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les autres disaient : Le Christ doit-il venir de Galilée? Ne sait-on pas qu'il doit venir de Bethléem! Il y eut donc sur ce sujet une grande dissension'. » El le voilà en butte aux contradictions des hommes.
Poursuivons : Jésus répète encore une fois : Je m'en rais; et vous ne pouvez venir où je vais. Où ira-t-il? Se tuera-t-il lui-même^, alin qu'on ne puisse le suivre? Ce n'était pas seulement les infidèles et les incrédules qui contredisaient à ses paroles : ceux qui croyaient, mais non pas encore assez à fond, aussitôt qu'ils lui entendirent dire celte parole, la plus consolante qu'il ait jamais prononcée : La vérité vous affranchira, s'emportèrent jusqu'à oublier leurs captivités si fréquentes, et jusqu'à lui dire : Vous nous traitez d'esclaves : nous n'avons jamais été dans l'esclavage^. Il leur fait voir leur captivité sous le péché, dont lui seul pouvait les affranchir. Ils ne veulent point s'apaiser; et de discours en discours, pendant que Jésus leur dit la vérité, ils s'emportent jusqu'à lui dire qu'il était un samaritain et possédé du malin esprit , sans être touchés de sa douceur. L'entretien se finit par vouloir prendre des pierres pour le lapider.
Continuons. Je donne, leur dit-iP, ma vie de moi-même , et personne ne me la peut ôter ; et il s'élève sur cette parole , de nouvelles dissensions. « C'est un possédé, disaient les uns, c'est un fol; pourquoi l'écouter davantage? D'autres disaient : Ce ne sont pas là les paroles d'un possédé; un possédé rend-il la vue à un aveugle-né? » Les contradictions étaient fortes; les défenseurs étaient faibles; el le parti des conlradicleurs devient si fort, qu'à la fin il met en croix l'innocence même. Ils s'amassent pourtant autour de lui; et avec une bonne foi apparente , ils lui disent : « Pourquoi nous faire mourir, et nous tenir toujours en suspens? Si vous êtes le Christ, dites-le-nous ouvertement. » Il le leur avait dit tant de fois, et ses œuvres mêmes parlaient; ce qui lui fait dire : « Je vous le dis, et vous ne me croyez pas, » el quand je me tairais, « les œuvres que je fais au nom de mon Père rendent témoignage de moi''. » Ils ne l'en croient pas, et ils en reviennent à prendre des pierres pour le lapider : tant il était né pour essuyer les contradictions du genre humain.
On le chicanait sur tout. « Pourquoi vos disciples méprisent-ils nos traditions? Ils se mettent à table sans se laver". » Voici une chicane bien plus étrange. « Cet homme ne vient pas de Dieu : il fait des miracles, el il guérit les malades le jour du sabbat ''. » Ils n'eussent pas craint le jour du sabbat de retirer d'un fossé leur âne ou leur bœuf^; mais guérir le jour du sabbat une fille d'Abraham, et la délivrer du malin esprit dont elle était opprimée, c'est un crime abominable. Eaul-il s'étoimer si on contredit sa doctrine et ses mystères, puisqu'on trouve mauvais jusqu'à ses miracles et à ses bienfaits?
Xiric ÉLÉVATION.
D'oii, naissaient ces contradictions.
Vous êtes d'en-bas, et je suis d'en-haut'\ Je viens apprendre aux hommes des choses hautes qui les
1 . Joan., vu. 35 et seq. — 2. Idem, vm. 21, 22. — 3. Ibid., 32, 33, 34 et seq. — 4. Ihid., x. 18, 19, 20, 21. —5. Ibid., 24, 25, 31. — 6. Malth , XV. 2.-7. .foan. , ix. 10. — 8. Luc. , xiv. 3, 4, 5. — 9. Jo(oi., vfii. 23 .
DIX-HUITIEME SEMAINE
passent; el les hommes superbes ne veulent pas s'humilier pour les recevoir.
Vous êtes du monde, et je ne suis pas du monde ' . Vous êtes charnels et sensuels; et ce que je vous annonce qui est spirituel, ne peut entrer dans votre esprit. Il faut que je vous régénère , que je vous renouvelle, que je vous refonde; car, ce qui est né de la chair, est chair^ ; et on n'est spirituel qu'en re naissant et en renonçant à sa première vie.
« La lumière est venue au monde; et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière . parce que leurs œuvres étaient mauvaises. » Car « celui qui fait mal, hait la lumière; et il ne vient point à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient manifestées^. »
Voilà trois paroles du Fils de Dieu, qui contiennent trois raisons pour lesquelles les hommes n'ont pu le souffrir. Ils sont superbes, et ils ne veulent pas s'humilier pour recevoir les sublimités qu'il leur annonce : ils sont charnels et sensuels, et ils ne veulent pas se dépouiller de leurs sens pour entrer dans les choses spirituelles où il les veut faire entrer; ils sont vicieux et corrompus, et ils ne peuvent souffrir d'être repris par la vérité.
« Vous me voulez faire mourir, » dit le Sauveur, « parce que ma parole ne prend point en vous , et n'y trouve point d'entrée^. » Ainsi elle vous révolte, parce que vous ne pouvez pas y entrer. Comme jamais il n'y eut de vérité, ni plus haute, ni plus spirituelle, ni plus convaincante, et plus vivement reprenante que celle de Jésus-Christ, il n'y eut jamais aussi une plus grande révolte, ni une plus grande contradiction. C'est pourquoi il en faut venir jusqu'à la détruire, jusqu'à faire mourir celui qui l'annonce. « Vous cherchez à me faire mourir, moi qui suis un homme qui vous dit la vérité. » Voilà le sujet de votre haine : « Vous ne connaissez pas mon langage. » Pourquoi? parce que vous ne pouvez pas seulement écouter ma parole^ : » elle vous est insupportable, parce qu'elle est vive , convaincante, irrépréhensible.
C'est la grande contradiction que souffre Jésus. Les hommes se révoltent contre lui, parce qu'ils ne veulent pas se convertir, s'humilier, se mortifier, combattre leurs cupidités et leurs passions. Ils aimeront quelquefois ses vérités , qui sont belles en elles-mêmes : quand elles se tournent en jugement, en répréhension, en correction, ils se révoltent contre lui et contre les prédicateurs qui prêchent les vérités fortes; et contre les supérieurs, contre les amis qui nous mettent nos défauts devant les yeux, et qui troublent le faux repos d'une mauvaise conscience. C'est de ce côlé-là plus que de tous les autres , que Jésus-Christ est en bulte aux contradictions ; et cet endroit est pour lui le plus sensible,
Xiye ÉLÉVATION.
Contradictions des chrétiens mêmes contre Jésus-Christ, sur sa personne.
Je frémis, je sèche. Seigneur, je suis saisi de frayeur et d'étonnement; mon cœur se pâme, se flétrit, quand je vous vois en butte aux contradictions, non-seulement des infidèles , mais encore de
1. Joan., vm. 23. - 2. Idem, m. G. — 3. Ibid. , 19, 20. — 4. Ibid., VIII. 37. — 5. /6tt/.,40, 43.
ceux qui se disent vos disciples. Et premièrement, quelles contradictions sur votre personne ! Vous êtes tellement Dieu, qu'on ne peut croire que vous soyez homme; vous êtes tellement homme, qu'on ne peut croire que vous soyez Dieu. Les uns ont dit : Le Verbe est en Dieu* ; mais ce n'est rien de substantiel ni de subsistant : il est en Dieu comme notre pensée est en nous; en ce sens il est Dieu comme la pensée est notre âme; car qu'est-ce que la pensée, sinon notre âme en tant qu'elle pense? Non, disent les autres : on voit trop que le Verbe est quelque chose qui subsiste : c'est un fils; c'est une personne : qui ne le voit pas par toutes les actions et toutes les choses qu'on lui attribue? Mais aussi ne doit-on pas croire que cet homme qui est né de Marie, sans être rien autre chose, est cette personne qu'on nomme le Fils de Dieu? Quoi! il n'est pas devant Marie; lui qui dit qu'il est devant Abraham^? lui qui était au commencement^? Vous vous trompez, il est évident, dit Arius, qu'il est devant que le monde fût : c'est dès lors une personne subsistante; mais inférieure à Dieu , faite du néant comme le sont les créatures, quoique plus excellente. Tiré du néant? cela ne se peut : lui par qui tout a été tiré du néant'*. Comment donc est-il fils? Un fils n'est-il pas produit de la substance de son père, et de même nature que lui? Le Fils de Dieu sera-t-il moins fils, et Dieu sera-t-ils moins père que les hommes ne le sont? Il serait donc fils par adoption comme nous? Et comment avec cela, être fils unique , qui est dans le sein du Père^?
Arius , vous avez tort, dit Nestorius : le Fils de Dieu est Dieu comme lui; mais aussi ne peut-il pas en même temps être fait homme? Il habite en l'homme comme Dieu habite dans un temple par grâce ; et si le Fils de Dieu est fils par nature , l'homme qu'il s'est uni par sa grâce ne I est que par adoption.
On s'oppose à cette perverse doctrine : on dit à Nestorius : Vous séparez trop : il faut unir jusqu'à tout confondre, et faire de deux natures une nature. Hélas, quand finiront ces contentions! Pouvez-vous croire, disent ceux-ci, qu'un Dieu puisse en elTetse rabaisser jusqu'à être effectivement homme? La chair n'est pas digne de lui : il n'en a point, si ce n'est une fantastique et imaginaire. Imaginaire? dit l'autre; et comment donc a-t-on dit : Le Verbe a été fait chair^ : en définissant l'incarnation par l'endroit que vous rebutez? Il a une chair, et l'incarnation n'est pas une tromperie. Mais le\'erbe lui lient lieu d'âme : ou bien, si vous voulez lui donner une âme, donnons-lui celle des bêtes quelle qu'elle soit; mais ne lui donnons point celle des hommes. Le Verbe est son âme encore un coup ; ou du moins il est son intelligence : il veut par sa volonté, et il ne peut en avoir d'autre? Est-ce tout enfin? Oui, c'est tout. Car on a tout contesté, le corps, l'âme, les opérations intellectuelles; et toutes les contradictions sont épuisées. Jésus est donc en butte aux contradictions de ceux qui se disent ses disciples? Car, disent-ils, le moyen de comprendre cela et cela? Mais Jésus avait prévenu les contradictions par une seule parole : Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique''.
1. Joan., I. 1. — 2. Idem, vu. 5S. —3. Ibid., i. 1, 2. —4. Ihid , 3. —5. rijid., 1«. —6. Ibid., 14. —7. Ibid., m. 16.
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
Pour tout enlendre , il ne faut qu'enlcndre son amour. Dieu a tant aimé le monde. Un amour incompréhensible produit des elïels qui le sont aussi. Vous demandez des pourquoi à Dieu ? Pourquoi un Dieu se faire homme? Jêsus-Chrisl vous dit ce pourquoi? Dieu a tant aime le monde. Tenez-vous-en là; les hommes ingrats ne veulent pas croire que Dieu les aime autant qu'il fait. Mais le disciple bienaimé résout leurs doutes, en disant : Xous avons cru à l'amour que Dieu a pour nous*. Dieu a tant aimé le monde; et que reste-t-il après cela, sinon de croire à l'amour, pour croire à tous les mystères ?
Esprits aussi insensibles à l'amour divin, que vous êtes d'ailleurs présomptueux ! Le mystère de l'eucharistie vous rebute? Pourquoi nous donner sa chair et s'unir à nous corps à corps pour s'y unir esprit à esprit? Dieu a tant aimé le monde, dit Jésus : et saint Jean répond pour nous tous : Nous atons cru à l'amour que Dieu a pour nous. Mais il est incompréhensible ? et c'est pour cela que je veux le croire, et m'y abîmer : il n'en est que plus digne de Dieu. Après cela il ne faut plus disputer, mais aimer; et après que Jésus a dit : Dieu a tant aimé le monde, il ne faudrait plus que dire : le monde racheté a tant aimé Dieu.
Xye ÉLÉVATION.
Contradictions contre Jésus-Christ, sur le mystère de la grâce.
Voici encore un écueil terrible pour l'orgueil humain. L'homme dit en son cœur : J'ai mon franc arbitre : Dieu m'a fait libre, et je me veux faire juste : je veux que le coup qui décide de mon salut éternellement vienne primitivement de moi. Ainsi on veut par quelque coin se glorifier en soi-même. Où allez-vous, vaisseau fragile ? vous allez vous briser contre l'écueil , et vous priver du secours de Dieu qui n'aide que les humbles et qui les fait humbles pour les aider. Connaissez-vous bien la chute de votre nature pécheresse, et après même en avoir été relevé, l'extrême langueur, la profonde maladie qui vous en reste? Dieu veut que vous lui disiez : Guérissez-moi^ ; car à tout moment je me meurs, et je ne puis rien sans vous. Dieu veut que vous lui demandiez toutes les bonnes actions que vous devez faire : quand vous les avez faites , Dieu veut que vous lui rendiez grâces de les avoir faites. Il ne veut pas pour cela que vous demeuriez sans action, sans eiïorl; mais il veut qu'en vous efforçant comme si vous deviez agir tout seul , vous ne vous glorifiiez non plus en vous-même , que si vous ne faisiez rien.
Je ne puis : je veux trouver quelque chose à quoi me prendre dans mon libre arbitre , que je ne puis accorder avec cet abandon à la grâce. Superbe contradicteur, voulez-vous accorder ces choses, ou bien croire que Dieu les accorde? Il les accorde teljemcnl, qu'il veut sans vous relâcher de votre action que vous lui attribuiez finalement tout l'ouvrage de votre .salut; car il est le Sauveur; et il dit : Il n'y a point de Dieu qui sauie que moi^. Croyez bien que Jé-su^-Chrisl e^t Sauveur, et toutes les contradictions s'évanouiront,
l.Jo<tn.,îr.lfi. - 5f. P».,vi. 3. -3.1,., xLiti. 8, 1).
XVIe ELEVATION
Solution manifeste des contradictions par l'autorité de l'Eglise.
Seigneur, vos mystères sont enveloppés de ténèbres. Vous avez répandu dans votre Ecriture des obscurités, vénérables à la vérité, mais enfin qui déconcertent notre faible esprit : je tremble en les voyant, et je ne sais par où sortir de ce labyrinthe. \'ous ne savez par où en sortir? Mais Jésus a-t-il parlé obscurément de son Eglise? N'a-t-il pas dit qu'il la menait sur w«e montagne*, afin qu'elle fût vue de tout le monde? N'a-l-il pas dit qu'il la posait sur le chandelier, afin qu'elle luisît à tout l'univers^? N'a-t-il pas dit assez clairement : Les portes d'enfer ne prévaudront pas contre elle^ ? N'a-t-il pas assez clairement renvoyé jusqu'aux moindres difficultés, à la décision de l'Eglise, et rangé parmi les païens et les péagers^ ceux qui refuseraient d'en passer par son avis. Et lorsque montant aux cieux on aurait pu croire qu'il la laissait destituée de son assistance, n'a-t-il pas dit : Allez, baptisez, enseignez : et voilà que je suis avec vous (enseignant ainsi et baptisant), jusqu'à la fin des siècles'^? Si donc vous avez des doutes, allez à l'Eglise; elle est en vue; elle est toujours inébranlable, immuable dans sa foi; toujours avec Jésus-Christ et Jésus- Christ avec elle. Disons ici encore une fois : Dieu a tant aimé le monde, que pour en résoudre les doutes il n'a point laissé de doute sur son Eglise qui les doit résoudre.
Mais combien de sociétés prennent le titre d'Eglise? pouvez-vous vous y tromper? Ne voyez-vous pas que celle qui a toujours été; celle qui demeure toujours sur sa base; celle qu'on ne peut pas seulement accuser de s'être séparée d'un autre corps, et dont tous les autres corps se sont séparés, portant sur leur front le caractère de leur nouveauté; ne voyez-vous pas encore un coup que c'est celle qui est l'Eglise. Soumettez-vous donc. Vous ne pouvez ! j'en vois la cause. Vous voulez juger par vousmême; vous voulez faire votre règle de votre jugement; vous voulez être plus savant ej, plus éclairé que les autres; vous vous croyez ravili en suivant le chemin battu , les voies communes : vous voulez être auteur, inventeur, vous élever au-dessus des autres par la singularité de vos sentiments; en un mot, vous voulez , ou vous faire un nom parmi les hommes , ou vous admirer vous-même en secret comme un homme extraordinaire. Aveugle , conducteur d'aveugles, en quel abîme vous allez vous précipiter, avec tous ceux qui vous suivront! Si vous étiez tout à fait aveugle, vous trouveriez quelque excuse dans votre ignorance. Mais vous dites: Nous voyons, nous entendons tout, et le secret de l'Ecriture nous est révélé : Votre péché demeure en vous'^.
XVII« ÉLÉVATION
L'humilité résout toutes les difficultés.
Pourquoi nous renvoyer à l'Eglise? Ne pouviezvous pas nous éclairer par vous-même, et rendre votre Ecriture si pleine et si claire qu'il n'y restât aucun doute! Superbe raisonneur? N'entendez-vous
1. Mnlth., V. 14. — 2. Idem, 15. — 3. Ibid., xv( 18. — 4. Tlnd., xvui. 17. — 5. Ihid., XXVIII. 19, 20. — 6. Jo<in., ix. H.
DIX-HUITIEME SEMAINE
pas que Dieu a voulu faire des humbles? Votre maladie, c'est l'orgueil ; votre remède sera l'humilité. Votre orgueil vous révolte contre Dieu, l'humilité doit être votre véritable sacrifice. Et pourquoi a-t-il répandu dans son Ecriture ces ténèbres mystérieuses, sinon pour vous renvoyer à l'autorité de l'Eglise, où l'esprit de la Tradition, qui est celui du Saint-Esprit, décide tout? Ignorez-vous, vous qui vous plaignez de l'obscurité des Ecritures, que sa trop grande lumière vous éblouirait plus que ses saintes ténèbres ne vous confondent ? N'avezvous pas vu les Juifs demander à Jésus qu'il s'explique; et Jésus s'expliquer de sorte quand il l'a voulu, qu'il n'y avait plus d'ambiguïté dans ses discours? Et qu'en est-il arrivé? Les Juifs en ontils été moins incrédules? Point du tout : la lumière même les a éblouis : plus elle a été manifeste, plus ils se sont révoltés contre elle : et si on le veut entendre, la lumière a été plus obscure et plus ténébreuse pour leurs yeux malades, que les ténèbres mômes.
Enfin par-dessus toutes choses, vous avez besoin de croire que ceux qui croient doivent tout à Dieu; qu'ils sont, comme dit le Sauveur, enseignés de lui : docibiles Dei : de mot à mot, docti à Deo* : qu'il faut qu'il parle dedans, et qu'il aille chercher dans le cœur ceux à qui il veut spécialement se faire entendre. Ne raisonnez donc plus : humiliezvous. Qui a des oreilles pour écouter, qu'il écoute"^ : mais qu'il sache que ces oreilles qui écoutent, c'est Dieu qui les donne : Auretn audienleni, et oculum videntem , Dominus fecit utrumque^.
XVIIIe ÉLÉVATION.
Contradictions dans l'Eglise -par les péchés des fidèles , et sur la morale de Jésus-Christ.
Mais la contradiction la plus douloureuse du Sauveur est celle de nos péchés : de nous qui nous disons ses fidèles , et qui sommes les enfants de son Eglise. Le désordre, le dérèglement et la corruption se répandent dans tous les états, et toute la face de l'Eglise parait infectée. « Depuis la plante des pieds jusqu'à la tète, il n'y a point de santé en elle''. Voilà, dit-elle, que mon amertume la plus amère est dans la paix^. Ma première amertume, qui m'a été, » dit saint Bernard", « bien amère, a été dans les persécutions des gentils : la seconde amertume encore plus amère, a été dans les schismes et dans l'hérésie : mais dans la paix, et quand j'ai été triomphante, mon amertume Irès-amère est dans les dérèglements des chrétiens catholiques. »
Que chacun repasse ici ses péchés : il verra par quel endroit Jésus-Christ, durant tout le cours de sa vie, et dans son agonie au sacré jardin, a été le plus douloureusement contredit. Les Juifs qui ont poussé leur dérision jusque parmi les horreurs de sa croix, ne l'ont pas percé de plus de coups, ni n'ont été un peuple plus contredisant envers celui qui étendait ses bras vers eux'', que nous le sommes. Et si le cœur de Jésus pouvait être adligé dans sa gloire, il le serait de ce côté-là, plus que par toute autre raison. C'est vous, clirétiens et catholiques : c'est vous, qui faites blasphémer mon nom par toute
1. Jo'in., VI. 45. — 2. MiCCli., xi. 15; xiii. 9, et se/]. — 3. Prov., XX. 12. — 4. Is., l. 6. — 5. Iilem , xxxviii. 17. — (i. 5. Bt'rn., Senn. xxxia. in C'inl., n. 19. — 7. Js., l-xv. 2; Uom., X. 21.
B. — T. II
la terre*. On ne peut croire que ma doctrine soit venue du ciel quand on la voit si mal pratiquée par ceux qui portent le nom de fidèles.
Ils en sont venus jusqu'à vouloir courber la règle, comme les docteurs de la loi et les pharisiens : ils se font des doctrines erronées, de fausses traditions, de fausses probabilités : la cupidité résout les cas de conscience; et sa violence est telle qu'elle contraint les docteurs de la flatter. 0 malheur! On ne peut convertir les chrétiens, tant leur dureté est extrême, tant les mauvaises coutumes prévalent; et on leur cherche des excuses : la régularité passe pour rigueur : on lui donne un nom de secte : la règle ne peut plus se faire entendre. Pour affaiblir tous les préceptes dans leur source, on attaque celui de l'amour de Dieu : on ne peut trouver le moment où l'on soit obligé de le pratiquer; et à force de reculer l'obligation, on l'éteint tout à fait. 0 Jésus! je le sais, la vérité triomphera éternellement dans votre Eglise : suscitez-y des docteurs pleins de vérité et d'eflicace, qui fassent taire enfin les contradicteurs : et toujours, en attendant, que chacun de nous fasse taire la contradiction en soi-même.
XIXe ÉLÉVATION.
L'épée perce l'âme de Marie.
Cet enfant sera en butte aux contradictions : et votre âme même , ô mère affligée et désolée ! sera percée d'une épée^. Vous aurez part aux contradictions : vous verrez tout le monde se soulever contre ce cher Fils : vous en aurez le cœur percé : et il n'y a point d'épée plus tranchante que celle de votre douleur. Votre cœur sera percé par autant de plaies que vous en verrez dans votre Fils : vous serez conduite à sa croix pour y mourir de mille morts. Combien serez-vous affligée quand vous verrez sa sainte doctrine contredite et persécutée? Vous verrez naître les persécutions et les hérésies : le miracle de l'enfantement virginal sera contredit comme tous les autres mystères, pendant même que vous serez encore sur la terre; et il y en aura qui ne voudront pas croire votre inviolable et perpétuelle virginité. Vous serez cependant la merveille de l'Eglise, la gloire des femmes, l'exemple et le modèle de toute la terre. Peut-on assez admirer la foi qui vous fait dire : Ils n'ont pas de vin; et : Faites ce qu'il vous dir'a^? Vous êtes la mère de tous ceux qui croient; et c'est à votre prière que s'est fait le premier miracle qui les a fait croire.
XXe ÉLÉVATION.
Les contradictions de Jésus-Christ découvrent le secret
des cœurs.
Il faut joindre ces paroles : Cet enfant sera en butte aux contradictions , à celle-ci : Les pensées que plusieurs cachent dans leurs cœurs seront découvertes^. Si Jésus-Christ n'avait point paru sur la terre, on ne connaîtrait pas la profonde malice, le profond orgueil, la profonde corruption, la profonde dissimulation et liypocrisie du cxur de l'homme.
La |)lus profonde iniquité est celle qui se couvre du voile de la piété. C'est où en élaienl venus les pharisiens et les docteurs de la loi. L'avarice, l'esprit de domination, le faux zèle de la religion les
1 . ^i.. LU. 5; Rom., ii. 24. — 2. Luc, ii. 34, 33. — 3. Joan., II. 3, 5. — 4. Luc, II. 34, 33.
MI.RVATIONS SUR LES MYSTÈRES
trunsporlait et les aveuglait, de sorte qu'ils voulaient avec cela se croire saints, et les plus purs de tous les lioniuies. Sous couleur de Taire pour les veuves et pour tous les faibles esprits, de longues oraisons, ils se rendaient nécessaires auprès d'elles, et dévoraient leurs richesses; ils parcouraient la terre et la mer pour faire un seul prosélyte, qu'ils damnaient plus qu'auparavant , sous prétexte de les convertir : parce que sans se soucier de les instruire du fond de la religion , ils ne voulaient que se faire renommer parmi les hommes, comme des gens qui gagnaient des Ames ;\ Dieu; et en se les allachant , ils les faisaient servir à leur domination , et à l'établissement de leurs mauvaises maximes'. Ils se donnaient au public comme les seuls défenseurs de la religion. Esprits inquiets et turbulents, qui retiraient les peuples de l'obéissance aux puissances, se portant en apparence pour gens libres, qui n'avaient en recommandation que les intérêts de leurs citoyens : et en elTet , pour régner seuls sur leurs consciences. Le peuple prenait leur esprit : et entraîné à leurs maximes corrompues, pendant qu'ils se faisaient un honneur de garder les petites observances de la loi , ils en méprisaient les grands préceptes, et mettaient la piété où elle n'était pas. S'ils atreclaienl partout les premières places, ils faisaient semblant que c'était pour honorer la religion dont ils voulaient paraître les seuls défenseurs : mais en elfet, c'est qu'ils voulaient dominer, et qu'ils se repaissaient d'une vaine gloire. Les reprendre, et leur dire la vérité dont ils voulaient passer pour les seuls docteurs, c'était les révolter contre elle de la plus étrange manière. Aussitôt ils ne manquaient pas d'intéresser la religion dans leur querelle : et ils étaient si entêtés de leurs fausses maximes , qu'ils croyaient rendre service à Dieu , en exterminant ceux qui osaient les combattre.
Comme jamais la vérité n'avait paru plus pure , plus parfaite , plus victorieuse , q ue dans la doctrine et dans les exemples de Jésus-Christ ; elle ne pouvait manquer d'exciter plus que jamais le faux zèle de ces aveugles conducteurs du peuple. Le secret de leurs cœurs fut révélé : on vit ce que pouvait l'iniquité, et l'orgueil couvert du manteau de la religion : on connut plus que jamais ce que pouvait le faux zèle, et les excès où se portent ceux qui en sont transportés. Il fallut crucifier Celui qui était la sainteté même , et persécuter ses disciples : et Jésus leur apprend que ceux contre qui ils doivent être le plus préparés, sont les faux zélés, qui entêtés du besoin que la religion , dont ils se croient les arcsboutants, a de leur soutien, croient rendre service ù Dieu, en perséculanl ses enfants, dès qu'ils les croient leurs ennemis. Ainsi les pensées secrètes qui doivent être découvertes par Jésus-Christ, sont principalement celles , où nous nous trompons nousmêmes, en croyant faire pour Dieu ce que nous faisons pour nos intérêts , pour la jalousie de l'aulorilé, pour nos opinions particulières. Car ce sont les pensées qu'on cache le plus, puisqu'on lâche même de se les cacher à soi-même. Observons-nous nous-mêmes sur ces caractères ; et ne croyons [las en être purgés, sous prétexte que nous ne les sentirions pas tous en nous-mêmes : tnais tremblons, et