‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 205 sur 851 · M'ttlh , I. 13. — 2. Idtm, lu. — 3. C'mt., vik · texte numérisé non relu

M'ttlh , I. 13. — 2. Idtm, lu. — 3. C'mt., vik

car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit*. Quel calme à ces paroles! quel ravissement ! quelle humilité dans Joseph ! Laissons-le concevoir à ceux à qui Dieu daigne en donner la connaissance.

Elle enfantera un Fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus ^. Pourquoi, tous? Vous n'en êtes pas le père; il n'a pas de père que Dieu; mais Dieu vous a transmis ses droits; vous tiendrez lieu de père à Jésus-Christ : vous serez son père en effet d'une certaine manière, puisque, formé par le Saint- Esprit dans celle qui était à vous, il es't aussi à vous par ce titre. Prenez donc avec l'autorité et les droits de père, un cœur paternel pour Jésus. Dieu qui fait en particulier tous les cœurs des hommes ^, fait aujourd'hui en vous un cœur de père : heureux, puisqu'on même temps il donne pour vous à Jésus un cœur de fils I Vous êtes le vrai époux de sa sainte Mère; vous partagez avec elle ce Fils bienaimé, et les grâces qui sont attachées à son amour. Allez donc : à la bonne heure nommez cet enfant ; donnez-lui le nom de Jésus pour vous et pour nous, afin qu'il soit notre Sauveur comme le vôtre.

Ile ÉLÉVATION.

Sur la prédiction de la virginité de la sainte Mère de Dieu.

Tout ceci a été fait pour accomplir ce que le Seigneur avait dit par Isaïe : Voici qu'une vierge concevra dans son sein, et enfantera un fils; et vous nommerez son nom Emmanuel; c'est-à-dire, Dieu avec nous''.

C'est la gloire de l'Eglise chrétienne. Quelle autre société a seulement osé se vanter d'avoir pour instituteur le fils d'une vierge? Un si beau titre n'était jamais tombé dans l'esprit humain; et cette gloire était réservée au christianisme. Aussi est-ce la seule religion où la perpétuelle virginité a été en honneur; où elle a été consacrée à Dieu; où l'on a souffert toutes sortes de persécutions et la mort môme, plutôt que de consentir à un mariage humain. Jésus-Christ s'est déclaré l'époux des vierges? c'est lui qui a fait connaître au monde ces eu7iuques spirituels, autrefois prédits parles prophètes^, mais qui n'ont paru que dans la religion chrétienne. Il a inspiré à son Apôtre, que la sainte virginité est la seule qui peut consacrer parfaitement à Dieu un cœur incapable de se partager^. Fils d'une vierge, vierge lui-môme; qui a pris pour son précurseur Jean-Baptiste , vierge , et pour son disciple bicnaimé, saint Jean, vierge aussi selon toute la tradition chrétienne; dont les apôtres, qui ont tout quitté, ont quitté principalement leurs femmes (ceux qui en avaient) pour le suivre; toujours par conséquent dans la compagnie, et , pour ainsi dire, entre les mains de la continence; où il ne faut pas s'étonner, si comme la foi, la sainte virginité a eu ses martyrs. Aussi les persécuteurs mêmes ont reconnu la pudeur des vierges chrétiennes. « On les voyait, dit saint Ambroisc^, affronter les supplices, et craindre les regards : » Irnpavidas ad cruciatus, erubescentcs ad aspectus : au milieu dos tourments et livrées aux bêtes farouches, et à des taureaux furieux qui les jetaient en l'air, soigneuses de la pu-

1. Motlk., I. 20. — 2. Idem, 21. — 3, Pâ , xxxii. 15. — 4. Matth., I. '^■^, 23, 21 ; /«.. VII. 14. — .5. /»., lvi. 3, 4, 5; MuUk., xix. 12. — 0. /. Cor., VII. 32, 33, 34, 35. — 7. Amh . de Viry.

SEIZIÈME SEMAINE

deur, méprisant les tourments et la vie, et n'ayant, pour ainsi parler, que le front tendre dans un corps de fer; dignes témoins, dignes martyres de celui qui est tout ensemble Fils de Dieu, et fils d'une vierge.

Fils de Dieu , et fils d'une vierge. Ces deux choses devaient aller ensemble, afin qu'on put dire en tous sens : Qui comprendra sa génération^? toujours virginale, et dans le sein de son père, et dans celui de sa mère. 0 Jésus! nous la croyons, si nous ne pouvons pas la comprendre. Elle nous apprend, qu'il n'y a rien de plus incompatible que l'impureté et la religion chrétienne. Elevé parmi des mystères si chastes, qui peut souffrir de la corruption dans sa chair? Le seul nom de Jésus n'inspire-t-il pas la pureté? Qui peut seulement le prononcer avec des lèvres souillées? Mais qui peut approcher de son saint corps, l'unique fruit d'une mère vierge; si pur, qu'il n'a pu souffrir, ni en lui-môme, ni en sa Mère même la sainteté nuptiale : qui peut, dis-je, approcher de ce sacré corps avec des sentiments impurs? ou ne pas consacrer son corps, chacun selon son état, à la pureté, après l'avoir reçu? Ministres sacrés de ses autels , soyez donc purs comme le soleil; chrétiens en général, détestez toute impureté; vierges consacrées à Jésus-Christ, ses chères épouses, soyez jalouses pour lui; et ne laissez en vous aucun reste d'un vice qui a tant de secrètes branches. Mais si vous voulez être vierges de corps et d'esprit, humiliez-vous : n'aimez ni les regards ni les louanges des hommes : cachez-vous à vous-mêmes, comme une vierge pudique, qui, loin de se faire voir, n'ose pas seulement se regarder quoique seule : un regard sur vous-même, une complaisance, nonseulement pour cette fragile beauté qui pare la superficie du corps, mais encore pour la beauté intérieure, est une espèce d'abandonnement. Femmes chrétiennes, vierges chrétiennes, et vous dont le célibat doit être l'honneur de l'Eglise , soyez soigneux d'une réputation qui fait l'édification publique. Considérez Jésus-Christ notre pontife , parmi tous les opprobres qu'il a soufferts, jusqu'à être accusé comme un homme qui aimait le vin et la bonne chère^, il n'a pas voulu que sa pudeur ait jamais eu la moindre atteinte. On s'étonnait de le voir parler en particulier à une femme^, qu'il convertissait, et avec elle sa patrie : et il agissait en tout d'une manière si épurée et si sérieuse, que malgré la malignité de ses ennemis , son intégrité de ce côté-là est demeurée sans soupçon. Pourquoi l'a-t-il voulu de cette sorte? si ce n'est pour nous; afin de nous faire voir combien nous devons être soigneux, autant qu'il nous est possible, de n'être pas seulement soupçonnés dans une matière si délicate, où le genre humain est si emporté, si malin, si curieux?

nie ÉLÉVATION.

Encore sur la perpétuelle virginité de Marie.

Pourquoi, saint évangéliste , avez-vous dit ces paroles : Et non cognoscebat eam donec peperit : Et il ne l'avait pas connue, quand elle enfanta son fils premier-né'^? Que ne disiez-vous plus tôt qu'il ne la connut jamais , et qu'elle fut vierge perpétuelle? Les évangélistes disent ce que Dieu leur

1. /s., Lin. 8. — 2. Matth., xi. 19. — 3. Joan., iv. 27.— 4. Matth., I. 25.

met à la bouche. Saint Matthieu avait ordre d'expliquer précisément ce qui regardait l'enfantement virginal, et l'accomplissement de la prophétie d'Isaïe , qui portait, qu'une vierge concevrait et enfanterait un fils*.

Au reste , on ne peut penser sans horreur, que ce sein virginal où le Saint-Esprit avait opéré, dont Jésus-Christ avait fait son temple, ait jamais pu être souillé; ni que Joseph, ni que Marie même , aient pu cesser de le respecter. Avant sa conception et son enfantement , elle avait dit en général : Je ne connais point d'homme^ : saint Joseph était entré dans ce dessein; et y avoir manqué après un enfantement si miraculeux, c'eût été un sacrilège indigne d'eux, et une profanation indigne de Jésus- Christ même. Les frères de Jésus mentionnés dans l'Evangile , et saint Jacques qu'on appela frère du Seigneur constamment, ne l'étaient que par la parenté , comme on parlait en ce temps : et la sainte Tradition ne l'a jamais entendu d'une autre sorte. Qui a jamais seulement pensé parmi les chrétiens, que Jésus ne fût pas le fils unique de Marie, comme de Dieu? Si (ce qui est abominable à penser) il n'eût pas été son Fils unique, lui aurait-il, en la quittant, donné un fils d'adoption? Et quand il dit à saint Jean : Voilà votre Mère; et à elle : Voilà votre fils^ : ne montre-t-il pas , qu'il suppléait par une espèce d'adoption, ce qui allait manquera la nature? Loin de la pensée des chrétiens le blasphème de Jovinîen, qui a été l'exécration de toute l'Eglise, Dieu a marqué aux évangélistes ce qu'ils devaient précisément écrire, et ce qu'il voulait qu'on réservât à la Tradition de son Eglise, pour l'expliquer davantage. Apprenons de là qu'il faut penser de Marie tout ce qu'il y a de plus digne et d'elle et de Jésus-Christ, quand même l'Ecriture ne l'aurait pas toujours voulu exprimer avec la dernière précision et netteté, et qu'il aurait plu à Dieu le laisser expliquer à fond à la Tradition de son Eglise, qui a fait un article de foi de la perpétuelle virginité de Marie.

Quand est-ce qu'il a plu à Dieu de manifester au monde la merveille de l'enfantement virginal? Constamment ce n'a pas été durant la vie du Sauveur, puisqu'il lui a plu de naître et de vivre sous le voile du mariage : en quoi il a confirmé que le mariage était saint , puisqu'il a voulu paraître au monde sous sa couverture. On a donc prêché la gloire de l'enfantement virginal, quand on a prêché toute la gloire du Fils de Dieu : et en attendant, Dieu préparait à la pureté de Marie, en la personne de saint Joseph son cher époux , le témoin le moins suspect et le plus certain qu'on pût jamais penser.

IVe ÉLÉVATION.

Sur ces paroles d'Isaïe rapportées par l' Evangéliste : « Son nom sera appelé Emmanuel. »

Son nom sera Emmanuel : Dieu avec noiis*. Ce sont de ces noms mystiques que les prophètes donnent en esj)rit, pour exprimer certains effets de la puissance divine , sans qu'il soit besoin pour cela qu'on les porte dans l'usage. Si nous comprenons la force de ce nom, Emmanuel, nous y trouverons celui de Sauveur. Car qu'est-ce qu'être Sauveur, si

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