Matlh., XXIII
ayons horreur de nous-mêmes, pour légère que nous paraisse la teinture que nous prendrons.
XXI« ÉLÉVATION
An7ie la prophctesse.
« Il y avait une prophôlesse nommée Anne, d'un âge fort avancé; car elle avait quatre-vingt-quatre ans. Elle avait vécu dans un long veuvage, n'ayant été que sept ans avec son mari ; et passa tout le reste de sa vie dans la retraite; ne bougeant du temple, et servant Dieu nuit et jour dans les jeûnes et dans la prière. » Voilà encore un digne témoin de Jésus-Christ. « Elle survint au temple dans ce même instant, louant le Seigneur, et parlant de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d'Israël'. » Ce Seigneur qu'elle louait, visiblement était Jésus- Christ. Elle fut digne de le connaître et de l'annoncer, parce que détachée de la vie des sens, unie à Dieu par l'oraison , elle avait préparé son cœur à la plus pure lumière.
Saint Luc a voulu en peu de paroles nous faire connaître cette sainte veuve, et en marquer nonseulement les vertus, mais encore la race même; en nous apprenant qu elle était fille de Phanuel et de la tribu d'Aser : alin que ces circonstances rappelassent le souvenir du témoignage de cette femme; ce qu'il ne fait pas de Siméon, qui peut-être était plus connu. Peut-être aussi qu'il fallait montrer que Jésus-Christ trouva des adorateurs dans plusieurs tribus, et entre autres dans celle d'Aser, à qui Jacob et Moïse n'avaient promis que de bon pain, de l'huile en abondance, et en un mot, des richesses "^ans ses mines de fer et de cuivre. Mais voici en la personne de celle veuve , les délices des rois et des peuples^ parmi les biens de la terre, changés en jeûnes et en mortifications. Quoi qu'il en soit, honorons en tout, et les expressions, et le silence que le Saint-Esprit inspire aux évangélistes.
XXIJe ÉLÉVATION.
Abrégé et conclusion des réflexions précédentes.
L'abrégé de ce mystère est, que Jésus s'offre, nousoifreen lui et avec lui, et que nous devons entrer dans cette oblation, et nous y unir comme à la seule et parfaite adoration que Dieu demande de nous.
Les trois personnes qui se trouvent avec Jésus- Christ dans ce mystère, nous apprennent ce que nous devons offrir à Dieu.
La sainte Vierge lui ofi're et lui sacrifie le cher objet de son cœur, pour en faire ce qu'il lui plaira; c'est-à-dire son propre Fils; elle voit la contradiction poussée à l'extrémité contre lui , et en même temps elle sent ouvrir la plaie de son cœur par cette épée qui la perce. Mères chrétiennes, aurez-vous bien le courage dans l'occasion, de faire à Dieu avec elle une oblation semblable? Tant que nous sommes de fidèles, unissons-nous à la foi d'Abraham, et offrons à Dieu notre Isaac; c'est-à-dire, ce qui nous tient le plus au cœur.
Siméon a immolé l'amour de la vie, et la laisse, pour ainsi dire, s'exhaler à Dieu en ])ure perte. Ne disons pas qu'il ne lui sacrifie qu'un reste de vie j dans sa vieillesse : il n'a jamais désiré de vivre, que
1. Luc II. -'50, 'il, 38. — 2. Gen., xr.ix. 30; Deut., xxxik. ■>\, 2.5.
DIX-NEUVIEME SEMAINE
pour avoir la consolation de voir Jésus-Christ, et de lui rendre témoignage. Car ce n'était pas seulement une faible consolation des yeux que ce saint vieillard attendait : il désirait les sentiments que Jésus présent inspire dans les cœurs; il voulait l'annoncer, le Caire connaître, en publier les merveilles, autant qu'il pouvait, aux Juifs et aux gentils; montrer au monde ses souffrances, et la part qu'y aurait sa sainte Mère. Après cela il voulait mourir; et l'on voit en lui dans tous les temps, un parfait détachement de la vie. C'est ce qu'il nous faut offrir à Dieu avec le saint vieillard.
Et qu'immolerons-nous avec Anne, sinon l'amour des plaisirs par la mortification des sens? Exténuons par le jeûne et par l'oraison, ce qui est trop vivant en nous. Vivons avec cette sainte veuve dans une sainte désolation : arrachons-nous à nous-mêmes ce qui est permis , si nous voulons n'être point entraînés par ce qui est défendu. Déracinons à fond l'amour du plaisir. Le plaisir des sens est le perpétuel séducteur de la vie humaine : l'attention au beau et au délectable a commencé la séduction du genre humain. Eve prise par là commence à entendre la tentation qui lui dit, avec une insinuation aussi dangereuse que douce : Pourquoi Dieu vous a-t-il défendu ce qui est si plaisant et si flatteur? L'attention au plaisir éloigne la vue du supplice. On se pardonne tout à soi-même; et on croit que Dieu nous est aussi indulgent que nous nous le sommes. Vous n'en mourrez pas : vous reviendrez des erreurs et des faiblesses de votre jeunesse. Eve entraîne Adam : la partie faible entraine la plus forte; le plaisir a fait tout son effi't; il a rendu le péché plausible , et lui a fourni des excuses; il emmielle le poison; il affaiblit , il étouffe le remords de la conscience; il en émousse la piqûre; et à peine sent-on la grièveté de son péché, jusqu'à ce que dans les flammes éternelles, ce ver rongeur se réveille, et par ses morsures éternelles nous cause un pleur inutile avec cet effroyable grincement de dents.
DIX-NEUVIÈME SEMAINE
Commencement des persécutions de l'Enfant Jésus.
PREMIERE ELEVATION
Sur l'ordre des événements.
Après qu'ils eurent accompli tout ce que la loi ordonnait, ils retournèrent en Galilée dans la ville de Nazareth*. Ce passage de saint Luc insinue que la sainte Vierge et saint Joseph demeurèrent avec l'enfant à Bethléem ou aux environs et proche de Jérusalem, jusqu'à ce qu'ils eurent accompli tout ce qui se devait faire dans le temple. Il y avait vingt ou vingt-cinq lieues de là à Nazareth, d'où ils étaient venus, et où était leur demeure : et il était naturel, pour éviter ce voyage , de demeurer dans le voisinage du temple.
Saint Luc qui nous a si bien marqué la retraite dans Nazareth, après l'accomplissement des saintes cérémonies, ne dit pas ce qui s'est passé entre deux,