‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 206 sur 851 · Joaii.,\ix · texte numérisé non relu

Joaii.,\ix

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTERES

ce n'est ôler les péchés, comme l'ange l'a interprété? Mais les péchés étant ôtés, cl n'y ayant plus de séparation entre Dieu et nous , que resle-t-il autre chose, sinon délre unis à Dieu , et que Dieu soit avec nous parlailement '? Nous sommes donc parfaitement et éternellement sauvés, et nous reconnaissons en Jésus qui nous sauve, un vrai Emmanuel. Il est Sauveur, parce qu'en lui Dieu est avec nous : c'est un Dieu, qui s'unit notre nature : étant donc réconciliés avec Dieu, nous sommes élevés par la grâce jusqu'à n'être plus qu'un môme esprit avec lui.

C'est ce qu'opère celui qui est à la fois, ce que Dieu est, et ce que nous sommes; Dieu et homme tout ensemble. Dieu était en Jésus-Christ se réconciliant le monde, ne leur imputant plus leurs péchés\ et les effaçant dans ses saints. Ainsi Dieu est avec eux, parce qu'ils n'ont plus leurs péchés.

Mais ce n'était rien, si en même temps Dieu n'eût été avec eux pour les empêcher d'en commettre de nouveaux. Dieu est avec vous dans le style de l'Ecriture, c'est-à-dire, que Dieu vous protège; Dieu vous aide, et encore avec un secours si puissant que vos ennemis ne prévaudront pas contre vous. Ils combattront, disait le Prophète^, et ils ne prévaudront pas, parce que je suis avec vous. Soyez donc avec nous, ô Emmanuel ! afin que, si après le pardon de nos péchés , nous avons encore à combattre ses pernicieuses douceurs, ses attraits, ses tentations, nous en demeurions victorieux.

Est-ce là toute la grâce de notre Emmanuel? Non sans doute : en voici une bien plus haute, qui aussi est la dernière de toutes : c'est qu'il sera avec nous dans l'éternité, où Dieu sera tout en tous^ : avec nous, pour nous purilierde nos péchés : avec nous, pour n'en plus commettre : avec nous , pour nous conduire à la vie, où nous ne pourrons plus en rommettre aucun. Voilà, dit saint Augustin'*, trois degrés par où nous passons, pour arriver au salut que nous promet le nom de Jésus, et à la grâce parfaite de la divine union par notre Emmanuel : iieureux, quand non-seulement nous n'aurons plus de péchés sous le joug de qui nous succombions; mais quand encore nous n'en aurons plus contre qui il faille combattre, et qui mettent en péril notre délivrance !

0 Jésus! 6 Emmanuel! ô Sauveur! ô Dieu avec nous! 0 vainqueur du péché! o lien de la divine union ! j'attends avec foi ce bienheureux jour, où vous recevrez pour moi le nom de Jésus , où vous .serez mon Emmanuel, toujours avec moi, parmi tant de tentations et de périls. Prévenez-moi de votre grâce, unissez-moi à vous; et que tout ce qui est en moi soit soumis à vos volontés.

V« ÉLÉVATION

Josfrfth prend soin de Mûrie et de l'Enfant : voyufje de Bethléem.

Après le songe de Joseph et la parole de l'ange, ce saint homme fut cbangé : il devint père; il devint époux [lar le cu-ur. Les autres adoptent des cnfanl.s : Jésus a adopté un père. L'effet de son mari-i.'f; fut le l«;ndre soin qu'il eut de .Marie, et du ui.in Enfant. Il commence ce bienheureux ministère

I. //. Cor., T. 19. — 2 ./. r-rrt., I. yj. —3. /. Cor., XV. S!8. — 4. s. Aujj, pa%Mhn.

par le voyage de Bethléem ; et nous en verrons toute la suite.

Que faites-vous, princes du monde; en mettant tout l'univers en mouvement , afin qu'on vous dresse un rôle de tous les sujets de votre empire? Vous en voulez connaître la force, les tributs, les soldats futurs, et vous commencez, pour ainsi dire, à les enrôler. C'est cela ou quelque chose de semblable, que vous pensez faire : mais Dieu a d'autres desseins que vous exécutez sans y penser par vos vues humaines. Son Fils doit naître dans Bethléem, humble patrie de David ; il l'a fait ainsi prédire par son prophète', il y a plus de sept cents ans; et voilà que tout l'univers se remue pour accomplir celte prophétie.

Quand ils furent à Bethléem au dehors pour obéir au prince qui leur ordonnait de s'y faire inscrire dans le registre public; et en effet, pour obéira l'ordre de Dieu , dont le secret instinct les menait à l'accomplissement de ses desseins : Le temps d'enfanter de Marie arriva'^; et Jésus, fils de David , tiaquit dans la ville où David avait pris naissance^. Son origine fut attestée par les registres publics : l'empire romain rendit témoignage à la royale descendance de Jésus-Gbrist; et César, qui n'y pensait pas, exécuta l'ordre de Dieu.

Allons aussi nous faire écrire à Bethléem; Bethléem , c'est-à-dire, maison du pain : allons y goûter le pain céleste, le pain des anges devenu la nourriture de l'homme : regardons toutes les églises comme étant le vrai Bethléem , et la vraie maison du pain de vie. C'est ce pain que Dieu donne aux pauvres dans la nativité de Jésus ; s'ils aiment avec lui la pauvreté , s'ils connaissent les véritables richesses. Edent pauperes, et saturabuntur : Les pauvres mangeront et seront rassasiés'^ ; s'ils imitent la pauvreté de leur Seigneur, et le viennent adorer dans la crèche.

Vie ÉLÉVATION.

L'étahle et la crèche de Jésus-Christ.

Dieu préparait au monde un grand et nouveau spectacle, quand il fit naître un roi pauvre; et il fallut lui préparer un palais, et un berceau convenable. IL est venu dans son bien : et les siens ne l'ont pas reçu'^. Il ne s'est point trouvé de place pour lui", quand il est venu : la foule et les riches de la terre avaient rempli les hôlelleries : il n'y a plus pour Jésus qu'une ôlable abandonnée et déserte , et une crèche pour le coucher. Digne retraite pour celui qui dans le progrès de son âge devait dire : Les renards ont leurs trous ; et les oiseaux du ciel , qui sont les familles les plus vagabondes du monde, ont leurs nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête''. Il ne le dit pas par plainte : il était accoutumé à ce délaissement : et à la lettre, dès sa naissance, il n'eut pas où reposer sa tète.

C'est lui-même qui le voulut de cette sorte. Laissons les lieux babités par les hommes : laissons les hôlellories où régnent le tumulte et l'inlérèl : cberchezpour moi parmi les animaux une retraite plus simple et plus innocente. On a enfin trouvé un lieu

1. Afich., V. 2. - 2. Luc, il. 2,4. — .3. Joan., vu. 42. — 4. l's., XXI. 27. —'). Joan., i. \\ . — 0. Luc. , ii . 1 . —7. Idem , IX.. 58.

SEIZIÈME SEMAINE

digne du délaissé. Sortez, divin enfant; tout est prêt pour signaler votre pauvreté. Il sort comme un trait de lumière , comme un rayon du soleil : sa mère est toute étonnée de le voir paraître tout à coup : cet enfantement est exempt de cris, comme de douleur et de violence : miraculeusement conçu, il naît encore plus miraculeusement : et les saints ont trouvé encore plus étonnant d'être né, que d'être conçu d'une vierge.

Entrez en possession du trône de votre pauvreté. Les anges vous y viennent adorer. Quand Dieu vous introduisit dans le monde, ce commandement partit du haut trône de sa majesté : Que tous les anges de Dieu l'adorent* Qui peut douter que sa mère, que son père d'adoption ne l'aient adoré en même temps? C'est en figure de Jésus, que l'ancien Joseph fut adoré de son père et de sa mère^ : mais l'adoration que reçoit Jésus, est bien d'un autre ordre, puisqu'il est béni et adoré comme Dieu au-dessus de tout, aux siècles des siècles^.

Ne pensez pas approcher de ce trône de pauvreté avec l'amour des richesses et des grandeurs. Détrompez-vous, désabusez-vous, dépouillez-vous, du moins en esprit, vous qui venez à la crèche du Sauveur. Que n'avons-nous le courage de tout quitter en effet , pour suivre pauvres le Roi des pauvres ! Quittons du moins tout en esprit ; et au lieu de nous glorifier du riche appareil qui nous environne, rougissons d'être parés , où Jésus-Christ est nu et délaissé.

Toutefois il n'est pas nu : sa mère L'enveloppe de langes'', avec ses chastes mains. Il faut couvrir le nouvel Adam, qui porte le caractère du péché, que l'air dévorerait, et que la pudeur doit habiller autant que la nécessité. Couvrez donc, Marie, ce tendre corps; portez-le à cette mamelle virginale. Concevez-vous votre enfantement ? N'avez-vous point quelque pudeur de vous voir mère? Osez-vous découvrir ce sein maternel? Et quel enfant ose en approcher ses divines mains? Adorez-le en l'allaitant, pendant que les anges lui vont amener d'autres adorateurs.

Vile ÉLÉVATION.

L'ange annonce Jésus aux bergers.

Les bergers, les imitateurs des saints patriarches, et la troupe la plus innocente et la plus simple qui fût dans le monde, veillaient la nuit parmi les champs à la garde de leurs troupeaux^. Anges saints, accoutumés à converser avec ces anciens bergers , avec Abraham , avec Isaac , avec Jacob , annoncez à ceux de la contrée, que le grand pasteur est venu; que la terre va voir encore un roi berger, qui est le fils de David. L'ange du Seigneur. Ne lui demandons pas son nom, comme Manué : il nous répondrait peut-être : Pourquoi demandez-vous mon nom qui est admirable*^. Si ce n'est qu'il faille entendre que c'est le même ange qui vient d'apparaître à Zacharie , et à la sainte Vierge. Quoi qu'il en soit, sans rien présumer où l'Evangile ne dit mot, « l'ange du Seigneur se présenta tout à coup à eux : une lumière céleste les environna, et ils furent saisis d'une grande crainte^. »

1. Ile'j., I. 6; Ps., xcvi. 7. —2. Gen. , xxxvii. 9, lu, 11. — 3. Rom., IX. 5. — 4. Luc, n. 7. — 5. Idem, 8,9. — 6. Jud. xni. 17, 18. —7. Luc, il. 9, 10, U, 12.

T. II

Tout ce qui est divin étonne d'abord la nature humaine pécheresse et bannie du ciel. Mais l'ange les rassura, en leur disant : « Ne craignez pas : je vous annonce une grande joie. C'est que dans la ville de David : » retenez ce lieu qui de si longtemps vous est marqué par la prophétie : « aujourd'hui vous est né le Sauveur du monde, le Christ, le Seigneur. Et voici le signe que je vous donne pour le reconnaître : vous trouverez un enfant enveloppé de langes, couché dans une crèche. » A cette marque singulière d'un enfant couché dans une crèche, vous reconnaîtrez celui qui est le Christ , le Seigneur. « Petit enfant qui est né pour nous : Fils qui nous est donné : » qui en môme temps, « est appelé l'Admirable, Dieu, Fort, le Vrai Fort d'Israël, » comme l'Ecriture l'explique ailleurs : « le Père de l'éternité, le Prince de paix'. Aussi au même instant se joignit à l'ange une grande troupe de l'armée céleste, qui louait Dieu, et disait : Gloire à Dieu , et paix sur la terre ^. »

Remarquons ici un nouveau Se/'gmewr à qui nous appartenons : un Seigneur qui reçoit de nouveau ce nom suprême et divin avec celui de Christ. C'est le Dieu qui est oint de Dieu , à qui David a chanté : Votre Dieu, ô Dieu! vous a oint; vous êtes Dieu éternellement^. Mais vous êtes de nouveau, le Christ , Dieu et homme à la fois : et le nom du Seigneur vous est affecté, pour exprimer que vous êtes Dieu à même titre que votre Père : dorénavant, à l'exemple de l'ange, on vous appellera le Seigneur en toute souveraineté et hauteur. Commandez donc à votre peuple nouveau : vous ne parlez point encore; mais vous commandez par votre exemple : et quoi? l'estime du moins et l'amour de la pauvreté; le mépris des pompes du monde; la simplicité : l'oserai-jedire, une sainte rusticité dans ces nouveaux adorateurs que l'ange vous amène, et qui font toute votre cour, agréable à Joseph , à Marie et de même parure qu'eux, puisqu'ils sont également revêtus de la livrée de la pauvreté.

Ville ÉLÉVATION.

Les marques pour connaître Jésus.

Repassons sur ces paroles de l'ange : Vous trouverez uJi enfant dans des langes, sur une crèche^ : vous connaîtrez à ce signe que c'est le Seigneur. Allez dans la cour des rois; vous reconnaîtrez le prince nouveau-né par ses couvertures rehaussées d'or, et par un superbe berceau dont on voudrait bien faire un trône. î^Iais pour connaître le Christ qui vous est né, ce Seigneur si haut, que David son père, tout roi qu'il est, appelle son Seigneur^ : on ne vous donne pour signal que la crèche où il est couché , et les pauvres langes où est enveloppée sa faible enfance; c'est-à-dire, qu'on ne vous donne qu'une nature semblable à la vôtre; des infirmités comme les vôtres; une pauvreté au-dessous de la vôtre. Qui de vous est né dans une étable? Qui de vous, pour pauvre qu'il soit, donne à ses enfants une crèche pour berceau? Jésus est le seul qu'on voit délaissé jusqu'à cette extrémité : et c'est à cette marque qu'il veut être reconnu.

S'il voulait se servir de sa puissance, quel or couronnerait sa tète? Quel pourpre éclaterait sur

1. /s., IX. 6. —2. Luc, II. 13, u. —3. Ps., xliv. 8. — J. Luc, II. 12. — 5. Ps., cix. 1.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

ses épaules? Quelles pierreries enrichiraient ses habils? ^^ Mais, » poursuit Tertullien', « il a jugé tout ce faux éclat , toute cette gloire empruntée , indigne de lui et des siens : ainsi en la refusant , il Ta méprisée: en la méprisant, il l'a proscrite; en la proscrivant , il la rangée avec les pompes du démon et du siècle. »

C'est ainsi que parlaient nos pères les premiers chrétiens : mais nous, malheureux, nous ne respirons que l'ambition et la mollesse.

IN.» ÉLÉVATION

Le cantique des anges.

Gloire à Dieu au plus haut des deux; et paix stir la terre aux hommes de bonne volonté'-. La paix se publie par toute la terre : la paix de l'homme avec Dieu par la rémission des péchés : la paix des hommes entre eux : la paix de l'homme avec luimême par le concours de tous ses désirs à vouloir ce que Dieu veut. Voilà la paix que les anges chantent et qu'ils annoncent à tout l'univers.

Celte paix est le sujet de la gloire de Dieu. Ne nous réjouissons pas de celte paix, à cause qu'elle se fait sentir à nous dans nos cœurs: mais à cause qu'elle glorifie Dieu dans le haut trône de sa gloire : élevons-nous aux lieux hauts; à la plus grande hauteur du trône de Dieu, pour le glorilîer en lui-même, et n'aimer ce qu'il fait en nous que par rapport à lui.

Chantons dans cet esprit avec toute l'Eglise : Gloria in excelsis Deo. Toutes les fois qu'on entonne ce cantique angélique, entrons dans la musique des anges par le concert et l'accord de tous nos désirs. Souvenons-nous de la naissance de Notre Seigneur qui a fait naître ce chant. Disons de cœur toutes les paroles que l'Eglise ajoute pour interpréter le cantique des anges : Nous vous louons : nous vous adorons : Laudamus te : adoramus te; et surtout : Grattas agimus tibi . propter magnam gloriam tuam : nous vous rendons grâces à cause de votre grande gloire : nous aimons vos bienfaits , à cause qu'ils vous glorilienl: et les biens que vous nous faites, à cause que votre bonté en est honorée.

Paix sur la terre aux hommes de bonne tolonté. Le mol de l'original qu'on explique par la bonne volonté, signifie la bonne volonté de Dieu pour nous, el nous marque que la paix est donnée aux hommes chéris de Dieu.

I " ' orle mol à mot : Gloire à Dieu dans

les ...^ : paix sur la terre : bonne tolonté du

côt/ de Dieu dans les hommes. C'est ainsi qu'ont lu de ! ips les Eglises d'Orient. Celles d'Occident

y Fc. ;Ql en chantant là paix aux hommes de

bonne volonté , c'est-à-dire, premièrement , à ceux à qui Dieu veut du bien ; el en second lieu à ceux qui onl euï-mèmes une bonne volonté , puisque le premier effet de la bonne volonté que Dieu a pour nous, est de nous inspirer une bonne volonté envers lui.

La bonne volonté est celle qui est conforme à la ToloDlé de Dieu : comme elle est bonne par essence et " - • •■ ■ lui çsi conforme, est

boL , , , .. 1, .jn5 donc notre volonté

par celle de Dieu : et nous serons des hommes de bf>r ■ , f>ourvu que ce ne soit pas par in-

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