promise par le Sauveur, sont les démons nos vainqueurs dès l'origine du monde; et nos convoitises qui nous font la guerre dans nos membres; et nos péchés qui nous accablent, et nos faiblesses qui nous tuent; et les terreurs de la conscience, qui ne nous laissent aucun repos. Voilà les vrais ennemis, les vrais maux dont Jésus-Christ nous délivre , pour nous faire marcher sans crainte en sa présence ' .

Ce n'est pas assez de nous délivrer des maux : le règne de Jésus-Christ nous apporte la sainteté qui doit avoir deux qualités. La première est exprimée par ces paroles : Afin que nous servions en sainteté et en justice devant lui^ : c'est-à-dire, dans une parfaite et véritable sainteté qui ne soit point extérieure, et aux yeux des hommes, mais aux yeux de Dieu. Car dans le règne de Jésus-Christ, il ne s'agit pas de purifications extérieures , ni de vaines cérémonies, ni d'une justice superficielle^ : il faut être saint à fond, se tenir sous les yeux de Dieu, faire tout uniquement pour celui qui sonde le fond des cœurs, et ne songer qu'à lui plaire. Ce n'est pas assez, et voici la seconde qualité de la vraie sainteté : il faut persévérer dans cet état : une vertu passagère n'est pas digne de Jésus-Christ. Ceux qui , transportés par la douceur d"une dévotion nouvelle, se retirent à la première tentation , sont ceux qu'il appelle temporels'^, ou justes pour un certain temps, et non pour toujours. La preuve du vrai chrétien est la persévérance? et la grâce que Jésus-Christ nous apporte est une grâce qui premièrement nous fait vraiment justes devant Dieu, et secondement nous fait justes, persévérants, marchant courageusement et humblement à la fois, sous les yeux de Dieu , durant toute la suite de nos jours.

Commençons donc une vie nouvelle sous le règne de Jésus-Christ : soyons justes à ses yeux, en exterminant pour l'amour de lui toute tache qui offenserait ses regards, et pratiquant une vertu ferme et sévère qui ne se relâche jamais , ni en rien.

1. Luc, I. 74. — 2. Idem, 75. —3. Mallh., xv el xxrii. — 4. Marc, iv. 16, 17.

IVe ELEVATION.

Sur quoi toutes ces grâces sont fondées.

Pour exercer sa miséricorde envers nos pères , et se souvenir de son alliance sainte, selon qu'il avait juré à Abraham notre père*. Il semble qu'il fallait dire que Dieu exerçait ses miséricordes sur nous en mémoire de nos pères. Mais pour nous ôter davantage toute vue de notre propre justice, et nous faire mieux sentir que nous sommes sauvés par grâce, le saint prêtre aime mieux dire , qu'il exerce sa miséricorde envers nos pères qui lui ont plu , qu'envers leurs enfants ingrats : qu'il nous sauve par sa bonté, et non à cause de nos mérites; et pour satisfaire à sa promesse, plutôt qu'en ayant égard à nos œuvres qui sont si mauvaises.

Ce n'est pas qu'il ne faille croire que Dieu donne des mérites à ses saints; mais c'est que ces mérites sont des grâces : c'est que la grâce qui nous les donne, nous est donnée sans mérite : on a des mérites, quand on est saint; mais pour être saint, il n'y a point de mérite : la récompense est due après la promesse ; mais la promesse a été faite par pure bonté : la récompense est due encore une fois à ceux qui font de bonnes œuvres; mais la grâce qui n'est point due, précède afin qu'on les fasse. Enfants de grâce et de promesse, vivez dans cette foi : c'est la nouvelle alliance que Dieu a faite avec nous : Que nulle chair ne se glorifie en sa présence : et que celui qui se glorifie, se glorifie en Notre Seigneur-.

Ve ÉLÉVATION.

Quel est le serment de Dieu : et ce qu'il opère.

Selon qu'il avait juré à notre père Abraham^. Je ne puis mieux exprimer le mystère de ce serment, que par ces paroles de l'Epitre aux Hébreux"' : « Dans la promesse que Dieu fit à Abraham, n'ayant point de plus grand que lui par qui il put jurer, il jura par lui-même, » comme il est écrit : « J'ai juré par moi:mème, dit le Seigneur; » et ajouta : « Si je ne vous comble de bénédictions, et si je ne multiplie votre race jusqu'à l'infini' : ■» suppléez, je serai un menteur, moi qui suis la vérité même. « Abraham , » continue l'Apôtre^, « ayant attendu avec patience , a obtenu l'effet de cette promesse; car comme les hommes jurent par celui qui est plus grand qu'eux , et que le serment » où ils font entrer la toute-puissance el la vérité de Dieu dans leur engagement, « est la plus grande assurance qu'ils puissent donner pour terminer tous leurs difierends, » dont aussi le serment est la décision : « Dieu voulant aussi faire voir avec plus de certitude aux héritiers de la promesse , la fermeté immuable de sa résolution , a ajouté le serment à sa parole : afin qu'étant appuyés sur ces deux choses inébranlables , par lesquelles il est impossible que Dieu nous trompe, (c'est-à-dire, sur la parole de Dieu, et sur le jurement qui la confirme), nous ayons une puissante consolation, nous qui avons mis notre refuge dans la possession des biens proposés à notre espérance. »

1. Luc, I. 72. 73. —2. /. Cor., i. 29, 31. —3. Luc, i. 73. — 4. Hth., VI. 13, 14, 17. —5. Gen., x.tii. 16, 17, 18. —6. Ile'j. , VI. 15, 16, 17, 18.

KLKVATIONS SUR LES MYSTÈUES.

Il ne faut point ici de commentaire; il n'y a qu'à écouler toutes ces paroles , et nous en laisser pénétrer. Prenons garde seulement, qu'en nous attachant à la promesse, nous ne présumions pas plus qu'il ne nous est promis : Dieu a promis à la pénitence la rémissiiui des péchés; mais il n'a pas promis le temps de l'aire pénitence à ceux qui ne cessent d'en abuser.

VI«' ÉLÉVATION

Seamde partie de la prophétie du saint cantique qui regarde saint Jeun-Baptiste.

Et cous, enfant, vous serez appelé le Prophète du Très-Haut* : son prophète particulier et par excellence : prophète et plus que prophète^, comme l'appelle le Sauveur, puisque non-seulement vous l'annoncerez comme celui qui va venir à l'instant, mais encore que vous le montrerez au milieu du peuple, comme celui qui est venu^. Vous marcherez devant le Seiyneur pour lui préparer ses toies^. Voilà donc comme Zacharie appelle Jésus-Christ, le Très-Haut, (il, le Seigneur; c'est-à-dire, dans un seul verset, il l'appelle par deux fois. Dieu. Voilà donc lé caractère de la prophétie de saint Jean-Baptiste, marque distinctement par Zacharie, qui est de marcher devant le Seigneur pour lui préparer sa voie. Et ce caractère est tiré de deux anciennes prophéties; l'une d'Isaies : Une voix est entendue dans le désert : Préparez la voie du Seigneur; faites ses sentiers droits. L'autre de Malachie en confirmation" : J'enverrai mon ange; mon envoyé paraîtra et préparera les voies devant moi; et le Seigneur que vous cherchez viendra dans son temple.

C'est ainsi que ce docte prêtre établit par les prophètes la mission de son fils, et le propre caractère de son envoi, qui est de préparer les voies du Seigneur : c'est, dit-iF, de donner à son peuple la science du salut, pour la rémission de leurs péchés; qui est le propre ministère de saint Jean-Baptiste , dont saint Paul a dit dans les Actes après les évangélistes , que Jean avait baptisé le peuple du baptême de pénitence ; leur disant de croire en celui qui allait venir; c'est-à-dire, en Jésus^.

Venez donc apprendre la grande science, qui est la science du salut; et apprenons qu'elle consiste principalement dans la rémission des péchés , dont nous avons besoin toute notre vie; en sorte que notre justice est plutôt dans la rémission des péchés, que dans la perfection des vertus.

C'est ce qui a fait dire à saint Paul après David : Bienheureux ceur dont sont remises les iniquités , et dont les péchés sont couverts : bienheureux à qui le Seigneur n'impute point de péché^ : alin que nous entendions, que ne pouvant être sans péché , notre vniie science est celle qui nous apjjrend à nous en purifier de plus en plus tous les jours, en disant avec David : Lavez-moi de plus en plus de mon néché*\ ^

Cette science est en Jé.su.s-Chrisl dont il est écrit : Mon serrileur en justifiera plusieurs dans sa science, el il portera leurs iniquités". Voilà donc en Jésus-

Christ la vraie science de la rémission des péchés, dont il l'ail l'expiation par son sang , en les porlanl sur lui comme une victime , mais Jean marche devant lui pour montrer au peuple que c'est en lui que les péchés sont remis.

Passons donc toute notre vie dans la pénitence, puisque la science du salut consiste dans la rémission des péchés; et ne nous glorilions point d'une justice aussi imparfaite que la nôtre : non qu'elle ne soit véritable, et parfaite à sa manière; mais parce que la plus parfaite en celte vie doit craindre d'être accablée par la multitude des péchés , si elle ne prend un soin continuel de les expier par la pénitence et par les aumônes. C'est la science que prêchait saint Jean, en criant dans le désert, et faisant retentir toute la Judée de cette voix : Faites de dignes fruits de pénitence ' .

Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu'^ : c'est uniquement par là que nous trouvons la rémission de nos péchés; c'est par là, poursuit Zacharie, que l'Orient nous a visités d' en-haut. C'est là un des noms de Jésus-Christ qu'un prophète appelle en la personne de Zorobabel : Un homme viendra; et son nom est l'Orient^. Ce prophète c'est Zacharie; el Zacharie , père de saint Jean en répèle et en explique l'oracle. Jésus-Christ est le vrai Orient , lui qui fait lever sur nous le vrai soleil de justice'*; comme disait Malachie : Pour éclairer, continue ici Zacharie , ceux qui sont assis dans les ténèbres , et dans l'ombre de la mort; pour dresser nos pas dans la voie de la paix^.

Encore qu'on ne vous parle que de la rémission de vos péchés, et qu'elle soil toujours nécessaire durant tout le cours de celte vie; ne croyez pas que la justice ne soit pas infuse dans vos cœurs par Jésus-Christ. Il n'a pris le nom d'Orient que pour nous montrer qu'il est pour nous éclairer une lumière naissante : Il était la véritable lumière , qui éclaire tout homme venant au monde'^. Quand celle lumière commence à paraître, elle s'appelle Orient, el c'est un des noms de Jésus-Christ. Gomme donc le soleil levant ne dissipe les ténèbres, qu'en répt^ndanl la lumière dont il embellit l'univers; ainsi le vrai Orient, qui se lève vraiment d'en-haul, lorsqu'il sort du sein de son père pour nous éclairer, ne nous remet nos péchés qu'en nous remplissant de la lumière de la justice, par laquelle nous sommes nous-mêmes lumière en Notre Seigneur; car vous étiez, dit saint PauF, les ténèbres mêmes, mais à présent vous clés lumière; non point toutefois en vous-mêmes, mais en Jésus-Christ (jui vous apprend à marcher toujours les yeux ouverts, et à dresser incessamment vos regards vers lui , par une bonne et droite intention , dont s'ensuivra dans tout votre corps, dans toute votre personne, une lumière éternelle, et un ilambeau lumineux dont vous serez éclairé.

Pour dresser nos pas dans le chemin de la paix ^. 0 paix! le cher objet de mon cœur : ô Jésus! qui êtes ma paix^, qui me mettez en paix avec Dieu, avec moi-même, avec tout le monde : qui, par ce moyen , pacifiez le ciel et la terre*'*. Quand sera-ce , 6 Jésus! quand sera-ce, que par la foi de la rémis-

1. M'tllh., iif.S.— 2. rAtc.,i 78.-3. Zach.,\i. 12.— 4. Dfal,

IV. 9. — .5. Luc, I. 79; /.«., ix. 1, 2. — 0. .Ioan.,i. 0. — 7. J-Jphe.t.,

V. H. —8. Luc.,i. 1<J. — 9. Ephcs., n. 14. — 10. Coloss., i. 20.

QUINZIÈME SEMAINE

sion des péchés , par la tranquillité de ma conscience, par une douce conilance de voire faveur, et par un entier acquiescement, ou plutôt un attachement , une complaisance pour vos éternelles volontés, dans tous les événements de la vie, je posséderai cette paix qui est en vous, qui vient de vous, et que vous êtes vous-même?

Vile ÉLÉVATION.

Saint Jean au désert dés son enfance.

L'enfant croissait, et son esprit se fortifiait; et il était dans le désert jusqu'au jour de sa manifestation dans Israël*. Ce que Dieu fait dans cet enfant est inouï. Celui qui dès le sein de sa mère avait commencé à éclairer saint Jean-Baptiste, et à le remplir de son Saint-Esprit, se saisit de lui dès son enfance ; et il parait que dès lors il se retira dans le désert sans qu'on puisse dire à quel âge. Que ne faut-il point penser d'un jeune enfant qu'on voit tout d'un coup après le grand éclat que fit sa naissance miraculeuse, disparaître de la maison de son père, pour être seul avec Dieu, et Dieu avec lui? Loin du commerce des hommes, il n'en avait aucun qu'avec le ciel; il se retire de si bonne heure d'une maison sainte, d'une maison sacerdotale, d'avec des parents d'une sainteté si éminente, élevés au rang des prophètes, dont il devait être la consolation; mais les saints n'en ont point d'autre que de tout sacrifier à Dieu.

Qui n'admirerait cette profonde retraite de saint Jean-Baptiste? Que ne lui disait pas ce Dieu qui était en lui, et pour qui dès son enfance il quittait tout? Que ne lui disait-il point dans ce silence, oîi il se mettait pour n'écouter que lui seul? La langue, dit saint Jacques^, est la source de toute iniquité : qui veut fuir le péché doit fuir la conversalion. Ce fut l'esprit de saint Jean-Baptiste qui s'est perpétué dans les solitaires. Une voix fut portée à saint Arsène : Fuis les hommes , oui , si tu veux fuir le péché, et ne pécher point en ta langue. Mais à qui cette parole a-t-elle été dite plutôt qu'cî. saint Jean-Baptiste, poussé au dedans par le Saint- Esprit à se retirer dès son enfance dans le désert?

Tout le reste suivit. Cet homme dès son enfance, d'une retraite et d'un silence si prodigieux, mène une vie si étonnante; n'ayant pour tout habit qu'un rude cilice de poils de chameaux ; une ceinture aussi affreuse sur ses reins ; pour toute nourriture des sauterelles, sans qu'on explique comment il les rendait propres à sustenter sa vie , et du miel sauvage'^ ; et dans sa soif de l'eau pure. Le désert lui fournissait tout; et sans rien emprunter des villes ni des bourgades, il n'eut aucune société avec les hommes mauvais , dont il venait reprendre les vices, et réprimer les scandales.

Celte vie rude et rigoureuse n'était pas inconnue dans l'ancienne loi. On y voit dans ses prophètes les nazaréens qui ne buvaient point de \\n\ On y voit dans Jérémie^ les réchabites , qui , non contents de se priver de celle liqueur, ne labouraient ni ne semaient, ni ne cultivaient la vigne, ni ne bâtissaient de maison , mais habitaient dans des tentes. Le Sei-

1. Luc, I. 80, —2. Jac, iir. 6. —3. Malth.,ui. 4. — 4. Num., VI. \ el seq. ; Jud., yini. 5,7; Thren.,iv. 7; Amos.,n. 11; /. Macli., III. 49. — 5. Jerem., xxxv. 5, 6, 7 el seq.

gneur les loue par son prophète Jérémie , d'avoir été fidèles au commandement de leur père Jonadab; et leur promet en récompense, que leur institut ne cesserait jamais. Les esséens , du temps même du Sauveur, en tenaient beaucoup. La vie prophétique qui parait dans Elle, dans Elisée, dans tous les prophètes , était pleine d'austérités semblables à celles de Jean-Baptiste , et se passait dans le désert, où ils vivaient pourtant en société avec leur famille. Mais que jamais on se fût séquestré du monde , et dévoué à une rigoureuse solitude, autant et d'aussi bonne heure que Jean-Baptiste, avec une nourriture si affreuse , exposé aux injures de l'air, et n'ayant de retraile que dans les rochers ; car on ne nous parle point de tentes ni de \)avillons ; sans secours , sans serviteurs , et sans aucun entretien : c'est de quoi on n'avait encore aucun exemple.

C'est une autre sorte de prodige, que Jean-Baptiste qui avait senti sur la terre le Verbe incarné dès le sein de sa mère, et à qui son père avait prédit qu'il en serait le prophète, et lui devait préparer les voies, ne quitta point son désert pour l'aller voir parmi les hommes. Il le connaissait si peu, qu'il fallut que le Saint-Esprit lui donnât un signe pour le connaître, quand le temps fut arrivé de le manifester au monde. Pousser la retraile jusqu'à se priver de la vue et de la conversation de Jésus-Christ, c'est une sorte d'abstinence plus divine et plus admirable , que toutes celles que nous avons vues dans saint Jean-Baptiste. Il savait que le Verbe opère invisiblement, et de loin comme de près; il s'occupait de ses grandeurs qu'il devait prêcher; il l'adorait dans le silence, avant que de l'annoncer par sa parole; il l'écoutait au dedans; il s'enrichissait de son abondance , de sa plénitude , avant que d'apprendre aux hommes à s'en approcher. Que ne pensait-il point en attendant ce Dieu, (\u(i personne n'avait tu ; mais que son Fils unique qui était dans son sein venait annoncer*'^ C'est ce que saint Jean devait prêcher; c'est ce qu'il contemple en secret; et ne demande avoir ce* Fils unique, que dans le temps que Dieu le ferait paraître pour le montrer, et lui préparer les voies. Ainsi attaché aux ordres de Dieu , sans s'ingérer de quoi que ce soit, sans aucun empressement de paraître, il passa sa vie dans le désert jusqu'à ce que l'heure destinée de Dieu pour sa manifestation en Israël fût arrivée.

Mourez, orgueil humain, mourez curiosité, empressement, désir de paraître : si yous voulez préparer la voie à Jésus, et l'introduire dans vos cœurs, mourez tous à la gloire humaine. Mourez-y principalement, solitaires sacrés, imitateurs de saint Jean- Baptiste et des prophètes; puissicz-vous aimer la vie séparée; quitter les villes; aimer le désert; vous en faire un dans les villes mêmes, et recevoir la bénédiction des enfants de Jonadab fidèles aux institutions de leur père. Mais nous, fidèles, soyons-le donc à plus forte raison aux commandements sortis de la bouche de Dieu. Si les réchabites, si les moines, ont avec raison tant de scrupule, tant de honte de manquer à leurs règles , combien devons-nous trembler à manquer à la loi de Dieu , dit le Seigneur, par la bouche de son prophète Jérémie-.

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