I. Aet., xni. m. — 2. Mutlh., ri. 13. — 3. Chrytol
incommode, qui ne leur apporte que persécution : il part : il va en Egypte où il n'a aucune habilude, sans savoir quand il reviendra à sa patrie, à sa boutique el à sa pauvre maison. L'on n'a pas Jésus pour rien ; il faut prendre pari à ses croix. Pères et mères chrétiens, apprenez que vos enfants vous seront des croix : n'épargnez pas les soins nécessaires, non-seulement pouf leur conserver la vie, mais ce qui est leur véritable conservation, pour les élever dans la vertu. Préparez-vous aux croix que Dieu vous prépare dans ces gages de votre amour mutuel; el après les avoir oiïerts à Dieu comme Joseph et Marie , attendez-vous comme eux à en recevoir, quoique peut-être d'une autre manière, plus de peines que de douceur.
IVe ÉLÉVATION.
Le massacre des Innocents.
L'affaire pressait : les cruelles jalousies d'Hérode allaient produire d'étranges elTels. Après avoir attendu durant plusieurs jours le retour des mages : Voyant qu'ils s'étaient moqués de lui, il entra dans une extrême colère*. Voilà ce que les politiques ne peuvent souffrir, qu'on ait éludé leurs habiles prévoyances ; qu'on se moque d'eux en les rendant inutiles, et qu'on ail pu les tromper. Il entra donc en fureur, et fit tuer tous les enfants à Bethléem et aux environs, depuis deux ans et au-dessous , suivant le temps de l'apparition de l'éloile, dont il s'était soigneusement enquis^. Soit que les mages vinssent d'un pays si reculé dans l'Orient, qu'il leur fallût deux ans ou environ pour arriver au temps marqué, qui était celui de la naissance de Jésus-Chrict; que Dieu pour les préparer ait fait paraître son étoile longtemps auparavant sa naissance, pour s'ébranler vers la Judée el vers Bethléem, environ le temps qu'ils y devaient arriver; soit enfin que la cruelle jalousie d'Hérode se soit étendue dans le massacre de ces innocents, au delà de l'âge du Sauveur, de crainte de le manquer, el lui en ail fait tuer plus qu'il ne fallait. Un auleur païen d'une assez exacte critique^, raconte que parmi les enfants de deux ans el au-dessous, qu'Hérode fil mourir, il s'y trouva un de ses enfants. S'il est ainsi, on voit par là que par un juste jugement de Dieu, les jalousies d'étal qui tyrannisent les politiques, les arment contre eux-mêmes et contre leur propre sang; et que la cruauté qui leur fait tourmenter les autres, commence par eux. Quoi qu'il en soit, deux choses sont assurées : l'une que le miracle de l'apparition de l'étoile servit de règle à llôrode, pour étendre son massacre : l'autre, que celui qu'il cherchait fut le seul apparemment fpji lui échappa.
Seigneur! quels sont vos desseins? Votre étoile apparaissait-elle pour guider Ilérode dans sa cruauté, comme les mages dans leur pieux voyage? A Dieu no plaise : Dieu permet aux hommes d'abuser de ses merveilles dans l'exécution de leurs mauvais desseins; el il sait bien récompenser ceux qui sont persécutés à celle occasion. Témoins ces saints Innocents, qu'il a su mettre exlraordinairemeiil dans le rang et dans les honneurs des martyrs dans le ^ ciel et dans son Eglise. "
" Alors donc fut accompli ce qui avait été dit par
1 . Matlh., II. 16. — 2. Idem. — 3. Macrob., S al., l. ii, cap. 4.
VINGTIÈME SEMAINE
le prophète Jérémie : Des cris latoenlables furent entendus à Rama (dans le voisinage de Bethléem) : des pleurs et des hurlements de Rachel, qui pleurait ses enfants, et ne voulait point se consoler de les avoir perdus'. » Il attribue à Rachel les lamentations des mères d'autour de Bethléem, où elle était enterrée. Les gémissements de ces mères célèbres par toute la contrée , ont mérité d'être prédits; et la mémoire en durait encore au commencement de l'Eglise, lorsque saint Matthieu publia son Evangile.
Où sont ici ceux qui voudraient, pour assurer leur foi, que les histoires profanes de ce temps eussent fait mention de cette cruauté d'Hérodc, ainsi que des autres? Comme si notre foi devait dépendre de ce que la négligence ou la politique affectée des historiens du monde leur fait dire ou taire dans leurs histoires. Laissons là ces folles pensées. Quand il n'y aurait ici que les vues humaines, elles eussent suiïî à l'évangéliste pour l'avoir empêché de décrier son saint Evangile , en y écrivant un fait si public qui n'eût pas été constant. Encore un coup, laissons là ces folles pensées. Tournons nos voix et nos cœurs aux saints Innocents. Enfants bienheureux, dont la vie a été immolée à conserver la vie de votre Sauveur, si vos mères avaient connu ce mystère, au lieu de cris et de pleurs , on n'aurait entendu que bénédictions et que louanges. Nous donc à qui il est révélé, suivons de nos cris de joie cette bienheureuse troupe, jusque dans le sein d'Abraham. Allons la bénir, la glorifier, la célébrer jusque dans le ciel; saluons avec toute l'Eglise ces premières fleurs, et écoutons la voix innocente de ces bienheureuses prémices des martyrs. Pendant que nous les voyons comme se jouant de leurs palmes et de leurs couronnes; joignons-nous à celte troupe innocente par notre simplicité et l'innocence de notre vie : et soyons en malice de vrais enfants , pour honorer la sainte enfance de Jésus-Christ.
Ve ÉLÉVATION.
L'enfant revient de l'Egypte : il est appelé Nazaréen.
Hérode ne survécut guère aux enfants qu'il faisait tuer pour assurer sa vie et sa couronne. « L'ange apparut à Joseph encore en songe, et lui dit : Levez-vous et retournez dans la terre d'Israël, parce que ceux qui cherchaient la vie de l'enfant sont morts. Il part; » et comme il pensait « à s'établir dans la Judée, il apprit qu'Archélaûs, fils d'Hérode, y régnait à la place de son père : il fut averti en songe de s'établir dans Nazareth, pour accomplir ce qui avait été prédit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen^ » (c'est-à-dire, saint). Le mot de Nazaréen contenait un grand mystère, puisqu'il exprimait la sainteté du Sauveur. On l'appelait ordinairement Jésus Nazaréen , comme il parait par le titre de sacroix^. Saint Pierre l'appelle encore dans sa prédication à Corneille, Jésus de Nazareth'* : pour nous montrer qu'il était du dessein de Dieu , que le nom de Nazaréen , qui avait été donné à plusieurs en figure de Jésus-Christ, lui fût appliqué en témoignage de sa sainteté : et c'est une de ces prophéties que pieu fait connaître par son Sainl-
1. MoUh.,ii- 1~, 18;/ere»i., xxxr. 15. —2. Malth., n. lU, 20, 21, 22,23. — 3. /oaiL.xix. 19. — 4. Ac<.,x.38.
Esprit aux évangélisles, pour marquer en Jésus- Christ le Saint des saints. Soyons saints , puisqu'il est saint. Soyons purs et séparés, puisqu'il est pur et séparé par sa naissance.
VP ÉLÉVATION.
L'enfant Jésus, la terreur des rois.
Qu'avaient à craindre les rois de la terre, de l'enfant Jésus? Ignoraient-ils qu'il était un roi, dont le royaume n'est pas de ce monde'? Cependant Hérode le craint, le hait dès sa naissance : cette haine est héréditaire dans sa maison , et on y regarde Jésus comme l'ennemi de la famille royale. Ainsi s'est perpétuée de prince en prince, la haine de l'Eglise naissante. Ainsi s'est élevée contre l'Eglise une double persécution : la première, sanglante comme celle d'Hérode : la seconde plus sourde , comme celle d'Archélaiis, mais qui la tient néanmoins dans l'oppression et dans la crainte : et cette persécution durant trois cents ans, ne s'est jamais ralentie.
Est-il possible que Jésus fût né, et son Eglise établie, pour donner de la jalousie et de la terreur aux rois? C'est que Dieu a condamné ces puissances si redoutables aux hommes, et en elles-mêmes si faibles, pour trembler où il n'y a rien à craindre^. Les maisons royales n'ont rien à craindre de ce nouveau roi, qui ne vient point changer l'ordre du inonde et des empires. Ils craignent donc ce qu'ils ne doivent pas craindre : mais en même temps ils ne craignent pas ce qu'ils doivent craindre de Jésus, qui est, qu'il les jugera selon sa rigueur dans la vie future : c'est ce qu'Hérode, ni Archélaiis, ni les autres rois n'ont pas voulu craindre.
Tremblez donc , faibles puissances , pour votre vie, pour votre couronne, pour votre maison : tremblez, et persécutez ceux qui ne veulent à cet égard vous faire aucun mal. Tremblez, fier et cruel Hérode. Pour conserver une vie qui s'écoule, immolez les innocents. Pour affermir le sceptre dans votre maison , qu'on verra bientôt périr, munissez-vous contre le Sauveur : tenez ce divin enfant et toute sa sainte famille dans l'oppression. Hélas! que vous êtes faible, et que vous trouvez dans d'imaginaires terreurs un véritable supplice!
Et vous, Jésus, revenez d'Egypte dans la Judée : vous y naîtrez : vous en sortirez pour aller recueillir comme en Egypte la gentilité dispersée : à la fin vous reviendrez en Judée , pour y rappeler à votre Evangile les restes bénis des Juifs à la fin des siècles^.
VINGTIEME SEMAINE
La vie cachée de Jésus, jiisqu'ji son baptême.
PREMIÈRE ÉLÉVATION
L'accroissement de l'enfant, sa sagesse et sa grâce.
L'enfant croissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était en lui''. Il y en a qui voudraient que tout se fit en Jésus-Christ par des coups extraordinaires et miraculeux. Mais par là
1. Joan., xviii. 36. — 2. Ps., xiii. 5. — 3. Is., x. 22; xi. II; Rom., IX. 27; xi. 5. —4. Luc, u. 40.
ÊLÉVATIO^'S SUR LES MYSTÈRES
Dieu aurait détruit son propre ouvrage ; et, comme dit saint Augustin : « S'il faisait tout par niiraiie, il elïacerait ce qu'il a fait par miséricorde : » Dum omuia mirabiliter facit, deleret quod misericorditcr fecil. Ainsi, il fallait que comme les autres enfants, il sentit le progrès de ['Age. La sagesse mèiï)Q dont il était plein , se déclarait par degrés , comme l'cvangéliste nous le dira bientôt. Cependant des le berceau et dès le sein de sa mère, il était rempli de Sagesse. Sa sainte âme dès sa conception unie à la sagesse éternelle en unité de personne, en était inlimeiuenl dirigée; et en reçut d'abord un don de sagesse éminent au-dessus de tout, comme étant l'âme du Verbe divin, une âme qu'il s'était rendue propre : en sorte que selon Tliumanilé même, tous les trésors de sagesse et de science étaient cachés en lui*. Ils y étaient donc, mais cachés, pour se déclarer dans leur temps. Et la grâce de Dieu était en lui. Qui en doute , puisqu'il était si étroitement uni à la source de la sainteté et de la grâce? Mais le saint évangélisle veut dire, qu'à mesure que l'Enfant croissait, et commençait à agir par lui-même, il reluisait dans tout son extérieur je ne sais quoi qui faisait rentrer en soi-même , et qui attirail les âmes à Dieu; tant tout était simple, mesuré, réglé dans ses actions et dans ses paroles.
Aimable Enfant! heureux ceux qui vous ont vu hors de vos langes développer vos bras, étendre vos petites mains, caresser votre sainte Mère et le saint vieillard qui vous avait adopté, ou à qui plutôt vous vous étiez donné pour Fils; faire, soutenu de lui, vos premiers pas; dénouer votre langage, et bégayer les louanges de Dieu votre Père! Je vous adore, cher Enfant, dans tous les progrès de votre âge, soit que vous suciez la mamelle , soit que par vos cris enfantins vous appeliez celle qui vous nourrissait, soit que vous vous reposiez sur son sein et entre ses bras. J'adore votre silence; mais commencez, il est temps, à faire entendre voire voix. Qui me donnera la grâce de recueillir votre première parole? Tout était m vous plein de grâce; et n'cussiez-vous fait que demander votre nourriture, j'adore les nécessités où vous vous mettez pour nous. La grâce de Dieu est en vous ; et je la veux ramasser de toutes vos actions. Encore un coup, faites-moi enfant en simplicité et en innocence.
Ile ÉLÉVATION.
Jésus suit ses parents à Jérusalem , et y célèbre la l'dque.
Jésus-Christ en venant au monde, sans se mettre en peine de naître dans une maison opulente, ni de se choisir fies parents illustres [lar leurs richesses ou par leur savoir, se contente de leur piété. Réjouissons-nous à son exemple, non point de l'éclat •le notre famille, mais qu'elle ait été pleine d'édilicalion et de bons exemples, cl enfin une vraie école de religion , où l'on apprit à servir Dieu et à vivre dans sa crainte.
Joseph et Marie , selon le précepte de la loi , ne manquai'.-nt pas tous les ans d'aller célébrer la Pdque dans le temple de Jérusalem^. Ils y menaient leur cher Fils, qui se laissait avortir de cette sainte obsenance , el peut-être instruire du mystère de