‹ Œuvres complètes de BossuetChapitre 214 sur 851 · Luc, H · texte numérisé non relu

Luc, H

que saint Matthieu avait déjà raconté'. Cet évangéliste, après l'adoration des mages, soit qu'elle eût été faite à Bethléem ou aux environs, marque leur retour par un autre chemin , l'avertissement de l'ange à Joseph, la retraite en Egypte, la fureur d'Hérode et le massacre des Innocents; un second avertissement de l'ange , après la mort d'Hérode , qui bien constamment suivit de près la naissance de notre Seigneur; et enfin un troisième avertissement du ciel pour s'établir à Nazareth. Voilà tout ce qui précède, selon saint Alalihieu, l'établissement de la sainte Famille dans ce lieu.

Ce temps, comme on voit, fut fort court : la sainte Famille était cachée; et Hérode attendait des nouvelles certaines de l'enfant par les mages qu'il croyait avoir bien finement engagés à lui en découvrir la demeure ^. Il était naturel qu'il les attendît durant quelques jours; et pour ne point manquer son coup, sa politique, quoique si précautionnée, se laissa un peu amuser. Durant ce peu de jours, il fut aisé à Joseph et à Marie de porter l'enfant au temple sans se découvrir. Les merveilles qui s'y passèrent pouvaient réveiller les jalousies d'Hérode; mais aussi furent-elles promptement suivies de la retraite en Egypte. Les politiques du monde seront éternellement le jouet de leurs propres précautions que Dieu tourne comme il lui plaît; et il faut que tout ce qu'il veut s'accomplisse, sans que les hommes puissent l'empêcher, puisqu'il fait servir leurs finesses à ses desseins.

Ile ÉLÉVATIOiN.

Premier avertissement de l'ange à saint Joseph, et la fuite en Egypte.

Les mages s'étant retirés, Dieu qui voyait dans le cœur d'Hérode ses cruelles dispositions, et le temps des grands mouvements qu'elles devaient exciter, les prévint par le message du saint ange qui vint dire à Joseph durant le sommeil : Levez-vous : prenez l'enfant et sa mère , et fuyez en Egypte ; car Hérode va chercher l'enfant pour le perdre^. N'y avait-il pas d'autre moyen de le sauver, qu'une fuite si précipitée? Qui le peut dire sans impiété? j\Ia'.s Dieu ne veut pas tout faire par miracle ; et il est de sa providence de suivre souvent le cours ordinaire qui est de lui, comme les voies extraordinaires. Le Fils de Dieu est veyiu en infirmité''. Pour se conformer à cet état , il s'assujétit volontairement aux rencontres communes de la vie humaine; et par la même dispensation qui a fait que durant le temps de son ministère il s'est retiré , il s'est caché pour prévenir les secrètes entreprises de ses ennemis ; il a été aussi obligé de chercher un asile dans l'Egypte.

Il y avait môme un secret du ciel dans cette retraite ; et il fallait accomplir la prophétie d'Osée, qui disait : J'ai appelé mon Fils de l'Egypte^.

Il est vrai que cet endroit du prophète , selon l'écorce de la lettre, avait rapport à la sortie d'Egypte du peuple d'Israël. Mais le Saint-Esprit nous apprend qu'il avait été de son dessein , que pour exprimer celle délivrance, le jDrophèle se soit servi d'une expression qui convient si expressément au Fils de Dieu, puis qu'il lui a dicté ces mots : Lsraël

1. Malth.,n. 12,13, et seq. —9. /./em,8. —3. Ibid., 13. — 4 . }leb . , V . 2 . — 5 . Osiie . , xi . 1 ; Mallh . i. lô .

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

est un enfant, et je l'ai aime'. Et j'ai appelé mon Fils de l'E(jypte.

Allons à la source : Israël el toulc sa famille élail la ligure du Fils de Dieu. L'Egyple durant la famine devait lui servir de refuge : après , elle en devait être la persécutrice : el Dieu la devait tirer de ce lieu de captivité pour la transporter dans la terre promise à ses pères, en laquelle seule elle devait trouver du repos. Tout cela leur arrivait en figure. La terre d'Egypte qui devait èlre durant un temps le refuge du peuple d'Israël, devait aussi servir de refuge à Jésus-Christ ; el Dieu l'en devait retirer dans son temps. C'e^l donc ici une de ces prophéties qui ont double sens : il y en a assez d'autres qui ne sont propres qu'à Jésus-Christ : ici pour unir ensemble la figure et la vérité, le Saint-Esprit a choisi un terme qui convient à l'un et à l'autre, et à regarder les termes précis, plus encore à Jésus- Christ, qu'au peuple d'Israël.

Allez donc en Egypte , divin enfant. Heureuse terre qui vous doit servir de refuge contre la persécution d'Hérode, elle sentira un jour l'elTel de votre présence. Dès à présent à voire arrivée les idoles sont ébranlées , el les démons qu'on y sert tremblent. Viendra le temps qu'elle sera convertie avec toute la gentilité. Jésus qui doit naître en Judée, sortira de cette terre pour se tourner vers la gentilité. Paul dira : Puisque vous ne voulez pas nous écouler, el que vous vous jugez indignes de la vie, nous nous tournons vers les gentils*. Allez donc vous réfugier en Egypte, pendant que vous êtes persécuté en Judée : et découvrez-nous par votre Evangile le sens caché des anciennes prophéties, afin de nous accoutumer à le trouver partout , et à regarder toute la loi et la prophétie comme pleine de vous , et toujours prèle , pour ainsi parler, à vous enfanter.

Ille ÉLÉVATION.

Saint Joseph et la sainte Vierge devaienlT avoir part aux persécutions de Jésus-Christ.

Voici encore un mystère plus excellent. Partout où entre Jésus, il y entre avec ses croix et toutes les contradictions fiui doivent l'accompagner. Levezvous, lui dit l'ange, hâtez-vous de prendre l'enfant et sa mère, et fuyez en Egypte"^. Pesez toutes ces paroles , vous verrez que toutes inspirent de la frayeur. Levez-vous, ne tardez pas un moment : il ne lui dit pas : Allez, mais, fuyez : l'ange parait lui-même alarmé du péril de l'enfant : et il semble, disait un ancien Père'', que la terreur ait saisi le ciel avant que de se répandre sur la terre. Pourquoi? si 00 n'est pour mettre à l'épreuve l'amour et la fidélité de Joseph, qui ne pouvait pas n'être pas ému d'une manière fort vive, en voyant le péril d'une épouse si chère, et d'un si cher fils.

Etrange étal d'un pauvre artisan qui se voit banni tout k coup : et pourquoi? parce qu'il est chargé de Jésus, et qu'il l'a en sa compagnie. Avant qu'il fût né, lui el sa sainte épouse vivaient pauvrement, mais tranquillement dans leur ménage, !?agnanl doucemenl |f;ur vie par le travail de leurs mains; mais aussii^ii que Jésus leur est donné, il n'y a point de repos pour eux. Cépcnrlant Joseph demeure soumis, et ne se plaint pas de cet enfant

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