Joan., III. 8—2. Luc, iv
— 3. Idem, 43, 44.
VINGTIÈME SExMAINE.
IVe ELEVATION.
Jésus trouvé dans le temple parmi les docteurs, et ce qu'il y faisait.
Il était assis au milieu des docteurs : il les écoutait, et il les interrogeait ; et tous ceux qui l'écoutaient étaient étonnés de sa prudence et de ses réponses *. Le voilà donc d'un côté, assis avec les docteurs , comme étant docteur lui-même, et né poulies enseigner; et de l'autre, nous ne voyons pas qu'il y fasse comme dans la suite des leçons expresses. Il écoutait, il interrogeait ceux qui étaient reconnus pour maîtres en Israël, non pas juridiquement, pour ainsi parler, ni de cette manière authentique dont il usa, lorsqu'il disait : De qui est cette image et cette inscription^ ? ou : de qui était le baptême de Jean^? ou : si David est le père du Christ, comment Vappelle-t-il son Seigneur'^. Ce n'était point en cette manière qu'il interrogeait; mais, si je l'ose dire, c'était en enfant, et comme s'il eut voulu être instruit. C'est pour cela qu'il est dit qu'il écoutait, et répondait à son. tour aux docleurs qui l'interrogeaient; et on admirait ses réponses, comme d'un enfant modeste, doux et bien instruit; en y ressentant pourtant, comme il était juste, quelque chose de supérieur, en sorte qu'on lui laissait prendre sa place parmi les maîtres.
Admirons, comme Jésus par une sage économie sait ménager toutes choses; et com'me il laisse éclater quelque chose de ce qu'il était, sans vouloir perdre entièrement le caractère de l'enfance. Allez au temple, enfants chrétiens; allez consulter les docteurs; interrogez-les; répondez-leur; reconnaissez dans ce mystère, le commencement du catéchisme et de l'Ecole chrétienne. Et vous , parents chrétiens, pendant que l'Enfant Jésus ne dédaigne pas d'interroger, de répondre et d'écouler, comment pouvez-vous soustraire vos enfants au catéchisme et à l'instruction pastorale?
Admirons aussi avec tous les autres la prudence de Jésus; une prudence non-seulement au-dessus de son âge , mais encore tout à fait au-dessus de l'homme , au-dessus de la chair et du sang; une prudence de l'esprit. Nous pourrions ici regretter quelques-unes de ces réponses de Jésus , qui firent admirer sa prudence : mais en voici une qui nous fera assez connaître la nature et la hauteur de toutes les autres.
V« ÉLÉVATION
Plainte des parents de Jésus , et sa réponse.
Ses parents furent étonnés de le trouver parmi les docteurs^, dont il faisait l'admiration. Ce qui marque qu'ils ne voyaient rien en lui d'extraordinaire dans le commun de la vie; car tout était comme enveloppé sous le voile de l'enfance; et Marie qui était la première à sentir la perte d'un si cher fils, fut aussi la première à se plaindre de son absence. Eh I mon fils, dit-elle", pourquoi nous avez-vous fait ce traitement ? Votre père et moi affligés vous cherchions. Remarquez : votre père et moi : elle l'appelle son père, car il l'était, comme on a vu , à sa manière; père, non-seulement par adoption du saint Enfant; mais encore vraiment
1. Luc, II. 46, 47.-2. Matth.,\yiu. 20. — 3. Idem, xxi. 25. — 4. Ibid., XXII. \î, 43. — 5. Luc.,n. 48. — 6. Idem, ii. 48.
père par le sentiment, par le soin, par la douleur • ce qui fait dire à ]\[arie, votre père et moi affligés : pareils dans l'aflliction; puisque, sans avoir part dans votre naissance, il n'en partage pas moins avec moi la joie de vous posséder et la douleur de vous perdre. Cependant, femme obéissante et respectueuse , elle nomme Joseph le premier : votre père et moi , et lui fait le môme honneur que s'il était père comme les autres. 0 Jésus, que tout est réglé dans votre famille! Comme chacun sans avoir égard à sa dignité y fait ce que demande l'édilication et le bon exemple? Bénite famille, c'est la Sagesse éternelle qui vous règle.
Pourquoi me cherchiez-vous'^ Ne saviez-vous pas qu'il faut que je sois occupé de ce qui regarde mon Père*. Voici donc cette réponse sublime de l'Enfant que nous avions à considérer : mais elle mérite bien une attention distincte et particulière.
Vie ÉLÉVATION.
Réflexions sur la réponse du Sauveur.
Pourquoi me cherchiez-vous? Eh quoi, ne vouliez-vous pas qu'ils vous cherchassent? Et pourquoi vous reliriez-vous, sinon pour vous faire chercher? Est-ce peut-être qu'ils vous cherchaient , du moins Joseph, avec un empressement trop humain? Ne jugeons pas; mais concevons que Jésus parle pour notre instruction. Et en effet, il veut exclure ce qu'il y peut avoir de trop empressé dans la recherche qu'on fait de lui. Qui ne sait, que ses apôtres, quand il les quitta, étaient attachés à sa personne d'une manière qui n'était pas autant épurée qu'il le souhailait? Ames saintes et spirituelles, quand il vous échappe, quand il retire ses suavités; modérez un empressement souvent trop sensible : quelquefois- il veut revenir tout seul; et s'il le faut chercher, ce doit être doucement, et sans des mouvements inquiets.
Ne saviez-vous pas que je dois être occupé des affaires de mon Père? Est-ce qu'il désavoue Marie, qui avait appelé Joseph son père? Non sans doute; mais il leur rappelle le doux souvenir de son vrai Père qui est Dieu, dont la volonté, qui est l'affaire dont il leur veut parler, doit faire son occupation. Croyons donc, avec une ferme foi, que Dieu est le père de Jésus-Christ, et que sa volonté seule est sa règle en toutes choses; soit qu'il se montre, soit qu'il se cache, soit qu'il s'absente, ou qu'il revienne, qu'il nous échappe, ou qu'il nous console par un retour qui nous comble de joie.
La volonté de son père était qu'il donnftt alors un essai de la sagesse dont il était plein et qu'il venait déclarer, et tout ensemble de la supériorité avec laquelle il devait regarder ses parents mortels, sans suivre la chair et le sang; leur maître de droit, soumis à eux par dispensation.
vue ÉLÉVATION.
La réponse de Jésus n'est pas entendue.
Et ils ne conçurent pas ce qu'il leur disait^. Ne raffinons point mal à propos sur le texte de l'Evangile. On dit non-seulement de Joseph , mais encore de Marie môme, qu'ils ne conçurent pas ce que voulait dire Jésus. Marie concevait sans doute ce qu'il disait de Dieu son Père, puisque l'ange lui en